LE DIVIN PLAN
DES AGES
1886
Chapitre
I—INTRODUCTION SUR LE SUJET ET LA METHODE DE CETTE OEUVRE
Une nuit de
pleurs et un matin de joie. -Deux méthodes pour chercher la vérité. -La méthode
suivie ici. -Différence entre l’étude révérencielle des Ecritures et l’habitude
dangereuse des spéculations. -Le but de la prophétie. -La situation religieuse
présente du monde contemplée à deux points de vue. -Ténèbres égyptiennes. -Un
arc de promesse. -Le sentier des justes est un sentier progressif. -La cause de
la grande apostasie. -La Réformation. -La même cause empêche de nouveau un
progrès réel. -La perfection de la connaissance est une chose de l’avenir, non
du passé.
Le titre Aurore
du Millénium suggère la pensée d’une nuit obscure faisant place à un beau et
glorieux jour. Et cela exprime fidèlement la pensée principale de cette oeuvre.
Nous croyons que les enseignements de la Révélation divine ne peuvent être
reconnus, à la fois beaux et harmonieux, qu’à ce point de vue et à aucun autre.
La période dans laquelle le péché était permis a été pour l’humanité une nuit
sombre qui ne sera jamais oubliée ; mais le jour glorieux de justice et de
faveur divines, qui éclatera avec le Messie, -lequel, comme le " soleil de
la justice, " doit se lever pleinement et clairement en tous et sur tous,
apportant guérison et bénédiction, -compensera bien au
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delà la
terrible nuit de pleurs et de soupirs, de douleurs, de maladies et de la mort,
dans laquelle la création gémissante a du rester si longtemps. " Les
pleurs logent le soir [la nuit], mais le chant de triomphe survient au matin.
"- Ps. 30:6. Comme par instinct, la création tout entière attend et
désire, tout en étant en travail et tout en gémissant, le jour qu’elle appelle
" l’âge d’or, " mais ne connaissant pas le gracieux dessein du
suprême Jéhovah, elle n’en a qu’un vague pressentiment ; ses plus hautes
conceptions au sujet d’un tel âge sont bien au-dessous de ce que sera la
réalité. Le grand Créateur prépare un " festin de mets succulents "
qui étonnera ses créatures et répondant à leurs prières dépassera leur attente.
Et à ses créatures ravies de merveilles, contemplant la longueur et la largeur,
la hauteur et la profondeur de l’amour de Dieu, il déclare: " Mes pensées
ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies... Car autant les
cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées
au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. "- Esaïe
55:8,9. On s’efforce dans ce livre-et nous croyons avoir réussi-de présenter au
lecteur bienveillant et non prévenu, le plan de Dieu dans ses justes rapports,
et d’expliquer sa marche passée, présente et future d’une manière plus
harmonieuse, plus glorieuse et plus raisonnable qu’on ne le fait ordinairement.
L’auteur ne s’arroge cependant en ceci aucune sagesse, aucun talent
extraordinaire, mais il attribue ce travail à la lumière du Soleil de la
Justice, qui dans cette aube matinale du jour de mille ans, révèle ces choses
comme " vérité présente ", juste à temps maintenant pour qu’elle soit
appréciée par les sincères- " les purs de coeur ". Depuis que le
scepticisme est à l’ordre du jour, le fondement
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entier de la
vraie religion et de la vérité est souvent controversé, même par les sincères.
Nous avons essayé de découvrir ou de dévoiler ce fondement, -la parole de Dieu,
sur laquelle toute foi doit être bâtie, -et de le mettre suffisamment en
lumière, pour donner, même à l’incrédule, certitude et confiance en son
témoignage. Et nous avons essayé d’y parvenir en faisant appel à la raison, qui
pourra être acceptée comme juge. Ensuite, nous nous sommes efforcés d’édifier
les doctrines de l’Ecriture sur ce fondement de façon à ce que même un jugement
purement humain puisse, avec la mesure (ou règle de justice) la plus exacte qui
soit à sa disposition, en mesurer les coins et les angles. C’est dans la
conviction que les Ecritures révèlent un plan ferme et harmonique qui, une fois
reconnu, se recommande de lui-même à chaque conscience sanctifiée, que cet
ouvrage a été publié ; il l’a été dans l’espérance d’aider ceux qui étudient la
parole de Dieu, en leur suggérant une suite de pensées en harmonie entre
elles-mêmes et avec la parole inspirée. Ceux qui reconnaissent la Bible comme
étant la révélation du plan de Dieu-nous nous adressons spécialement à
ceux-là-admettront sans doute que, si elles sont inspirées de Dieu, les
doctrines de la Bible, prises en entier, révèlent un plan s’harmonisant en
lui-même et qui est d’accord avec les perfections de son divin Auteur. Notre
objet, comme chercheur de vérité, devrait être d’obtenir l’harmonie complète du
plan révélé de Dieu dans son entier ; et, comme enfants de Dieu, nous avons
toute raison de l’espérer, puisqu’il est promis que l’esprit de vérité nous
conduira dans toute la vérité. -Jean 16:13. Comme investigateurs, deux méthodes
se présentent à nous ; l’une est d’examiner toutes les vues et toutes les
opinions acceptées parmi les diverses sectes de l’Eglise, et
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de tirer de
chacune d’elles l’élément que nous puissions considérer comme vérité, -ce
serait une entreprise sans fin. La principale difficulté que nous
rencontrerions dans cette méthode serait que si notre jugement était faux, ou
troublé d’avance, ou que si nos préjugés inclinaient vers une direction
quelconque, -et chez qui cela n’arrive-t-il pas ?- notre choix ne serait pas
correct ; nous pourrions accepter l’erreur et rejeter la vérité. En outre, en
adoptant cette méthode, nous perdrions beaucoup, parce que la vérité progresse
constamment ; son éclat va croissant jusqu’au plein jour, pour tous ceux qui la
cherchent et marchent dans sa lumière, tandis que les divers credo des
nombreuses sectes sont fixés et demeurent stationnaires depuis plusieurs siècles.
Chacun d’eux doit contenir une large proportion d’erreur, puisqu’ils se
contredisent eux-mêmes dans d’importantes questions. Cette méthode nous
conduirait dans un labyrinthe d’embrouillements et de confusion. L’autre
méthode est de renoncer à tous préjugés et de penser que personne ne peut
savoir du plan divin plus que ce que Dieu en a révélé dans sa parole et qu’il a
promis de dévoiler aux débonnaires et aux humbles de coeur (Ps. 25:9 ; Esaïe
61:1) ; et si, dans cette condition, nous cherchons sérieusement et sincèrement
sa ligne de conduite et ses instructions, nous serons guidés par son grand
Auteur à comprendre la parole divine, telle qu’elle doit l’être, en nous aidant
des différents guides et études bibliques que la Providence divine met à notre
disposition. Voyez Eph. 4:11-16. Cette oeuvre-ci est spécialement destinée à
servir de guide à cette classe de chercheurs. On remarquera que les
argumentations ne sont tirées que de l’Ecriture, excepté là où l’on a dû
rappeler l’histoire séculaire pour prouver l’accomplissement des Ecritures.
Aucune valeur n’a été attachée au témoignage des théologiens modernes, et celui
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des soi-disant
saints Pères, ou Pères de l’Eglise, a été laissé de côté. Plusieurs d’entre eux
ont attesté et certifié la véracité de pensées exprimées en ce livre, mais nous
croyons que c’est un défaut commun à notre temps et aux âges précédents,
d’admettre certaines doctrines pour la simple raison que d’autres, en lesquels
on avait confiance, le firent. Il y a là manifestement une source féconde
d’erreurs, car plusieurs gens de bien ont cru et enseigné l’erreur en parfaite
bonne conscience (Actes 26:9). Les chercheurs de vérité devraient vider de
leurs vases les eaux bourbeuses de la tradition, les remplir à la source de la
vérité-la parole de Dieu-et n’attacher aucune importance à une doctrine
religieuse, si elle ne conduit à cette source. Cette oeuvre est beaucoup trop
restreinte même pour un examen court et général de toute la Bible et de son
enseignement ; malgré cela, connaissant la fièvre de notre temps, nous avons
essayé d’être aussi bref que l’importance du sujet semblait le permettre. Nous
aimerions faire remarquer au lecteur intéressé qu’il serait inutile pour lui de
parcourir cet ouvrage, de l’écrémer, pour ainsi dire:de cette façon il ne verra
point la force et l’harmonie du plan qui y est représenté et les preuves
scripturaires qui y sont citées. Nous avons essayé de présenter d’un bout à
l’autre les divers fragments de la vérité, non seulement dans un tel langage,
mais aussi dans un tel ordre, qu’il soit plus facile à toutes les classes de
lecteurs de saisir clairement l’objet et le plan en général. Mais si
l’appréciation d’une science quelconque nécessite une étude générale et
régulière, c’est tout spécialement le cas dans la science de la révélation
divine. Et dans cette oeuvre-ci, cela est doublement nécessaire, puisque ce
livre est un traité des vérités divinement révélées et, de plus, une étude du
sujet à un point de vue qui-pour autant
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Que nous le
sachions-diffère entièrement de toute autre oeuvre. Nous ne nous faisons aucun
scrupule de traiter plusieurs sujets communément négligés chez les chrétiens,
-entre autres, ceux du retour du Seigneur, des prophéties et du symbolisme de
l’Ancien et du Nouveau Testament. Au contraire, nous estimons que tout système
de théologie qui omet ces traits si saillants des doctrines de l’Ecriture, ne
mérite pas d’être présenté ni d’être accepté. Nous espérons toutefois qu’on
comprendra ce qu’est l’étude sérieuse, sage et respectueuse des prophéties et
d’autres écrits bibliques examinés à la lumière des faits historiques et,
aussi, prouvés évidents par le sens commun sanctifié. On reconnaîtra quelle
différence existe entre cette étude approfondie et une interprétation trop
généralement pratiquée à l’égard des prophéties divines, interprétation
risquant de donner trop libre cours à une imagination vague et désordonnée.
Tous ceux qui tombent dans cette dangereuse méthode peuvent se donner
généralement comme prophètes (?), mais non comme gens qui étudient les
prophéties.
Aucune oeuvre
n’est plus belle et n’ennoblit davantage que l’étude révérencielle des desseins
révélés de Dieu, " dans lesquels les anges désirent plonger leurs regards
"( 1 Pierre 1:12). Le fait que la sagesse de Dieu pourvut à des prophéties
concernant l’avenir, ainsi qu’à des prédictions regardant le présent et le
passé, est en lui-même, de la part de Jéhovah, une censure de la folie de quelques-uns
de ses enfants, qui ont excusé leur ignorance et leur négligence de l’étude de
sa parole en disant: " Il y a assez dans le cinquième chapitre de Matthieu
pour sauver tout homme. " Il ne nous faut pas supposer non plus que la
prophétie ait été donnée simplement pour satisfaire la curiosité relativement à
l’avenir. Il est évident que le but de la prophétie est de familiariser
l’enfant consacré de
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Dieu avec les
plans de son Père, afin de réveiller son intérêt et sa sympathie à l’égard de
ces mêmes plans, et afin de le rendre apte à contempler tant le présent que
l’avenir au point de vue de Dieu ; et qu’ainsi familiarisé avec l’oeuvre du
Seigneur, il puisse servir non seulement en serviteur, mais plutôt en enfant et
en héritier. La révélation de ce qui sera, empêche l’influence de ce qui est
maintenant. L’effet d’une étude soigneuse ne peut que fortifier la foi et
pousser à la sainteté.
La situation
religieuse du monde actuel, -alors que l’Evangile a été prêché près de dix-neuf
siècles, -est telle (dans l’ignorance où l’on est généralement du plan de Dieu
au sujet de la délivrance du monde, du péché et de ses conséquences, et avec
l’idée fausse que l’Eglise nominale dans sa condition présente est la seule
voie pour la conversion du monde) que dans chaque esprit pensif, mal renseigné
sur ce point, des doutes sérieux doivent s’éveiller. Et il n’est pas facile de
surmonter de pareils doutes par d’autres moyens que par la vérité. En effet,
pour tout observateur réfléchi, de deux choses, l’une:ou bien l’église a commis
une grande méprise en supposant que sa tâche dans l’âge présent et dans sa
condition actuelle, était de convertir le monde, ou bien le plan de Dieu a eut
un triste et misérable insuccès. Quel côté de l’alternative devons-nous
accepter ? Plusieurs ont accepté, et beaucoup plus encore saisiront le dernier,
pour enfler et grossir les rangs de l’incrédulité, soit secrètement, soit
publiquement. Relever ceux qui tombent ainsi honnêtement, telle est une partie
du but de ce livre.
Ci-après, nous
présentons un diagramme publié premièrement par la " London Missionary
Society ", ensuite, aux Etats-Unis, par le " Conseil de missions des
dames presbytériennes ". On l’intitula: " Un appel muet pour secourir
les missions étrangères ". Il raconte une triste histoire de ténèbres et
d’ignorance à l’égard du seul nom
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Exhibiting the
actual and relative numbers of manking classified according to religion:
Heathen 856
millions Mohamedans 170 millions Jews 8 millions Roman Catholics 190 millions
Greek Catholics 84 millions Protestants 116 millions
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donné sous le
ciel, parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. Le Watchmann-le
journal de l’Union chrétienne de jeunes gens de Chicago-publia aussi ce même
diagramme, et dit dans son commentaire: " Les idées de plusieurs sur la
situation religieuse du monde sont très nébuleuses et incertaines. Nous
entendons parler d’oeuvres grandioses de renouvellement ou de renaissance, au
milieu de nous et dans le lointain, de nouveaux efforts missionnaires dans
toutes les directions, de pays s’ouvrant à l’Evangile ; on nous dit que des
sommes considérables sont vouées à sa propagation et l’idée pourrait s’emparer
de nous que des efforts suffisants sont accomplis pour l’évangélisation des
peuples de la terre. On estime que la population du monde s’élève aujourd’hui à
1,424,000,000 d’âmes, et, par l’étude du diagramme, nous nous apercevons que
plus de la moitié-près des deux tiers-est encore totalement païenne, et le
reste est composé en grande partie de disciples de Mahomet, ou de membres des
deux grandes églises apostasiées de la foi, dont la religion n’est pratiquement
qu’une idolâtrie christianisée, et desquelles on peut à peine dire qu’elles
tiennent ou enseignent encore l’Evangile de Christ. Touchant les 116,000,000 de
protestants de nom, il faut aussi se rappeler quelle grande quantité en
Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis sont embourbés dans l’incrédulité,
-une obscurité plus profonde encore que celle du paganisme, si c’est possible,
-et combien sont aveuglés par la superstition, ou plongés dans l’extrême
ignorance ; de sorte que, tandis que 8 millions de Juifs rejettent Jésus de
Nazareth et que plus de 300 millions portant son nom ont fait apostasie quant à
la foi, plus de 170 millions rendent hommage à Mahomet, et l’énorme masse du
reste de l’humanité est, jusqu’à ce jour, adoratrice de troncs et de pierres,
de ses propres ancêtres, de héros morts, ou même du diable:tous, plus ou moins,
" ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur qui est Dieu béni
éternellement ". N’est-ce pas assez pour attrister profondément les coeurs
des chrétiens compatissants et réfléchis ?" Triste image en vérité ! Et
encore que le diagramme représente des nuances différentes entre païens,
mahométans et juifs, ils sont néanmoins tous égaux dans une totale ignorance du
Christ. Quelques-uns pourraient tout
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d’abord
supposer que ce tableau du nombre proportionnel des chrétiens est trop sombre,
plutôt exagéré, mais nous croyons que c’est le contraire. Il montre la
chrétienté nominale sous les plus brillantes couleurs. Par exemple, les
116,000,000 comptés comme protestants, excèdent de beaucoup le nombre
véritable. Seize millions, croyons-nous, exprimeraient plus exactement le
nombre des membres adultes de l’Eglise professante, et nous craignons qu’un
million ne soit une estimation beaucoup trop élevée du " petit troupeau
", des " sanctifiés en Jésus-Christ ", qui " marchent non
selon la chair, mais selon l’Esprit ". Il ne faut pas oublier qu’une
grande partie des personnes comptées au nombre des membres de l’Eglise sont des
enfants encore mineurs. Cela est spécialement le cas dans les contrées de
l’Europe. Dans maintes de ces contrées, les enfants sont comptés comme membres
de l’Eglise dès leur plus tendre enfance. Mais si sombre que puisse paraître
cette image, ce n’est pas la plus sombre que l’humanité déchue présente. Le
diagramme ci-dessus représente seulement la génération qui vit à l’heure
actuelle. Cette pensée devient vraiment horrible, quand nous considérons le
fait que siècle après siècle des six mille années écoulées, d’autres grandes
multitudes ont été emportées, qui se trouvaient presque toutes enveloppées dans
la même ignorance et dans le péché. Scène lugubre ! Au point de vue populaire,
en vérité, c’est une image terrible ! Les divers credo (symboles et confessions
de foi) d’aujourd’hui, enseignent que tous ces milliards de l’humanité,
ignorant le seul nom donné sous le ciel par lequel il nous faut être sauvés, se
trouvent tout droit sur la route des tourments éternels ; non seulement
cela:ils enseignent aussi que le même sort attend tous ces 116 millions de
protestants, à l’exception des quelques saints. Rien de
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surprenant,
alors, que ceux qui croient de si horribles choses des plans et des conseils de
Jéhovah, déploient un si grand zèle dans la poursuite d’entreprises
missionnaires, c’est même merveilleux qu’ils ne se voient pas poussés au
désespoir. Croire et admettre réellement de telles conclusions, serait
dépouiller notre vie de tout plaisir ; chaque regard ne rencontrerait que deuil
et tristesse. Comme preuve que nous n’avons pas représenté faussement "
l’orthodoxie "( la conformité avec le dogme religieux), au sujet du destin
des païens, nous citons la conclusion de la feuille volante:- " Un appel
muet pour secourir les missions étrangères "- dans laquelle le diagramme a
été publié ; voici cette conclusion: " Evangélisez les générations
innombrables au loin, -les mille millions d’âmes qui, dans la proportion de
100,000 par jour, meurent hors de Christ, sans aucune espérance. " Mais en
opposition à cette triste perspective qu’offrent les credo humains, les
Ecritures offrent une perspective plus brillante:le but de ces pages est de
nous le démontrer. Nous ne pouvons croire que le grand plan de salut de Dieu
ait rencontré ou rencontrera un tel échec (ou insuccès), parce que nous sommes
mieux instruits par la parole de Dieu. Quel soulagement pour le coeur d’un
enfant de Dieu, dans l’inquiétude à cet égard, s’il reconnaît que le prophète
Esaïe a prédit longtemps d’avance la vraie situation et le remède, en disant:
" Car voici, les ténèbres couvriront la terre, et l’obscurité profonde les
peuples; mais sur toi se lèvera l’Eternel, et sa gloire sera vue sur toi. Et
les nations marcheront à (ou viendront vers) ta lumière !"( Esaïe 60:2,
3-Darby). L’obscurité profonde est éclairée clans cette prophétie par cet
arc-en-ciel de la promesse: " Les nations (les peuples de la terre en
général) viendront vers ta lumière. "
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La misère
prolongée et les ténèbres du monde, ainsi que le progrès lent de la vérité,
n’ont pas été un mystère seulement pour l’Eglise, mais le monde lui-même en a
senti l’existence. Semblables à celles qui enveloppèrent l’Egypte, ces ténèbres
ont été si épaisses, qu’on pouvait les toucher. Pour preuve, remarquez l’esprit
des lignes suivantes tirées d’un journal de Philadelphie. Les doutes et
l’obscurité des credo des diverses écoles, opposés les uns aux autres, ne sont
pas encore dissipés, à ce qu’il paraît, des pensées de l’écrivain, par les
rayons de la vérité divine provenant directement de la parole de Dieu:
" Vie ! Ô
quel mystère ! Quel secret ! Qui peut dire De ce pauvre vase si Dieu même
l’admire ? De ce grand chef d’oeuvre qui formé de sa main (Esprit, raison,
matière et volonté sans frein), N’est né que pour mourir, -son sort, la mort
tranchante. Et ensuite où va bien cette haleine volante ? Nous dire et raconter
quel est le grand dessein, -L’avenir de nous tous, que nous sondons en vain,
Pas même un de toute cette foule sans nombre, Qui vécut et mourut, n’est revenu
du sombre. O Dieu ! nous te prions pour un rayon nouveau De lumière éclairant
le sentier du troupeau Se basant non sur foi, mais sur plus claire vue,
Dissipant ce sombre d’une nuit continue ; Ces grosses ténèbres, cette
tremblante peur ; Ces doutes, ces remords qui troublent le bonheur ; Cet esprit
remuant qui hardiment consterne Et rejette la règle et le dogme moderne, -Enfin
des églises tout cet enseignement Captivant la raison et le discernement. Nous
scrutons ton plan et cherchons à te connaître Selon ta nature, -grand et
tout-puissant Etre. Ecarte ce voile, ce rideau tant étroit ; Commande de
nouveau: " Que la lumière soit !" Créateur infini qu’appartient la
louange Pour que la frayeur en juste crainte se change. Révèle ce secret du
trône de bonté ; Nous cherchons l’inconnu dans toute obscurité. "
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A cela nous
répliquons:
Le secret de la
vie ouvert sous peu va dire Que des bontés de Dieu ce vase en est la mire, Que
ce grand chef d’oeuvre, qu’à son image Il fit (Le tout si sage-corps, volonté,
coeur, esprit), N’est pas né pour mourir, non, une autre naissance, Dite la
seconde, succède à la sentence (1). C’est que du haut du ciel un Sauveur
accourut, Vécut, souffrit beaucoup, puis en son temps mourut, Montrant de
l’avenir le grand dessein du Père, L’avenir de tout être au ciel et sur la
terre. Sa parole étale ce beau rayon nouveau De lumière éclairant le sentier du
troupeau, Dont la base est sur foi si sûre qu’à la vue, Et dissipant déjà
l’obscurité Touffue:les grosses ténèbres, la peur et la frayeur, Les doutes,
les remords qui troublent le bonheur. Maintenant donc, Seigneur, cet esprit vif
et libre, -Rejetant les dogmes qui, provenant du Tibre Et plus tard enseignés
par l’Eglise en conflit, N’ont fait que captiver la raison et l’esprit, -Peut
vraiment te cherche, et s’il veut, te connaître Selon ta nature, -doux et
bienveillant Etre. Aussi nous nous plongeons dans ce plan merveilleux, Créateur
tout-puissant, et le sondons au mieux. Tu lèves le voile et révèles ta doctrine
A tous ceux qui suivent la lumière divine, Le secret de ton trône et du grand
Jubilé, Caché de tout temps, mais maintenant révélé.
De semblables
bénédictions sont maintenant en voie d’échoir au monde, et cela par la
révélation de la parole et du plan divins, et nous avons la confiance que ce
livre est une partie de ces bénédictions et de ces révélations. Celui qui se
détourne des vaines spéculations humaines et voue son temps à sonder les
Ecritures, sans exclure la raison dont Dieu nous invite à user (Esaïe 1:18),
trouvera
——-
(1) " Tu
es poussière, et tu retourneras en poussière ".
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qu’un arc béni
de la promesse embrasse toute l’étendue des cieux. Mais ce serait une erreur de
croire, que ceux qui sont sans la foi et sans la justification qui en est la
conséquence, puissent aussi saisir clairement la vérité:non, elle n’est point
pour ceux-là. Le Psalmiste dit: " La lumière est semée pour le juste
"( Ps. 97:11). Une lampe a été dévolue à l’enfant de Dieu, lampe dont la
lumière dissipe beaucoup de ténèbres de son sentier. " Ta parole est une
lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier. "( Ps. 119:105). Mais il
n’y a que le sentier des justes, qui soit comme l’éclat du soleil, dont la lumière
croisse jusqu’au plus haut point du jour (Prov. 4:18). Actuellement, il n’y a
aucun juste, " point de juste, pas même un seul "( Rom. 3:10) ; nous
parlons ici de ceux qui sont " justifiés par la foi ". Ceux-là seuls
ont le privilège de suivre le sentier qui augmente sa lumière, -de voir non
seulement le développement actuel du plan de Dieu, mais aussi les choses à
venir. Bien qu’il soit vrai que le sentier de chaque croyant soit un sentier
resplendissant, l’application spéciale de cette expression a toutefois trait à
une classe de justes (justifiés). Les patriarches, les prophètes, les apôtres
et les saints du passé et du présent marchèrent dans sa lumière toujours
croissante ; et cette lumière ira encore croissant au delà du temps présent, -
" jusqu’au plus haut point du jour ". C’est un sentier continu, sur
lui brille cette lumière unique, -le Rapport divin, -s’accentuant toujours plus
et illuminant le sentier aussi loin qu’il le faut et aussitôt qu’il en est
temps. C’est pourquoi, " justes, réjouissez-vous en l’Eternel " et
attendez l’accomplissement de cette promesse. Beaucoup de chrétiens ont si peu
de foi qu’ils ne s’attendent point à plus de lumière, et, par suite de leur
incrédulité et de leur indifférence, ils sont laissés dans les ténèbres, alors
qu’ils auraient pu marcher dans la lumière toujours croissante.
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L’Esprit de
Dieu, donné pour conduire l’Eglise dans la vérité, veut prendre de ce qui est
écrit et nous le révéler ; nous tenant donc à ce qui est écrit nous ne manquons
de rien, car les Ecritures saintes peuvent rendre sage à salut par la foi en
Jésus-Christ. -2 Tim. 3:15. Quoiqu’il soit encore vrai que " les ténèbres
couvrent la terre et l’obscurité profonde les peuples ", le monde ne
restera pas toujours dans cette condition. Nous sommes certains que " le
matin vient "( Esaïe 21:12). Comme Dieu fait lever maintenant le soleil
sur les justes et sur les injustes, ainsi le Soleil de la Justice brillera au
jour du Millénium en faveur de tout le monde, et " mettra en lumière les
choses cachées dans les ténèbres "( 1 Cor. 4:5). Il dissipera les vapeurs
pernicieuses du mal et apportera la vie, la santé, la paix et la joie.
Regardant en arrière, dans le passé, nous trouvons qu’alors la lumière ne
brillait que faiblement. Obscures et indéterminées étaient les promesses des
âges passés. Les promesses faites à Abraham et à d’autres, et représentées en
types, dans la loi et les cérémonies d’Israël selon la chair, n’étaient que des
ombres, et ne donnaient qu’une idée vague des merveilleuses et bienveillantes intentions
de Dieu. Aussitôt qu’on atteint les jours de Jésus la lumière augmente. La plus
vive attente jusqu’alors, était que Dieu enverrait un libérateur qui sauverait
Israël de ses ennemis, l’élèverait à la tête des nations ; et qu’après lui
avoir donné cette puissance, Dieu se servirait de ce peuple comme de son
intermédiaire pour bénir toutes les familles de la terre. Mais à les considérer
au point de vue purement humain, les conditions posées pour obtenir cette
puissance dans le royaume de Dieu, étaient si différentes de ce que les Juifs
attendaient, elles paraissaient si difficiles à réaliser pour la classe élue
que tous, excepté un petit nombre, furent aveuglés à l’égard de la bonne
nouvelle. Leur aveuglement
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et leur
hostilité contre elle allèrent en croissant, c’est tout naturel, lorsque, dans
le développement du plan de Dieu, le temps fixé vint pour étendre à toute
créature sous le ciel l’invitation de participer au royaume promis en devenant
par la foi enfants d’Abraham et héritiers des promesses qui lui furent faites.
Mais lorsque, après la Pentecôte, l’Evangile prêché par Jésus fut compris,
l’Eglise vit que les bénédictions promises au monde seraient d’une nature
durable, que, pour les obtenir, le royaume devait être spirituel, composé de
" vrais Israélites ", d’un " petit troupeau " qui, choisi à
la fois parmi les Juifs et les Gentils, serait élevé à la nature et à la
puissance spirituelles. Ainsi nous lisons que Jésus a mis en évidence la vie et
l’immortalité par l’Evangile (2 Tim. 1:10). Et une lumière plus vive encore
brille depuis les jours de Jésus, comme il le prédit lui-même en disant: "
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter
maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous
conduira dans toute la vérité... et il vous annoncera les choses à venir.
"- Jean 16:12, 13. Après la mort des apôtres, il vint toutefois un temps
où la majorité de l’Eglise commença à négliger la lampe et à en confier l’entretien
à des docteurs humains ; et ces docteurs, enflés d’orgueil, s’attribuèrent dès
le début titres et charges et commencèrent à régner sur l’héritage de Dieu.
Puis, par degrés, il se forma une classe spéciale nommée " le clergé
", dont les membres se considérèrent eux-mêmes, et furent considérés par
les autres, comme des guides en la foi et dans la vie pratique, contrairement à
la parole de Dieu. Par cette soumission à la doctrine d’hommes faillibles et
par la négligence de la parole du Dieu infaillible, le grand système de la
papauté ne tarda pas à se développer.
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Il n’est pas
nécessaire de rappeler les résultats fâcheux de cette négligence de la vérité,
puisque chacun sait que l’Eglise, et avec elle le monde civilisé, furent
presque totalement enchaînés par ce système et réduits à la bassesse de
l’adoration de traditions et de confessions d’hommes. Pour s’affranchir de cet
esclavage un coup hardi et béni fut porté par la " Réformation ".
Dieu suscita de vaillants champions ou lutteurs pour sa parole, Luther,
Zwingli, Mélanchton, Calvin, Farel, Wiclef, Knox et bien d’autres. Ils
attirèrent l’attention sur le fait que la papauté avait mis de côté la Bible en
lui substituant les décrets et les dogmes de l’Eglise ; ils montrèrent du doigt
quelques unes de ses doctrines erronées et de ses pernicieuses pratiques, en
prouvant qu’elles étaient fondées sur des traditions contraires à la vérité et
opposées à la parole de Dieu. Ces réformateurs et leurs adhérents furent nommés
protestants, parce qu’ils protestèrent contre la papauté, et qu’ils firent
valoir la parole de Dieu comme la seule règle correcte de la foi et des moeurs.
Plusieurs âmes fidèles marchèrent aux jours de la Réformation dans la lumière
aussi loin qu’elle brillait alors. Mais depuis, les protestants n’ont fait que
peu de progrès, parce que, au lieu de marcher dans la lumière, ils serrèrent
les rangs autour de leurs conducteurs préférés, ne voulant voir que ce que
ceux-ci virent et pas davantage. Ils posèrent des bornes à leur progrès sur le
chemin de la vérité, et ils enfermèrent ou clôturèrent avec le peu de vérités
qu’ils possédaient, une grande quantité d’erreurs qu’ils avaient apportées avec
eux de " la mère-église ". La majorité des chrétiens, supposant que
rien de plus ne peut être connu, du plan de Dieu, en ce jour, que ce qui fut
connu par les réformateurs, professe un respect superstitieux pour les credo et
les symboles formulés depuis tant d’années. Cette faute coûta bien cher ; car,
indépendamment du
A18
fait qu’alors
ou ne put sauver des décombres de l’erreur que quelques grands principes de
vérité, il y a des traits spéciaux de la vérité qui se réalisent constamment et
dont les chrétiens se sont privés au moyen des haies ou clôtures que
constituent leurs confessions de foi. Pour illustrer ce qui Précède:c’était une
vérité aux jours de Noé qu’un déluge viendrait, et une vérité qui alors
réclamait la foi de tous ceux qui voulurent suivre le sentier de la lumière,
tandis qu’Adam et d’autres n’en surent rien. Ce ne serait pas prêcher la vérité
d’annoncer maintenant un déluge, mais il y a d’autres vérités propres à être
dispensées (ou conformes à l’ordre des temps) qui mûrissent ou se réalisent
constamment, ce que nous devons reconnaître, si nous marchons à la lumière de
la lampe ; aussi, si nous ne possédions que toute la lumière échue aux siècles
passés, et rien de plus, nous serions maintenant relativement dans les
ténèbres. La parole de Dieu est un grand magasin de provisions pour les
pèlerins affamés voyageant sur le sentier resplendissant. Là il y a du lait
pour les enfants nouveau-nés et de la nourriture solide pour les hommes faits
(1 Pierre 2:2 ; Hébr. 5:14) ; bien plus, elle contient une nourriture
appropriée aux différentes saisons et aux diverses conditions ; et Jésus dit
que le dispensateur fidèle donnera à ses gens leur ration de blé au temps
convenable et tirera du trésor des " choses nouvelles et des choses
anciennes "( Luc 12:42 ; Matt. 13:52). Il serait impossible de tirer de
pareilles choses du trésor du credo d’une secte. Nous pourrions bien en tirer
quelques choses anciennes et bonnes de chacune, mais rien de nouveau. La vérité
contenue dans les dogmes des diverses sectes est tellement couverte et mêlée
d’erreurs que la beauté qui lui est inhérente et sa valeur réelle ne sont pas
perceptibles. Les divers credo se heurtent et se contrarient continuellement
l’un l’autre ; et
A19
comme tous
prétendent être basés sur la Bible, la confusion des pensées et la discorde qui
en résultent sont imputées à la Bible; c’est ce qui donna naissance au proverbe
si répandu: " La Bible est un vieux violon, sur lequel on peut à loisir
jouer n’importe quel air. " Que ce dicton exprime bien l’incrédulité de
notre temps, propagée grâce aux traditions humaines qui ont défiguré la parole
et le caractère de Dieu ! Mais l’incrédulité provient aussi de l’accroissement
de l’intelligence de l’homme qui ne se prosterne plus dans un respect aveugle
et superstitieux à l’égard des opinions de son semblable, mais " demande
raison de l’espérance qui est en nous ". Chaque fidèle croyant et lecteur
de la Bible devrait donc être capable de donner en tout temps raison de
l’espérance qui est en lui. La parole de Dieu seule peut nous " rendre
sages à salut " et est utile à l’enseignement, à l’instruction, etc.,
" afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne oeuvre
"( 1 Pierre 3:15 ; 2 Tim. 3:15-17). Ce dépôt unique contient seul une
provision inépuisable de choses nouvelles et anciennes, -de la nourriture dans
le temps qu’il faut pour les serviteurs de la maison. Sûrement aucun de ceux
qui ajoutent foi à ce passage de l’Ecriture sainte: " Le sentier des
justes augmente son éclat jusqu’à ce que le jour soit en sa perfection ",
ne soutiendra que le jour fut en sa perfection au temps de Luther ; c’est
pourquoi nous faisons bien de veiller sur notre lampe " comme sur une
lampe (un flambeau) qui brille dans un lieu obscur jusqu’à ce que le jour
vienne à paraître "- 2 Pierre 1:19. Il ne suffit pas non plus que nous
nous trouvions maintenant sur le sentier de la lumière ; il nous faut marcher
dans la lumière, continuer à faire des progrès ; autrement la lumière, qui ne
s’arrête point, poursuit son chemin et nous laisse dans les ténèbres (Jean
12:35). La difficulté à
A20
l’égard de
plusieurs est qu’ils restent assis et ne marchent pas sur le sentier de la
lumière. Prenez une table analytique concordante, et examinez les passages aux
mots s’asseoir et s’arrêter, puis comparez-les avec ceux trouvés aux mots
marcher et courir, et vous remarquerez un grand Contraste:des hommes "
habitent dans les ténèbres "," s’asseyent avec les moqueurs " et
" s’arrêtent " sur la voie des pécheurs, tandis que d’autres "
marchent à la lumière " et " courent " pour remporter le prix.
-Esaïe 42:7 ; Ps. 1 ; 1 Cor. 9:24 ; Hébr. 12:1. La perfection de la
connaissance n’est point une chose du passé, mais de l’avenir, -d’un avenir
très proche, nous le croyons avec confiance ; et avant d’avoir reconnu ce fait
nous ne sommes pas en état d’apprécier et d’attendre de nouveaux développements
du plan de notre Père. Il est vrai que nous retournons encore aux paroles des
prophètes et des apôtres pour toutes les connaissances du présent et de
l’avenir, non, cependant, parce qu’ils auraient toujours mieux compris que
nous, les plans et les conseils de Dieu, mais parce que Dieu se servit d’eux
comme de canaux pour nous communiquer, ainsi qu’à toute l’Eglise, à travers
l’âge de l’Evangile, la vérité relative à son plan, aussitôt qu’elle serait
mûre pour être comprise. Ce fait est surabondamment prouvé par les apôtres.
Paul nous raconte que Dieu a fait connaître à l’Eglise chrétienne le secret de
sa volonté, selon qu’il l’avait résolu auparavant en lui-même, mais qu’il ne
l’a jamais manifesté dans les autres âges, bien qu’il l’y déposât sous forme de
discours obscurs. Ces discours ne pouvaient être compris qu’à l’époque de leur
maturité, afin que les yeux de notre esprit s’éclaircissent pour pouvoir
apprécier " l’appel céleste " destiné exclusivement pour les croyants
de l’ère évangélique (Eph. 1:9, 10, 17, 18 ; 3:4-6). Cela nous montre
clairement que ni les prophètes, ni les anges ne comprenaient
A21
la pensée des
prophéties qu’ils ont émises. Pierre nous dit que lorsque les prophètes
cherchèrent avec anxiété à connaître leur signification, Dieu leur déclara que
les vérités cachées dans leurs prophéties n’étaient pas pour eux-mêmes mais
pour nous de l’âge de l’Evangile. Et il exhorte l’Eglise à espérer d’autres
grâces (faveurs ou bénédictions) ultérieures dans cette direction, -encore plus
de connaissances des plans de Dieu. -1 Pierre 1:10-13. Il est évident que
lorsque Jésus promit que l’Eglise serait conduite dans toute la vérité, ce
devait être par un développement graduel. Aux jours des apôtres, l’Eglise fut
libre de bien des erreurs qui apparurent sous la papauté ; nous ne pouvons
cependant admettre que l’Eglise primitive ait vu aussi profondément ou
clairement dans le plan de Dieu qu’il est possible de le faire aujourd’hui. Il
est évident aussi que les divers apôtres avaient des degrés différents de
lumière sur le plan de Dieu (ce qui n’affaiblit nullement le fait que tous
leurs écrits ont été dirigés et inspirés par Dieu, aussi véritablement que le
furent les paroles des prophètes). Pour preuve, nous n’avons qu’à rappeler la
conduite chancelante de Pierre et des autres apôtres, à l’exception de Paul,
pendant un certain temps, lorsque l’Evangile commença à se propager chez les
Gentils (Actes 10:28 ; 11:1-3 ; Gal. 2:11-14). L’incertitude de Pierre était en
contraste frappant avec l’assurance de Paul puisée aux paroles des prophètes,
aux procédés antérieurs de Dieu et aux révélations qui lui avaient été faites
directement. Paul a évidemment reçu des révélations plus abondantes qu’aucun
autre apôtre. Il ne lui était pas permis de communiquer ces révélations à
l’Eglise, ni même pleinement aux autres apôtres (2 Cor. 12:4 ; Gal. 2:2) ; mais
nous pouvons reconnaître tout de même la valeur que ces visions données à Paul
avalent pour l’Eglise entière:car, s’il est vrai qu’il ne lui fut pas permis de
raconter ce qu’il
A22
vit, ni de
décrire tout ce qu’il connaissait des mystères de Dieu, relativement aux "
âges à venir ", il n’en est pas moins vrai que ce qu’il vit donna à ses
paroles une force, un caractère et une profondeur, qui, -à la lumière d’événements
subséquents, d’accomplissements de prophéties et sous la direction de l’Esprit,
-nous rendent capables d’en savoir plus que l’Eglise primitive. Pour corroborer
ou confirmer ce qui précède, nous renvoyons au dernier livre de la Bible, -à
l’Apocalypse, écrite environ l’an 96 de l’ère chrétienne. Les paroles
introductives l’annoncent comme une révélation spéciale de choses inconnues
auparavant. Cela prouve clairement qu’au moins jusqu’à cette époque, le plan de
Dieu n’avait pas été révélé pleinement. De même, ce livre n’a été jusqu’à
présent rien de moins que ce que son nom indique, -un dévoilement, une
Révélation. En tant que cela concerne l’Eglise primitive, personne n’a
probablement compris aucune partie de ce livre. Même Jean, qui a eu les visions,
ignorait probablement la signification de ce qu’il voyait. Il était les deux à
la fois, et prophète et apôtre ; et tandis que, comme apôtre, il comprit et
enseigna ce qui était alors de " la nourriture au temps convenable, "
en qualité de prophète, il prononça des choses qui devaient fournir une "
nourriture aux gens de la maison dans
des saisons futures. Durant l’âge de l’Evangile, quelques-uns des saints
cherchèrent à découvrir l’avenir de l’Eglise par l’examen et l’étude de ce
livre symbolique ; et indubitablement tous ceux qui le lurent furent richement
bénis, d’après la promesse (Apoc. 1:3), même s’ils ne comprenaient qu’une
partie de ses enseignements. Ce livre continua à s’ouvrir toujours davantage
pour eux ; et, dans les jours de la Réformation, il fut pour Luther un facteur
important dans son affirmation que la papauté, dont il avait été lui-même
A23
un serviteur
consciencieux, était vraiment " l’Antéchrist " mentionné par l’apôtre
Paul ; et comme nous le voyons maintenant, l’histoire de l’Antéchrist remplit
une grande partie de cette prophétie. C’est ainsi que Dieu nous ouvre
graduellement sa vérité et nous révèle les immenses richesses de sa grâce ; et,
conséquemment, il a été révélé plus de lumière à notre époque que dans aucune
période précédente de l’histoire de l’Eglise.
Il se dissipe,
le mystère ; Les promesses vont s’accomplir ; Il va se lever sur la terre, Le
jour où Jésus doit venir.
Montre bientôt
ton Fils unique, O Père saint ! à nos regards ; Et que sa gloire magnifique
Eclate enfin de toutes parts.
Tenons nos
lampes allumées Préparons-nous pour ce beau jour ; Et que nos âmes ranimées
Soient pour Jésus pleines d’amour.
A toi, notre
unique espérance, Notre justice, ô Jéhovah ! Soient empire et magnificence,
Alléluia ! Alléluia !
Pour nous luit
la brillante AURORE D’une félicité sans Fin:seigneur, quelques instants encore,
Et tu nous prendras dans ton sein.
Comme au matin
quand la lumière, De l’horizon chasse la nuit, Tel ce JOUR sur notre carrière,
Brille déjà, l’ombre s’enfuit.
Chapitre
II—DEMONSTRATION DE L’EXISTENCE D’UN CREATEUR SOUVERAINEMENT INTELLIGENT
A24
Preuves
extra-bibliques, examinées à la lumière de la raison. -Une théorie
insoutenable. -Une théorie raisonnable. -Exposition de la nature de Dieu.
-Déductions raisonnables.
Même au point
de vue sceptique, une recherche éclairée et impartiale dans l’inconnu, à la
lumière de ce qui est connu, peut conduire le penseur intelligent et sincère
dans la direction de la vérité. Il est vrai que sans une révélation directe des
plans et des conseils de Dieu, l’homme ne peut que s’approcher de la vérité, et
n’arriver qu’à des conclusions incertaines. Essayons cependant de laisser pour
un moment la Bible de côté et d’envisager les choses uniquement au point de vue
de la raison. Celui qui, au moyen d’un télescope, ou aussi à l’oeil nu, regarde
au ciel et aperçoit l’immensité de la création, sa symétrie, sa beauté, son
ordre, son harmonie et sa diversité, et doute encore que le Créateur de tout
cela lui soit infiniment supérieur en sagesse ainsi qu’en puissance, -ou qui
peut supposer un seul moment qu’un tel ordre soit survenu par le hasard, sans
Créateur, -a perdu ou méconnaît sa faculté de raisonnement à un tel degré qu’il
peut être considéré en toute justice et selon la Bible comme un insensé (un
individu qui manque de raison ou n’en fait pas usage) : " L’insensé dit en
son Coeur:il n’y a point de Dieu. " Quoi qu’il en soit tout être
raisonnable
A25
conviendra qu’en
cela du moins la Bible dit vrai ; car c’est une vérité évidente en elle-même
que tout effet doit avoir sa cause positive. Chaque plante, chaque fleur en
rend mille fois témoignage. Sa structure, sa beauté exquise, son organisation,
tout en elle parle d’une habileté et d’une sagesse surhumaines. Qu’elle est
donc myope la présomption qui fait parade de l’habileté et de la sagacité
humaines, et qui attribue au hasard la régularité, l’uniformité et l’harmonie
de la nature ; qui reconnaît les lois de la nature, tout en niant que la nature
ait un législateur intelligent ! Ceux qui nient l’existence d’un Créateur
intelligent prétendent que la nature est le seul et unique Dieu, et que toutes
les formes de développement du règne animal et végétal en sont sorties, pour
ainsi dire, comme d’elles-mêmes, sans l’ordre d’un être intelligent, mais
gouvernées, comme ils disent, par " la loi de la survivance des plus aptes
" dans une loi d’évolution. Toutes preuves manquent à cette théorie, car
tout autour de nous nous voyons que les diverses espèces de créatures ont
chacune une nature fixe, distincte et ne se développent pas à une nature plus
haute ; et quoique ceux qui tiennent à cette théorie en aient maintes fois fait
l’essai, ils ne sont jamais arrivés à fondre les différentes espèces, ou à
produire une nouvelle variété fixe. Aucun exemple n’est connu où une espèce se
soit transformée en une autre (1). Bien qu’on trouve des poissons volants qui,
pendant un moment, peuvent se servir de leurs nageoires comme d’ailes et voler
hors de l’eau, et des grenouilles qui savent chanter, on n’a pourtant jamais
entendu que ces animaux se soient métamorphosés en oiseaux ; et quoique parmi
les bêtes, il s’en trouve quelques-unes ayant
——-
(1) Pour
l’utilité de quelques lecteurs nous remarquons que des changements tels que la
métamorphose des chenilles en papillons, ne sont pas des changements de nature
; la chenille n’est que la larve éclose de l’oeuf du papillon.
A26
une légère
ressemblance avec l’homme, rien ne prouve que ce dernier provienne de
celles-là. Au contraire, des recherches démontrent que des différentes variétés
de la même espèce peuvent bien être produites, mais qu’il est impossible de
mêler les diverses espèces, ou d’en tirer une hors d’une autre. Pour la même
raison on ne peut prétendre que l’âne et le cheval soient parents, malgré leur
ressemblance, car chacun sait que leurs rejetons sont imparfaits et ne peuvent
propager aucune des deux sortes. Si la nature, qui n’a pas d’intelligence,
était l’élément créateur ou évolutionniste, elle continuerait sûrement la loi
de l’évolution, et il n’y aurait aucune trace d’espèces fixes, puisque sans
intelligence rien n’arrive à une condition stable. L’évolution serait encore un
fait actuel, et nous verrions autour de nous des poissons devenir des oiseaux
et des singes devenir des hommes. Nous concluons donc que cette théorie est
aussi contraire à la raison humaine qu’à la Bible, si elle prétend que des
êtres intelligents ont été créés par une puissance manquant d’intelligence.
Voici le résumé d’une théorie contre laquelle nous n’avons aucune sérieuse
objection et qui envisage la création [à l’exception de l’homme] d’après une
loi d’évolution. Cette théorie admet que les diverses espèces actuelles sont
fixes et invariables en ce qui concerne la nature et le genre ; et quoique la
nature actuelle puisse être développée à un bien plus haut degré, voire même
jusqu’à la perfection, l’espèce ou la nature restera toujours la même. Elle
admet de plus qu’aucune de ces espèces déterminées n’a été originellement créée
ainsi, mais que dans un passé très reculé elles se sont développées de la
terre, et que, par un progrès d’évolutions graduelles, elles ont passé d’une
forme à une autre. Ces évolutions, d’après des lois divinement établies, dans
lesquelles les changements de
A27
nourriture et
de climat ont joué un rôle important, peuvent avoir continué jusqu’à ce que les
espèces fixes que nous voyons maintenant fussent établies, au delà desquelles
tout changement est impossible, le but final du Créateur à cet égard ayant été
atteint selon toute apparence. Quoique chacune des différentes familles de
plantes et d’animaux soit susceptible d’amélioration et de dégradation, aucune
d’elles ne peut être métamorphosée en une espèce ou famille, ou être produite
d’une autre. Et quoique chacune d’elles puisse atteindre la perfection de sa
propre nature déterminée, un changement ultérieur sous ce rapport est
impossible après que le but assigné par le Créateur a été atteint. On dit que
les plantes et les animaux originels, desquels les variétés fixes d’à présent
descendent, se sont éteints avant la création de l’homme. Des squelettes et
fossiles d’animaux et de plantes qui n’existent plus maintenant, mais qui ont
été trouvés très bas sous la surface de la terre, confirment cette théorie. Ce
point de vue ne rejette et n’ignore point l’enseignement de la Bible, qui nous
dit que l’homme fut une créature directe et parfaite, faite à l’image mentale et
morale de son Créateur, et non le produit d’un développement par une loi
d’évolution, à laquelle probablement le reste de la création fut soumis. Cette
opinion n’infirme en aucun sens, mais appuie plutôt, l’enseignement de la
Bible, qui affirme que la nature, telle qu’elle est en ce jour, a été ordonnée
par un Etre intelligent qui fut sa cause première. Que la raison cherche de son
mieux à rapporter des faits connus à des causes raisonnables et efficaces,
tenant en tout cas pleinement compte des lois de la nature:derrière ce
mécanisme embrouillé et confus il se trouvera toujours la main de son grand
Auteur, le Dieu intelligent et omnipotent. Nous avons donc le droit d’affirmer
que l’existence d’un
A28
Créateur
intelligent est une vérité clairement démontrée, dont la preuve se trouve
partout autour de nous:oui, même au dedans de nous ! Car nous sommes son
oeuvre, une oeuvre dont la force d’esprit et le corps témoigne d’une si
merveilleuse habileté qu’elle dépasse notre compréhension. Et il est de même le
législateur, l’architecte et le créateur de ce que nous appelons la nature.
Nous prétendons que c’est lui qui régla et établit les lois de la nature, dont
nous voyons et admirons la belle harmonie. Ce Dieu unique, dont la sagesse
projeta l’Univers et dont la puissance le conserve et le dirige, nous l’adorons
et nous l’honorons instinctivement ; car sa sagesse et sa puissance surpassent
infiniment la nôtre. Reconnaître l’existence de ce Dieu puissant et souverain
ne peut que faire trembler devant sa force infinie, à moins de reconnaître
aussi que sa bonté et sa bienveillance égalent sa puissance. Nous sommes aussi
absolument certains de ce fait que de celui qui prouve si évidemment son
existence, sa puissance et sa sagesse. Nous sommes non seulement obligés de
conclure qu’il y a un Dieu et que sa puissance et sa sagesse sont bien au
dessus de la nôtre, mais aussi la simple raison nous oblige de croire que la
plus grande chose créée n’est pas supérieure à son Créateur ; il s’ensuit donc
que la plus grande manifestation de bienveillance et de justice entre les
hommes est très inférieure en étendue à celle du Créateur, de même que la
sagesse et la puissance de l’homme sont inférieures à la sienne. Et par ce qui
précède nous avons en vue le caractère et les attributs du grand Créateur. Il
est sage, juste, charitable et tout-puissant ; et l’extension de ses attributs
est sans aucun doute infiniment plus grande que celle de sa création grandiose.
Allons plus loin:ayant atteint cette conclusion raisonnable, relative à l’existence
et au caractère de notre Créateur,
A29
nous nous
demandons:que pouvons-nous attendre d’un tel être ? La réponse sera que la
possession de tels attributs réclame sans doute leur exercice et leur
fonctionnement. Il faut que la puissance de Dieu soit utilisée, et cela en
harmonie avec sa propre nature, -sagement, justement et d’une façon charitable.
Quels que soient les moyens pour atteindre ce but, quel que soit l’effet de la
puissance de Dieu, il faut que le résultat final s’accorde avec sa nature et
son caractère, et chaque pas doit être conforme à sa sagesse infinie. Qu’y
aurait-il de plus raisonnable qu’un exercice de puissance tel que celui que
nous voyons se manifester autour de nous, dans la création de mondes
innombrables et d’une variété merveilleuse sur la terre ? Qu’y aurait-il de
plus raisonnable que la création de l’homme, richement doué de raison et de
jugement, capable d’apprécier les oeuvres de son Créateur et de réfléchir sur
sa sublimité, -sur sa sagesse, sa justice, sa puissance et sur son amour ? Tout
cela est raisonnable et en parfait accord avec les faits qui nous sont connus.
Et voici maintenant notre proposition finale. N’est-il pas raisonnable de
croire qu’un être si infiniment bon et sage qui donna le jour à une créature capable
de le comprendre lui et son plan, se verrait aussi poussé par son amour et sa
justice à satisfaire les désirs naturels de cette créature en lui donnant
quelque REVELATION ? Ne serait-ce pas une supposition raisonnable de croire que
Dieu veut fournir aux hommes des renseignements concernant leur existence et
ses intentions à l’endroit de leur avenir ? Au contraire, nous demandons, ne
serait-ce pas tout à fait déraisonnable de penser qu’un tel Créateur ferait une
créature, telle que l’homme, la douant de la puissance d’intelligence qui la
rend capable de méditer sur l’avenir, mais ne ferait aucune révélation de ses
plans pour satisfaire
A30
à ces désirs ?
Un procédé pareil serait dépourvu de sens, parce qu’il serait en contradiction
avec la nature que nous attribuons par notre raison à Dieu ; en contradiction
avec l’essence d’un être qui est tout justice et tout amour. Si lors de la
création, la Sagesse divine n’avait pas jugé à propos de donner à l’homme une
connaissance de sa destinée future et de la part qui lui est faite dans les
plans de son Créateur, à coup sûr, la Justice divine, aussi bien que la Charité
divine, eussent insisté pour que son être à lui fût limité dans ses capacités
afin qu’il ne fût pas constamment tourmenté et tracassé par des doutes, des
craintes et de l’ignorance ; en conséquence aussi la Puissance divine n’aurait
agi que jusqu’à ces limites-là. Donc, le fait que l’homme possède la capacité
d’apprécier une révélation du plan divin, en connexion avec la nature de son
Créateur, est une raison surabondante pour que Dieu accorde cette révélation,
dans la mesure où sa sagesse le juge convenable. Ainsi donc, en présence de ces
considérations, même si nous ignorions la Bible, notre raison nous obligerait à
attendre une révélation telle que la Bible le prétend. Et de plus, si nous
pensons à l’ordre et à l’harmonie de la création en général ; si nous
considérons que les sphères et les systèmes planétaires, dans leur procession
grandiose, gardent leur position et se tiennent au temps qui leur sont
assignés, nous devons admettre que les irrégularités d’ordre secondaire, telles
que tremblements de terre, cyclones, etc., indiquent tout au plus un travail de
perfectionnement dans l’ensemble des divers éléments. Chercher l’assurance
qu’un jour tout sera parfait et harmonieux sur la terre comme dans les cieux,
demander des éclaircissements afin de savoir pourquoi cela n’est point ainsi
actuellement, ce sont là des questions que l’homme réfléchi peut
raisonnablement poser et auxquelles peut répondre le Créateur, dont la sagesse,
la puissance
A31
et l’amour sont
démontrés. Voilà pourquoi nous devrions nous attendre à ce que la révélation
désirée contienne et cette assurance et ces éclaircissements. Ayant donc vu
combien il est raisonnable d’attendre une révélation du plan et de la volonté
de Dieu concernant notre race, nous examinerons dans le chapitre suivant le
caractère général de la Bible qui, sans réserve, prétend être une révélation de
ce genre. Et si elle présente le caractère de Dieu en parfaite harmonie avec ce
que, d’après les considérations précédentes, la raison nous dicte, alors nous
conclurons que, par cela, elle fournit elle-même la preuve de cette révélation
divine très nécessaire qu’attend notre raison, et nous pourrons accepter son
témoignage comme venant de Dieu. Donc, si la Bible vient de Dieu, ses
doctrines, une fois pleinement comprises, seront en parfait accord avec le
caractère de Dieu, qui, comme la raison nous le dicte, est parfait en sagesse,
en justice, en amour et en puissance.
L’Eternel seul
est Seigneur, Seul Il est Dominateur, Sur les peuples de la terre. Il est
Maître souverain Des ouvrages que sa main Pour sa gloire a voulu faire.
Chapitre III—LA
BIBLE:REVELATION DIVINE VUE A LA LUMIERE DE LA RAISON
A32
Prétentions de
la Bible et preuves évidentes de son authenticité. -Son antiquité et sa
préservation. -Son influence morale. Les nubiles des auteurs. -Caractère
général des Ecritures. -Les livres de Moïse. -La loi de Moïse. -Particularités
du gouvernement institué par Moïse. -Ce n’était point un système de pouvoir
sacerdotal. -Instructions pour les officiers d’état civil. -Riches et pauvres
au même niveau devant la loi. -Sauvegarde contre ceux qui veulent jouer avec
les droits du peuple. -La prêtrise, une classe non favorisée, comment
entretenue, etc. -Protection contre l’oppression des étrangers, veuves,
orphelins et domestiques. -Les prophètes de la Bible. -Y a-t-il un lien commun
d’unité entre la loi, les prophètes et les écrivains du Nouveau Testament ?- Les
miracles ne sont point contre la raison. -Conclusion raisonnable.
La Bible est le
flambeau de la civilisation et de la liberté. Son influence pour le bien de la
société a été reconnue par les plus grands hommes d’état, quoiqu’ils ne l’aient
regardée principalement qu’à travers les lunettes des divers credo
contradictoires qui, tout en soutenant la Bible, défigurent pourtant
cruellement ses doctrines. Le bon vieux livre a été, sans qu’ils l’aient voulu,
tristement maltraité par ses amis, ce qui ne veut pas dire que plusieurs
d’entre eux en cas de besoin ne donneraient pas leur vie pour elle. Oui,
franchement, ils lui font plus de tort que ses ennemis eux-mêmes, car ils
prétendent appuyer sur la Bible leurs idées fausses concernant la
A33
vérité, idées
qui ont été si longtemps reçues et entretenues par les traditions de leurs
pères. Puissent-ils se réveiller, examiner de nouveau leur oracle et confondre
par là ses ennemis en les désarmant ! Puisque la lumière naturelle nous permet
d’attendre une révélation plus parfaite que celle qu’elle nous offre elle-même,
tout esprit réfléchi et raisonnable sera disposé à examiner les prétentions de
toute religion qui se donnera pour une révélation divine, à condition toutefois
que cette révélation divine paraisse être conforme à la raison et à la vérité.
La Bible prétend être une révélation de ce genre, elle vient à nous avec une
évidence extérieure suffisante pour que ses prétentions puissent être autant
que possible justifiées, et elle nous donne l’espérance bien fondée que si nous
l’examinons à fond elle nous fournira les preuves plus complètes et plus
certaines d’être en effet la parole de Dieu. La Bible est le livre le plus
ancien qui existe ; elle a survécu aux orages de trente siècles. On a essayé
par tous les moyens possibles de la bannir de la surface de la terre:on l’a
cachée, enterrée, on a fait de sa possession un crime digne de mort, et ceux
qui ont cru en elle ont subi les plus amères et les plus impitoyables
persécutions ; mais le livre vit encore. Aujourd’hui, beaucoup de ses ennemis
dorment dans la poussière, des centaines de volumes écrits pour la dénigrer et
détruire son influence sont oubliés depuis longtemps, alors que la Bible a fait
son chemin chez tous les peuples et dans toutes les langues de la terre ; on en
a déjà fait plus de deux cents traductions différentes. Le fait que ce livre a
survécu à tant de siècles, malgré les efforts sans pareils tentés pour le
bannir et le détruire, est certes une preuve évidente du fait que le grand
Auteur duquel se réclame la Bible en a été aussi le Préservateur. Il est
également vrai que la Bible a exercé partout une
A34
bonne influence
morale. Celui qui sonde et examine soigneusement ses pages, s’élèvera
inévitablement à une vie plus pure. D’autres écrits sur la religion et sur les
sciences ont jusqu’à un certain point fait beaucoup de bien à l’humanité, l’ont
ennoblie et lui ont été en bénédiction ; mais tous les autres livres, pris dans
leur ensemble, n’ont point été capables d’apporter à la création gémissante, la
joie, la paix et le bonheur que la Bible a apportés au riche comme au pauvre,
au savant comme à l’ignorant. La Bible n’est point un livre à parcourir
superficiellement ; c’est un livre qui doit être étudié et médité avec soin ;
car les pensées de Dieu sont plus élevées que nos pensées et ses voies plus
élevées que nos voies. Et si nous voulons comprendre le plan et les pensées de
Dieu, il s’agit d’employer toutes nos forces à cette oeuvre importante. Les
plus riches trésors de la vérité ne se trouvent pas toujours à la surface. D’un
bout à l’autre la Bible tend à mettre constamment en relief un caractère
transcendant, Jésus de Nazareth, qui, comme elle nous l’apprend, est le Fils de
Dieu. Du commencement à la fin, tout ce qui le concerne:son nom, son ministère
et son oeuvre dominent le reste. Qu’un homme nommé Jésus de Nazareth vécut à
peu près dans le temps indiqué par les écrivains de la Bible, est un fait
historique, en dehors de la Bible et qui a été diversement et pleinement
confirmé. Que ce Jésus a été crucifié parce qu’il était devenu un scandale aux
Juifs et à leurs prêtres, c’est encore un autre fait prouvé par l’histoire et
confirmé par les écrivains du Nouveau Testament. Les auteurs du Nouveau
Testament (à l’exception de Paul et de Luc) étaient des connaissances
personnelles et des disciples de Jésus de Nazareth ; ce sont eux qui ont exposé
ses doctrines. L’apparition de n’importe quel livre fait supposer que l’auteur
a eu un but en l’écrivant. Nous nous demandons
A35
en conséquence,
quels motifs pouvaient donc avoir ces gens à épouser la cause de Jésus-Christ ?
Il fut condamné à mort par les Juifs et crucifié comme un malfaiteur:les plus
scrupuleux parmi eux en matière religieuse étaient d’accord pour exiger sa
mort, comme de quelqu’un indigne de vivre. Et pendant que ces hommes
défendaient sa cause et propageaient ses doctrines, ils bravaient les
privations, le mépris et les persécutions les plus amères, risquant leur vie et
souffrant même parfois le martyre. En admettant que Jésus fut une personne
remarquable aussi bien dans sa vie que dans son enseignement, quel autre motif
encore aurait pu avoir qui que ce fût de prendre sa cause après sa mort ?-
D’autant plus que sa mort fut extrêmement ignominieuse. Et si nous supposions
que ces écrivains ont inventé leur narration, et que Jésus a été leur héros
idéal ou imaginaire, ne serait-il pas absurde d’admettre que des gens sains
d’esprit eussent écrit comme ils l’ont fait, après avoir prétendu:que Jésus
était le Fils de Dieu, qu’il avait été engendré d’une manière surnaturelle,
qu’il possédait des forces surnaturelles par lesquelles il guérissait les
lépreux, rendait la vue aux aveugles-nés, l’ouïe aux sourds et réveillait même
les morts ? C’eût été puéril au dernier point de raconter qu’au moment critique
tous ses amis et disciples, et parmi eux les écrivains même, l’abandonnèrent et
s’enfuirent, pendant qu’une poignée de ses ennemis l’exécutaient comme
imposteur ! Le fait que l’histoire profane n’est pas d’accord en tout point
avec ces écrivains, ne doit pas nous porter à conclure tout de suite que leurs
récits sont faux. Celui qui voudrait raisonner ainsi devrait indiquer et
démontrer ce qui a déterminé ces écrivains à faire de fausses déclarations.
Quels motifs pouvaient les exciter ? Pouvaient-ils, raisonnablement parlant,
espérer obtenir par là quelque fortune, de la gloire, de la puissance ou tout
autre avantage
A36
terrestre ?
Déjà la pauvreté des amis de Jésus et l’impopularité de leur héros, parmi la
corporation religieuse de la Judée, contredisent une telle pensée, tandis que
ces faits:qu’il mourut comme un malfaiteur et un perturbateur, qu’il fut le
méprisé et le dernier des hommes, n’offraient aucune espérance de gloire, aucun
avantage terrestre à ceux qui auraient voulu faire revivre sa doctrine. Au
contraire, si telle avait été l’intention de ceux qui annonçaient Jésus, n’y
auraient-ils pas renoncé aussitôt, lorsqu’ils découvrirent que cette doctrine
ne rapportait que déshonneur, persécution, emprisonnement, coups et même la mort
? La raison nous dit clairement que des hommes qui sacrifièrent patrie,
réputation, honneur et vie, qui ne vécurent point pour les jouissances
temporelles, mais dont tous les efforts tendaient à relever au plus haut degré
le niveau moral chez leurs contemporains, n’agissaient pas seulement pour
arriver à un but quelconque, mais pour atteindre par le plus pur mobile au but
le plus noble et le plus élevé. La raison nous dit en outre que le témoignage
d’hommes pareils, poussés uniquement par un mobile aussi pur et aussi sublime,
est dix fois plus digne d’être pris en considération que le témoignage
d’écrivains ordinaires. Ces hommes n’étaient pas non plus des
fanatiques:c’étaient des hommes sains d’esprit et d’intelligence, toujours
disposés en toute occasion à rendre raison de leur foi et de leur espérance ;
persévérant jusqu’à la fin dans leurs convictions qui étaient en tout point
conformes à la raison. Et ce que nous avons remarqué ici peut s’appliquer
également aux divers écrivains de l’Ancien Testament ; l’essentiel, c’est
qu’ils étaient des hommes connus par leur fidélité à l’Eternel ; et l’histoire
biblique rapporte et censure leurs fautes et leurs faiblesses aussi
impartialement qu’elle recommande leurs vertus et leur fidélité. Cela doit
A37
surprendre ceux
qui prétendent que la Bible est une histoire inventée, destinée à inspirer aux
hommes une sainte crainte en présence d’un système religieux tout particulier.
Il y a de la droiture et de la franchise dans la Bible, ce qui lui donne son
cachet de vérité. Un imposteur qui voudrait faire paraître un homme bien grand
et qui désirerait ardemment faire passer ses écrits pour inspirés de Dieu,
aurait soin de donner à son personnage un caractère irréprochable et noble,
sans aucune tare. Un pareil procédé n’a pas été suivi dans la Bible, c’est donc
une preuve suffisante qu’elle n’a pas été combinée pour séduire ni pour
tromper. Nous avons donc raison d’attendre une révélation du plan et de la
volonté de Dieu ; nous avons vu que la Bible prétend être cette révélation,
qu’elle fut écrite par des hommes que nous n’avons aucun motif de suspecter
quant au but qu’ils se sont proposé, mais auxquels nous devons donner au
contraire notre pleine approbation. Examinons maintenant le caractère des
écrits prétendus inspirés, pour voir si leurs enseignements répondent aux
perfections que nous avons attribuées avec raison à Dieu, et si leur contenu
porte l’empreinte de la vérité. Les cinq premiers livres du Nouveau Testament
et différents autres de l’Ancien Testament, sont des narrations ou des
histoires d’événements qui sont arrivés pendant la vie des écrivains et qui par
cela même sont authentiques. Chacun conviendra qu’une révélation spéciale n’est
pas nécessaire pour raconter des choses parfaitement connues, et qu’il suffit
de dire la vérité. Mais si Dieu voulait donner une révélation à l’homme, en
rapport avec certains événements de son histoire, n’est-il pas naturel qu’il
ait dirigé et conduit les circonstances de manière à ce que ces intègres
narrateurs aient été mis en contact avec ces événements ? L’authenticité des
parties historiques de la Bible
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repose presque
entièrement sur le caractère et les mobiles de leurs auteurs. Des gens de bien
ne diront point de mensonges. Une source pure ne peut pas donner de l’eau
amère. Et le témoignage réuni de ces écrits impose le silence à quiconque
prétendrait que leurs auteurs ont pu dire ou faire le mal pour qu’il en arrive
du bien. L’authenticité de certains livres de la Bible, tels que les Rois, les
Chroniques et les Juges, n’est en aucune manière affaiblie si nous disons
qu’ils ne sont que des histoires écrites avec soin et véracité, et qui
concernent les personnages et les événements importants de ces temps. Les
écrits hébraïques contiennent des histoires aussi bien que la loi et les
prophéties ; leurs histoires et leurs généalogies sont d’autant plus détaillées
dans leur exposé, qu’on était dans l’attente du Messie promis, lequel devait
descendre d’une lignée spéciale d’Abraham. Cela explique suffisamment pourquoi
sont mentionnés certains actes historiques que la lumière de ce dix-neuvième
siècle considère comme peu raffinés. Par exemple, c’est pour donner un aperçu
clair de l’origine des nations moabite et ammonite, et de leur parenté avec
Abraham et les Israélites, que l’historien jugea nécessaire, selon toute
probabilité, d’enregistrer toute leur descendance (Gen. 19:36-38). Un rapport
très détaillé est pareillement donné des enfants de Juda, dont David fut le
descendant, et par lui les généalogies de Marie, mère de Jésus (Luc 3:23, 31,
33, 34), et de Joseph, son mari (Matth. 1:2-16), remontent jusqu’à Abraham. La
nécessité d’établir exactement l’arbre généalogique était sans doute d’autant
plus importante que c’était de là que devait sortir aussi bien le Roi qui
devait régner sur Israël que le Messie promis (Gen. 49:10) :voilà pourquoi tant
de détails minutieux qui ne se trouvent pas ailleurs. -Gen. 38. Il peut y avoir
eu des raisons semblables, ou même différentes
A39
de celles
indiquées plus haut pour que la Bible ait mentionné d’autres faits historiques;
l’utilité pourra en être reconnue peu à peu:si les écrits bibliques étalent
simplement des traités de morale, les citations historiques auraient pu être
supprimées sans aucun préjudice ; mais en tout cas personne ne peut affirmer
avec raison que la Bible sanctionne, n’importe où, l’impureté. En outre, on
fait bien de se rappeler que les mêmes faits peuvent être racontés avec plus ou
moins de tact, et suivant les langues, tandis que les traducteurs de la Bible
étalent, à bon droit, trop consciencieux pour omettre quoi que ce soit ; ils
vivaient, au reste, dans un temps qui n’est pas le nôtre et où on n’y regardait
pas de si près quant au choix des expressions ; on peut en dire autant des époques
les plus reculées de la Bible quant à leur manière de s’exprimer. Certes,
l’individu le plus dédaigneux ne peut trouver d’objection, dans ce sens, à
aucune expression du Nouveau Testament.
Les livres de
Moïse et les lois qui y sont promulguées.
Les cinq
premiers livres de la Bible sont reconnus pour être les cinq livres de Moïse,
quoiqu’ils ne déclarent nulle part qu’il en est l’auteur. Il est admis, et avec
raison, qu’ils furent écrits par Moïse ou sous sa surveillance, et que, cela va
sans dire, le récit de sa mort et de son ensevelissement y a été ajouté par son
secrétaire. S’il n’existe pas la déclaration positive que ces livres ont été
écrits par Moïse, ce n’est point une preuve pourtant que ce ne soit pas le cas
; car si quelqu’un d’autre l’avait fait par fraude, il n’aurait certainement
pas manqué, pour cacher sa tromperie, d’attribuer ces livres au grand
conducteur, au grand homme d’Etat d’Israël (Voyez Deut. 31:9-27). Nous sommes
certains d’une chose, c’est que Moïse a conduit le
A40
peuple des
Hébreux hors d’Egypte. Il l’organisa en nation soumise aux lois déposées dans
ces livres; et pendant plus de trois mille ans la nation hébraïque, d’un commun
accord, a prétendu avoir reçu ces livres de Moïse comme un legs, qu’elle a
religieusement conservé, en sorte que nul n’osa changer un iota ni un trait de
lettre, ce qui nous garantit la pureté du texte. Ces écrits de Moïse
contiennent la seule histoire authentique ou digne de foi, qui existe de
l’époque qu’elle représente. L’histoire chinoise essaie de commencer la sienne
par la création, en racontant comment Dieu sortit en canot sur l’eau, tenant en
sa main un monceau de terre qu’il lança dans l’eau, et elle prétend que ce
monceau de terre devint ce monde-ci, etc. Mais cette histoire est tellement
dépourvue de sens qu’une candide intelligence d’enfant même ne saurait s’y
méprendre. Par contre, l’exposé de la Genèse suppose l’existence d’un Dieu,
d’un Créateur, d’une intelligence suprême comme cause première. Il ne parle pas
de Dieu comme ayant eu un commencement, mais de son oeuvre et du commencement
de celle-ci, puis de ses progrès successifs: " Au commencement, Dieu créa
les cieux et la terre. " Alors, sans entrer dans d’autres détails ou
explications sur l’origine de la terre, le récit continue rapidement à travers
les six jours [époques] qui préparent la venue de l’homme. Ce compte rendu est,
dans son essence, confirmé par la science qui, vieille de quatre mille ans, et
aidée par les millions et les moyens des temps modernes, a profité largement de
cette accumulation de lumières. Il est donc beaucoup plus raisonnable
d’admettre que son auteur, Moïse, a été divinement inspiré que de prétendre à
l’intelligence supérieure d’un seul homme sur celle du reste de l’humanité
depuis trois mille ans. Regardez d’abord l’arrangement des lois déposées dans
A41
ces écrits.
Certes, elles n’eurent pas leurs égales, ni alors, ni plus tard, jusqu’au
dix-neuvième siècle ; et les lois de notre siècle sont basées sur les principes
contenus dans la loi mosaïque, et rédigées aussi pour la plupart par des hommes
qui reconnurent l’origine divine de la loi de Moïse. Le Décalogue est un
sommaire de toute la loi. Ces dix commandements prescrivent un code d’adoration
et de morale qui doit frapper d’admiration tout observateur sérieux ; et s’ils
n’avaient jamais été connus auparavant, et qu’on les eût trouvés maintenant
parmi les ruines et les antiquités de la Grèce, de Rome ou de Babylone (nations
qui se sont élevées et puis sont tombées en décadence, longtemps après que ces
lois furent données), ils seraient regardés sinon comme surnaturels, du moins
comme des merveilles. Mais la longue habitude de les avoir et de connaître
leurs exigences a produit une assez grande indifférence:donc leur vraie
grandeur n’est remarquée que par le petit nombre. Ces commandements
n’enseignent rien de Christ, il est vrai ; aussi n’ont-ils point été donnés aux
chrétiens, mais aux Hébreux ; non pour enseigner la foi en une rançon, mais
pour convaincre l’homme de sa condition pécheresse et de la nécessité d’une
rançon. Et la substance de ces commandements a été glorieusement résumée par
l’illustre fondateur du christianisme en ces mots: " Tu aimeras le
Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force
;" et " tu aimeras ton prochain comme toi-même. "- Marc 12:30,
31. Le gouvernement institué par Moïse diffère de tous les autres, anciens et
modernes, parce qu’il prétend être celui du Créateur même, et parce que le
peuple était responsable envers lui:ses lois et ses institutions civiles et
religieuses prétendaient émaner de Dieu, et étaient, comme nous le verrons tout
à l’heure, en parfaite harmonie avec ce que la
A42
raison nous
enseigne du caractère de Dieu. Le tabernacle dans le centre du camp avait dans
son " saint des saints " une manifestation de la présence de Jéhovah
comme du roi des Hébreux ; le peuple y recevait d’une manière surnaturelle
l’instruction pour l’administration régulière de ses affaires comme nation. Un
ordre de prêtres fut établi qui avait la charge complète du tabernacle ; par
eux seuls était permis l’accès auprès de Jéhovah et la communion avec lui. La
première pensée de quelques-uns pourrait être: " Ah ! voilà le but de leur
organisation là, comme chez les autres
nations, les prêtres gouvernèrent le peuple et abusèrent de sa crédulité en lui
inspirant la crainte, pour leur propre honneur et pour leur profit. "
Mais, halte-là, mes amis ; n’admettons pas trop vite de pareilles suppositions.
Lorsqu’il existe une si bonne occasion de les éprouver à la lumière des faits,
il ne serait pas raisonnable de tirer les conclusions sans apprécier les faits.
Voici une preuve irréfutable contre de telles suppositions:les droits et les
privilèges des prêtres étaient limités ; il ne leur était donné aucun pouvoir civil,
et ils étaient privés de toute occasion d’abuser de leur charge et d’agir
contrairement aux droits et à la conscience du peuple ; et cet arrangement fut
créé par Moïse, qui était lui-même un membre de la famille sacerdotale. Lorsque
Moïse, en sa qualité de représentant de Dieu, conduisit Israël hors de la
servitude d’Egypte, la force des choses centralisa le gouvernement entre ses
mains et fit de cet homme " fort doux " un autocrate en pouvoir et en
autorité ; bien que, à cause de la douceur de son caractère, il fût réellement
le serviteur surchargé de son peuple et que toute sa force vitale fût épuisée
par les soucis accablants de sa position. C’est ici que vient se greffer
l’établissement d’un gouvernement, lequel fut virtuellement une démocratie. Mais
hâtons-nous d’ajouter ceci afin qu’il n’y
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Ait point de
Malentendu:envisagé par les incrédules, le gouvernement d’Israël était une
démocratie, mais considéré à la lumière des idées mêmes d’Israël, il était une
théocratie, c’est à dire un gouvernement divin ; car les lois, données par Dieu
à Moïse, ne subissaient aucun changement:on n’osait rien ajouter au code de la
loi, ni y retrancher la moindre chose. Par cela même le gouvernement d’Israël
était différent de tout antre gouvernement antérieur ou postérieur. L’Eternel
dit à Moïse: " Assemble auprès de moi soixante-dix hommes des anciens du
peuple d’Israël, de ceux que tu connais comme anciens du peuple et ayant
autorité sur lui ; amènes-les à la tente d’assignation, et qu’ils s’y présentent
avec toi. Je descendrai, et là je te parlerai ; je prendrai de l’esprit qui est
sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi la charge du
peuple, et que tu ne la portes pas à toi seul "( Nomb. 11:16, 17, -voyez
de même les versets 24 à 30 comme exemple d’humilité et de fidèle et franc
gouvernement). Quand il relate cet ordre, Moïse dit: " Je pris alors les
chefs de vos tribus, des hommes sages et connus [par leur influence], et je les
mis à votre tête comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et
chefs de dix, et comme ayant autorité dans vos tribus. "- Deut. 1:15 ;
Exode 18:13-26. Ainsi nous voyons que, loin de chercher à agrandir ou à
perpétuer son propre pouvoir, en plaçant le gouvernement du peuple sous le
contrôle de sa parenté directe, avec la tribu de Lévi, et en permettant à
celle-ci de se servir de l’autorité religieuse pour entraver les droits et les
libertés du peuple, ce législateur admirable introduisit au contraire chez le
peuple une forme de gouvernement qui était plutôt de nature à développer
l’esprit de liberté. Les histoires d’autres nations et d’autres gouverneurs ne
fournissent aucun exemple semblable. Partout le gouverneur
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chercha sa
propre élévation et l’augmentation de son pouvoir. Même là où les dirigeants
aidèrent à établir des républiques, les événements subséquents prouvèrent
qu’ils l’avaient fait par politique, afin d’obtenir la faveur du peuple et
d’augmenter leur propre pouvoir. Dans les circonstances où Moïse se trouvait,
tout homme ambitieux, dominé par la politique et tachant de captiver le peuple
par des promesses trompeuses, aurait travaillé à une plus grande centralisation
du pouvoir à son profit et à celui de sa famille. Cela paraissait une tâche
d’autant plus facile que l’autorité religieuse était déjà inféodée à cette
tribu et que cette nation avait le sentiment d’être gouvernée par Dieu depuis
le tabernacle. On ne peut pas supposer non plus qu’un homme capable de former
des lois pareilles et de gouverner un tel peuple ait possédé si peu
d’intelligence qu’il n’ait pas vu tout le profit qu’il aurait pu recueillir
d’un autre système. Le gouvernement était si complètement remis entre les mains
du peuple que, quoiqu’il fût convenu de porter devant Moïse les causes
difficiles à l’égard desquelles les gouverneurs ne pouvaient prendre de
décision, c’était au peuple lui-même à décider quels cas devaient être soumis à
Moïse: " Lorsque vous trouverez une cause trop difficile, vous la porterez
devant moi, pour que je l’entende. "- Deut. 1:17. Ainsi nous voyons
qu’Israël était une république dont les magistrats agissaient par commission
divine. Et, à l’étonnement de ceux qui prétendent dans leur ignorance que la
Bible sanctionna et établit des empires dominant le peuple, au lieu " d’un
gouvernement du peuple par le peuple ", remarquons que cette forme
républicaine de gouvernement civil dura plus de quatre cents ans. Et alors,
elle fut changée en celle d’un royaume ; à la demande des " anciens
", sans l’approbation de l’Eternel, qui dit à Samuel, fonctionnant alors
comme une sorte de président:
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" Ecoute
la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils
rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux.
" Sur les instances de Dieu, Samuel expliqua au peuple comment ses droits
et ses libertés seraient foulés aux pieds, comment il deviendrait lui-même
serviteur par un tel changement ; mais le peuple avait été entraîné par le courant
général et par l’exemple des autres nations qui avoisinaient les Hébreux (1
Sam. 8:6-22). Comment ne pas supposer, en tenant compte de ce désir d’Israël
soupirant après un roi, que Moïse aurait pu se mettre sans difficulté à la tête
d’un grand empire ? Tandis qu’Israël dans son ensemble représentait une nation,
la division en tribu fut cependant toujours reconnue après la mort de Jacob.
D’un commun accord chaque famille ou tribu élut ou reconnut certains membres
comme ses représentants ou chefs. Cette coutume se conserva même pendant le
temps-si long-de son esclavage en Egypte. Ceux-ci furent nommés chefs ou
anciens, et c’est à eux que Moïse transmit l’honneur et le pouvoir du
gouvernement civil ; au lieu que, s’il avait voulu concentrer le pouvoir dans
ses mains et dans sa famille, ceux-là auraient été les derniers qu’il eût
honorés du pouvoir et auxquels il eût remis des fonctions. Les instructions
regardées comme venant de Dieu et données à ces commissaires désignés pour le
gouvernement civil, sont un modèle de simplicité et de pureté. Moïse déclara au
peuple, en présence de ses juges: " Je donnai, dans le même temps, cet
ordre à vos Juges:ecoutez vos frères et jugez selon la justice les différends
de chacun avec son frère ou avec l’étranger. Vous n’aurez point égard à
l’apparence des personnes dans vos jugements ; vous écouterez le petit comme le
grand ; vous ne craindrez aucun homme, car c’est Dieu qui rend la justice. Et
lorsque vous trouverez une cause trop difficile, vous la porterez
A46
devant moi pour
que je l’entende "( Deut. 1:16, 17). Après la mort de Moïse ces causes
furent portées directement à l’Eternel par le grand prêtre, la réponse
consistait en oui ou non, au moyen de " l’urim " et du " thummim
"( lumière et perfection). Au vu de ces faits, que devons-nous dire de la
théorie qui tend à accréditer que ces livres furent écrits par des prêtres
trompeurs pour s’assurer l’influence et le pouvoir sur le peuple ? De tels
hommes auraient-ils forgé dans cette intention des documents qui ne tendaient
qu’à détruire le but qu’ils auraient, dit-on, poursuivi ;- des documents qui
prouvaient clairement que le grand conducteur d’Israël, qui appartenait
lui-même à la tribu de Lévi, excluait, sur l’instance de Dieu, la prêtrise, du
pouvoir civil, en le plaçant dans les mains du peuple ? Quelqu’un pourrait-il
appeler une telle conclusion raisonnable ? Il est, de plus, digne de remarque
que les lois de la civilisation la plus avancée, dans ce dix-neuvième siècle,
ne prennent pas des mesures plus délicates pour que les riches et les pauvres
se trouvent sur le même pied de responsabilité devant la loi civile. La loi de
Moïse ne faisait absolument pas de distinction. Quant à la protection du peuple
contre le danger d’une pauvreté extrême et d’une richesse excessive et
puissante, aucune autre loi nationale ne fut jamais décrétée qui surveillât si
soigneusement ce point. La loi de Moïse prévoyait une restitution chaque
cinquantième année-leur année de jubilé. Cette loi, tout en empêchant
l’aliénation absolue de la propriété, prévint son accumulation dans les mains
d’un petit nombre (Lév. 25:9, 13-23, 27-30). De fait, les Israélites furent
habitués à se considérer comme frères et à agir en conséquence ; à s’assister
sans compensation et à ne tirer aucun intérêt l’un de l’autre. Voyez Exode
22:25 ; Lév. 25:36, 37 ; Nomb. 26:52-56.
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Toutes les lois
furent publiées, ce qui empêchait les fourbes de tourner à leur profit les
droits du peuple. Les lois étaient affichées, de sorte que chacun pouvait les
copier s’il le voulait ; et, afin que les pauvres et les plus illettrés ne les
ignorassent pas, c’était le devoir des prêtres de les lire au peuple à
l’occasion de ses grandes fêtes septennales (Deut. 31:10-13). Est-il
raisonnable de supposer que de pareilles lois et ordonnances aient été
inventées par des hommes mauvais, ou par des gens qui cherchaient à tromper le
peuple dans ses libertés et à lui ravir son bonheur ? Une telle assertion ne
serait-elle pas dénuée de raison ? Pour ce qui concerne les droits et les intérêts
de l’étranger et même de l’ennemi, la loi mosaïque fut en avance sur notre
temps de trente-deux siècles, -en admettant que les lois les plus civilisées
d’aujourd’hui l’égalent en beauté et en équité. Nous lisons: " La même loi
existera pour l’indigène comme pour l’étranger en séjour au milieu de vous ;
car je suis l’Eternel votre Dieu ".- Exode 12:49 ; Lév. 24:22. " Si
un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’opprimerez
point. Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du
milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers
dans le pays d’Egypte. "- Lév. 19:33,34. " Si tu rencontres le boeuf
de ton ennemi ou son âne égaré, tu ne manqueras point de le lui ramener. Si tu
vois l’âne de celui qui te hait abattu sous son fardeau, donne-toi garde de
l’abandonner; tu ne le laisseras point là, "" tu t’aideras à le
décharger. "- Exode 23:4, 5. Les animaux eux-mêmes-privés du don de la
parole, -n’étaient point oubliés. La cruauté envers les bêtes aussi bien
qu’envers les êtres humains était sévèrement interdite. Un boeuf ne devait pas
être muselé pendant qu’il
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foulait le
grain ; pour l’excellente raison qu’un ouvrier est digne de son salaire. L’âne
et le boeuf ne devaient pas labourer ensemble, à cause de l’inégalité de leurs
pas et de leurs forces ; c’était considéré comme une cruauté. On pourvut aussi
à leur repos. -Deut. 25:4 ; 22:10 ; Exode 23:12. On pourrait croire que le
sacerdoce a été une institution égoïste, parce que la tribu de Lévi fut
entretenue grâce au dixième annuel ou dîme du produit individuel de ses frères
des autres tribus. Cette conception injuste est assez répandue chez les
sceptiques qui, probablement par ignorance, placent sous un faux jour une des
preuves les plus éclatantes de la part que Dieu eut dans l’organisation de ce
système, lequel ne fut pas l’oeuvre d’une prêtrise égoïste et hypocrite. A vrai
dire, il n’est pas rare que ce système soit représenté sous de fausses couleurs
par une prêtrise moderne qui cherche fort à établir un système semblable, et à
le donner en exemple, sans mentionner quels étaient, à la base, les principes
et le mode de paiement. Ce système reposait en effet sur la plus stricte
équité. Lorsque Israël entra en possession du pays de Canaan, les Lévites
avaient certainement autant de droits à une portion du pays que les autres
tribus ; toutefois, d’après le commandement formel de Dieu, ils n’en reçurent
aucune ; quelques villes leur furent cependant assignées comme résidences ; ces
villes étaient dispersées parmi les autres tribus, dont les affaires
religieuses étaient confiées à ces Lévites. Cette défense fut prononcée neuf
fois avant la division du pays. En compensation d’une part du pays, il fallut
leur assurer un équivalent, et la dîme fut ce dédommagement juste et naturel.
Mais ce n’est pas tout:quoique la dîme, ainsi que nous venons de le voir, leur
revînt comme un juste dédommagement, elle ne fut pas imposée comme une taxe,
niais elle fut payée comme une contribution
A49
volontaire.
Aucune menace n’obligea les frères des Lévites à fournir cette
contribution:tout dépendait de leur équité. Les seules exhortations au peuple à
ce sujet étaient les suivantes: " Garde-toi, pendant tout le temps que tu
vivras sur la terre, d’abandonner le Lévite "( Deut. 12:19). " Tu ne
délaisseras point le Lévite qui sera dans tes portes, car il n’a ni part ni
héritage avec toi. "- Deut. 14:27. Est-il raisonnable, nous le demandons,
de supposer que cet état de choses ait été organisé par des prêtres égoïstes et
ambitieux ?- bel avantage pour eux que celui de se déshériter eux-mêmes et de
se rendre dépendants de leurs frères pour leur entretien ! La raison
n’enseigne-t-elle pas le contraire ? Le fait qu’aucune mesure spéciale ne fut
prise pour honorer la prêtrise, vient encore corroborer ce qui précède et
prouver une fois de plus que Dieu fut l’auteur de ces lois. Des imposteurs se
seraient occupés avant tout de prescrire pour eux-mêmes des égards et le
respect de tous, et ils auraient frappé de peines sévères et de malédictions
ceux qui auraient manqué à ces égards. Mais rien de pareil n’apparaît:ni
révérence spéciale, ni honneurs particuliers n’ont été prévus ; il n’existe
aucune immunité pour violences ou pour insultes. La loi commune, qui ne faisait
point de distinction entre les classes et qui n’avait point d’égards pour
personne, était la seule protection. Cela est d’autant plus remarquable que le
traitement des domestiques, des étrangers et de la vieillesse était l’objet
d’une législation spéciale. Par exemple: " Tu ne maltraiteras point
l’étranger et tu ne l’opprimeras point ;... tu n’affligeras point la veuve, ni
l’orphelin. Si tu les affliges, et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs
cris ; ma colère s’enflammera, et je vous détruirai par l’épée ; vos femmes
deviendront veuves et vos enfants orphelins "( Exode 22:21-24 ; 23:9 ;
Lév. 19:33, 34). " Tu n’opprimeras
A50
point le
mercenaire, pauvre et indigent, qu’il soit l’un de tes frères, ou l’un des
étrangers demeurant dans ton pays, dans tes portes. Tu lui donneras le salaire
de sa journée avant le coucher du soleil ; car il est pauvre et il lui tarde de
le recevoir. Sans cela, il crierait à l’Eternel contre toi, et tu te chargerais
d’un péché "( Deut. 24:14-15 ; Lév. 19:13 ; Exode 21:26, 27). " Tu te
lèveras devant les cheveux blancs et tu honoreras la personne du vieillard (Lév. 19:32 ; voyez aussi le verset 14).
Tout cela existe, et pourtant il n’y a rien de spécial en faveur des prêtres
(ou Lévites), ou de leurs dîmes. Les ordonnances sanitaires de la loi, si
nécessaires pour un peuple pauvre et longtemps opprimé, conjointement avec les
arrangements et délimitations au sujet d’animaux purs et impurs qui pouvaient
ou ne pouvaient pas être mangés, sont remarquables, et seraient, ainsi que d’autres
traits, dignes d’être relevées si l’espace permettait leur examen ; il suffit
de dire qu’elles démontrent que cette loi peut être placée hardiment en face
des résultats les plus récents obtenus dans ce domaine par la science médicale,
et qu’elle peut soutenir la comparaison, à moins qu’elle ne les devance. La loi
de Moïse a aussi un côté typique que nous sommes obligés de réserver pour un
examen futur ; mais ce simple et rapide coup d’oeil prouve jusqu’à l’évidence
que cette loi, qui constitue en vérité la charpente du système entier de la
religion révélée, développé dans les autres livres de la Bible, est vraiment
une merveille de sagesse et de justice, surtout si l’on prend en considération
sa date. Chacun est obligé d’admettre, à la lumière de la raison, qu’il
n’existe aucune preuve que cette loi soit l’oeuvre d’intrigants ouvriers
d’iniquité, mais qu’elle correspond exactement avec ce que la nature enseigne
des perfections de Dieu. Elle démontre clairement sa sagesse, sa justice et sa
charité. De plus, Moïse qui fut évidemment
A51
un pieux et
noble législateur, nie que la loi vienne de lui et l’attribue à Dieu (Exode
24:12 ; Deut. 9:9-11 ; Lév. 1:1 ; Exode 26:30). Etant donné son caractère en
général et la règle qu’il donna au peuple de ne faire aucun faux témoignage et
d’éviter l’hypocrisie et le mensonge, est-il raisonnable de supposer qu’un tel
homme porta lui-même un faux témoignage et qu’il fit passer ses propres vues et
ses lois pour celles de Dieu ? Rappelons aussi que nous examinons les éditions
actuelles de la Bible, et que par conséquent l’authenticité et l’intégrité qui
la caractérisent à un si haut degré sont de même applicables aux copies faites
par les successeurs de Moïse. Quoiqu’il y eût de méchants hommes parmi ses
successeurs, qui cherchèrent leur propre bien et non celui du peuple, il est
évident qu’ils ne se permirent aucune liberté avec les Ecrits sacrés qui sont
restés intacts et purs jusqu’à ce jour.
Les prophètes
de la Bible.
Jetons
maintenant un regard sur le caractère des prophètes de la Bible et sur leurs
témoignages. Un fait digne de remarque, c’est que les prophètes (sauf quelques
exceptions) ne furent point des prêtres et que, à leur apparition, leurs
prophéties répugnaient généralement aussi bien à la prêtrise dégénérée et
esclave de son temps, qu’au peuple, toujours enclin à l’idolâtrie. Ces messages
de Dieu au peuple renfermaient en général des reproches à propos de ses péchés
et des menaces de punitions à venir ; à l’occasion, ils renfermaient aussi des
promesses de bénédictions futures, après que le peuple aurait délaissé le péché
et serait retourné à la grâce de l’Eternel. Le sort des prophètes fut, pour la
plupart, bien loin d’être enviable ; ils furent généralement outragés,
plusieurs furent emprisonnés et moururent de mort violente (Voyez 1 Rois 18:4,
10, 17, 18 ; 19:10 ; Jér. 38:6 ; Hébr. 11:32-38). Pour quelques-uns
A52
ce ne fut que
des années après leur mort, que leur vrai caractère de prophètes de Dieu fut
reconnu. Nous parlons ici surtout des auteurs prophétiques qui prétendent être
inspirés directement par Dieu. On fera bien dans ce rapprochement de ne pas
perdre de vue que la loi fut donnée à Israël sans aucune entremise sacerdotale
; elle fut communiquée par Dieu au peuple par la bouche de Moïse (Exode
19:17-25 ; Deut. 5:1-5). Et de plus, c’était le devoir de chacun, lorsqu’il
constatait une violation de la loi, de reprendre le pécheur (Lév. 19:17). Ainsi
tous eurent le droit d’enseigner et de reprendre ; mais, comme c’est le cas de
nos jours, la majorité était absorbée par le souci des affaires ; elle devint
indifférente et irréligieuse ; et bien peu relativement remplirent leur devoir
en reprenant le péché et en exhortant à la piété. Ces prédicateurs sont nommés
" prophètes " dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. L’expression
" prophète ", employée ordinairement, signifie interprète public, et
les prêtres publics de l’idolâtrie, eux aussi, furent appelés ainsi ; par
exemple " les prophètes de Baal " etc. (Voy. 1 Cor. 14:1-6 ; 2 Pierre
2:1 ; Matth. 7:15 ; 14:5 ; Néh. 6:7 ; 1 Rois 18:40 ; Tite 1:12). Prophétiser,
dans le sens ordinaire d’enseigner, devint plus tard le privilège d’une
certaine classe et dégénéra en pharisaïsme, en ce que, à la place des
commandements de Dieu, elle enseigna la tradition des anciens ;- s’opposant par
là à la vérité, les pharisiens devinrent de faux prophètes ou de faux docteurs.
-Matth. 15:2-9. Hors de cette grande classe appelée prophètes, l’Eternel en
élut de temps à autre quelques-uns ; il les chargea spécialement de messages
qui se rapportaient parfois à des choses du temps présent et d’autres fois à
des événements encore futurs. C’est aux écrits de cette classe de prophètes qui
parlaient et écrivaient selon l’Esprit saint, que nous
A53
voulons
maintenant consacrer notre attention. Ils peuvent en toute justice être
désignés comme des
Prophètes ou
voyants (ou commissaires divins).
Si l’on se
rappelle que ces prophètes étaient pour la plupart des laïques, n’ayant aucune
part à la dîme sacerdotale, et si l’on ajoute qu’ils n’étaient pas seulement
les censeurs des rois et des juges, mais aussi ceux des prêtres (bien qu’ils ne
blâmassent pas le sacerdoce, mais les péchés personnels de ceux qui en
remplissaient les fonctions), il est clair que l’on ne pourrait prétendre avec
raison que ces prophètes fussent ligués avec les prêtres, ou avec qui que ce
fût, pour établir des erreurs au nom de Dieu. Un examen raisonnable, à la
lumière des faits, s’oppose à un tel soupçon. Si donc nous ne trouvons aucune
raison d’incriminer les divers mobiles des auteurs de la Bible, mais que nous
reconnaissions que ses diverses parties sont inspirées par un esprit de
droiture et de vérité, recherchons maintenant la question de savoir s’il
n’existe pas une connexion ou un enchaînement entre les écrits de Moïse, ceux
des prophètes et ceux des écrivains du Nouveau Testament. Si nous trouvions un
même ordre d’idées formant une chaîne d’un bout à l’autre de la Loi, des
Prophètes et des écrits du Nouveau Testament (qui remplissent ensemble une
période de quinze cents ans), ce serait, d’accord avec le caractère des
écrivains, une raison suffisante, pour nous, d’admettre leur prétention,
-d’être inspirés de Dieu, -surtout si le thème qui leur est commun est noble et
sublime, et s’accorde bien avec ce que le sens commun sanctifié nous apprend de
la nature et des attributs de Dieu. Voici ce que nous Trouvons:un seul plan, un
esprit, un dessein, un but pénètre le livre tout entier. Ses premières pages
nous racontent la création et la chute de l’homme ;
A54
ses dernières,
le relèvement de l’homme depuis cette chute ; et les pages intermédiaires
démontrent les progrès successifs du plan de Dieu dans l’accomplissement de ce
dessein. L’harmonie, en même temps que le contraste, des trois premiers et des
trois derniers chapitres est frappante. Les premiers décrivent la création
originelle, les derniers la création renouvelée et restaurée, avec
l’éloignement du péché et de sa malédiction ; ceux-là montrent comment Satan et
le mal se frayèrent une entrée dans le monde pour séduire et détruire, ceux-ci
montrent les oeuvres de Satan détruites, l’homme déchu et perdu restauré, le
mal extirpé et Satan anéanti ; les uns montrent le gouvernement perdu par Adam,
les autres montrent ce pouvoir restauré et rétabli pour toujours par Christ, et
la volonté de Dieu s accomplissant sur la terre comme au ciel ; les uns
montrent le péché comme la cause efficiente de la dégradation, de l’ignominie
et de la mort, les autres montrent que la récompense de la droiture sera la
gloire, l’honneur et la vie. Quoique écrite par plusieurs plumes, à des époques
différentes et dans des circonstances diverses, la Bible n’est pas simplement
une collection de prescriptions morales, de sages maximes et de mots pleins de
consolations. Elle est plus:elle est une exposition raisonnable, philosophique
et harmonieuse de la cause du mal actuel dans le monde, de son seul remède et
du résultat final prévu par la sagesse divine, à qui la fin de son plan était
connue avant son commencement ; et cette sagesse marquait aussi bien le sentier
du peuple de Dieu qu’elle le soutenait et le fortifiait par les plus grandes et
les plus précieuses promesses, qui se réaliseront au temps fixé. La doctrine de
la Genèse, que l’humanité fut éprouvée en son état de perfection originelle,
dans son représentant ; que ce dernier tomba et que les défauts actuels, les
maladies
A55
et la mort en
sont les conséquences ; mais que Dieu ne la délaissa point, au contraire, qu’il
la délivrera finalement par un rédempteur né d’une femme (Gen. 3:15) ; est
conservée et développée tout le long du Livre. La nécessité de la mort d’un
rédempteur comme un sacrifice pour les péchés, et de sa justice pour couvrir
nos péchés, est indiquée dans les robes de peaux qui couvrirent Adam et Eve ;
dans l’acceptation de l’offrande d’Abel ; dans Isaac sur l’autel ; dans les
divers sacrifices par le moyen desquels les patriarches avaient accès auprès de
Dieu ; et dans les sacrifices institués par la loi et perpétués à travers tout
l’âge judaïque. Les prophètes, malgré leur faible compréhension de la
signification de plusieurs de leurs prophéties (1 Pierre 1:12), parlent
distinctement de l’imposition des péchés sur une personne en lieu et place d’un
animal ; et, en vision prophétique, ils voient celui qui doit racheter et
délivrer la race humaine " comme un agneau mené à la boucherie "; ils
disent que " le châtiment qui nous apporte la paix est tombé sur lui
", et que " c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris
". Ils le dépeignent comme " le méprisé et le dernier des hommes, un homme
de douleurs et qui sait ce que c’est que la langueur ", et déclarent que
" l’Eternel a fait venir sur lui l’iniquité de nous tous "( Esaïe
53:3-6). Ils disent où ce libérateur naîtrait (Michée 5:2), et en quel temps il
mourrait, nous assurant que ce ne serait " pas pour lui-[même] "(
Dan. 9:26). En ce qui concerne sa propre personne, ils mentionnent diverses
particularités:qu’il serait " juste " et libre de " fraude
"," d’outrage ", ou de quelque cause justifiant la mort (Esaïe
53:8, 9, 11) ; qu’il serait trahi pour trente pièces d’argent (Zach. 11:12) ;
que dans sa mort il serait compté parmi les transgresseurs (Esaïe 53:12) ;
qu’aucun de ses os ne serait rompu (Ps. 34:21 ; Jean 19:36) ; et que, quand
bien même il mourrait et serait enseveli, sa
A56
chair ne
verrait point la corruption, et que lui-même ne resterait pas dans le sépulcre.
-Ps. 16:10 ; Act. 2:31. Les écrivains du Nouveau Testament démontrent
clairement, d’une manière simple et convaincante, l’accomplissement de toutes
ces prédictions en la personne de Jésus de Nazareth, et prouvent par des
raisonnements logiques qu’une rançon, semblable à celle que Jésus donna (celle
prédite dans la loi et les prophètes), était nécessaire avant que les péchés du
monde puissent être effacés (Es. 1:18). Ils tracent le plan entier de la
manière la plus logique et la plus forte, ne faisant point appel aux préjugés
ni aux passions de leurs auditeurs, mais seulement à leur intelligence éclairée
; ils l’étayent des raisonnements les plus remarquables possibles en exactitude
et en force, n’importe où qu’on les cherche et dans n’importe quel sujet. Voyez
Rom. 5:17-19 et plus loin jusqu’au chapitre 12. Moïse souligne dans la loi, non
seulement un sacrifice, mais aussi une extinction des péchés et une bénédiction
du peuple sous ce grand Libérateur, dont la puissance et l’autorité, quoique
semblables aux siennes (Deut. 18:15, 19), les dépasseraient infiniment. Le
Libérateur promis ne doit pas seulement bénir Israël, mais par Israël "
toutes les familles de la terre "( Gen. 12:3 ; 18:18 ; 22:18 ; 26:4). Et
malgré les préjugés contraires du peuple juif, les prophètes continuent sur le
même ton et déclarent que le Messie sera aussi " la lumière qui doit
éclairer les nations "( Esaïe 49:6 ; Luc 2:32) ; que les nations viendront
à lui " des extrémités de la terre "( Jér. 16:19); que son nom "
sera grand parmi les nations "( Mal. 1:11) ; et que la " gloire de
l’Eternel sera révélée et toute chair ensemble la verra ".- Esaïe 40:5.
Voyez aussi Esaïe 42:1-7. Les écrivains du Nouveau Testament prétendent avoir
l’onction divine qui les rend capables de reconnaître l’accomplissement des
prophéties dans le sacrifice de Jésus.
A57
Et si, en
qualité de Juifs, ils avaient, eux aussi, d’abord cru que toutes les
bénédictions n’étaient que pour leur peuple seul (Act. 11:1-18), ils voient
maintenant, forts de cette onction, que lorsque leur nation serait bénie,
toutes les familles le seraient également avec elle et par elle. Ils
reconnaissent aussi qu’avant la bénédiction de chacun d’eux d’Israël et du
monde, il se ferait une élection d’un " petit troupeau " composé de
juifs et de Gentils (nations), lequel, une fois éprouvé, serait trouvé digne
d’être fait cohéritier de la gloire et de l’honneur du Grand Libérateur, et
participerait avec lui à l’honneur de bénir Israël et toutes les nations. -Rom.
8:17. Ces mêmes écrivains attestent et démontrent l’harmonie de cette vue
d’ensemble avec ce qui est écrit dans la loi et les prophètes ; et la grandeur
et la largeur du plan qu’ils nous présentent surpasse de beaucoup la plus
sublime conception qu’on puisse imaginer:c’est " une bonne nouvelle qui
sera une grande joie pour tout le peuple ". La pensée du Messie comme
souverain non seulement d’Israël, mais aussi du monde, suggérée dans les livres
de Moïse, est le thème de tous les prophètes. La pensée du royaume prédominait
aussi dans les enseignements des apôtres, et Jésus nous apprit à prier: "
que ton règne vienne " et promit que tous ceux y participeraient qui,
premièrement, souffriraient pour la vérité, et par là prouveraient qu’ils sont
dignes de cette dignité royale. Cette espérance du glorieux royaume qui vient,
donna à tous les croyants fidèles le courage d’endurer la persécution et de
souffrir l’opprobre, les privations, les pertes et même la mort. Et dans les
grandioses prophéties allégoriques, par lesquelles se clôt le Nouveau
Testament, tout est fidèlement dépeint:le digne " Agneau qui a été immolé
"( Apoc. 5:12), les dignes " vainqueurs "( 1 Jean 5:4 ; Apoc.
2:26 ; 3:12, 21 ; 21:7) qu’il fera rois et prêtres
A58
dans son
royaume, les épreuves qu’ils ont à soutenir et les obstacles qu’ils doivent
surmonter pour être dignes de participer à ce royaume. Puis, des
représentations symboliques à l’égard des bénédictions qui s’ensuivront pour le
monde, sous ce règne millénaire, lorsque Satan sera lié, lorsque la mort
adamique et les douleurs seront anéanties, et lorsque toutes les nations de la
terre marcheront à la lumière du royaume céleste-la nouvelle Jérusalem. Du commencement
à la fin de la Bible s’étend une doctrine qui ne se trouve nulle part ailleurs
et qui est en opposition avec les théories de toutes les religions païennes, -à
savoir, qu’une vie future est à venir pour les morts par une résurrection des
morts. Tous les écrivains inspirés expriment leur confiance en un rédempteur,
et l’un d’eux déclare qu’à " ce matin-là ", lorsque Dieu les
appellera hors de la tombe et qu’ils en sortiront, les méchants n’auront plus
l’autorité sur la terre, -que " les hommes droits auront domination sur
eux dès le matin "( Ps. 49:15). La résurrection des morts est enseignée
par les prophètes ; et les écrivains du Nouveau Testament font reposer sur ce
point l’accomplissement de toutes leurs espérances. Paul l’exprime ainsi: "
Car s’il n’y a point de résurrection des morts, Christ aussi n’est point
ressuscité ; et si Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc
vaine et votre foi aussi est vaine... ceux donc aussi qui dorment en Christ
sont péris ! Mais maintenant Christ est ressuscité des morts, et il a été fait
les prémices de ceux qui dorment... Car comme tous meurent en Adam, de même
aussi tous seront vivifiés en Christ. "- 1 Cor. 15:13-22. La Bible est
semblable à une montre, dont la quantité de roues paraît d’abord superflue,
mais dont la plus lente a son importance ; elle est un ensemble complet et
harmonieux, quoiqu’elle soit composée de plusieurs parties et rédigée par
plusieurs plumes. Aucune partie n’est superflue,
A59
et si
quelques-unes occupent une place considérable et proéminente, toutes les
parties sont cependant utiles et nécessaires. C’est l’habitude des "
penseurs " soi-disant " avancés " et des " grands
théologiens " de nos jours, de mentionner à peine ou d’ignorer les "
miracles " de l’Ancien Testament, si même ils ne les nient pas, en les
nommant " fables de vieilles femmes ". Au nombre de celles-ci on
compte le récit de Jonas et du grand poisson, celui de Noé et de l’arche, d’Eve
et du serpent, du soleil qui s’arrêta selon le commandement de Josué, et de
l’ânesse de Balaam qui parla. Apparemment ces hommes sages négligent de voir
que la Bible est tellement unie et entrelacée dans ses diverses parties que lui
arracher ces miracles ou les discréditer, revient à discréditer et à détruire
la Bible entière. Car si les comptes rendus originaux sont faux, ceux qui les
répétèrent étaient alors ou des falsificateurs ou des dupes, et en tout cas il
serait impossible d’accepter leur témoignage comme divinement inspiré. Eliminer
de la Bible les miracles mentionnés serait invalider le témoignage de ses
principaux auteurs, outre celui de notre Seigneur. L’histoire de la chute est
attestée par Paul (Rom. 5:17) ; ainsi que la séduction d’Eve par le serpent (2
Cor. 11:3 ; 1 Tim. 2:14). -Voyez aussi le renvoi de notre Seigneur dans Apoc.
12:9 et 20:2. L’arrêt du soleil à la défaite des Amorrhéens, preuve de la
puissance du Seigneur, était évidemment le type de la puissance qui sera
déployée dans l’avenir par la main de celui que Josué symbolisait ou
représentait. Trois prophètes attestent cela. (Esaïe 28:21 ; Hab. 3:2-11 ;
Zach. 14:1, 6, 7). Le récit de l’ânesse qui parla est confirmé par Jude (vers.
11) et par Pierre (2 Pierre 2:16). Et le grand docteur, Jésus, confirme les
narrations de Jonas et du grand poisson, et de Noé et du déluge (Matt. 12:40 ;
24:38, 39 ; Luc 17:26. Voyez aussi 1 Pierre 3:20.)
A60
En réalité ce
ne sont pas de plus grands prodiges que ceux qui furent accomplis par Jésus et
les apôtres, tels que l’eau changée en vin, la guérison des maladies, etc. ; et
comme miracle, la résurrection des morts est le plus merveilleux de tous, le
prodige des prodiges. Ces miracles que notre expérience considère comme
étranges, trouvent leurs parallèles en d’autres prodiges surprenants qui se
passent chaque jour autour de nous, mais que, à cause de leur fréquence, on
laisse passer sans y faire attention. La reproduction de l’organisme vivant,
animal ou végétal, est au-dessus de notre compréhension, ainsi qu’au-dessus de
notre pouvoir, -conséquemment miraculeuse. Nous pouvons voir l’exercice du
principe de la vie, mais nous ne pouvons ni le comprendre ni le produire. Nous
plantons deux graines l’une à côté de l’autre ; les conditions, l’eau, l’air et
le sol sont les mêmes ; elles croissent, nous ne pouvons dire comment, et le
plus savant des naturalistes ne saurait expliquer ce miracle. Ces graines
développent des organismes de tendances opposées ; l’une rampe, l’autre se
dresse ; la forme, les fleurs, les couleurs, tout diffère, et pourtant les
conditions ont été les mêmes. Nous nous habituons à ces prodiges à tel point
que sitôt que nous quittons l’admiration de l’enfance nous cessons de les
contempler comme des merveilles. -Pourtant ils révèlent une puissance qui
surpasse de beaucoup notre intelligence limitée ; il en est de même aussi des
quelques miracles de la Bible, qui y sont enregistrés dans des intentions
spéciales et qui eurent lieu afin de manifester l’omnipotence et la faculté du
grand Créateur, en vertu desquelles il surmonte chaque obstacle et exécute toute
sa volonté, oui, même la résurrection des morts promise, l’extermination du mal
et le règne définitif de l’éternelle justice. Ici nous nous arrêtons. Chaque
point qui précède a été
A61
éprouvé par la
raison. Nous avons trouvé qu’il y a un Dieu suprême, un Créateur intelligent,
en qui la sagesse, la justice, l’amour et la puissance abondent en parfaite
harmonie. Nous avons reconnu raisonnable l’attente d’une révélation de ses
plans à ses créatures capables de les apprécier et de s’y intéresser. Nous avons
trouvé la Bible qui prétend être cette révélation digne de considération. Nous
avons examiné ses auteurs et leurs buts possibles à la lumière de ce qu’ils
enseignèrent eux-mêmes ; et nous avons été étonnés, parce que notre raison nous
dit qu’une telle sagesse, unie à une telle pureté de motifs, ne pouvait être un
tour adroit d’hommes rusés voulant le faire servir à un but égoïste. Notre
raison nous a engagé à admettre qu’il est bien plus probable que des lois et
des sentiments si justes et si bienfaisants émanent de Dieu et non de l’homme,
elle déclare aussi avec force qu’ils ne peuvent être l’oeuvre de prêtres
intrigants. Nous avons vu l’harmonie du témoignage concernant Jésus, son
sacrifice de rançon, et la résurrection et les bénédictions pour tous comme
résultat final dans son glorieux royaume à venir ; et la raison nous dit qu’un
projet si vaste, si grandiose-et construit sur des déductions aussi logiques,
au delà de tout ce qu’autrement nous pourrions raisonnablement attendre, doit
être en effet le plan de Dieu cherché par nous. Ce ne peut être la simple
invention de l’homme, car même étant révélé, il est presque trop élevé pour
être cru par l’homme. Lorsque Colomb découvrit l’Orénoque, quelqu’un lui dit
qu’il avait trouvé une île. A quoi il répondit: " Un fleuve comme celui-ci
ne coule pas d’une île. Ce puissant torrent doit faire écouler les eaux d’un
continent. " De même la profondeur, la puissance, la sagesse et l’étendue
du témoignage de la Bible nous convainquent que ce n’est pas l’homme, mais le
Dieu tout-puissant qui est l’auteur de
A62
ces plans et de
ces révélations. Nous avons jeté un regard rapide à la surface des Ecritures,
-elles prétendent être d’origine divine, -et nous avons trouvé cela
raisonnable. Dans les chapitres suivants, nous essayerons de déployer et de
développer les diverses parties du plan de Dieu, ce qui fournira, nous
l’espérons, à chaque coeur sincère, des preuves évidentes que la Bible est une
révélation divinement inspirée, et que la longueur et la largeur, la hauteur et
la profondeur du plan qu’elle déploie, reflètent glorieusement le caractère
divin, reconnu obscurément jusqu’ici, mais qu’on verra plus clairement
maintenant, grâce à la lumière du jour du Millénium qui mugit déjà l’horizon.
Chapitre IV—LES
EPOQUES ET LES DISPENSATIONS DE TEMPS MARQUEES DANS LE DEVELOPPEMENT DU PLAN
DIVIN
A63
Le plan de
Dieu, un plan défini et systématique. -Trois grandes époques de l’histoire
universelle. -Leurs traits distinctifs. -La terre subsiste toujours. -Le monde
à venir, les nouveaux cieux et la nouvelle terre. -Subdivisions de ces grandes
époques. -Les traits importants du plan de Dieu qui en ressortent-La juste
dispensation de la parole de la vérité.
De même qu’il
arrive facilement à un homme de se faire une fausse idée de l’adresse et de la
sagesse d’un grand architecte et constructeur, s’il n’a devant lui qu’une
oeuvre inachevée, ainsi en est-il de plusieurs, qui, dans leur ignorance, se
permettent un jugement sur l’oeuvre inachevée de Dieu ; mais, peu à peu,
lorsque le grossier échafaudage du mal, permis jusqu’ici pour la discipline de
l’homme, mais qui finalement doit être dominé pour son bien, sera démoli et les
décombres enlevés, alors l’oeuvre de Dieu, achevée, annoncera universellement
sa sagesse et sa puissance infinies, et son plan paraîtra en parfaite harmonie
avec son caractère. Puisque Dieu nous dit qu’il a un conseil fixé
définitivement, et que tous ses desseins doivent s’accomplir, il convient,
comme enfants, de nous informer diligemment de ce que sont ces plans, afin que
nous puissions entrer
A64
dans leur
réalisation. Remarquez comme Jéhovah nous affirme solennellement la fermeté de
ses intentions. " L’Eternel des armées l’a juré, en Disant:oui, ce que
j’ai décidé arrivera, ce que j’ai résolu s’accomplira... L’Eternel des armées a
pris cette résolution, qui s’y opposera ? Sa main est étendue:qui la détournera
?"" je suis Dieu et il n’y en a point d’autre, je suis Dieu et nul
n’est semblable à moi... Mes arrêts subsisteront et j’exécuterai toute ma
volonté... je l’ai dit et je le réaliserai:je l’ai conçu et je l’exécuterai
"( Esaïe 14:24, 27 ; 46:9-11). Quelque mystérieux et obscurs que nous
paraissent donc les procédés de Dieu avec l’homme, ceux qui croient en ce
témoignage de sa parole doivent avouer que son plan originel et inaltérable
s’est rapproché pas à pas et systématiquement de son achèvement, et s’en
rapproche encore. Tandis que la grande masse de l’humanité, tâtonnant dans les
ténèbres de l’ignorance, est obligée d’attendre que le plan de Dieu soit
dévoilé avant de pouvoir comprendre le glorieux caractère de l’Architecte divin,
c’est le privilège de l’enfant de Dieu de voir, par la foi et la lumière de sa
lampe (la parole de Dieu), la gloire prédite de l’avenir, et de pouvoir par ce
moyen comprendre les procédés, autrement si mystérieux, du passé et du présent.
Voilà pourquoi, en notre qualité d’enfants (fils) de Dieu, appelés à son
héritage, nous nous tenons à l’infaillible Parole de notre Père, afin d’arriver
à comprendre ses conseils par les plans et les indications qu’elle renferme.
Nous apprenons d’elle que le plan de Dieu, par rapport à l’homme, embrasse
trois grandes périodes, commençant à la création de l’homme et plonge dans un
avenir sans limites. Pierre et Paul considèrent ces périodes comme " trois
mondes ", que nous représentons dans le diagramme suivant:
A65
Grandes époques
nommées " mondes ".
Ces trois
grandes époques représentent trois manifestations distinctes de la Providence
divine. La première, depuis la création jusqu’au déluge, était sous
l’administration des anges, et est nommée par Pierre: " Le monde d’alors
".- 2 Pierre 3:6. La seconde grande époque, depuis le déluge jusqu’à
l’avènement du royaume de Dieu, est sous le pouvoir limité de Satan, " le
prince de ce monde ", et est nommée " Le présent siècle (monde)
mauvais. "- Gal. 1:4 ; 2 Pierre 3:7. La troisième comme un " monde
sans fin "( 1) sera sous l’administration divine, le royaume de Dieu, et
est nommée " Le monde à venir-où la justice habite. "- Hébr. 2:5 ; 2
Pierre 3:13. La première de ces périodes ou " mondes ", sous le
ministère des anges, fut un projet manqué (une non-réussite) ; la seconde, sous
la domination de Satan, l’usurpateur, a été en effet un " monde mauvais
"; mais la troisième sera une ère de justice et de bénédiction pour toutes
les familles de la terre. Les deux derniers de ces " mondes " sont
tout particulièrement mentionnés, et les dépositions
——-
(1) Les mots ad
olme ad, dans Esaïe 45:17, rendus par " vous ne serez point honteux et
vous ne serez jamais confus, " ont été traduits plus correctement en
anglais, comme ci-dessus, ou, suivant Segond: " jusque dans l’éternité
;" les versions de Lausanne et Darby les rendent par " aux siècles
des siècles ", et celle de Perret-Gentil, - " dans tous les âges
": Litt. " jusqu’à des âges continus, " dont plusieurs ensemble
forment un monde ou une époque.
A66
qui s’y
rapportent montrent combien est grand leur contraste. La présente ou seconde
période, n’est pas nommée " le présent monde mauvais " parce qu’elle
ne contient rien de bon, mais parce qu’il est permis au mal d’y avoir la prédominance:
" Maintenant nous estimons heureux les hautains ; oui, les méchants
prospèrent ; oui, ils tentent Dieu et ils échappent !"- Mal. 3:15. La
troisième époque est mentionnée comme le " Monde à venir-où la justice
habite ", non parce qu’il ne s’y trouvera plus de mal, mais parce que le
mal ne prédominera plus. L’extinction du mal se fera graduellement et exigera
les premiers mille ans complètement. Le mal ne régnera plus il ne prospérera
plus ; ce ne seront plus les méchants qui fleuriront ; mais " le juste
fleurira. "( Ps. 72:7), " ceux qui obéiront volontairement mangeront
le meilleur [les biens] du pays "( Esaïe 1:19), et " les méchants seront retranchés. "- Ps.
37:9. Considérée ainsi, la prochaine économie sera, dans presque tous ses
détails, tellement différente de la présente qu’elle en sera juste le
contraire. Les paroles de notre Seigneur montrent pourquoi il y aura une
différence entre les économies présente et future. C’est parce que c’est lui
qui sera le prince ou le dominateur du monde à venir, afin que la justice et la
vérité puissent y prospérer ; tandis qu’à présent, parce que Satan est le
prince du présent monde mauvais, le mal prospère et le méchant fleurit. Le
prince de ce inonde " n’a rien en moi ", dit Jésus ; il hait donc les
disciples de Jésus, il les tente, les tourmente et les soufflette (Jean 14:30 ;
2 Cor. 12:7), -et tous ceux qui veulent vivre pieusement dans ce " présent
monde mauvais " sont persécutés, tandis que " le méchant terrible
s’étend comme un laurier vert. "- 2 Tim. 3:12 ; Ps. 37:35. Jésus dit:
" Mon royaume n’est pas de ce monde, " et jusqu’à ce que cette
ère-là, le " monde à venir, " vienne
A67
réellement, le
royaume du Christ ne dominera point sur la terre. Et pour cela nous avons
appris à attendre et à prier: " Que ton règne vienne ; que ta volonté soit
faite sur la terre. " Satan est " le prince des ténèbres de ce monde
"; c’est pourquoi " les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité
profonde les peuples. " Il règne et agit maintenant dans les fis de la
rébellion. -Eph. 2:2 ; 6:12. Une partie très importante du plan du grand
Architecte pour le salut de l’homme ne doit pas encore être achevée, sans cela
le nouveau prince et la nouvelle économie auraient été dès longtemps
manifestés. La raison pour laquelle cela est ajourné à un temps fixé, et aussi
la manière dont s’opérera le changement du règne actuel du mal sous Satan en un
règne de la Justice sous Christ:tels sont les points intéressants qui seront
discutés plus à fond dans la suite. Qu’il suffise maintenant de dire que les
royaumes de ce monde, assujettis actuellement encore à Satan, deviendront les
royaumes de notre Seigneur et de son Christ au temps déterminé (Apoc.11:15). Le
contexte montre que le transfert s’accomplira par un temps général de troubles.
Se rapportant à cela, Jésus dit: " Nul ne peut entrer dans la maison d’un
homme fort et piller son bien, s’il n’a auparavant lié cet homme fort ; et
alors il pillera sa maison "( Marc 3:22-27). Nous en concluons qu’il faut
que Satan soit premièrement lié, dépouillé et déposé, avant que le règne de
paix et de justice du Christ s’établisse. Il en ressort donc que la première
oeuvre de la nouvelle ère est de lier Satan. -Apoc. 20:2. Il ne faudrait pas
oublier que cette terre forme la base de tous ces " mondes " ou
dispensations de temps, et que, malgré les âges, les générations et les
périodes historiques, elle subsiste toujours- " la terre demeure toujours
ferme "( Eccl. 1:4). Poursuivant la même image, Pierre nomme chacune de
ces périodes:des cieux et une terre
A68
séparés. Ici le
mot cieux symbolise les puissances supérieures, ou les puissances spirituelles
dominantes, et terre symbolise le gouvernement humain et l’ordre social. Ainsi
finirent, lors du déluge, les premiers cieux et la première terre, ou l’ordre
de choses qui existait alors, après avoir servi au but proposé. Mais les cieux
physiques (le firmament, l’atmosphère) et la terre physique n’ont point passé,
ils subsistent toujours. Ainsi passera le monde d’à présent (cieux et terre) avec
le bruit d’une effroyable tempête (avec fracas), et il se dissoudra dans le feu
de l’affliction, dans la confusion, le trouble et la corruption. Car l’homme
fort (Satan), quand il sera lié, et pour faire opposition, s’efforcera de
conserver son pouvoir. L’ordre actuel de gouvernement et de société passera,
mais non le ciel et la terre physiques. Il faut que les cieux actuels (le
régime des puissances spirituelles) fassent place aux " nouveaux cieux
"- le règne spirituel du Christ. Et de même, il faut que la terre actuelle
(la société humaine ainsi qu’elle est organisée sous le pouvoir de Satan) se
fonde et se dissolve (symboliquement), et cela dans le commencement du "
jour de l’Eternel ", qui " doit brûler comme un four "( Mal.
4:1). Une " nouvelle terre ", c’est à dire la société réorganisée en
harmonie avec le nouveau Prince de la terre, le Christ, y succédera. La
justice, la paix et l’amour régneront parmi les hommes, sitôt que l’ordre
actuel aura fait place au nouveau royaume, qui sera meilleur et basé sur la
plus stricte justice. Il fut permis à Paul de jeter un regard dans la prochaine
dispensation, ou le " monde à venir, " comme il l’appelle. Il dit
qu’il fut " ravi "( physiquement ou mentalement, ou les deux, il ne
peut le dire, tant les choses lui parurent réelles et naturelles) en aval du
temps jusqu’à la nouvelle condition des choses, au " nouveau ciel ",
c’est à dire au troisième. Là il vit et entendit des choses comme elles seront
A69
sous le règne
spirituel de Christ, des choses non seulement " ineffables " en
paroles, mais qu’il n’était pas permis alors à l’homme de rapporter (2 Cor.
12:2-4). C’étaient sans doute les mêmes choses que Jean vit plus tard, et qu’il
lui fut permis de communiquer en symboles à l’Eglise, ces dernières ne pouvant être
comprises qu’au temps voulu. Jean, lui aussi, dans la révélation que lui donna
notre Seigneur, dans l’île de Patmos, fut emporté en vision à travers cet âge
de l’Evangile avec ses scènes changeantes de l’Eglise et de l’Etat, jusqu’à la
fin du présent mauvais monde:il y vit en visions prophétiques, Satan lié,
Christ régnant et le nouveau ciel et la nouvelle terre établis ; car la terre
et les cieux précédents avaient disparu. -Apoc. 21:1.
Ages ou
dispensations des temps de salut.
Promenons
maintenant notre regard sur les âges qui subdivisent encore ces grandes époques
comme l’indique le diagramme suivant:
La première de
ces grandes époques (" mondes ") n’était pas subdivisée. La ligne de
conduite de Dieu envers l’homme ne varia point durant tout ce temps-là, de la
chute d’Adam au Déluge:dieu donna sa loi à l’homme, l’écrivit dans le sein de
sa nature ; mais depuis que l’homme a péché, Dieu l’a abandonné en quelque
sorte à ses propres penchants, qui le menaient toujours plus bas, et "
n’étaient que méchanceté en tout temps ", afin que l’homme puisse
reconnaître
A70
sa folie et que
la sagesse de Dieu puisse se manifester par l’exigence d’une obéissance
absolue. Cette époque se termina par un déluge qui fit périr tous les hommes
excepté le fidèle Noé et sa famille. Ainsi la première économie divine ne
manifesta pas seulement les effets désastreux du péché, mais démontra aussi que
sa tendance est de descendre encore plus dans la corruption et la misère, ce
qui prouve la nécessité de l’intervention de Jéhovah, si jamais le recouvrement
de ce " qui était perdu "- le premier état de l’homme-doit
s’accomplir. La seconde époque, ou le " monde d’à présent ", comprend
trois âges (1), dont chacun est un pas en avant pour le renversement du mal.
Chaque âge est supérieur d’un degré à celui qui le précède, faisant avancer le
plan et l’amenant plus près de son achèvement. La troisième grande époque, -
" le monde à venir ",
——-
(1) Le mot âge
est la meilleure et la plus correcte traduction du mot grec aiôn. (Voyez les
meilleurs dictionnaires français et le dictionnaire concordant analytique de la
Bible de Rob. Young, Edimbourg, 1879). Les traducteurs, auxquels manquait la
lumière qui brille maintenant, l’ont rendu moitié par " monde " et
moitié par " siècle ". Les deux ne peuvent être Corrects:le mot
" monde " est faux en tout cas, si l’on comprend sous ce mot le monde
matériel et non une forme de temps:ainsi les passages dans Matt. 13:39, 40, 49
; 24:3 et 28:20, où le mot grec aiôn se trouve, auraient dû être traduits par
" fin de l’âge, " ou " consommation du siècle "( Selon les
traductions Lausanne, Darby, Stapfer et celle de M. le Maistre de Saci, Paris,
1759). Le mot " siècle " est exact, sauf que sa vraie signification
n’est que l’espace de cent ans, tandis qu’un âge, quoiqu’un espace de temps
limité, peut se composer de plusieurs siècles. Toutefois, d’un autre côté, le
mot aiôn ne peut signifier éternité ou éternel sans commencement ni fin, ni
même ses dérivatifs, qui cependant peuvent signifier un temps illimité. Le grec
n’a aucun mot qui corresponde exactement à notre mot éternité ; s’il voulait
rendre cette expression, il se servait d’autres mots, par exemple-immortel,
toujours, constamment, etc. Il faut ajouter ici que les saints écrits du
Nouveau Testament (écrit dans la langue plus populaire), se sont souvent servis
du mot aiôn, pour exprimer notre mot:éternité, mais ils firent précéder un eis
et y ajoutèrent la lettre a ou o, -jusqu’à ou dans la durée des âges. Par
exemple:eis aiôna, Jean 6:51 ; 8:35, dans la durée des âges.
Continuellement:aiônios (Matth. 19:29 ; 25:46 ; Phm. V. 16), constante, durable
ou continue. Voulait-on faire la durée bien longue, s’approcher encore plus de
notre définition éternité, l’on disait:eis aiônas aiônôn, comme dans Apoc. 14:11,
et même eis toûs aiônas tôn aiônôn, -aux âges des âges (Apoc. 20:10). Rem. du
traducteur.
A71
-après la
seconde venue de Christ, comprend l’âge du Millénium, " les temps du
rétablissement "( Actes 3:21) -et les " siècles (âges) à venir "
qui les suivront, siècles dont les particularités ne sont pas révélées. Les
révélations présentes ne traitent que du relèvement du péché de l’homme et non
de l’éternité de gloire qui doit suivre. Nous nommons le premier âge du "
monde d’à présent " l’Age patriarcal (la dispensation ou l’ordre du temps
de salut pendant ce temps), parce que durant cette période les procédés et les
faveurs de Dieu n’existaient que pour quelques individus, tandis que le reste
de l’humanité était presque totalement ignoré. Les patriarches Noé, Abraham,
Isaac et Jacob furent ainsi favorisés. Il paraît que chacun à son tour fut le
favori de Dieu. Avec la mort de Jacob se termina cet âge ou ce mode d’agir.
C’est après la mort de Jacob que ses descendants furent appelés pour la
première fois " les douze tribus d’Israël " et, ensemble, furent
reconnus par Dieu comme son " peuple acquis "- et par des sacrifices
typiques ils furent typiquement de même " une sainte nation ",
séparée des autres nations pour un but particulier ; aussi jouissaient-ils de
certaines faveurs spéciales. Nous appelons le temps destiné à l’exécution de
cette partie du plan divin, qui commença à l’époque précitée et finit à la mort
de Christ, l’Age judaïque ou la dispensation de la loi. Dieu bénit tout
spécialement cette nation durant cet âge. Il lui donna sa loi ; il fit une
alliance spéciale avec elle, il lui donna le tabernacle, dont la schékina de
gloire dans le " saint des saints " représentait la présence de
Jéhovah au milieu d’elle comme son conducteur et son roi. C’est aux Israélites
qu’il envoya les prophètes et finalement son Fils. Jésus accomplit ses miracles
et enseigna au milieu d’eux ; il n’alla pas lui-même et ne laissa pas aller ses
disciples chez les peuples circonvoisins. Il les envoya en disant: " N’allez
point vers les gentils, et
A72
n’entrez point
dans aucune ville des Samaritains ; mais allez plutôt vers les brebis perdues
de la maison d’Israël "( Matt. 10:5, 6). Et une autre fois il dit: "
Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël "( Matt.
15:24). Il est démontré par les paroles de Jésus que cette faveur nationale
cessa avec le rejet et le crucifiement du Christ, quand cinq jours avant son
crucifiement il déclara: " votre demeure vous est laissée déserte. "
Matt. 23:38. A la mort de Jésus un nouvel âge commença, -l’Age évangélique ou
chrétien (la dispensation de l’Evangile), dans lequel la bonne nouvelle de la
justification devait être annoncée non seulement aux Juifs, mais à toutes les
nations ; car Jésus-Christ, par la grâce de Dieu, souffrit la mort pour tous.
Durant l’âge de l’Evangile il y a aussi une classe appelée à une faveur
spéciale et à laquelle il est fait des promesses particulières ; ce sont ceux
qui par la foi acceptent Jésus-Christ comme leur Rédempteur et Seigneur et
suivent ses traces. La diffusion de l’Evangile eut lieu tantôt ici, tantôt là,
à travers le monde durant près de dix-neuf siècles, et l’on peut dire
maintenant qu’il a été prêché plus ou moins parmi toutes les nations. Il n’a
point converti les nations, -il n’était pas destiné à le faire dans cet âge ;
mais cet évangile a attiré quelques fidèles par-ci, par-là, en tout un "
petit troupeau ", auquel, comme Jésus l’a prédit (Luc 12:32), c’est le bon
plaisir du Père de donner le royaume dans un âge qui suivra celui-ci. Avec cet
âge se consomme le présent " monde mauvais "; et, remarquez bien que,
tandis que Dieu, en apparence au détriment de sa cause, laissa la prédominance
et le règne au mal, ses desseins si sublimes s’accomplissent néanmoins sans
interruption, selon un plan fixe et défini et selon l’ordre exact des saisons
qu’il a déterminées. A la
A73
fin de cet âge
et à l’aube de celui qui le suivra, l’âge millénaire, Satan sera lié et son
pouvoir renversé, pour préparer l’établissement du royaume de Christ et pour
inaugurer le " monde à venir, -où la justice habite. " Millénium ou
Millénaire signifie un mille, et est employé d’un commun accord pour désigner
la période mentionnée dans Apoc. 20:4, -les mille ans du règne de Christ, le
premier âge du " monde à venir ". Durant l’âge du Millénium, une
restitution de toutes les choses perdues par la chute d’Adam aura lieu (Actes
3:19-21), et avant que cet âge se termine, toutes les larmes seront essuyées.
Au-delà de ses bornes, dans les bienheureux " âges à venir ", il n’y
aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni peine ; car ce qui était auparavant
aura passé (Apoc. 21:4). Les révélations ne vont pas plus loin, aussi nous
arrêtons-nous ici. Nous n’avons fait que jeter simplement un coup d’oeil rapide
sur les traits extérieurs du plan des âges. Et plus nous l’examinons, plus nous
le trouvons parfait en harmonie, en beauté et en ordre. Chaque âge a sa part
nécessaire à accomplir, pour le développement complet du plan de Dieu, comme un
tout ou un entier. C’est un plan progressif, se développant graduellement d’âge
en âge, plus avant et plus haut jusqu’au glorieux achèvement du projet originel
de l’Architecte divin, qui " opère toutes choses d’après le conseil de sa
volonté "( Eph. 1 :11). Pas une de ces périodes n’est trop longue ou trop
courte d’une heure pour l’accomplissement de sa tâche. Dieu est un sage économe
en ce qui concerne les temps et les moyens, quoique ses ressources soient
inépuisables ; et aucune puissance, si maligne qu’elle puisse être, ne peut
retarder ses desseins ou s’y opposer pour un seul moment. Toutes choses, les
mauvaises ainsi que les bonnes, concourent, sous la surveillance divine, à
l’accomplissement de sa volonté.
A74
A un esprit non
instruit et non docile, qui n’aperçoit que très peu de ce mécanisme compliqué,
le plan de Dieu apparaît comme de l’anarchie, de la confusion et même comme
ayant failli, ainsi que les rouages compliqués d’une machine peuvent apparaître
à un enfant. Son intelligence non encore développée ne les comprend pas, et les
mouvements divers des rouages et des courroies ne sont pour lui que confusion.
Mais l’âge mur et les études lui feront voir dans cette apparente confusion une
belle et admirable harmonie, qui ne peut produire que de bons résultats. La
machine était cependant un vrai chef d’oeuvre aussi bien avant que l’enfant
comprit son mécanisme qu’après. De même, pendant que le plan de Dieu se
développait à travers les âges et que ses desseins s’accomplissaient,
l’humanité a reçu l’ensemble de connaissances nécessaires non seulement pour
comprendre ce travail compliqué, mais aussi pour faire l’expérience de ses résultats
bénis. En poursuivant l’étude du plan divin, il est essentiel que nous gardions
en mémoire les âges avec leurs particularités et leurs tâches respectives ; car
le plan ne peut être aperçu en l’un de ces âges seulement, mais en tous, dans
leur ensemble, de même qu’un anneau n’est pas la chaîne, mais que plusieurs
ensemble la forment. Nous obtenons une idée correcte du plan entier, si nous
notons les traits distinctifs de chaque partie, et de cette manière nous sommes
capables de dispenser justement la parole de la vérité. Une expression de la
Parole qui appartient à une époque, ou économie, ne devrait pas être appliquée
à une autre, car des choses qui ont rapport à un âge ne sont pas toujours
vraies d’un autre. Ce serait, par exemple, contre la vérité que de dire du
temps présent que la terre est remplie de la connaissance de l’Eternel, ou
qu’on n’a plus besoin maintenant de dire à son Prochain:connaissez
A75
l’Eternel
(Esaïe 11:9 ; Jér. 31:34.) Cela n’est pas vrai dans cet âge, et ne sera vrai que
lorsque le Seigneur sera de retour et aura établi son règne ; car à travers
tout cet âge plusieurs tromperies séduisantes ont régné, et il nous est tout
spécialement dit de la propre fin de cet âge-ci, - " dans les derniers
jours, ... que les hommes méchants et imposteurs iront en empirant, séduisant,
et étant séduits "( 2 Tim. 3:1, 13). Ceci sera le fruit du règne du Messie
durant l’âge millénaire:que la connaissance et la justice rempliront la terre
comme les eaux couvrent le fond de la mer. Une méprise analogue, qui est assez
commune, consiste à supposer que le royaume de Dieu est déjà établi, qu’il
domine sur la terre et que sa volonté se fait parmi les nations. Cela est
évidemment bien loin de la vérité, car les royaumes de ce monde sont soutenus et
s’agrandissent par l’oppression, l’injustice et la fraude, pour autant que
l’intelligence croissante des peuples le permet. Il faut premièrement que Satan
le " prince (actuel) de ce monde " soit lié, et que ces royaumes,
maintenant encore sous son gouvernement, deviennent les royaumes de notre
Seigneur et de son Oint, quand il prendra en main sa grande puissance et son
règne. Par la lumière accordée maintenant aux serviteurs de la foi, nous
reconnaissons et discernons l’ordre systématique qui marque la trace
majestueuse de notre Dieu à travers les âges écoulés ; et les belles lignes de
Cowper-(célèbre poète anglais) qui croyait, même quand il ne pouvait comprendre
le tout-puissant Jéhovah, nous reviennent forcément en mémoire:
L’oeuvre et les
sages procédés de Dieu Sont voilés de profonds Mystères:la mer porte la trace
de ses pieds, Il chevauche sur la tempête.
A76
En mines de
profondeurs insondables
-De main de
maître sans pareil-Sont entassés ses projets grandioses ; Il accomplit sa
volonté.
Les nuages
noirs que vous redoutez, O saints craintifs ! sont pleins de Grâce:c’est pour
vous combler des bienfaits d’en haut Qu’ils s’amoncellent sur vos têtes.
Ne jugez point
Dieu par votre esprit faible, Mais confiez-vous en sa grâce. Derrière une
Providence irritée Se cache un Dieu de charité.
Ses conseils
mûrissent rapidement, Se développant d’heure en heure. Le bouton peut avoir un
goût amer, La fleur sera d’autant plus douce.
L’incrédule
aveugle est certain d’errer, Il scrute en vain le plan divin, Dieu, l’Eternel,
est son propre interprète, Il le fera connaître à tous.
Chapitre V—LE
MYSTERE CACHE DE TOUT TEMPS ET DANS TOUS LES AGES, MAIS REVELE MAINTENANT A SES
SAINTS. -Col. 1:26
A77
La faible lueur
que jeta la lumière de la première promesse. -La promesse faite à Abraham.
-L’espérance retardée. -Le mystère commence à se déployer à la Pentecôte. -Ce
qu’est le mystère. -Pourquoi fut-il si longtemps tenu secret ?- Toujours un
mystère pour le monde. -Il sera manifesté à tous en son temps. -En quel temps
le mystère sera accompli.
Pendant que
l’humanité était sous la discipline du mal, et était incapable d’en comprendre
la nécessité, Dieu lui annonça à plusieurs reprises sa résolution de la
restaurer et de la bénir en lui envoyant un libérateur. Mais durant quatre
mille ans le voile du mystère cacha la personne de ce libérateur et ce ne fut
qu’après la résurrection de Christ, au commencement de l’âge de l’Evangile, que
ce voile fut déchiré. Regardant en arrière, à l’époque où nos premiers parents
perdirent la vie et furent exclus du bonheur du Paradis, nous voyons Adam et
Eve sous la juste peine du péché, pleins de soucis et sans un autre rayon
d’espoir que celui renfermé dans la promesse obscure:que la postérité de la
femme écraserait la tête du serpent. Expliquée par les événements et les
développements subséquents, cette parole de l’Eternel est pour nous
suffisamment claire ; pour ceux qui l’entendirent les premiers elle n’était
qu’une lueur incertaine. Et de longs siècles s’écoulèrent sans que son éclat
grandît.
A78
Environ deux
mille ans plus tard, l’Eternel adressa à Abraham son appel et lui promit que
toutes les familles de la terre seraient bénies en sa postérité. Dieu n’avait
donc point renoncé à ses projets d’autrefois, il allait les réaliser ! Le temps
s’écoule ; Canaan, le pays promis, appartient toujours à ses possesseurs païens
; Abraham et Sara vieillissent sans avoir d’enfant. Le patriarche suppose qu’il
doit venir en aide à l’Eternel pour l’accomplissement de la Promesse:ismaël
vient au monde. Mais Abraham s’est trompé ; car l’enfant de la promesse et de
l’espérance c’est Isaac, qui naît au temps fixé. Celui qui doit gouverner et
bénir les nations semble être venu. Mais point du tout ; les années se
succèdent et rien n’arrive. Isaac, et Jacob son héritier, meurent comme si Dieu
avait manqué à ses engagements. La foi d’un petit nombre tient ferme cependant
à la promesse qui fut entretenue par Dieu lui-même: " Le traité qu’il a
conclu avec Abraham " fut assuré par " le serment " que
l’Eternel " a fait à Isaac... et confirmé à Jacob et à Israël pour être
une ordonnance, une alliance éternelle. "- 1 Chron. 16:16, 17. A la mort
de Jacob, quand ses descendants furent appelés pour la première fois les douze
tribus d’Israël et reconnus de Dieu comme le " peuple élu "( Gen.
49:28 ; Deut. 26:5), on put croire que l’attente de cette nation approchait de
sa réalisation, que la postérité promise d’Abraham posséderait Canaan, régnerait
et bénirait le monde ; car les Israélites, grâce à la faveur dont ils
jouissaient en Egypte, étaient déjà une nation puissante. Mais tout espoir
parut s’évanouir et la promesse de Dieu semblait oubliée durant la longue
période de servitude qui suivit. Vraiment les promesses de l’Eternel étaient
enveloppées d’un voile mystérieux et ses voies semblaient incompréhensibles.
Toutefois, au temps fixé, parut Moïse, le grand
A79
libérateur, par
la main duquel Dieu délivra les Israélites de la servitude d’Egypte, faisant
des prodiges en leur faveur. Avant d’entrer en Canaan, ce grand libérateur
meurt, mais il laisse cet oracle de Dieu: " Le Seigneur, votre Dieu, vous
suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi "( Deut. 18:15 ; Act.
3:22). Cette déclaration éclaire de nouveau le plan de Dieu, elle montre que
non seulement la nation dans son ensemble doit être en quelque mesure associée
au règne futur de bénédiction, mais que de son sein doit sortir l’élu qui les
conduira à la victoire et par lequel s’accomplira la promesse. C’est Josué,
ensuite, dont le nom signifie libérateur ou sauveur, qui devient le conducteur,
et, sous sa direction, Israël triomphe et conquiert en effet le pays promis par
l’alliance. Cette fois, à coup sûr, tout annonce que le vrai conducteur est là,
et que la promesse est sur le point de s’accomplir entièrement. Mais Josué
meurt ; Israël, comme peuple, ne grandit plus jusqu’aux règnes de David et de
Salomon. Il atteint alors à l’apogée de sa puissance ; mais bientôt le déclin
commence ; au lieu de voir la promesse accomplie, Israël perd ses conquêtes et
devient tributaire des nations voisines. Les croyants néanmoins tiennent ferme
à la promesse et attendent le grand Libérateur dont Moïse, Josué, David et
Salomon n’étaient que des types. Au temps où naquit Jésus, chacun en Israël
était dans l’attente du Messie, du futur roi d’Israël, et, par Israël, du roi
du monde. Mais s’attachant de préférence aux types et aux prophéties qui
parlaient de la gloire, de la grandeur et de la puissance de leur roi futur, la
plupart des Israélites oubliaient d’autres oracles et d’autres types qui
annonçaient une oeuvre de souffrance et de mort, une rançon donnée pour les
pécheurs, rendant possible le retour de la bénédiction. Tel était le sens de la
Pâque, instituée avant la sortie d’Egypte, celui de l’oblation des animaux lors
de
A80
la conclusion
de l’alliance mosaïque (Hébr. 9:11-20 ; 10:8-18), celui des sacrifices
d’expiation présentés chaque année par la prêtrise. De même, Israël ne faisait
pas attention aux prophètes qui avaient rendu d’avance témoignage des
souffrances du Christ et de la gloire dont elles devaient être suivies (1
Pierre 1:11). Aussi ne sut-il pas voir en Jésus l’Agneau de Dieu, il ne le
reconnut point ; il ne connut point le temps de sa visitation (Luc 19:44). Les
premiers disciples eux-mêmes furent douloureusement scandalisés par la mort de
Jésus ; ils se disaient tristement: " Nous espérions que ce serait lui qui
délivrerait Israël "( Luc 24:21) :leur confiance en lui avait faibli. Ils
n’avaient pas compris que la mort de leur Chef, accomplissement partiel du
testament de la promesse, était une ratification de la nouvelle Alliance sous
laquelle les bénédictions devaient arriver. Leurs espérances reprirent vie,
toutefois, lorsqu’ils apprirent que Jésus était sorti de son tombeau (1 Pierre
1:3) ; et quand leur Maître fut sur le point de les quitter, c’est sur la
réalisation de ce qu’ils attendaient depuis si longtemps-mais qui avait été si
souvent différé-qu’ils l’Interrogèrent:seigneur, sera-ce en ce temps que tu
rétabliras le royaume d’Israël ?" La réponse du Sauveur prouva que leurs
espérances se réaliseraient, bien qu’ils dussent rester dans l’ignorance quant
au moment de l’accomplissement. " Ce n’est pas à vous, leur dit-il, de
connaître les époques ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
"- Actes 1:6,7. Après l’ascension de Jésus la question que se posent les
disciples doit être celle-Ci:qu’en est-il maintenant du plan de Dieu ? où en
sont ses desseins ? Les enseignements du Seigneur touchant le Royaume avaient
été donnés, en effet, sous forme de paraboles et de discours plus ou moins
obscurs, et il avait dit: " j’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais vous ne pouvez pas les porter
A81
maintenant.
Quand le Consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute
la vérité. "" Il vous enseignera toutes choses, et vous rappellera
tout ce que je vous ai dit "( Jean 16:12, 13 ; 14:26). Ils ne pouvaient
donc pas comprendre, avant d’avoir reçu le don de la Pentecôte. Même après
l’envoi de l’Esprit, ils ne parvinrent que lentement à une conception pleine et
claire de l’oeuvre qui allait s’accomplir et de son rapport avec l’alliance
primitive (Act. 11:9 ; Gal. 2:2, 12, 14). Il semble qu’ils aient été les interprètes
de Dieu même avant d’avoir compris pleinement la portée de leurs expressions et
que leurs paroles inspirées soient ailées plus loin que leur intelligence.
Voyez à cet égard le discours de Jacques à l’assemblée de Jérusalem: "
Simon a raconté comment Dieu a pour la première fois visité les nations afin
d’en prendre un peuple à son nom [une épouse]. Et les paroles des prophètes s’y
accordent selon qu’il est Écrit:après ces choses [après que ce peuple aura été
choisi parmi les nations] je retournerai et je réédifierai la tente de David
qui est tombée [le royaume terrestre] ; et j’en réédifierai les parties ruinées
et je la redresserai. "- Act. 15:14, 16. La conversion du premier des
gentils par Pierre, la prédication de l’Evangile aux nations en général par
Paul, firent comprendre à Jacques que durant cet âge-ci les plans de la
Providence réservaient une faveur égale aux gentils et aux juifs croyants.
Consultant ensuite les prophéties Jacques les trouva conformes à ce qui se
passait et il y lut qu’au terme de la période de l’Evangile les promesses
faites à l’Israël selon la chair s’accompliraient. Le grand mystère, caché si
longtemps, commença peu à peu à être compris d’un petit nombre:les saints,
" les amis " particuliers de Dieu. Paul déclare (Col. 1:27) que ce
mystère caché de tout
A82
temps et à
toutes les générations, mais que Dieu a révélé maintenant à ses saints, c’est:
" Christ en vous, l’espérance de la gloire.
"
Le voilà, le
grand mystère de Dieu, caché durant tous les âges antérieurs, caché aujourd’hui
encore à tous, excepté à une classe spéciale-aux saints, aux croyants
consacrés. Mais que signifient ces mots: " Christ en vous ?" Jésus a
été oint de l’Esprit saint (Act 10:38), et ainsi nous le connaissons comme le
Christ-l’Oint-Christ, en effet, signifie oint. L’apôtre Jean dit que l’onction
que nous (les croyants consacrés) avons reçue de lui demeure en nous (1 Jean
2:27). Ainsi les saints de l’âge de l’Evangile sont oints, oints comme rois et
prêtres devant Dieu (2 Cor. 1:21 ; 1 Pierre 2:9) ; avec Jésus leur chef et
Seigneur, ils constituent l’oint de Jéhovah, le Christ. Si Jean déclare que
nous sommes oints, Paul, d’accord avec lui, assure que le mystère, tenu caché
dans les siècles passés, maintenant révélé aux saints, est que le Christ
(l’Oint) " n’est pas un seul membre, niais plusieurs "; de même que
le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du
corps, quoiqu’ils soient plusieurs, ne sont qu’un seul corps, ainsi en est-il
du Christ (1 Cor. 12:12-28). Jésus est oint pour être le chef (litt. la tête)
ou le Seigneur de l’Eglise, qui est son corps (son épouse, d’après une autre
Image:eph 5:25-30) ; ensemble ils constituent la " semence promise, " le grand Libérateur: " Or si vous êtes
de Christ, vous êtes donc [la] semence d’Abraham, et héritiers selon [la]
promesse. "- Gal.3:29. L’apôtre met l’Eglise en garde contre toute pensée
présomptueuse en disant de Jésus que " Dieu a tout mis sous
A83
ses pieds, et
qu’il l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, ""
afin d’être en tout le premier "( Eph. 1:22 ; Col. 1:18). Mais en
empruntant sa comparaison au corps humain, il montre néanmoins combien est
intime et glorieuse notre relation avec le Seigneur. Jésus lui-même n’a pas dit
autre chose dans cette déclaration: " Je suis le cep, vous êtes les
sarments. "- Jean 15:5. Notre union avec Jésus en tant que membres du
Christ-de la troupe consacrée-est très bien représentée par l’image d’une pyramide.
La partie supérieure (pierre de l’angle) forme à elle seule une pyramide
parfaite. D’autres pierres peuvent y être ajoutées par dessous, et si elles
continuent les lignes caractéristiques de la pierre du somment, la masse
entière formera aussi une pyramide parfaite ? Voilà qui illustre admirablement
notre position de membres de la " semence ", du Christ. Rattachés à
lui, conformes à Celui qui est le chef, la tête, -pierres vivantes-nous sommes
parfaits ; séparés de lui, nous ne sommes rien. Jésus, seul parfait, a été
souverainement élevé ; consacrés à lui, il nous forme et nous façonne à sa
ressemblance, afin que nous puissions entrer dans la structure de
A84
l’édifice, dans
la maison de Dieu. Dans un bâtiment ordinaire il n’y a pas de principale
pierre d’angle ; dans notre édifice elle existe ; c’est la pierre
d’angle du sommet, comme il est écrit: " Voici je mets en Sion une pierre angulaire, élue précieuse
",-" duquel vous approchant (comme) d’une pierre vivante, ... vous
mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle,
une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices (1) agréables à Dieu par
Jésus-Christ "( 1 Pierre 2:4-6). Nous avons cette confiance que bientôt
l’union entre Jésus, le chef, et l’Eglise, qui est son corps, sera complète.
Et, bien aimés, il nous faut subir bien des coups et beaucoup de polissage, -il
nous faut, sous la direction du grand Maître-constructeur, devenir bien
conformes à son exemple et être beaucoup transformés ; et afin que le talent et
l’idéal du constructeur se déploient en nous, nous avons besoin de regarder à
n’avoir point de volonté propre, fuyant la croix, qui empêcherait
l’accomplissement de Sa volonté en nous ou s’y opposerait. Il nous faut être
bien humbles, semblables à des enfants, - " ornés d’humilité ; car Dieu
résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. " Humilions-nous
donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il nous élève au temps convenable
(1 Pierre 5:5, 6), comme il a élevé notre chef, notre précurseur. -Phil. 2:8,
9. C’est là, en effet, un merveilleux message, et, en venant à l’Ecriture pour
nous informer au sujet de notre grand " haut appel ", nous trouvons
les prophètes tous éloquents en proclamant la grâce (faveur ou bénédiction) qui
nous est faite (1 Pierre 1:10) ; pendant que les types, les paraboles et les
discours obscurs jusqu’ici deviennent lumineux et projettent leur lumière sur
le " chemin étroit " que la troupe ointe [du Christ est appelée à
courir en vue du prix désormais
——-
(1) Le M.S. du
Sinaï omet le mot " spirituels " après " sacrifices ".
A85
visible devant
elle. C’est un mystère auquel personne n’avait songé avant l’effusion de
l’Esprit:que Dieu avait décrété d’envoyer un Libérateur qui nous unirait en
lui, et partant un Libérateur composé de plusieurs membres. C’est là la
vocation céleste (le haut appel), privilège adressé à tous les croyants
consacrés de l’ère de l’Evangile. Jésus n’essaya pas d’expliquer ce point à ses
disciples tant qu’il les vit encore à l’état de l’homme naturel ; il attendait
que la Pentecôte eût fait d’eux des oints, des hommes engendrés à la nouvelle
nature. Paul déclare que seules des " nouvelles créatures " peuvent
maintenant apprécier et comprendre cet appel céleste. Nous prêchons, dit-il,
" la sagesse [le plan] de Dieu en mystère, la [sagesse] cachée, que Dieu
avait préordonnée avant les siècles pour notre gloire ; qu’aucun des chefs de
ce siècle n’a connue, ...- mais selon qu’il est Écrit:ce que l’oeil n’a pas vu
et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au coeur de l’homme,
ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, -mais Dieu nous l’a révélée par
son Esprit. "- 1 Cor. 2:6-14. Dans l’épître aux Galates, le même apôtre
dévoile le mystère tout entier en montrant comment s’accomplira l’alliance
conclue avec Abraham. Il fait voir que la loi donnée à Israël n’a point annulé
l’alliance primitive (Gal. 3:15-18), que la postérité d’Abraham qui doit bénir
toutes les nations, c’est le Christ (v. 16). Puis il donne à entendre que le
Christ renferme en lui tous ceux qui sont oints de l’Esprit. " Vous tous,
dit-il, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ ;... or, si
vous êtes de Christ, vous êtes donc [avec Jésus] la semence d’Abraham, et
l’héritier selon la promesse " faite à ce dernier (v. 27 et 29).
Poursuivant sa pensée, l’auteur montre (Gal. 4) qu’Abraham fut un type de
Jéhovah, Sara un type de l’alliance de la promesse et Isaac un type du Christ
A86
(tête et corps)
; il ajoute ensuite: " Pour vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants
de la promesse "( v. 28). Ainsi le plan de Dieu demeura voilà sous des
types et des images jusqu’à ce que l’âge de l’Evangile commençât à développer
le Christ. Il était nécessaire de garder ce secret, autrement le mystère
n’aurait pas été si longtemps un mystère. Faire connaître prématurément au
monde les intentions de Dieu, c’eût été lui fournir le moyen de s’opposer à
leur accomplissement. Si les hommes avaient connu entièrement le plan d’amour,
ils n’eussent point crucifié le Seigneur de gloire, ni l’Eglise qui est son
corps (1 Cor. 2:8). La mort de Christ, prix de la Rédemption du monde, n’aurait
pas eu lieu, l’épreuve de la foi de l’Eglise, appelée à participer aux
souffrances du Christ, n’eût pas été faite ; car " le monde ne nous connaît
pas [comme cohéritiers du Christ] ", pour les mêmes raisons qui l’ont
empêché de le connaître, Lui. -1 Jean 3:1. Si le plan de Dieu, et le Christ, en
qui il a pris corps, sont pour le monde un grand mystère, la vie ou la marche
spéciale de ce " petit troupeau " de ceux qui sont en Christ fait
d’eux aussi un " peuple particulier "( Tite 2:14). Qu’un homme comme
Jésus de Nazareth ait consacré ses remarquables facultés, non à la politique,
au droit, au commerce ou à la fondation d’une religion populaire, mais à l’accomplissement
d’une tâche vaine et insignifiante au point de vue du monde, voilà ce que ses
contemporains n’ont pas compris. A leurs yeux il perdait inutilement son temps
et ses peines ; aussi disaient-ils: " Il est possédé du démon, il est hors
de sens "( Jean 10:20). Ils ne pouvaient pas plus pénétrer sa vie que
saisir sa doctrine. De même, la conduite des apôtres et de leurs compagnons,
parut une énigme inexplicable, quand ils abandonnèrent le travail de leur
vocation et sacrifièrent leurs intérêts terrestres
A87
pour prêcher la
rémission des péchés au nom de Jésus crucifié et méprisé. " Tu as perdu le
sens, Paul, ton grand savoir te fait déraisonner !" disait Festus à
l’apôtre des gentils qui avait renoncé aux destinées les plus glorieuses, selon
le monde, pour prêcher Christ et rechercher, à travers les privations les plus
dures, une couronne invisible préparée pour tous les vrais disciples. Tous ceux
qui, à l’exemple du grand apôtre, suivent les traces du Maître, sont considérés
comme fous à cause de Christ. Mais le plan de Dieu ne restera pas toujours un
mystère caché. L’approche du Millénium apporte aux hommes la pleine lumière de
Dieu. La terre sera remplie de la connaissance de l’Eternel (Hab. 2:14). Le
soleil de la justice qui doit se lever, répandant la santé dans ses rayons,
dissipant les ténèbres de l’ignorance, c’est le Christ dans la gloire de son
règne millénaire, non pas le Chef seul, mais aussi les membres de son corps,
car il est écrit que, si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés
avec lui, et que quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi
avec lui dans la gloire. "-" Alors les justes resplendiront comme le
soleil dans le royaume de leur Père ".- Rom. 8:17 ; 2 Tim. 2:11, 12 ; Col.
3:4 ; Matt. 13:43. Les promesses auxquelles nous croyons et les espérances qui
nous sont devenues chères en acceptant " la pensée de Christ ", sont
de pures imaginations dans l’opinion de tous, sauf de ceux qui sont engendrés à
un nouvel esprit ; elles semblent trop chimériques pour être acceptées, ou pour
être posées en règles de conduite. Dans l’âge qui vient, quand Dieu "
répandra son Esprit sur toute chair, " comme il l’a répandu, durant cet
âge, sur " ses serviteurs et sur ses servantes, " tous alors comprendront
vraiment les promesses et les apprécieront ; ils se réjouiront de l’obéissance
et de l’élévation de l’Eglise:
A88
-"Réjouissons-nous,
diront-ils, et soyons dans l’allégresse, et donnons-lui gloire ; car les noces
de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée "( Apoc. 19:7). Les
hommes se réjouiront de la glorification de l’Eglise, par le moyen de laquelle
des fleuves de bénédictions couleront sur eux ; et tandis qu’ils apprendront
que " les plus grandes et les plus précieuses promesses, " héritées
par l’Oint (le Christ, tête et corps), ne sont pas pour eux, mais qu’elles
furent accomplies en nous, ils seront bénis par la leçon apprise par l’Eglise ;
et tandis qu’ils courront aux bénédictions qui leur seront alors présentées,
ils profiteront de l’exemple de l’Eglise et glorifieront Dieu à cause d’elle.
Mais cette connaissance n’éveillera dans leur coeur aucune jalousie, parce que,
sous le nouvel ordre de choses, leur appel à la parfaite nature humaine leur
semblera plus enviable qu’une transformation de la nature. Alors le "
mystère " sera accompli ; car les hommes verront que c’était l’Esprit de
Dieu en Christ, et l’Esprit de Christ en nous-Dieu manifesté en chair-qu’ils
avaient jusqu’ici mal compris ou mal interprété. Alors ils verront que nous
n’étions point fous, ni insensés ; mais que nous avions choisi la meilleure
part, lorsque nous courrions pour obtenir la richesse, l’honneur et la
couronne, invisibles pour eux, mais éternels. Pour ce qui concerne le temps, le
mystère de Dieu s’accomplira au son de la septième trompette (symbolique)
(Apoc. 10:7). Cela s’applique au mystère dans les deux sens où on l’emploie:le
mystère ou les traits secrets du plan de Dieu qui seront révélés et connus
pleinement alors, ainsi que, le " mystère de Dieu ", l’Eglise, qui
est l’essence de ce plan. Les deux seront alors achevés. Le plan secret, caché,
aura trié la plénitude, le nombre complet des membres du corps de Christ ;
alors le corps de Christ sera achevé ; et le plan cessera d’être un mystère,
A89
parce qu’il n’y
aura plus aucun motif d’en perpétuer le secret. La grandeur du mystère, tenu si
longtemps secret et caché sous des promesses, des types et des images,
l’incomparable grâce mise de côté pour ceux qui sont appelés à l’association de
ce mystère (Eph. 3:9), nous fait penser que l’oeuvre qui succédera à son
achèvement, pour lequel Jéhovah a conservé l’humanité durant six mille ans dans
l’attente et dans l’espoir, doit être une oeuvre immense, une oeuvre grandiose,
puisqu’elle est digne de si étonnants préparatifs. Combien ne pouvons-nous pas
attendre de bénédictions pour le monde, lorsque le voile du mystère sera enlevé
et que les ondées de bénédictions descendront. C’est après ce moment "
que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire, souffre les douleurs de
l’enfantement, " attendant l’accomplissement de ce mystère, " la
révélation des fils de Dieu, " la " postérité promise " en laquelle
tous seront bénis. -Rom. 8:19, 21, 22.
Roc séculaire,
frappé pour moi, Sur le Calvaire, je viens à toi. Ma main tremblante ne t’offre
rien, Ta croix sanglante est mon seul bien.
Roc des âges
ouvert pour moi, Laisse-moi m’abriter en toi. A90
Chapitre VI—LA
VENUE DE NOTRE SEIGNEUR. -SON BUT, LE RETABLISSEMENT DE TOUTES CHOSES
Le second
avènement du Seigneur, -un avènement personnel et prémillénaire. -Son rapport
avec le premier avènement. -L’élection de l’Eglise et la conversion du monde.
-Election et grâce libre. -Les captifs de l’espérance. -Témoignage prophétique
concernant le rétablissement. -Le retour du Seigneur est manifestement l’espoir
de l’Eglise et du monde.
" Et qu’Il
envoie celui qui vous a été prêché [ou désigné] d’avance, Jésus-Christ, que le
ciel doit retenir jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu
a parlé dès les siècles par la bouche de tous ses saints prophètes ".-
Actes 3:20-21. Notre Seigneur a voulu faire comprendre à ses disciples qu’il
reviendrait dans un certain but, d’une certaine manière et à un certain temps ;
c’est, nous le présumons, admis et cru par tous ceux à qui les Ecritures sont
familières. Il est vrai que Jésus a dit: " Voici, je suis toujours avec
vous jusqu’à la fin de [l’aiôn] l’âge "( Matt. 28:20), et, par son esprit,
et par sa parole, il a été continuellement avec l’Eglise, guidant, dirigeant,
réconfortant, et soutenant ses saints et les consolant au milieu de toutes
leurs afflictions. Mais quoique l’Eglise ait su pour son bonheur que le
Seigneur connaissait toutes ses voies et qu’il lui prodiguait constamment ses
soins et son amour, elle désire pourtant vivement son retour personnel et
promis ; car s’il dit: " Et quand je m’en serai allé... je reviendrai
"( Jean 14:3), il
A91
fait
certainement allusion à sa seconde venue personnelle. Plusieurs croient qu’il
voulait parler de la descente du saint Esprit lors de la Pentecôte ; d’autres,
de la destruction de Jérusalem, etc. ; Mais selon toute apparence, ils ferment
les yeux sur le fait que Celui qui a été mort et qui vit, en parle dans le
dernier livre de la Bible, -écrit une soixantaine d’années après la Pentecôte
et vingt-six ans après la destruction de Jérusalem, -comme d’un événement
encore futur, en disant: " Voici, je viens bientôt, et ma récompense est
avec moi. " Et Jean, poussé par l’Esprit, répond: " Oui, viens,
Seigneur Jésus !"- Apoc. 22:12,20. Un assez grand nombre de chrétiens
croient que lorsque des pécheurs se convertissent, cela forme un acheminement à
la venue du Seigneur, et qu’il continuera à venir ainsi jusqu’à ce que tout le
monde soit converti, et alors il serait, d’après eux, venu entièrement.
Evidemment, tous ceux-là perdent de vue sur ce point le témoignage de la Bible
qui déclare le contraire de ce qu’ils attendent:que, à l’époque du second
avènement de Jésus, le monde se trouvera bien loin d’être converti à Dieu
;" qu’aux derniers jours il surviendra des temps fâcheux. Car les hommes
seront... amis des voluptés [des plaisirs] plutôt que de Dieu "( 2 Tim.
3:1-4) ; que " les hommes méchants et séducteurs iront en empirant,
séduisant et étant séduits "( v. 13). Ils oublient l’avertissement spécial
de Jésus à son petit troupeau: " Veillez sur vous-mêmes, de peur... que ce
jour-là ne vous surprenne inopinément. Car il surviendra comme un filet sur
tous ceux qui habitent la surface de la terre [et qui ne prennent pas garde]
"( Luc 21:34,35) (Stapfer). Puis nous pouvons être certains qu’aucune
allusion n’est faite à la conversion des pécheurs, quand il est dit: "
Toutes les tribus de la terre
A92
se lamenteront
à cause de lui " quand elles le verront venir (Apoc. 1:7). Les hommes se
lamentent-ils à cause de la conversion des pécheurs ? Bien au contraire, si ce
passage se rapporte, comme presque tous l’admettent, à la présence de Christ
sur la terre, il enseigne que tous sur la terre n’aimeront pas son apparition,
ce qu’ils feraient certainement s’ils étaient tous convertis. Plusieurs
attendent une venue et une présence réelles du Seigneur, mais il reculent de
beaucoup l’époque de cet événement, prétendant qu’il faut que le monde soit
converti par les efforts de l’Eglise dans sa condition actuelle, et qu’ainsi
l’âge du Millénium commencera. Ils disent que lorsque le monde aura été
converti, Satan lié, que la connaissance de l’Eternel aura rempli toute la
terre et que les nations n’apprendront plus la guerre, alors l’oeuvre de
l’Eglise, dans sa condition présente, sera achevée ; et que lorsqu’elle aura
accompli cette tâche difficile et grande, le Seigneur viendra pour clore les
affaires terrestres, pour récompenser les croyants et condamner les pécheurs.
Quelques passages de l’Ecriture pris séparément semblent appuyer cette manière
de voir, mais si la parole et le plan de Dieu sont regardés comme un tout, il
se trouve que tous favorisent l’opinion contraire, c’est à dire que Christ
viendra avant la conversion du monde et régnera en vue de Sa conversion; que
maintenant l’Eglise est mise à l’épreuve; que le salaire promis à l’Eglise
après sa glorification consistera dans sa part du règne du Seigneur Jésus ; et
que c’est la promesse de Dieu de bénir le monde par son moyen, et de faire
arriver toute créature à la connaissance de l’Eternel. Telles sont les
promesses spéciales du Seigneur: " Le vainqueur, je lui donnerai de s’asseoir
avec moi sur mon trône. "" Ils vécurent et régnèrent mille ans avec
le Christ. "- Apoc. 3:21 ; 20:4.
A93
Il y a deux
textes auxquels en appellent principalement tous ceux qui prétendent que le
Seigneur ne viendra qu’après le Millénium. L’un est: " Cet Evangile du
Royaume sera prêché par toute la terre et attesté à toutes les nations. Et
c’est alors que viendra la fin "( Matt. 24:14.- Stapfer). On prétend que
cela se rapporte à la conversion du monde avant la fin de l’âge de l’Evangile.
Mais attester au monde n’implique pas la conversion du monde. Le texte ne dit
rien concernant le témoignage et la façon dont il sera reçu. Ce témoignage a
déjà été donné. Les rapports des sociétés bibliques démontrèrent en 1861 que
l’Evangile avait été publié en toutes les langues de la terre, quoique tous les
millions d’habitants de la terre ne l’eussent pas reçu. Non, -bien loin de là,
-la moitié-pas même la moitié-des quatorze cent millions d’êtres humains
vivants n’a jamais entendu le nom de Jésus. La condition du texte est néanmoins
accomplie ; l’Evangile a été prêché dans tout le monde pour servir de
témoignage-à chaque nation. L’apôtre (Actes 15:14) raconte que le but principal
de l’Evangile dans l’âge présent, c’est " de tirer un peuple hors des
gentils ", pour le nom de Christ, -l’Eglise victorieuse, qui sera unie
avec lui lors de son second avènement et recevra son nom:le témoignage au monde
durant cet âge-ci est un but secondaire. L’autre texte est celui-ci: "
Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied
"( Ps. 110:1). L’idée vague et indéfinie sur ce texte paraît être celle
que Jésus s’assied sur un trône matériel, quelque part dans les cieux, jusqu’à
ce que l’oeuvre de l’assujettissement de toutes choses soit accomplie pour lui
par l’Eglise, et qu’alors il viendra pour régner. C’est une conception fausse.
Le trône de Dieu, dont il est question, n’est pas un trône matériel, mais
signifie son autorité et sa
A94
domination
suprême ; et le Seigneur Jésus a été élevé pour avoir part à cette domination.
Paul déclare que " Dieu a souverainement élevé [Jésus] et lui a donné un
nom qui est au-dessus de tout nom (Phil. 2:9). Il lui a conféré une autorité
qui surpasse toute autre, qui est la plus rapprochée de celle du Père. Si le
Christ s’asseyait sur un trône matériel jusqu’à ce que ses ennemis fussent
faits son marchepied (tous subjugués), alors, naturellement, il ne pourrait
venir que lorsque toutes choses lui auraient été assujetties. Mais si la "
droite " dans ce texte ne signifie point endroit ou siège fixe, mais,
comme nous le prétendons, puissance, autorité et domination, il s’en suit que
le texte, que nous examinons, ne s’oppose nullement à la déclaration de Paul:que
Jésus vient " s’assujettir toutes choses "( Phil. 3:21), en vertu du
pouvoir dont il est revêtu. Pour illustrer cela:nous disons que l’empereur
Guillaume est assis sur le trône d’Allemagne, et cependant nous ne pensons pas
à son siège royal, qu’il occupe, en effet, très rarement. Si nous disons qu’il
est sur le trône, nous entendons par là qu’il règne sur l’Allemagne. La droite
signifie la place principale, une position d’excellence et de faveur, la plus
rapprochée de l’altesse régnante. Ainsi le prince Bismarck fut élevé ou établi
à la droite du pouvoir par l’empereur d’Allemagne, et Joseph fut à la droite de
Pharaon dans le royaume d’Egypte-non au sens littéral, niais suivant
l’expression courante. Les paroles de Jésus devant Caïphe s’accordent avec cette
idée: " Désormais vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la
puissance [de Dieu], et venant sur les nuées du ciel "( Matth. 26:64). Il
sera à la droite lors de sa venue, il restera à la droite durant l’âge du
Millénium et pour toujours. En examinant plus à fond les plans révélés de Dieu,
nous aurons une plus large vue sur l’objet du premier et
A95
du second
avènement ; et nous devons nous rappeler que les deux événements sont en
rapport comme des parties d’un seul et même plan. L’oeuvre spéciale du premier
avènement était de racheter le genre humain ; et celle du second est de
restaurer, de bénir et de délivrer les rachetés. Ayant donné sa vie en rançon
pour tous, notre Sauveur monta au ciel pour présenter ce sacrifice au Père, et
faisant ainsi l’expiation des péchés du peuple (Hébr. 9:12, 24 ; 2:7). Il
retarde sa venue et permet que " le prince de ce monde " prolonge
l’empire du mal jusqu’à ce que l’élection de " l’Epouse, la femme de
l’Agneau ", soit accomplie ; car il faut que chacun de ses membres
triomphe des influences du " présent monde mauvais ", afin de pouvoir
être digne d’un tel honneur. Alors l’oeuvre de distribuer à tout le monde les
grandes bénédictions acquises par son sacrifice pourra commencer, et Christ
sortira pour bénir toutes les familles de la terre. Assurément, la restauration
et la bénédiction auraient pu commencer tout de suite, lorsque le prix de la
rançon fut payé par le Rédempteur:alors la venue du Messie n’aurait été qu’un
événement seul ; le règne et la bénédiction auraient commencé sur le champ,
comme les apôtres s’y attendaient en premier lieu (Act. 1:6). Mais " Dieu
avait en vue quelque chose de meilleur pour nous "- l’Eglise
chrétienne-(Hébr. 11:40) ; c’est donc dans notre intérêt que le règne du Christ
est séparé des souffrances du Chef par ces dix-huit siècles. Cette période
entre le premier et le second avènement, entre la rançon pour tous et la
bénédiction pour tous, est assignée pour l’épreuve et à l’élection de l’Eglise,
qui est le corps du christ ; autrement il n’y aurait eu qu’un seul avènement,
l’oeuvre qui se fera durant la période de sa seconde présence, dans le
Millénium, aurait suivi la résurrection de Jésus. Ou bien, au lieu de dire que
l’oeuvre du second avènement
A96
Aurait suivi
immédiatement l’oeuvre du premier, disons plutôt que si Jéhovah n’avait pas
formé le dessein de choisir un " petit troupeau "," le corps du
Christ ", le premier avènement n’aurait eu lieu alors qu’il a eu lieu
réellement, mais serait survenu au temps du second avènement et ainsi il n’y en
aurait eu qu’un seul. Car Dieu désigna évidemment la permission du mal pour six
mille ans, ainsi que la purification et la restitution de toutes choses doivent
s’accomplir dans le septième millénaire. Ainsi l’on voit que la venue de Jésus,
comme sacrifice et rançon pour les pécheurs, précéda le temps de bénédiction et
de restauration d’assez longtemps pour permettre l’élection de son " petit
troupeau " de " cohéritiers ". Cela explique un peu le retard de
la part de Dieu dans la distribution des bénédictions promises après que la
rançon le rendit possible. Les bénédictions viendront au temps déterminé, comme
proposé originairement, bien que, pour un but glorieux, le prix fût payé
longtemps d’avance et avant que les hommes s’y soient attendus. L’apôtre nous
apprend que Jésus était absent de la terre-dans le ciel-durant tout
l’intervalle compris entre son ascension et le début des temps du
rétablissement de toutes choses, ou de l’âge millénaire, - " lequel il
faut que le ciel retienne jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses
", etc. (Act. 3:21). Du moment que les Ecritures enseignent que le but du
second avènement de notre Seigneur est le rétablissement de toutes choses, et
qu’à l’époque de son apparition les nations seront si loin d’être converties
qu’elles seront irritées de sa venue (Apoc. 11:18), et en opposition les unes
avec les autres, il nous faut admettre que l’Eglise ait manqué à sa mission et
que jusque-là le plan de Dieu ait échoué ; ou, comme nous le prétendons et l’avons
démontré, que la conversion du monde dans l’âge présent n’était pas attendue
A97
de l’Eglise,
mais que sa mission a été celle de prêcher l’Evangile pour un témoignage et de
se préparer elle-même sous la direction divine pour son grand oeuvre futur.
Dieu n’a nullement épuisé sa puissance de convertir le monde. Non !
Qu’avons-nous dit ? Il n’a pas même encore essayé la conversion du monde. Cela
peut paraître à plusieurs une parole étrange, mais réfléchissons un Peu:si Dieu
a réellement tenté une telle oeuvre n’a-t-il pas échoué d’une manière évidente
? Car, comme nous l’avons déjà constaté, parmi les nombreux millions qui
habitent sur la terre, une petite fraction seulement a entendu parler
intelligemment du seul nom par lequel tous peuvent être Sauvés. Nous n’avons
fait qu’exprimer un peu fortement les vues et les doctrines de quelques-unes
des sectes principales (des baptistes, des presbytériens et d’autres), savoir,
que Dieu élit ou choisit maintenant un " petit troupeau ", une Eglise
hors de ce monde. Ils croient que Dieu ne fera rien de plus que de choisir
cette Eglise, tandis que nous trouvons que l’Ecriture enseigne quelque chose de
plus dans le plan divin, -une Restitution qui sera accomplie pour le monde par
l’Eglise élue, aussitôt qu’elle sera complétée et glorifiée. Le " petit
troupeau "-( les vainqueurs) de cet âge de l’Evangile-n’est que le corps
de " la postérité ", par laquelle toutes les familles de la terre
seront bénies. Combien il doit être difficile pour ceux qui maintiennent que
Jéhovah tente depuis six mille ans de convertir le monde et qu’il échoue
toujours, de faire concorder de pareilles idées avec la Bible, qui nous assure
que le plan de Dieu s’exécutera et que sa parole ne retournera pas à lui sans
effet, mais qu’elle prospérera dans les choses pour lesquelles elle fut envoyée
(Esaïe 55:11). Le fait que le monde n’a pas encore été converti et que la
connaissance de l’Eternel n’a pas encore rempli la terre, nous prouve que
A98
cette parole
n’a pas encore été envoyée pour cette mission. Cela nous amène à deux doctrines
qui ont divisé la chrétienté pendant des siècles, savoir:élection et grâce
libre ou universelle. Aucun lecteur sérieux de la Bible ne niera que ces deux
doctrines aient un fondement biblique, malgré leur contraste apparent. Ce fait
devrait nous faire supposer tout de suite que les deux doivent être vraies en
quelque sorte ; mais elles ne peuvent être mises en harmonie que par
l’observation de la loi céleste, l’ordre, et par " la juste dispensation
de la parole de la vérité " à ce sujet. Cet ordre, si nous l’observons
ainsi qu’il est représenté dans le plan des âges, nous montre clairement qu’une
élection a eu lieu dans l’âge présent et dans les âges passés, et que, pour ce
qui est du monde en général, Dieu y a pourvu pendant l’économie du Millénium,
ce qui, pour éviter la confusion, est appelé grâce libre. Si les traits
distinctifs des époques et des économies, traits qui ont été esquissés dans un
chapitre précédent, sont encore présents à la mémoire du lecteur, et si tous
les passages qui ont rapport à l’élection et à la grâce libre sont examinés et
classés, il se trouvera que tous ceux qui traitent de l’élection sont
applicables aux âges passés et à l’âge présent, tandis que ceux qui enseignent
la grâce libre s’appliquent complètement à l’âge prochain. L’élection,
toutefois, comme la Bible l’enseigne, n’est point une coercition arbitraire, ou
du fatalisme, comme on le croit généralement et comme ses défenseurs
l’enseignent, mais elle est un choix conforme à ce qui est favorable et propre
au but que Dieu s’est proposé pendant la période assignée à cet effet. La
doctrine de la grâce libre, représentée par les arminiens (1), est de même un
déploiement plus grand de la
——-
(1) Dans
l’Eglise réformée, les partisans de la doctrine de la grâce libre ou
universelle sont nommés arminiens ou remontrants, d’après Arminius, un prophète
réformé de Leyde en Hollande (1560-1600), qui combattait une partie des
doctrines de Calvin.
A99
grâce abondante
de Dieu que celui que les plus zélés défenseurs de cette doctrine aient jamais
enseigné. La grâce ou les faveurs de Dieu sont toujours libres en ce sens
qu’elles sont immérités ; mais, depuis la chute de l’homme dans le péché
jusqu’au temps présent, certaines faveurs de Dieu sont restreintes à des
personnes, classes et nations particulières, tandis que dans l’âge suivant tout
le monde sera invité à participer aux faveurs offertes, à des conditions qui
seront alors manifestées à tous ;" que celui qui [alors] voudra de l’eau
vive, en prenne gratuitement " Apoc. 22:17. Si nous portons nos regards en
arrière, nous remarquons le choix ou l’élection d’Abraham et de certains de ses
descendants qui furent comme des canaux par lesquels devait venir celui qui
doit bénir toutes les familles de la terre, la semence promise (Gal. 3:29).
Nous remarquons aussi Israël choisi par Dieu, qui fut la seule nation en
laquelle Dieu illustra d’une manière typique comment le grand oeuvre pour le
monde s’accomplirait ;- Sa délivrance d’Egypte, son Canaan, ses alliances, ses
lois, ses sacrifices pour les péchés, pour l’effacement de sa culpabilité et
pour l’aspersion du peuple ; et son sacerdoce pour accomplir tout cela, était
une image et une représentation typique du vrai sacerdoce et des vrais
sacrifices pour la purification de toute l’humanité. Dieu dit de ce peuple:
" je n’ai connu que vous d’entre toutes les familles de la terre "(
Amos 3:2). Ce peuple seul fut reconnu jusqu’à ce que Christ vînt ; et il fut
reconnu encore après, car le ministère de Christ était limité à lui, et Jésus
ne permit d’abord pas à ses disciples d’aller chez d’autres peuples. Lorsqu’il
les envoya, il leur dit: " N’allez point vers les gentils et n’entrez dans
aucune ville des Samaritains. "-
A100
Pourquoi
Seigneur ? C’est parce que, leur répondit-il, je ne suis envoyé qu’aux brebis
perdues de la maison d’Israël "( Matt. 10:5, 6 ; 15:24). Tout sont temps
jusqu’à sa mort fut dévoué à ce peuple, et c’est là que s’accomplit sa première
oeuvre pour le monde, la première manifestation de sa grâce libre et abondante
pour tous, et qui, en un temps déterminé, doit tourner à la bénédiction de
tous. Ce don-ci, le plus grand de Dieu, ne fut point limité à une nation ou à
une classe. Il n’était point pour Israël seul, mais pour tout le monde ; car
Jésus-Christ, par la grâce de Dieu, souffrit la mort pour tous. Hébr. 2:9. Et
maintenant aussi, dans l’âge de l’Evangile, une certaine élection a lieu.
Quelques parties du monde sont plus favorisées que d’autres par l’Evangile (qui
est libre pour tous ceux qui l’entendent). Jetez un coup d’oeil sur une
mappemonde et voyez comme elle est petite la partie illuminée ou bénie à un
degré appréciable. Comparez-vous, avec tous vos privilèges et toutes vos
connaissances, aux millions d’hommes qui, en ce jour, sont encore dans les
ténèbres païennes, qui n’entendirent jamais l’appel et qui conséquemment ne
furent jamais appelés. Quand la troupe élue (pour être fils de Dieu, héritiers
de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ notre Seigneur, -tous ceux qui auront
affermi leur vocation et leur élection) sera complète, alors seulement le plan
de Dieu pour le salut du monde commencera. La semence ne brisera pas la tête du
serpent avant qu’elle ne soit élue, développée et élevée à la puissance. "
Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds "( Rom. 16:20; Gen.
3:15). L’âge de l’Evangile prépare la chaste vierge, l’Eglise fidèle, pour
l’Epoux qui vient. Et à la fin de l’âge, lorsqu’elle sera " préparée
"( Apoc. 19:7), l’Epoux vient et celles des vierges qui seront prêtes
entrent avec lui aux noces, -le second Adam et la seconde
A101
Eve deviennent
un, et alors l’oeuvre glorieux de rétablissement commencera. Dans l’économie
prochaine, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, l’Eglise ne sera plus la
vierge fiancée, mais l’Epouse ; et alors " l’Esprit et l’Epouse
Diront:viens. Que celui aussi qui entend, Dise:viens. Et que celui qui [alors]
a soif vienne; et quiconque [alors] veut de l’eau de la vie en prenne, sans
qu’elle lui coûte rien ".- Apoc. 22:17. L’âge de l’Evangile, bien loin
d’être la fin de la mission de l’Eglise, n’est que la préparation nécessaire
pour le grand oeuvre futur. La création tout entière soupire, après cette
bénédiction promise et souffre les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce jour ;
elle attend avec ardeur et anxiété la révélation des fils de Dieu (Rom.
8:19-22). C’est là une précieuse vérité:la grâce libre a été prévue
complètement dans le plan de notre Père, aussi bien pour ceux qui sont morts
que pour les vivants, et il en est de même de l’opportunité bénie de l’âge qui
vient. La plupart de ceux qui peuvent apercevoir quelque chose des dons dus à
cette seconde venue, et qui savent apprécier le fait que le Seigneur vient pour
distribuer les grandes bénédictions conquises par sa mort, oublient de voir
jusqu’à présent que ceux qui sont dans leurs tombeaux ont tout autant d’intérêt
à ce glorieux règne du Messie que ceux qui, à ce moment-là, ne seront pas aussi
complètement dans les liens de la corruption, -de la mort. Mais, aussi vrai que
Jésus mourut pour tous, aussi sûrement faut-il que tous reçoivent les biens et
les grâces occasionnels qu’il a rachetés par son propre sang. Il s’ensuit donc que, dans le Millénium, nous devons
attendre des bénédictions pour tous ceux qui sont dans la tombe ainsi que pour
ceux qui n’y seront pas ; et nous trouverons d’abondantes preuves sur ce point,
si nous pénétrons plus avant dans le témoignage du Seigneur. C’est
A102
justement parce
que, dans son plan, l’Eternel a décidé de les relâcher, que ceux qui sont dans
la tombe sont appelés " les captifs de l’espérance ". On estime à peu
près à cent quarante-trois milliards le nombre des êtres humains qui ont vécu
sur la terre dans les six mille ans écoulés depuis la création d’Adam. D’après
l’estimation la plus large qui puisse se faire, le nombre des saints de Dieu ne
compterait pas même un milliard d’entre eux. De cette large estimation il
resterait l’immense multitude de cent quarante-deux milliards (142,000,000,000)
qui s’en sont allés dans la mort sans foi et sans espoir dans le seul nom,
donné sous le ciel ou parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés.
Oui, la grande majorité d’entre eux n’a jamais connu Jésus ni entendu parler de
lui, elle ne put donc croire en Celui de la mission duquel elle n’avait jamais
rien entendu. Nous nous demandons ce qu’il est advenu de cette vaste multitude
d’hommes dont les chiffres ne donnent qu’une idée imparfaite ? Quel est, et
quel sera leur sort ? Dieu ne disposa-t-il rien pour ceux de la vie desquels il
doit avoir prévu les conditions et les circonstances ? Ou conçut-il, dès la
fondation du monde, des projets inhumains et cruels pour les tourmenter
éternellement, comme plusieurs de ses enfants le prétendent ? Ou a-t-il préparé
une voie dans la hauteur et la profondeur, dans la longueur et la largeur de
son plan, de manière à ce que tous puissent encore arriver à la connaissance du
seul nom, et qu’en devenant obéissants à ses ordonnances, ils puissent goûter
et posséder la vie éternelle ? A ces questions, que chaque chrétien réfléchi se
pose et qu’il souhaite voir résolues fidèlement et en harmonie avec le
caractère de Jéhovah, diverses réponses sont faites:
A103
L’athéisme
Répond:ils sont morts pour Toujours:il n’y a point de vie à venir:ils ne
vivront plus jamais. Le calvinisme Répond:ils ne furent point élus pour être
sauvés. Dieu les préordonna et les prédestina à la perdition pour qu’ils
aillent en enfer, -et les y voilà maintenant, se tordant dans l’angoisse et
dans l’agonie, -et pour y rester à tout jamais, sans aucun espoir.
L’arminianisme Répond:nous croyons que Dieu excusera plusieurs d’entre eux en
tenant compte de leur ignorance. Celui qui fit et agit au mieux de son savoir,
sera certain d’appartenir à " l’Eglise des premiers-nés ", quand bien
même il n’eut jamais entendu parler de Jésus. Cette dernière conception a
l’assentiment de la majorité des chrétiens de toutes confessions (encore que
les dogmes de quelques dénominations disent le contraire), ce qui provient du
sentiment que toute autre manière de voir serait incompatible avec la justice
de Dieu. Mais les Ecritures appuient-elles cette dernière conception ?
Enseignent-elles que l’ignorance est une cause de salut ? Non ; le seul
fondement du salut mentionné dans les Ecritures repose sur la foi en Christ,
comme notre Rédempteur et Seigneur. " Vous êtes sauvés par grâce, par la
foi "( Eph. 2:8). La justification par la foi est le principe fondamental
de tout le système du christianisme. Lorsque la Question:que faut-il faire pour
être sauvé ? leur fut posée, Paul et Silas répondirent: " Crois au
Seigneur Jésus-Christ. "" Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom
qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés "(
Actes 4:12); et " quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
"- Rom. 10:13. Mais Paul conclut qu’un homme doit entendre l’Evangile
avant qu’il puisse croire, en disant: " Comment donc invoqueront-ils celui
en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas
entendu parler ?"-
A104
Plusieurs
prétendent que Paul enseigne, dans Rom. 2:14, que l’ignorance sauve les hommes:
" Les païens, dit-il, qui n’ont point la loi, se tiennent lieu de loi à
eux-mêmes. " Ils concluent de cela que la loi prescrite par leur
conscience suffit pour les justifier. Mais ceux-là comprennent Paul très mal.
Il veut justement prouver par là que tout le monde est coupable devant Dieu
(Rom. 3:19) ; que les nations, qui n’ont point la loi écrite, sont condamnées
et non justifiées par la lumière de la conscience ; qu’elle les accuse ou les
défende, elle prouve que les gentils n’ont pas atteint la perfection et sont
indignes de la vie, de même que les juifs étaient condamnés par la loi écrite
qu’ils avaient: " Car c’est la loi qui donne la connaissance du péché
"( Rom. 3:20). La loi donnée au juif révéla ses faiblesses, et avait pour
but de lui montrer qu’il était incapable de se justifier lui-même devant Dieu
;" car nulle chair ne sera justifiée devant lui par les oeuvres de la loi.
" La loi écrite condamnait les juifs ; les gentils possédaient assez de
lumière de conscience pour qu’elle les condamnât eux-mêmes ; et ainsi aucune
bouche ne peut s’ouvrir pour prétendre à un droit à la vie, et tout le monde
est reconnu coupable devant Dieu. Si nous rappelons l’expression de Jacques
(Jac. 2:10) :que quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul
commandement, devient coupable de tous et ne peut réclamer aucune bénédiction
promise par l’alliance de la Loi, alors nous pouvons en inférer qu’en vérité
" il n’y a point de juste, pas même un seul "( Rom. 3:10). Et ainsi
les Ecritures ferment toute porte à l’espoir sauf une, qui montre que pas un
seul des condamnés n’est capable de s’assurer la vie éternelle par des oeuvres
méritoires ; et qu’il est également inutile d’alléguer l’ignorance comme une
cause de salut. L’ignorance ne donne à personne le droit à la récompense de la
foi et de l’obéissance.
A105
Beaucoup de
chrétiens, peu disposés à croire que tant de millions d’enfants et de païens
ignorants seront éternellement perdus, ce qui, selon leur compréhension,
signifie qu’ils seront envoyés dans un lieu de tourments éternels, insistent,
malgré les révélations de la Bible, et avancent que Dieu ne condamnera point
les ignorants. Nous admirons la générosité de leur coeur et leur appréciation
de la bonté de Dieu, mais nous les prions de ne pas trop se précipiter en ce
qui concerne le rejet ou l’ignorance des enseignements de la Bible. Dieu a un
salut pour tous, et par une meilleure voie que par celle de l’ignorance. Mais
ces chrétiens agissent-ils aussi d’après ce qu’ils prétendent croire ? Non:tout
en professant leur croyance que l’ignorant sera sauvé par son ignorance, ils
continuent à envoyer des missionnaires chez les païens et dépensent des
milliers de précieuses vies et l’argent par millions. Si tous, ou du moins la
moitié d’entre eux, étaient sauvés par l’ignorance, alors on commet
positivement une injustice à leur égard en leur envoyant des missionnaires pour
les instruire en Christ ; car il y en a seulement à peu près un sur mille qui
devient chrétien, quand les missionnaires leur apportent la bonne nouvelle. Si
cette croyance était correcte, il vaudrait bien mieux les laisser dans
l’ignorance ; alors un plus grand nombre serait sauvé. En poursuivant le même
ordre d’arguments, n’en pourrions-nous pas conclure que tous les hommes
seraient sauvés, si Dieu les avait tous laissés dans l’ignorance ? Si c’était
le cas, la venue comme la mort de Christ seraient inutiles, ainsi que la prédication
et les souffrances des apôtres et de tous les saints, et le soi-disant Evangile
au lieu d’être une bonne nouvelle serait une mauvaise nouvelle. L’envoi de
missionnaires aux païens par ceux qui partagent les vues des calvinistes et des
fatalistes sur l’élection, c’est à dire qui croient que la destinée de chaque
individu est déterminée
A106
d’une manière
immuable avant sa naissance est encore plus déraisonnable et plus absurde. Mais
la Bible, qui est pleine d’esprit missionnaire, n’enseigne point qu’il y a
plusieurs chemins de salut, -l’un par la foi, un autre par les oeuvres et un
troisième par l’ignorance. Elle ne nous enseigne pas non plus la doctrine du
fatalisme, qui déshonore Dieu. Tout en montrant toutes les autres portes
fermées à l’espoir, elle en ouvre vivement une toute grande, et proclame que,
quiconque le veut, peut avoir par là la vie ; elle montre que tous ceux qui ne
voient et n’apprécient pas maintenant le privilège béni d’y entrer, seront
amenés au temps fixé à l’apprécier en pleine connaissance. Le seul chemin par
lequel toute la race condamnée peut venir à Dieu, n’est point celui des oeuvres
méritoires ni celui de l’ignorance, mais celui de la foi dans le précieux sang
de Christ, qui ôte le péché du monde (1 Pierre 1:19 ; Jean 1:29). C’est là
l’Evangile, la bonne nouvelle de grande joie, " qui sera pour tout le
peuple " Voyons maintenant ce que Dieu nous en dit et laissons Dieu se
justifier lui-même. Eh bien, qu’est-il advenu des cent quarante-deux milliards
d’êtres qui ont vécu sur la terre ? Quoi qu’ils puissent être devenus, nous
sommes sûrs qu’ils ne sont pas dans un état de souffrance ; parce que les
Ecritures enseignent non seulement que l’Eglise ne reçoit pas son plein et
complet salaire avant la venue de Christ, où il rendra à chacun selon ses
oeuvres (Matt. 16:27), mais encore parce que les injustes ne recevront leur
punition qu’alors. Quelle que soit leur condition présente, elle ne peut
consister dans leur pleine rétribution ; car Pierre dit: " Le Seigneur
sait réserver les injustes pour être punis au jour du jugement "( 2 Pierre
2:9) ; et c’est aussi ce qu’il fera.
A107
Mais la pensée
que tant de nos semblables pourraient être perdus parce qu’il leur manquait la
connaissance nécessaire pour leur salut, serait vraiment horrible pour tous
ceux qui ont une étincelle de charité et de pitié. D’ailleurs, il se trouve de
nombreux passages de l’Ecriture qu’il semble impossible de faire concorder avec
cette interprétation. Voyons un peu ! Si nous admettons que cette vie est le
seul temps de salut (en laissant de côté toute espérance d’une restitution dans
l’âge qui vient), comment devons-nous alors, à la lumière du passé et du
présent, comprendre les passages suivants: " Dieu est amour ", et
" Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son fils unique, afin que
quiconque croit en lui ne périsse point ?"( 1 Jean 4:8, Jean 3:16). Ne semble-t-il
pas que si Dieu a tant aimé le monde il n’aura non seulement pris des
précautions pour que les croyants puissent être sauvés, mais aussi pour que
tous puissent ouïr l’Evangile afin de pouvoir croire ? Plus loin, si nous
lisons: " Cette lumière était la véritable, qui éclaire tout homme venant
au monde "( Jean 1:9), notre raison nous Dit:non, jamais tout homme n’a
été éclairé, autant que nous pouvons en juger, notre Seigneur n’a éclairé qu’un
bien petit nombre des milliards d’habitants de la terre. De nos jours où la
lumière est plus répandue, des millions de païens ne donnent pas plus signe
d’une telle illumination que n’en donnaient les Sodomites et des myriades
d’autres païens dans les âges passés. Nous lisons que Jésus-Christ par la grâce
de Dieu souffrit la mort " pour tous "( Hébr. 2:9). Mais s’il
souffrit la mort pour ces cent quarante-trois milliards et que pour une autre
cause ce sacrifice ne devint efficace que pour un milliard seulement, la
Rédemption n’était-elle pas relativement un projet manqué ? Et dans ce cas, le
message de l’apôtre n’est-il pas trop large ? Si nous lisons plus loin: "
Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout
A108
le peuple le
sujet d’une grande joie "( Luc 2:10), et si, regardant autour de nous,
nous nous apercevons que ce ne fut une bonne nouvelle que pour un " petit
troupeau " et non pour tout le peuple, cela ne doit-il pas nous étonner
fortement et nous faire supposer que les anges avaient peut-être exagéré la
bonté et la largeur de leur message, et estimé trop haut l’importance de
l’oeuvre à accomplir par le Messie qu’ils annoncèrent ? Un autre passage:
" Il y a un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes,
l’homme Christ Jésus qui s’est donné lui-même en rançon pour tous "( 1
Tim. 2:5, 6). Une rançon pour tous ? Alors pourquoi tous n’auraient-ils pas
quelque bénéfice de la mort de Christ ? Pourquoi tous ne devraient-ils pas
arriver à la connaissance de la vérité, afin qu’ils puissent croire ? Que ces
expressions paraissent obscures et incompréhensibles sans la clef ! Mais si
nous trouvons la clef du plan de Dieu, tous ces textes, d’une voix unanime,
déclarent: " Dieu est amour. " Cette clef se trouve dans la dernière
partie du texte que nous venons de citer: " qui s’est donné lui-même en
rançon pour tous, le témoignage en son propre temps. " Dieu a pour toute
chose un temps convenable. Il aurait pu le témoigner à tous ceux-là, lors de
leur vivant ; mais puisqu’il ne le fit pas, cela prouve que leur " temps
convenable " est encore futur. Pour ceux qui font encore partie de
l’Eglise, de l’Epouse du Christ, et qui participeront à l’honneur du royaume
des cieux, le temps présent est le temps convenable pour ouïr ; que celui qui a
maintenant des oreilles pour ouïr, entende et soit attentif, et il sera béni
conformément. Quoique Jésus paya notre rançon avant que nous fussions nés,
notre " temps convenable " pour ouïr ne vint que longtemps après, et
ce n’est que la compréhension qui créa notre responsabilité, concurremment avec
l’extension de notre capacité et de
A109
notre
connaissance. Le même principe s’applique à tous:au temps déterminé par Dieu,
il sera témoigné à tous, et tous auront alors l’occasion de croire et d’être
bénis par ce moyen. L’opinion dominante est celle que la mort met fin à toute
épreuve ; mais il n’y a aucun passage qui l’enseigne ainsi ; et tous ceux que
nous venons de citer et plusieurs autres, seraient insignifiants ou pires, si
la mort mettait fin à tout espoir pour la masse ignorante du monde. Voici le
seul passage qu’on cite pour prouver cette manière de voir communément
soutenue: " Si un arbre tombe vers le midi ou vers le septentrion, en
quelque lieu qu’il soit tombé, il y demeurera "( Eccl. 11:3). Mais pour
que ce verset se rapporte vraiment à l’avenir de l’homme, il faut qu’il indique
que, en quelque condition qu’il descende dans la tombe, aucun changement n’aura
lieu jusqu’à sa résurrection:cela est aussi la doctrine unanime de toutes les
Ecritures qui traitent de ce sujet, comme on le montrera dans les chapitres
suivants. Puisque Dieu n’a aucunement l’intention de sauver l’homme en raison
de son ignorance, mais " qu’il veut que tous les hommes soient sauvés, et
qu’ils parviennent à la pleine connaissance de la vérité "( 1 Tim. 2:4) ;
puisque la masse de l’humanité mourut dans l’ignorance ; et puisque " dans
le sépulcre, où l’homme va, il n’y a ni oeuvre, ni discours [pensées], ni
science, ni sagesse "( Eccl. 9:10) ; Dieu a conséquemment pourvu au réveil
des morts, pour qu’ils puissent parvenir à la connaissance et, s’ils le
veulent, à la foi et au salut. Son plan est donc que " comme tous meurent
en Adam, de même tous revivront en Christ, " mais chacun en son "
propre rang ", premièrement
l’Eglise, l’Epouse, le corps du Christ ; ensuite, durant le Millénium, tous
ceux qui deviendront siens pendant ces mille ans de sa présence (1)
——-
(1) Version de
Lausanne
A110
[traduit à
contresens par avènement ou venue], le " temps convenable " du
Seigneur, où tous le connaîtront depuis le plus petit jusqu’au plus grand
d’entre eux. -1 Cor. 15:22. Comme la mort est venue par le premier Adam, ainsi
la vie vient par Christ, le second Adam. Tout ce que l’humanité perdit par le
premier Adam sera restitué à ceux qui croiront au second Adam. Quand les hommes
seront ramenés à la vie, avec l’avantage de l’expérience du mal, qui faisait
défaut à Adam, derrière eux, s’ils acceptent avec reconnaissance la Rédemption
comme le don de Dieu, ils pourront vivre éternellement en se conformant à la
condition originelle d’obéissance envers Dieu. Sous le juste règne du Prince de
la paix une parfaite obéissance sera exigée, mais la capacité parfaite de
pouvoir obéir sera aussi donnée. C’est en cela que consiste le salut assuré au
monde. Considérons maintenant un autre texte qui est presque ignoré de tous,
excepté des universalistes (ceux qui croient au salut final de tout homme) ;
car, sans être universalistes, nous prétendons avoir le droit d’employer et de
croire chaque témoignage de la parole de Dieu et de nous en réjouir. On lit:
" Nous espérons au Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes,
principalement des croyants "( 1 Tim. 4:10). Dieu veut sauver tous les
hommes, cependant il ne sauvera personne principalement (c’est à dire
entièrement, dans le sens éternel du mot) que ceux qui viendront à lui par le
Christ. Le salut de Dieu pour tous les hommes n’est pas tel, qu’il doive se
heurter contre leur libre arbitre ou contre leur libre choix, en leur donnant
la vie contre leur volonté: " J’ai mis devant toi et la vie et la mort...
Choisis donc la vie, afin que tu vives. " Siméon mit en contraste ces deux
saluts lorsqu’il dit:
111
" Mes yeux
ont vu ton salut, ... la lumière qui doit éclairer les nations, et la gloire de
ton [vrai] peuple d’Israël. " Cela est en harmonie avec la déclaration de
l’apôtre:que le fait que Jésus-Christ, le médiateur, se donna lui-même en
rançon pour tous, doit être témoigné à tous en son propre temps. C’est ceci qui
doit parvenir à la connaissance de tous les hommes, sans égard à la foi et à la
volonté de leur part. Cette bonne nouvelle d’un Sauveur sera pour tout le
peuple (Luc 2:10, 11), mais son peuple seul (Matt. 1:21) sera sauvé du péché et
de la mort, ceux-là seulement qui croient en lui ; car nous lisons que la
colère de Dieu continue à demeurer sur l’incrédule. -Jean 3:36. Nous voyons
donc que le salut général, qui doit parvenir à chaque individu, consiste dans
la lumière venant de la vraie lumière et dans l’occasion de choisir la vie ; et
comme la plus grande partie de la race est dans la tombe, il sera nécessaire de
l’en faire sortir, afin que la bonne nouvelle d’un Sauveur puisse lui être
annoncée. Et nous voyons de même que le salut spécial, dont les croyants
jouissent maintenant en espérance (Rom. 8:24), et dont la réalisation sera
aussi révélée dans le Millénium à ceux qui " auront cru en ce jour-là
", est une pleine délivrance de l’esclavage du péché et de la corruption
de la mort, en la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Mais avant
d’accorder toutes ces bénédictions, Dieu exige une soumission du coeur aux lois
du royaume de Christ, -la rapidité avec laquelle chacun atteint la perfection,
indique son degré d’amour de chacun envers le Roi et envers Sa loi d’amour. Si
quelqu’un, éclairé par la vérité, parvenu à la connaissance de l’amour de Dieu
et rétabli dans la perfection humaine (que cela soit actuel ou compté comme
tel), " se retire " et " se soustrait "( Hébr. 10:38),
celui-là sera exterminé du milieu du peuple (Actes 3:23), avec les
A112
incrédules.
C’est là la seconde mort. -Apoc. 21:8. Nous voyons ainsi que tous les passages,
paraissant si difficiles jusqu’ici, s’expliquent facilement par la déclaration,
- " le témoignage en son propre temps. " Au propre temps, ce sera la
" bonne nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie.
" Au propre temps, la véritable lumière éclairera tous les hommes qui sont
venus au monde. Et ces passages ne peuvent être expliqués en aucune autre
manière sans être dénaturés. Paul présente cet ordre d’arguments avec beaucoup
d’énergie dans Rom. 5:18, 19. Il conclut que, comme tous les hommes furent
condamnés à la mort par la transgression d’Adam, ainsi, de même, la justice et
l’obéissance de Christ jusqu’à la mort, les justifient tous pour la vie ; et
que, comme tous perdirent la vie par le premier Adam, ainsi tous, malgré leur
démérite personnel, peuvent recevoir la vie par l’acceptation du second Adam.
Pierre nous dit qu’il a été fait mention de ce rétablissement par la bouche de
tous les saints prophètes (Act. 3:19-21). Tous en parlent. Ezéchiel parle de la
vallée d’ossements fort secs: " Ces os sont toute la maison d’Israël
":" Mon peuple, voici, je vais ouvrir vos sépulcres, et je vous
tirerai hors de vos sépulcres, et je vous ferai rentrer dans la terre d’Israël.
Et vous, mon peuple, vous saurez que je suis l’Eternel, quand j’aurai ouvert
vos sépulcres, et que je vous aurai tirés hors de vos sépulcres. Et je mettrai
mon esprit en vous, et vous revivrez, et je vous poserai sur votre terre ; et
vous saurez que moi, qui suis l’Eternel, aurai parlé et que je l’aurai fait,
dit l’Eternel. "- Ezéch. 37:11-14. Avec ceci s’accordent les paroles de
Paul (Rom. 11:25-26-Darby). " C’est qu’un endurcissement (ou aveuglement)
partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations [le peuple
élu, l’épouse du Christ], soit
113
entrée ; et
ainsi tout Israël sera sauvé, [ou ramené de son état d’être rejeté] ;" car
" Dieu n’a point rejeté son peuple, qu’il a préconnu (vers. 2). Les Israélites ont été rejetés de
sa faveur pendant que l’épouse du Christ fut choisie, mais ils seront réinstallés
aussitôt que cette oeuvre sera accomplie (vers. 28-33). Les prophètes abondent
en descriptions, montrant comment Dieu les replantera et ne les arrachera plus.
" Ainsi a dit l’Eternel, le Dieu d’Israël:...je les regarderai d’un oeil
favorable, et je les ferai retourner en ce pays, et je les y rebâtirai et ne
les détruirai plus ; je les planterai et ne les arracherai plus. Et je leur
donnerai un coeur pour connaître que je suis l’Eternel, et ils seront mon
peuple, et je serai leur Dieu ; car ils reviendront à moi de tout leur coeur.
"( Jér. 24:5-7 ; 31:28 ; 32:40-42 ; 33:6-16). Toutes ces déclarations ne
peuvent pas se rapporter simplement aux délivrances des captivités de Babylone,
de Syrie, etc., car les Israélites furent de nouveau arrachés depuis. Plus loin
l’Eternel dit encore: " En ces jours-là, on ne dira Plus:les pères ont
mangé des raisins verts et les dents des enfants en sont agacées. Mais chacun
[qui y meurt] mourra pour son iniquité
(Jér. 31:29-30). Cela n’est pas le cas maintenant. Chacun ne meurt pas
pour ses propres péchés maintenant, mais à cause du péché d’Adam:- " Tous
meurent en Adam. " C’est lui qui mangea les raisins verts du péché, et nos
pères continuèrent à en manger, transmettant toujours plus de maladies et de misères
à leurs enfants et hâtant par là le salaire du péché, -la mort. Le jour auquel
" chacun [qui meurt] mourra pour sa propre iniquité " seulement, est
le jour millénaire du rétablissement. Si plusieurs des prophéties et des
promesses de bénédictions futures semblent s’appliquer à Israël seul, il faut
se rappeler qu’Israël était un peuple typique, et qu’en
A114
vertu de cela
les promesses faites à lui, bien qu’elles aient parfois une application
spéciale à lui-même, s’appliquent généralement à tout le monde, dont Israël fut
le type. Tandis qu’Israël comme nation était le type du monde entier, son
sacerdoce était le type du " petit troupeau " élu (la tête et le
corps du Christ), la " sacrificature royale "; et les sacrifices, les
purifications et les propitiations pratiqués pour Israël, symbolisaient les
" sacrifices plus excellents ", les purifications plus complètes et
la propitiation ou l’expiation réelle " pour les péchés de tout le monde
", dont Israël forme une partie. Et de plus Dieu parle d’autres nations qu’il
nomme et dont il promet la restauration. Comme forte preuve à l’appui, nous
mentionnons les Sodomites. Si nous trouvons le rétablissement des Sodomites
clairement enseigné, nous pouvons nous réjouir, à coup sûr, de la vérité de
cette glorieuse doctrine du rétablissement de tout le genre humain, exprimée
par la bouche de tous les saints prophètes. Et pourquoi les Sodomites
n’auraient-ils pas, eux aussi, une occasion d’atteindre la perfection et la vie
éternelle aussi bien qu’Israël, ou que l’un d’entre nous ? Ils n’étaient point
justes, c’est vrai, mais Israël ne le fut point non plus, de même nous ne le
fûmes pas, nous, qui maintenant entendons l’Evangile. " Il n’y a point de
juste, non pas même un seul, " en dehors de la justice qui nous est
imputée par Christ, qui mourut pour tous. Les propres paroles de Jésus nous
disent, que quoique Dieu fit pleuvoir des cieux du soufre et du feu et les
détruisît tous à cause de leurs iniquités, les Sodomites ne furent néanmoins
pas d’aussi grands pécheurs à ses yeux que les Juifs, qui avaient plus de
connaissances (Gen. 19:24 ; Luc 17:29). Aux Juifs de Capernaüm, Il dit: "
Si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits à Sodome,
elle subsisterait encore aujourd’hui.
Matt. 11:23.
A115
Par là notre
Seigneur nous apprend que les Sodomites n’avaient pas encore eu une pleine
occasion de salut ; mais il la leur garantit lorsqu’il ajoute: " Mais je
vous dis que le sort du pays de Sodome sera plus supportable au jour du
jugement que le tien "( vers. 24-Darby). Le caractère du jour du jugement
ainsi que son oeuvre seront démontrés dans des âges suivantes. Ici nous
attirons particulièrement l’attention sur le fait que ce sera un temps
supportable pour Capernaüm et encore plus supportable pour Sodome ; parce que,
quoique aucune des deux n’eût encore eu une pleine connaissance, qu’aucune
n’eût goûté les bénédictions à venir par la " semence ", Capernaüm
toutefois pécha contre plus de lumière. Et si Capernaüm et tout Israël ne sont
pas oubliés, mais doivent être bénis, sous la " nouvelle Alliance ",
scellée par le sang de Jésus, pourquoi les Sodomites ne devraient-ils pas eux
aussi être bénis parmi " toutes les familles de la terre ?"
Assurément ils le seront. Et n’oublions pas que, comme Dieu " fit pleuvoir
du ciel du feu et du soufre, qui les fit tous périr ", plusieurs siècles
avant le temps de Jésus, lorsqu’il est parlé de leur rétablissement, cela
implique en même temps leur résurrection, leur venue hors de la tombe.
Examinons maintenant la prophétie d’Ezéchiel 16:48-63. Lisons-la
Attentivement:ici Dieu parle des Israélites et les compare à leurs voisins les
Samaritains et aussi aux Sodomites, desquels il dit: " Je les ai fait
disparaître quand j’ai vu cela "( v. 50). Ni Jésus ni le prophète ne
fournissent aucune explication au sujet de cette inégalité apparente des
procédés de Dieu, détruisant la ville de Sodome et laissant impunies d’autres,
plus coupables qu’elle. Tout cela viendra au jour lorsqu’au " temps fixé
" ses grands desseins seront manifestés. Le prophète dit simplement que
Dieu trouva bon d’agir ainsi, et Jésus ajoute que le sort
A116
sera plus
supportable pour elle, au jour du jugement, que pour d’autres plus coupables.
Mais dans la supposition que la mort mette fin à toute épreuve et que, d’après
cela, plus personne ne puisse avoir, à la résurrection, une occasion de
parvenir à la connaissance de la vérité et de lui obéir, nous
Demanderons:pourquoi Dieu trouva-t-il bon de détruire ce peuple sans lui donner
une possibilité d’accepter le salut par la connaissance du seul nom par lequel
on peut être sauvé ? La réponse Est:parce que ce n’était pas encore le temps
convenable pour lui. Au " temps convenable " les Sodomites seront
réveillés de la mort et amenés à la connaissance de la vérité et seront bénis
ensemble avec tous les autres peuples, par la " semence " promise.
Alors ils seront mis à l’épreuve pour la vie éternelle. Par cette pensée (et
par aucune autre) nous pouvons comprendre la conduite du Dieu d’amour envers
Amalek ou les Amalécites et d’autres nations. Non seulement, il permit à Israël
de les détruire, mais il l’ordonna, disant: " Va maintenant, et frappe
Amalek, et détruisez, à la façon de l’interdit, tout ce qu’il a, et ne
l’épargnez point, mais fais mourir tant les hommes que les femmes, tant les
grands que ceux qui tètent, tant les boeufs que les brebis et tant les chameaux
que les ânes (1 Sam. 15:3). Cette
destruction de vie, impitoyable et sans égards, semble être inconciliable avec
le caractère de charité attribué à Dieu et avec l’enseignement de Jésus, "
aimez vos ennemis ", etc., jusqu’à ce que nous arrivions à reconnaître que
le plan de Dieu est conçu systématiquement, qu’il y a un " temps déterminé
" pour chaque partie de ce plan et qu’en effet chaque membre de la race humaine
y trouve sa place. Nous pouvons voir maintenant que ces Amalécites, Sodomites
et autres, ont été mis en avant comme exemples de la juste indignation de Dieu
et de sa résolution de détruire
A117
finalement et
complètement les ouvriers d’iniquité:exemples qui serviront non seulement à
d’autres, mais aussi à eux-mêmes, quand viendra leur jour de jugement ou
d’épreuve. Ces peuples pouvaient tout aussi bien mourir de cette manière que
par la peste ou un autre fléau. Cela avait bien peu d’importance pour eux,
puisqu’ils ne devaient connaître que le mal, afin qu’au temps prévu ils
puissent apprendre la justice et la droiture, lorsqu’ils seront mis à l’épreuve
et seront capables de faire la distinction et de choisir le bien pour avoir la
vie. Toutefois continuons à examiner la prophétie. Après avoir comparé Israël à
Sodome et à Samarie et avoir déclaré Israël le plus blâmable (Ez. 16:48-54), le
Seigneur dit: " Quand je ramènerai leurs captifs, savoir, les captifs de
Sodome et des villes de son ressort, les captifs de Samarie et des villes de
son ressort, je ramènerai aussi les captifs de ta captivité parmi elles. "
La captivité dont il est question ici, ne peut être que la captivité de la mort
; car les peuples mentionnés, en particulier les Sodomites, étaient déjà tous
morts alors. Tous sont captifs dans la mort et Christ vient pour ouvrir les
portes de la fosse et pour mettre en liberté les captifs (Esaïe 61:1 ; Zach.
9:11). Au verset 55 cela est appelé un retour à " l’état précédent "(
ou " au premier état "),- un rétablissement. Il y a des chrétiens qui
sont assez disposés à accepter la miséricorde de Dieu par Christ pour la
rémission de leurs propres offenses et faiblesses commises à la suite de
lumières et de connaissances plus abondantes, mais qui ne peuvent concevoir que
la même grâce soit aussi applicable à d’autres sous le Nouveau Testament ;
quoiqu’ils semblent admettre la déclaration de l’apôtre que Jésus-Christ, par
la grâce de Dieu, souffrit la mort pour tous. D’aucuns ont même l’idée que le
Seigneur doit avoir parlé ironiquement aux juifs dans cette prophétie, en
faisant croire qu’il
118
voulait tout
aussi bien ramener les Sodomites qu’eux, mais qu’il n’avait aucune intention de
restaurer ni les uns ni les autres. Mais regardons si les versets suivants
s’accordent avec cette idée. L’Eternel dit: " Mais toutefois je me
souviendrai de l’alliance que j’avais traitée avec toi dans les jours de ta
jeunesse, et j’établirai avec toi une alliance éternelle. Alors tu te
souviendras de ta conduite et tu en seras confuse, quand tu recevras tes soeurs
;... car j’établirai mon alliance avec toi, et tu sauras que je suis l’Eternel
; afin que tu t’en souviennes et que tu sois honteuse, et que tu n’aies plus la
hardiesse d’ouvrir la bouche, à cause de ta confusion, après que j’aurai été
apaisé envers toi, pour tout ce que tu auras fait, dit le Seigneur, l’Eternel.
" Quand une promesse est signée ainsi par le Grand Jéhovah, tous ceux qui
ont écrit sur leur sceau que " Dieu est véritable " peuvent avec
pleine confiance se réjouir de la certitude de son accomplissement ;
spécialement ceux qui reconnaissent que ces dons de salut de la nouvelle
Alliance ont été confirmés par Dieu en Christ, qui scella l’alliance par son
propre et précieux sang. A cela, Paul ajoute aussi son témoignage en disant:
" Et ainsi tout Israël [les vivants et les morts] sera sauvé [ramené de
son endurcissement], selon qu’il est Écrit:le Libérateur viendra de Sion, et il
détournera de Jacob les infidélités [Impiétés] ; et c’est là l’alliance que je
ferai avec eux, lorsque j’ôterai leurs péchés.... Ils sont bien-aimés eu égard
à l’élection, à cause des pères. Car les dons et la vocation [ou l’appel] de
Dieu sont sans repentance. "- Rom. 11:26-29. Les Juifs, les Sodomites, les
Samaritains et tout le genre humain seront confus et honteux ; il ne faut
nullement s’étonner quand, en son temps, Dieu manifestera les immenses
richesses de sa grâce. Oui, plusieurs de ceux qui sont maintenant enfants de
Dieu seront confondus et émerveillés,
A119
quand ils
verront combien Dieu aima le monde et combien ses plans et ses pensées étaient
plus élevés que les nôtres. Le peuple chrétien croit généralement que les
bénédictions de Dieu ne sont que pour l’Eglise élue et seulement pour elle,
mais maintenant nous apercevons que le plan de Dieu est plus large que nous ne
l’avions supposé ; et que s’il a donné à l’Eglise " les plus grandes et
les plus précieuses promesses ", il n’a pas négligé non plus de préparer
d’abondantes provisions pour le monde qu’il a assez aimé pour le racheter. Les
Juifs commirent une erreur tout à fait semblable, en admettant que toutes les
promesses de Dieu n’étaient que pour eux et pour eux seuls ; mais lorsque le
temps convenable vint et que les gentils furent favorisés, l’élite (les élus) d’Israël,
dont le coeur était assez large pour se réjouir de cette preuve plus étendue de
la grâce de Dieu, partagea cette faveur croissante, tandis que les autres
furent aveuglés par les préjugés et les traditions humaines. Que les membres de
l’Eglise qui voient apparaître maintenant la lumière rayonnante de l’âge du
Millénium, avec sa faveurs et ses avantages pour tout le monde, fassent
attention, de crainte d’être trouvés en opposition avec la lumière toujours
croissante et d’être, ainsi, aveuglés pour un temps à l’égard de sa gloire et
de ses bienfaits. Combien ce glorieux plan de Dieu, de l’élection d’un petit
nombre qui bénira plus tard tout le monde, diffère de l’altération de ces
vérités, telles qu’elles sont représentées par les vues réciproquement opposées
du calvinisme et de l’arminianisme. D’une part, le premier nie la doctrine
biblique de la grâce libre, et, d’autre part, il déforme la glorieuse doctrine
de l’élection; le dernier nie la doctrine de l’élection et se trouve dans
l’impossibilité de comprendre l’abondance des richesses de la grâce universelle
de Dieu.
120
Le calvinisme
Dit:dieu est souverainement sage ; il connut la fin dès le commencement ; et
comme tous ses desseins s’exécutent, il ne put jamais avoir eu l’intention de
sauver plus qu’un petit nombre, l’Eglise. Il élut et prédestina celle-ci au
salut éternel ; tous les autres furent aussi prédestinés et élus, mais pour
aller à la damnation éternelle ; car " toutes les oeuvres de Dieu lui sont
connues de toute éternité ". Cette opinion a ses bons côtés. Elle
reconnaît l’omniscience de Dieu. Et ce serait notre idéal d’un grand Dieu, si
ce n’était qu’il lui manque deux qualités essentielles de vraie
grandeur:l’amour et la justice ; ni l’un ni l’autre n’apparaissent en ce qu’il
fit venir au monde cent quarante-deux milliards d’êtres humains condamnés aux
tourments éternels avant d’être nés, et même trompés par la déclaration
solennelle de son amour. Puisque Dieu est amour et que la justice et l’équité
sont le fondement de son trône, tel ne peut être son caractère. L’arminianisme
dit:-Certes, Dieu est amour ; et en faisant venir l’humanité au monde il
n’avait rien de mal en vue, -simplement le bien. Mais Satan réussit à tenter le
premier couple, et ainsi le péché entra dans le monde et par le péché, la mort.
Et depuis Dieu a fait tout ce qu’il a pu pour délivrer l’homme de son ennemi,
il est même allé jusqu’à donner son Fils. Et quoique maintenant, après six
mille ans, l’Evangile n’ait atteint qu’une bien faible partie de l’humanité,
nous croyons et espérons pourtant que dans d’autres six mille ans, grâce à
l’énergie et à la libéralité de l’Eglise, Dieu aura tellement remédié au mal
introduit par Satan, que tous ceux qui vivront alors pourront au moins
connaître son amour et auront une occasion de croire pour être sauvés. Tandis
que cette conception représente Dieu comme un être plein de bienveillantes et
charitables intentions pour
A121
ses créatures,
elle laisse entendre aussi que pour l’accomplissement de ses bienveillantes
intentions, il lui manque les facultés et la prescience nécessaires:qu’il ne
possède pas suffisamment de sagesse et de puissance. D’après cette théorie il
semblerait que, pendant que Dieu ne s’occupait que du bien de ses enfants
nouvellement créés et faisait les arrangements nécessaires, Satan s’y glissa
et, par un coup de maître, renversa tous les plans de Dieu. Celui-ci aurait
donc, malgré tout son pouvoir, besoin de douze mille ans pour rétablir la
justice, et seul le reste de la race alors vivant aurait au moins l’occasion de
choisir entre le bien et le mal. Mais les cent quarante-deux milliards d’êtres
humains des six mille ans écoulés et ceux des six mille ans prochains sont,
d’après cette doctrine, et, en dépit de l’amour de Dieu, perdus pour toute
l’éternité, parce que Satan intervint dans ses plans. Conclusion:satan en
obtiendrait mille pour les tourments éternels contre un que Dieu sauve pour la
gloire ! Cette opinion ne doit-elle pas exalter l’idée de l’homme sur la
sagesse et le pouvoir de Satan et amoindrir son estime pour les attributs de ce
Dieu, dont pourtant le psalmiste dit: " Il dit, et la chose arrive, il
ordonne, et elle existe. " Mais loin de Là:dieu ne fut point surpris ni
dupé par l’adversaire ; Satan n’a en aucune manière contrecarré ses plans. Dieu
est parfaitement maître de la situation, et l’a toujours été ; et. finalement,
on verra que tout a concouru à l’accomplissement de ses desseins. Les doctrines
de l’élection et de la grâce libre, telles qu’elles sont exposées par le
calvinisme et l’arminianisme, n’ont jamais pu s’harmoniser l’une avec l’autre,
ni avec la raison, ni avec la Bible ; elles sont cependant harmonieuses et
belles, si elles sont contemplées au point de vue du plan des âges. Puisque
nous voyons que tant de ces grands et glorieux
122
traits du plan
de Dieu pour sauver l’homme du péché et de la mort se trouvent encore dans
l’avenir ; et que le second avènement de notre Seigneur Jésus est le premier
pas dans l’accomplissement de ces bénédictions si longtemps promises et si
longtemps attendues ; ne devrions-nous pas, à cause de cela, désirer ce second
avènement plus ardemment que le peuple juif, moins éclairé, ne désirait le
premier ? En voyant que le temps du mal, de l’injustice, de l’oppression et de
la mort touchera à sa fin par l’empire et le pouvoir qu’il exercera alors, et
que la justice, la vérité et la paix deviendront universelles, qui ne pourrait
se réjouir de voir le jour de cet avènement ? Et qui, de ceux qui souffrent
maintenant avec Christ, ne serait pas dans la joie à cause de sa précieuse
promesse: " Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui
"? Qui ne lèverait pas la tête ? qui ne se réjouirait pas à chaque présage
de l’approche du Maître, sachant par là que notre délivrance et notre
glorification avec lui s’approchent ? Sûrement tous ceux qui sympathisent avec
sa mission de bénédiction et avec son esprit d’amour salueront joyeusement
chaque indice et sa venue comme l’approche de " la grande joie qui sera
pour tout le peuple !".
Voyez le
Seigneur, Glorieux Vainqueur, Marcher de conquête en conquête.
Heureux est
celui-Qui vit aujourd’hui Témoin de ce beau jour de fête.
Semblable au
torrent. En tous lieux s’étend, Chaque jour la bonne nouvelle.
Ta puissante
voix Jésus à tes lois-Soumet le coeur le plus rebelle.
Chapitre VII—LA
PERMISSION DU MAL ET SON RAPPORT AVEC LE PLAN DE DIEU
A123
Pourquoi le mal
fut permis. -Ce qui est juste et ce qui est faux comme principes. -Le sens
moral. -Dieu permit le mal et le dirigera pour le bien. -Dieu n’est point
l’auteur du péché. -L’épreuve d’Adam n’était point un jeu. -Sa tentation était
sérieuse. -Il pécha volontairement, de propos délibéré. -Le châtiment du péché
n’est point injuste, ni trop sévère. -La sagesse, l’amour et la justice se
manifestant dans la condamnation de tous en Adam. -La loi de Dieu est
universelle.
Le Mal est ce
qui produit du malheur ; toute chose qui, directement ou indirectement, cause
une souffrance quelconque, -Lexique anglais de Webster. Et d’après Boiste,
lexicographe français, -le mal est le contraire du bien, tout ce qui nuit et
cause de la douleur. C’est pourquoi, en traitant ce sujet, se pose non
seulement cette Question:qu’en est-il de toutes ces maladies, douleurs, peines,
faiblesses, et de la mort de l’humanité ? Mais il est nécessaire d’aller plus
loin que tout cela et d’examiner la cause primitive, -le péché, -et son remède.
Puisque le péché est la cause de tout le mal, son éloignement est le seul
remède pour guérir la maladie d’une manière radicale. Aucune difficulté,
peut-être, ne se présente plus fréquemment à l’esprit du penseur que ces Questions:pourquoi
Dieu permet-il le règne actuel du mal ? Pourquoi Dieu permit-il à Satan de se
glisser auprès de nos premiers parents pour les tenter, après les avoir créés
droits et parfaits ? Ou bien, pourquoi permit-il que l’arbre de la connaissance
A124
du bien et du
mal, eût sa place parmi tous les autres qui avaient été donnés à l’homme pour
en manger le fruit ? Malgré toute tentative pour l’éluder, la question suivante
se pose toujours:-Dieu n’aurait-il pas pu prévenir toute possibilité de la
chute de l’homme ? La difficulté vient indubitablement de ce que l’on ne
comprend pas le plan de Dieu. Certainement Dieu aurait pu empêcher l’entrée du
péché, mais le fait qu’il ne le fit pas devrait nous être une preuve suffisante
que la permission présente du mal est destinée à aboutir finalement à un salut
d’autant plus grand. Si l’on examinait les plans de Dieu dans leur intégralité,
on verrait combien le chemin suivi était sage. On Demande:dieu, à qui toutes
choses sont possibles, ne pouvait-il pas intervenir à temps pour empêcher
l’accomplissement des desseins de Satan ? Sans doute il l’aurait pu ; mais une
intervention de ce genre aurait empêché l’accomplissement de ses propres
projets. Son but était de manifester la perfection, la majesté et la juste autorité
de sa loi, et de montrer à la fois à l’homme et aux anges les funestes
conséquences qui proviennent de sa violation. Du reste, il y a des choses qui,
d’après leur propre nature, sont même impossibles à Dieu, comme les Ecritures
le rapportent: " Il est impossible que Dieu mente "( Hébr. 6:18).
" Il ne peut se renier soi-même "( 2 Tim. 2:13). Il ne peut commettre
l’injustice, et voilà pourquoi il ne pouvait choisir que le meilleur et le plus
sage des plans pour introduire ses créatures dans la vie, lors même que notre
vue bornée ne peut discerner, pendant un certain temps, les sources cachées de
la sagesse infinie. Les Ecritures déclarent que toutes choses furent créées par
la volonté et pour le plaisir de Dieu (Apoc. 4:11), pour le plaisir de
dispenser ses bénédictions et d’exercer les qualités de son être glorieux. Et
si, dans l’accomplissement
A125
de ses
bienveillants desseins, il permet au mal et aux ouvriers d’iniquité d’y jouer
un rôle actif pendant un certain temps, ce n’est pas pourtant par amour du mal,
ou parce que lui-même serait d’accord avec le péché ; car il déclare qu’il
" n’est point un Dieu qui prenne plaisir à la méchanceté "( Ps. 5:5).
Quoique opposé au mal à tous égards, Dieu le permet ou le tolère (c’est à dire
qu’il ne l’empêche pas) pour un certain temps, parce que sa sagesse a trouvé un
chemin sur lequel ses créatures trouveront une leçon durable et de grande
valeur. C’est une vérité évidente en elle-même qu’il existe pour chaque
principe juste un principe injuste correspondant, comme par exemple, vérité et
fausseté, amour et haine, justice et injustice. Nous désignons ces principes
(ou notions) opposés par juste et injuste ou aussi par bon et mauvais, toujours
d’après l’effet qu’ils produisent quand ils sont mis en activité. Nous nommons
un principe juste, celui qui est bienfaisant et produit finalement de l’ordre,
de l’harmonie et du bonheur ; et nous nommons son opposé, celui qui ne produit
que de la discorde, du malheur et de la destruction, un principe injuste. Le
résultat de ces principes en action est ce que nous nommons bon et mauvais, ou
bien et mal ; et nous nommons vertueux ou pécheur, l’être intelligent qui est
capable de discerner le bon principe du mauvais et qui se laisse gouverner
volontairement par l’un ou par l’autre. Cette faculté de pouvoir discerner
entre bons et mauvais principes est appelée le sens moral ou la conscience.
C’est par ce sens moral, que Dieu nous a donné, que nous sommes capables de
juger Dieu et de reconnaître qu’il est bon. C’est à ce sens moral que Dieu en
appelle toujours pour prouver sa justice et sa droiture ; et c’est en vertu du
même sens moral qu’ Adam pouvait juger que le péché ou l’InjustIce est quelque
chose de mauvais, même avant de
A126
connaître
toutes ses conséquences. Les rangs inférieurs des créatures de Dieu ne sont pas
doués de ce sens moral. Un chien a quelque peu d’intelligence, mais non à ce
degré, quoiqu’il puisse apprendre que certaines actions méritent l’approbation
et la récompense de son maître et certaines autres sa désapprobation. Il
pourrait dérober ou tuer, mais on ne pourrait pas l’appeler un pécheur ; ou
bien il pourrait protéger la vie et la propriété, mais on ne pourrait pas
l’appeler vertueux, -parce qu’il ignore la qualité morale de ses actions. Dieu
aurait pu créer le genre humain dépourvu de la faculté de distinguer entre ce
qui est juste et ce qui est injuste, ou seulement capable de discerner ce qui
est juste et de l’accomplir ; mais cela n’aurait rien été d’autre que de faire
simplement une machine vivante et non une ressemblance de son Créateur. Ou bien
il n’avait qu’à faire l’homme parfait avec un libre arbitre, comme il le fit,
et le préserver de la tentation de Satan. Mais dans ce cas, l’expérience de
l’homme étant limitée au bien, il aurait été continuellement exposé aux
suggestions du mal du dehors et à l’ambition du dedans, ce qui aurait rendu son
avenir incertain à travers toute l’éternité, car la possibilité d’un éclat de
désobéissance et de désordre aurait toujours subsisté ; en outre, le bien n’aurait
jamais été si pleinement apprécié que dans son contraste avec le mal. Dieu
familiarisa premièrement ses créatures avec le bien en les entourant de sa
bonté en Eden ; ensuite, comme salaire de la désobéissance, il leur donna une
pénible expérience du mal. Chassées d’Eden et privées de communion avec lui,
Dieu les laissa éprouver la maladie, les douleurs et la mort, afin qu’elles
sachent à tout jamais ce que c’est que le mal, combien le péché est nuisible et
criminel. En comparant les conséquences de ces deux principes, Adam et Eve les
comprirent et les jugèrent ;" et l’Eternel
A127
Dieu Dit:voici,
l’homme est devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal "( Gen.
3:22). Ses descendants participent à cette connaissance, sauf qu’ils acquièrent
premièrement la connaissance du mal et qu’ils ne pourront comprendre pleinement
ce qui est bon que lorsqu’ils en feront l’expérience au Millenium, comme
résultat de leur Rédemption par Celui qui, alors, sera leur juge et leur roi.
Le sens moral,
ou le discernement du juste et de l’injuste, et la liberté de s’en servir,
qu’Adam possédait, furent des traits importants de sa ressemblance avec Dieu.
La loi de ce qui est juste et de ce qui est injuste était écrite dans le sein
de sa nature:elle en formait une partie comme elle forme une partie de la
nature divine. Mais n’oublions pas que cette image ou ressemblance avec Dieu,
cette nature de l’homme en laquelle la loi était originairement gravée, a perdu
beaucoup de la netteté de son empreinte par l’influence dégradante et l’action
délétère du péché ; elle n’est donc plus maintenant ce qu’elle fut dans le
premier homme. La faculté d’aimer implique la faculté de haïr ; voilà pourquoi
nous pouvons en conclure que le Créateur ne pouvait former l’homme à son image
avec le pouvoir d’aimer et de faire ce qui est juste, sans la faculté
correspondante de haïr et de faire le mal. Cette liberté de choix, nommée libre
ou franc arbitre, est une partie de la dotation originelle de l’homme ; et
cela, joint à ses pleines facultés intellectuelles et morales, en fait une
image de son Créateur. Aujourd’hui, après six mille ans de dégradation, l’homme
s’est éloigné à tel point de l’image originelle par le péché, qu’il n’est plus
libre, mais lié plus ou moins par le péché et ses suites funestes, en sorte que
le péché est maintenant plus familier et plus agréable à la race déchue, que la
justice. Il est évident que Dieu aurait pu donner à Adam une impression plus
vive des suites désastreuses du péché, ce
A128
Qui l’en aurait
détourné ; mais Dieu savait, croyons-nous, qu’une expérience actuelle du mal
était la plus sûre et la plus durable leçon, pour servir éternellement à
l’homme ; et c’est pour cette raison que Dieu ne prévint pas le mal, mais
laissa à l’homme la liberté de faire le choix et d’en sentir les conséquences.
Si le mal n’avait jamais été posé en face de l’homme, il n’aurait pu lui
résister, et alors il n’y aurait eu ni vertu ni mérite dans sa droiture et sa
justice. Dieu demande des adorateurs qui l’adorent en esprit et en vérité. Il
préfère de beaucoup une obéissance intelligente et volontaire à un service
ignorant et machinal. Il avait déjà des forces inanimées et machinales en
activité pour l’accomplissement de sa volonté ; mais maintenant son intention
était de créer une chose plus noble, une créature intelligente faite à son
image, un seigneur sur la terre, seigneur dont la justice et la loyauté
seraient basées sur la juste appréciation de ce qui est juste ou injuste, bien
ou mal. Les principes " juste " et " injuste " ont toujours
existé, comme principes, et existeront toujours ; et il faut que toutes les
créatures parfaites et intelligentes, faites à l’image de Dieu, soient libres
de choisir l’un ou l’autre, quoique le principe " juste " continue à
être seul actif pour toujours. Les Ecritures nous enseignent que lorsque le
principe " injuste " aura été assez longtemps en oeuvre pour
accomplir les desseins de Dieu, il cessera à jamais d’être agissant, et aussi
que tous ceux qui continuent à se soumettre à son influence cesseront à jamais
d’exister (1 Cor. 15:25, 26 ; Hébr. 2:14). La pratique de la droiture et de la
justice, et les hommes de bien seuls continueront à exister pour toujours. Mais
la question se présente sous une autre forme. L’homme ne pouvait-il pas être instruit
du mal de quelque autre façon que par l’expérience ? Il y a quatre sortes de
A129
moyens de
connaître une chose:par l’intuition (la connaissance immédiate), par
l’observation, par l’expérience et par l’instruction ; cette dernière doit
naturellement provenir d’une source reconnue comme positivement véridique. Une
connaissance intuitive serait une conception directe, sans la méthode de
raisonnement ou la nécessité d’une preuve. Une telle connaissance n’appartient
qu’au divin Jéhovah, la source éternelle de toute sagesse et de toute vérité,
qui, de nécessité et de par la nature des choses mêmes, est infiniment
supérieur à toutes ses créatures. Voilà pourquoi la connaissance que l’homme
eut du bien et du mal ne pouvait être intuitive. Il aurait aussi pu parvenir à
cette connaissance par l’observation, mais en ce cas une apparition quelconque
du mal eût été nécessaire, pour que l’homme en puisse observer les
conséquences. Cela présumerait la permission du mal quelque part, parmi
certains êtres ; et pourquoi pas tout aussi bien parmi les hommes et sur la
terre, que parmi d’autres êtres, ailleurs ? Et pourquoi l’homme n’aurait-il pas
fourni lui-même l’expérience pour son instruction et celle des anges et pour
gagner ainsi sa connaissance par l’expérience pratique ? Ainsi en est-il ;
l’homme acquiert l’expérience par la pratique et en fournit en même temps une
illustration à d’autres êtres, il " sert de spectacle aux anges. "- 1
Cor. 4:9. Adam possédait déjà une Connaissance du mal par l’instruction, mais
cela ne suffisait pas. Adam et Eve connurent Dieu comme leur Créateur, et
partant comme le seul qui eût le droit de les gouverner et de leur commander.
Dieu avait dit de l’arbre défendu: " Au jour que tu en mangeras, tu
mourras de mort. " A partir de ce moment ils avaient une connaissance
théorique du mal, mais ils n’en avaient jamais observé ni subi les effets
pratiques. A défaut d’expérience ils ne pouvaient donc pas comprendre au juste
l’autorité pleine d’amour de leur Créateur et de sa
A130
loi
bienfaisante, ni les dangers contre lesquels elle devait les garantir. Ainsi
ils cédèrent à la tentation que Dieu permit, mais dont il connut d’avance, dans
sa sagesse, l’utilité définitive. Bien peu de gens comprennent le sérieux de la
tentation qui fit tomber nos premiers parents, et la justice de Dieu appliquant
une peine si sévère à une chose qui, à plusieurs, semble être une transgression
bien légère. Mais un peu de réflexion l’expliquera. Les Ecritures nous
racontent la simple histoire où la femme, comme étant la plus faible, fut
séduite, et devint ainsi transgresseur. Son expérience et sa connaissance de
Dieu étaient encore plus limitées que celles d’Adam, car Adam fut créé le
premier, et Dieu lui avait déclaré directement avant la création d’Eve, ce que
serait le châtiment du péché, tandis qu’Eve doit avoir reçu son instruction
d’Adam. Lorsqu’elle prit du fruit, Eve avait cru aux paroles trompeuses de
Satan ; elle n’eut aucunement l’idée que, par cet acte, elle avait perdu son
droit à la vie, bien qu’elle dût avoir quelques craintes et le sentiment que
tout n’était pas bien. Mais, quoique trompée, Paul la déclare coupable de
transgression. Elle était responsable de son action, mais sans être aussi
coupable que si elle eût péché avec une plus grande lumière. A l’inverse d’Eve,
Adam, comme nous le savons (1 Tim. 2:14), ne fut pas séduit ; conséquemment il
doit avoir commis la transgression avec une connaissance plus entière du péché
et de son châtiment, sachant et croyant qu’il mourrait. Nous pouvons voir
facilement ce que fut la tentation qui fit qu’il n’hésita pas d’encourir ainsi
la peine prononcée. Rappelons-nous qu’ils étaient des êtres parfaits, faits à
l’image et à la ressemblance de leur Créateur ; l’élément divin de l’amour
envers sa chère compagne, la femme parfaite, doit s’être développé d’une façon
très marquée
A131
dans l’homme
Parfait:adam eut sans doute la certitude de la mort future d’Eve et par
conséquent de sa perte (et cela sans espoir de recouvrement, puisqu’une telle
espérance n’avait pas encore été donnée), et, dans son désespoir il préféra ne
pas vivre sans elle. Estimant que, sans Eve, sa vie serait malheureuse et sans
valeur, il participa volontairement à son acte de désobéissance, afin de
partager aussi le châtiment avec elle, la mort, dont il supposa probablement
qu’elle demeurait sur sa compagne. Les deux furent, suivant Paul, responsables
de " la transgression "( Rom. 5:14 ; 1 Tim. 2:14) ; Adam et Eve
n’étant qu’une seule chair et non " deux ", Eve eut sa part de la
sentence qu’elle avait aidé à amener sur Adam. -Rom. 5:12, 17-19. Après lui
avoir donné le droit de choisir librement, Dieu prévit non seulement que
l’homme, par manque d’une pleine compréhension du péché et de ses suites,
accepterait le mal, mais il prévit de même qu’une fois familiarisé avec le mal
il continuerait à le choisir, parce que cette connaissance corromprait sa
disposition morale au point que le mal lui deviendrait peu à peu plus agréable
et plus désirable que le bien. Malgré cela, Dieu résolut de permettre le mal
parce que-ayant déjà pourvu au remède pour la délivrance de l’homme des
conséquences du mal-il prévit que l’expérience conduirait l’homme à la pleine
compréhension du péché " excessivement pécheur. "( Seg. et Laus.) et
de l’éclat sublime et sans pareil de la vertu, en contraste avec le péché ;- et
qu’ainsi il apprendrait à aimer et à honorer de plus en plus son Créateur, qui
est la cause de la source de tout bonheur, et à éviter pour toujours ce qui
apporta tant de malheur et de misère. Ainsi le résultat final sera un plus
grand amour pour Dieu et une plus grande haine contre tout ce qui est opposé à
sa volonté, et partant un rétablissement plus ferme dans l’état
A132
de justice
éternelle de tous ceux qui veulent profiter des leçons que Dieu donne
maintenant par la permission du péché et des maux qui l’accompagnent. On
devrait cependant faire une grande distinction entre le fait incontestable que
Dieu permit le péché, et l’erreur grave de quelques-uns qui accusent Dieu
d’être l’auteur et l’instigateur du péché. Cette opinion est à la fois
blasphématoire et en contradiction avec les faits présentés dans les Ecritures.
Ceux qui tombent dans cette erreur, le font ordinairement dans le désir de
trouver un autre plan de salut que celui que Dieu prévit par le sacrifice
expiatoire du Christ. S’ils réussissent à se convaincre eux-mêmes et à en
convaincre d’autres que Dieu est responsable de tout péché, de tout acte
d’iniquité et de tout crime (1), et que l’homme comme un instrument innocent
fut forcé de succomber au péché, alors ils ont frayé le chemin à la théorie
qu’il n’était besoin d’aucun sacrifice pour nos péchés, ni de miséricorde en
aucune façon, mais simplement et seulement de la Justice.
——
(1) Deux
passages de l’Ecriture (Esaïe 45:7 et Amos 3:6) sont employés pour soutenir
cette théorie, mais par une fausse interprétation des mots adversité et malheur
dans ces deux textes:le péché est toujours un mal mais un malheur n’est pas
toujours un péché. Un tremblement de terre, une conflagration, une inondation
ou une peste seraient des calamités ou des maux ; mais aucun d’eux ne serait un
péché. Le mot adversité dans le premier texte signifie calamité dans le sens de
malheur. Le même mot hébreu [ra] est aussi traduit par angoisse dans Ps. 107:26
; par malheur dans Jér. 51:2 ; par misère dans Néh. 2:17 ; Ps. 107:39 ; par
calamité dans Ps. 41:1 ; 141:5 ; Eccl. 7:14 ; Jér. 48:16 ; par afflictions dans
1 Sam. 10:19 ; et par plusieurs autres mots en d’autres endroits qui se
rapportent tous au malheur, mais non pas au péché. Dans Esaïe 45:7 (" Je
suis l’Eternel, qui forme ta lumière et qui crée les ténèbres, qui fais ta paix
et qui crée l’adversité... ") et Amos 3:6 (" Y aura-t-il quelque
malheur dans la ville que l’Eternel ne l’ait fait ?"), l’Eternel voulait
rappeler aux Israélites l’alliance faite avec ce peuple comme nation, -que
s’ils obéissaient à ses lois il les bénirait et les protégerait contre les
calamités qui surviennent d’ordinaire à tout le monde, mais que s’ils
l’abandonnaient il leur enverrait les calamités (maux) comme châtiments. Voyez
Deut. 28:1-14, 15-32 ; Lév. 26:14-16 ; Josué 23:6-11, 12-16. Toutefois, quand
des calamités de cette nature survenaient aux Israélites, ces derniers les
considéraient plutôt comme des accidents et non comme des châtiments. De là,
les déclarations des prophètes que ces calamités venaient de l’Eternel pour
leur correction à cause de l’alliance qu’il avait faite avec eux. Il est
absurde de se servir de ces passages pour prouver que Dieu est l’auteur du
péché, car ils ne se rapportent pas du tout au péché.
A133
Non contents de
cela, ils posent encore le fondement d’une autre partie de leur théorie fausse
; l’universalisme [doctrine du salut final de tous les hommes et même du
diable], prétendant que, comme Dieu fut la cause du péché et de la méchanceté
en tous, il sera aussi la cause de la délivrance de tout le genre humain, du
péché et de la mort. Et tout en affirmant que Dieu voulut le péché et en fut la
cause et que personne ne peut lui résister, ils prétendent que, pareillement,
lorsqu’il voudra la justice, tous seront incapables de lui résister. Mais en
tout raisonnement pareil, la plus noble qualité de l’homme, son libre choix, un
des traits les plus frappants de sa ressemblance avec son Créateur, est entièrement
mis de côté ; l’homme est ainsi théoriquement abaissé au rôle d’une simple
machine qui ne marche que lorsqu’elle est mise en mouvement. Si c’était le cas,
l’homme serait même inférieur aux insectes, au lieu d’être le seigneur de la
terre ; car les insectes ont indubitablement le pouvoir de choisir. Même à la
petite fourmi, il fut donné un pouvoir de volonté que l’homme par sa puissance
plus grande peut bien contrecarrer, mais qu’il ne peut détruire. Il est vrai
que Dieu a le pouvoir de contraindre l’homme au péché ou à la justice, mais sa
parole déclare qu’il est loin d’avoir de telles intentions. Il ne pourrait pas
conséquemment forcer l’homme au péché, par la même raison " qu’il ne peut
se renier lui-même ". Une telle conduite serait incompatible avec son
caractère juste ; ce serait par conséquent une impossibilité. Et il ne demande
ta vénération et l’amour que de ceux qui l’adorent en esprit et en vérité.
C’est dans ce but que Dieu donna à l’homme la libre volonté semblable à la
sienne, et il désire qu’il choisisse la justice. La permission donnée à l’homme
de choisir pour lui-même, le conduisit à la perte de la communion divine, de la
grâce, des bénédictions et de la vie. Par son
A134
expérience du
péché et de la mort, l’homme apprit pratiquement ce que Dieu avait offert de
lui enseigner théoriquement, sans l’expérience du péché et de ses conséquences.
La prescience de Dieu concernant ce que l’homme ferait, ne doit pas être
invoquée pour rabaisser l’homme à un être purement machinal ; loin de là, elle
prouve plutôt en faveur de l’homme ; car Dieu, prévoyant la détermination que
l’homme prendrait, si le choix lui était laissé, ne l’empêcha pas de goûter le
péché et ses suites amères, mais il commença tout de suite par procurer un
moyen pour racheter l’homme de sa première transgression, en pourvoyant à un
rédempteur, un grand Sauveur, qui fut capable de sauver à jamais tous ceux qui
veulent retourner à Dieu par lui. C’est pour cet effet, -pour que l’homme ait
un libre arbitre et qu’il puisse en profiter lorsque, dans sa première chute,
il en abusa en désobéissant à la volonté du Seigneur, -que Dieu a pourvu non
seulement à une rançon pour tous, mais a aussi voulu que l’occasion d’une
réconciliation avec lui, fût offerte et indiquée à tous au temps déterminé. -1
Tim. 2:3-6. La sévérité du châtiment n’était point une manifestation de haine
et de mauvaise volonté de la part de Dieu, mais elle fut le résultat nécessaire
et inévitable du mal, que Dieu permit à l’homme de goûter et de connaître de
cette façon. Dieu peut conserver une existence aussi longtemps qu’il le juge
convenable, même malgré le pouvoir destructif du mal agissant ; mais il est
tout aussi impossible à Dieu de laisser subsister une telle vie éternellement
qu’il lui est impossible de mentir. C’est dire que cela est moralement
impossible. Une telle vie ne pourrait que devenir de plus en plus une source de
malheurs pour elle-même et pour d’autres. Mais Dieu est trop bon pour tolérer
une existence qui serait aussi inutile que nuisible à elle-même et à d’autres ;
et, retranchée de toute communication
A135
Avec sa source,
la vie ne saurait subsister et la destruction, conséquence naturelle du mal,
s’ensuivrait. La vie est une faveur, un don de Dieu, et ce n’est que pour celui
qui lui obéit qu’elle durera éternellement. Aucune injustice n’est faite à la
postérité d’Adam, quoi, que Dieu n’ait pas accordé à chacun une épreuve
individuelle. Jéhovah n’était en aucun sens obligé de nous donner la vie, et
après nous avoir appelés à l’existence, il n’était engagé par aucune loi
d’équité ou de justice à nous procurer la vie éternelle, ni même à nous donner
une épreuve sous promesse de vie éternelle à la condition que nous fussions
obéissants. Remarquez bien ce point. La vie présente, qui, du berceau à la
tombe, n’est qu’un acheminement vers la mort, est, malgré tous ses maux et tous
ses mécomptes, une grâce, un bienfait, même s’il n’existait aucune vie future.
La grande majorité pense ainsi, et les exceptions (les suicides) sont
relativement peu nombreuses ; les malheureux qui s’ôtent la vie ne peuvent être
rendus responsables-les cours de justice l’ont déclaré bien des fois-à cause de
leur état mental, car autrement ils ne s’enlèveraient pas eux-mêmes les biens
de cette vie. Du reste, tous les enfants d’Adam auraient probablement agi comme
lui en de pareilles circonstances. Plusieurs sont ancrés dans l’idée erronée
que Dieu a placé notre race à l’épreuve pour la vie avec l’alternative de
tourments éternels, tandis qu’il n’est fait aucune allusion de ce genre dans la
menace de la punition. La grâce ou le bienfait de Dieu pour ses enfants
obéissants est la vie, -une vie continue ; sans douleurs, sans maladies, et
dégagée de tout autre élément de décadence et de mort ; Adam a participé
pleinement à cette bénédiction, mais il fut averti qu’il serait dépouillé de ce
" don " s’il commettait la faute de ne pas obéir à Dieu. - " Au
jour que tu en mangeras, tu mourras certainement ". Il ne savait rien
A136
d’une vie de
tourments qui serait le châtiment du péché. La vie éternelle n’est promise
nulle part à personne qu’à celui qui obéit à Dieu. La vie est la récompense de
Dieu, et la mort, l’opposé de la vie, est la peine qu’il a prononcée. Les
tourments éternels ne sont mentionnés nulle part dans l’Ancien Testament ; on
les a déduit d’une façon spécieuse, de quelques rares expressions du Nouveau
Testament, qui se trouvent soit parmi les représentations symboliques de
l’Apocalypse, soit parmi les paraboles et les discours obscurs de notre
Seigneur, qui ne furent point compris par le peuple qui les entendait (Luc
8:10) et qui, apparemment, ne sont guère mieux compris aujourd’hui (1). "
Le salaire du péché, c’est la mort "( Rom. 6:23). " L’âme qui pèche,
c’est celle qui mourra ".- Ez. 18:4. Il y en a qui ont émis l’idée que
l’on peut soupçonner Dieu d’avoir été injuste en condamnant tout le genre
humain pour le péché d’Adam, au lieu d’accorder à chacun, comme à Adam,
l’occasion d’obtenir la vie éternelle. Mais qu’objecteront les partisans de
cette théorie, si on leur démontre que l’occasion et l’épreuve du monde pour la
vie, seront bien plus favorables que ne le furent celles d’Adam, et que c’est
précisément la raison pour laquelle Dieu adopta le plan d’éprouver tous les
hommes représentativement en Adam et de les condamner tous à cause de sa
désobéissance ? Nous croyons que c’est le cas et nous allons essayer de le
démontrer. Dieu nous dit que comme la condamnation passa sur tous en Adam,
ainsi il a pourvu à un nouveau chef, père ou procureur de vie pour la race, en
lequel tous peuvent être ramenés au moyen de la foi ; et que comme en Adam tous
participent à la peine de mort, ainsi en Christ tous
——
(1) Voyez la
brochure: " Ce que nous trouvons dans l’Ecriture au sujet de l’Enfer
", 20 cts, franco de port.
A137
participeront à
la bénédiction de vie, étant justifiés par la foi en son sang (Rom. 5:12, 18,
19). Ainsi envisagée, la mort de Jésus, seul innocent et sans péché, fut une
compensation complète du péché d’Adam. De même qu’un homme pécha et qu’en lui
tous participent à sa malédiction, de même Jésus, ayant payé la rançon de ce
seul pécheur, racheta non seulement Adam, mais toute sa postérité-tout
homme-qui a hérité de ses faiblesses, de ses péchés, et qui participe à son
châtiment qui est la mort. Notre Seigneur, " l’homme Christ Jésus ",
sans tache, approuvé et possédant en lui-même une semence ou race parfaite, non
née, mais, comme lui, pure et sans péché, donna tout ce qu’il avait d’existence
et de droits humains comme le prix de rançon, l’équivalent pour Adam et la race
ou semence qui étaient en lui quand il fut condamné. Ayant ainsi pleinement
racheté la vie d’Adam et celles de ses descendants, Christ fait l’offre
d’adopter comme sa semence, ses enfants, tous ceux de la race d’Adam qui
veulent accepter les termes de sa nouvelle Alliance et ce faisant par la foi
entrer dans sa famille-la famille de Dieu-pour recevoir la vie éternelle. C’est
de cette manière que le Rédempteur " verra sa postérité [autant d’enfants
d’Adam qu’accepteront l’adoption, selon les conditions fixées] et prolongera
ses jours [dans la résurrection à une nature plus haute que la nature humaine,
nature qui lui sera donnée par le Père comme récompense pour son obéissance]
"; et tout cela d’une manière presque invraisemblable, -par le sacrifice
de sa vie et de sa postérité. Ainsi il est écrit: " Comme dans Adam tous
meurent, de même aussi dans le Christ tous seront rendus vivants ".- 1
Cor. 15:22. -Laus. Le préjudice que nous souffrîmes par la chute d’Adam (nous
ne souffrîmes point d’injustice) sera pleinement réparé par la grâce de Dieu
dans le Christ ; et tous, tôt ou tard (au " propre temps " de Dieu),
auront une occasion
A138
favorable
d’être rétablis dans la situation dont Adam jouissait avant qu’il eût péché.
Ceux qui, dans le temps présent, ne reçoivent point une connaissance entière et
une pleine jouissance de cette grâce de Dieu par la foi (c’est la grande
majorité, y compris les païens et les enfants), recevront ces biens assurément
dans l’âge prochain, -le " monde à venir " qui suivra celui-ci. C’est
afin de parvenir à cette connaissance et à cette jouissance des bontés de Dieu,
que " tous ceux qui sont dans les sépulcres... sortiront ". Comme
tous les hommes sont pleinement instruits des bienfaits de la rançon payée par
Jésus et en feront pleinement l’expérience, chacun d’eux sera considéré comme
mis à l’épreuve de nouveau, tel qu’Adam ; et de nouveau l’obéissance procurera
la vie durable, éternelle, et la désobéissance la mort durable, -la mort
seconde. Une obéissance parfaite ne sera cependant exigée d’aucun de ceux qui
n’auront pas atteint la capacité parfaite. Sous la " nouvelle Alliance
", durant cet âge, la justice du Christ est imputée par la foi à l’Eglise
; elle sera imputée à " quiconque veut " du monde durant l’âge du
Millénium, pour suppléer aux défauts inévitables des faiblesses de la chair. La
perfection morale absolue ne sera point exigée avant que la perfection physique
soit atteinte (ce qui sera le privilège de tous avant la fin de l’âge du
Millénium). La différence entre cette épreuve, résultat de la rançon, et celle
d’Eden, consistera en ce que dans cette épreuve les actions de chacun
n’affecteront ou ne concerneront que son propre avenir. Mais ne serait-ce pas là
donner une seconde opportunité à quelques-uns de la race ? Réponse:la première
occasion offerte d’attendre la vie éternelle fut perdue par la désobéissance du
père Adam pour lui et pour tous ses descendants " encore dans ses reins
". Sous cette première épreuve " la condamnation vint sur tous les
hommes "; et maintenant, après qu’ils auront réalisé la culpabilité
excessive
A139
du péché et
ressenti l’amertume du châtiment, une occasion sera, c’est là le plan divin et
le fruit de l’£uvre rédemptrice de Christ, accordée à Adam et à tous ceux qui
perdirent la vie par sa faute, de retourner à Dieu par la foi dans le
Rédempteur. Si quelqu’un veut appeler cette possibilité de parvenir à la vie
une " seconde occasion ", soit ; c’est certainement la seconde occasion
d’Adam, et dans un certain sens aussi celle de toute la race rachetée. Mais,
d’autre part, cette occasion est la première occasion individuelle pour tous
les descendants d’Adam, qui, lorsqu’ils naquirent, furent déjà sous la
condamnation. Première ou seconde occasion, les faits restent les mêmes ; c’est
à dire par la désobéissance d’Adam tous furent condamnés à la mort et tous
recevront (dans cette vie ou dans celle à venir) une pleine occasion de
remporter la vie éternelle dans les conditions favorables de la nouvelle
Alliance. C’est ce que les anges ont déclaré être " une bonne nouvelle de
grande joie qui sera pour tout le peuple " et ce dont Paul parle lorsqu’il
dit:le témoignage de cette grâce de Dieu-que Jésus se donna lui-même, une rançon
pour tous doit être donné à tous au " propre temps "( Rom. 5:17-19 ;
1 Tim. 2:4-6). Ce n’est pas Dieu, mais ce sont les hommes qui ont limité à
l’âge de l’Evangile l’occasion de parvenir à la vie. Dieu, au contraire, nous
dit que l’ère évangélique n’est désignée que pour le choix de l’Eglise, de la
sacrificature royale, par le moyen de laquelle, dans un âge suivant, le monde
parviendra à l’exacte connaissance de la vérité et pour s’assurer facilement la
vie éternelle sous la nouvelle Alliance. Mais quel avantage y a-t-il dans cette
manière d’agir ? Pourquoi ne pas donner de prime abord à chacun une occasion
individuelle d’obtenir la vie, sans le long procès de l’épreuve et de la
condamnation d’Adam, la participation de ses descendants dans sa condamnation,
la rédemption
A140
de tous par le
sacrifice de Christ et l’offre nouvelle à tous de la vie éternelle à la suite
des conditions de la nouvelle Alliance. Puisque le mal devait être permis à
cause du libre arbitre de l’homme, à quoi bon un tel détour ? Pourquoi
permettre tant de misère frappant tant d’hommes qui, finalement, recevront la
récompense de la vie en leur qualité d’enfants de Dieu obéissants ? Voilà bien
le point capital sur lequel se concentre l’intérêt de ce sujet. Suivez bien ces
raisonnements. Si Dieu avait ordonné différemment la propagation de l’espèce
humaine, de sorte que les enfants ne participent pas aux conséquences des
péchés de leurs parents, -les faiblesses mentales, morales et physiques, -et si
Dieu l’avait disposée de manière à ce que tous aient une occasion paradisiaque
pour leur épreuve, et que les transgresseurs seuls fussent condamnés et eussent
leur vie " retranchée "( gr. kolasis), combien croyez-vous que, dans
toutes ces conditions favorables, il s’en serait trouvé qui fussent dignes de
la vie et combien d’indignes ? Si l’on prend comme critérium l’exemple d’Adam
(qui était bien le représentant de l’humanité parfaite), il faut conclure
qu’aucun ne se serait trouvé parfaitement obéissant et digne, faute de la
connaissance nécessaire de Dieu et de ses lois. -Nous sommes certains que c’est
" par la connaissance [que le Fils avait] de lui [du père] " qu’il
fut capable de lui obéir et de se confier en lui implicitement (Esaïe 53:11).
-Mais supposons qu’un quart de la race conquière la vie, ou même plus, une
moitié ; et que l’autre moitié encoure le salaire du péché, -la mort.
Qu’arriverait-il alors ? Cette moitié qui aurait été obéissante et qui n’aurait
jamais éprouvé ou considéré le péché, ne pourrait-elle pas ressentir à
perpétuité une curiosité pour les choses défendues, ne serait-elle pas retenue
uniquement par la crainte de Dieu et de la punition ? Ceux qui auraient obéi
A141
ne se
prêteraient pas aussi volontairement au plan de Dieu que ceux qui, connaissant
le bien et le mal, auraient une compréhension très nette des desseins du
Créateur qui a fait des lois régissant aussi bien son propre but à Lui (ou son
procédé) que celui de ses créatures. Puis considérez aussi la situation de la
moitié des gens qui s’en iraient ainsi dans la mort, résultat de leur propre
péché volontaire. Ils seraient perpétuellement retranchés de la vie, à moins
que Dieu dans son amour ne se souvienne de ces créatures, oeuvres de ses mains,
et ne pourvoie à une rançon pour elles. Mais encore, pourquoi agirait-il de la
sorte ? Ce ne pourrait être que dans l’Espoir que si ces derniers étaient
réveillés et éprouvés une seconde fois, quelques-uns d’entre eux, mettant à
profit l’expérience acquise par le châtiment, choisiraient alors l’obéissance
et la vie. A supposer, cependant, qu’un tel plan fût aussi bon dans ses
résultats que celui suivi par Dieu, il pourrait donner lieu à de sérieuses
critiques. Combien plus conforme à la sagesse de Dieu est la restriction du
péché à certaines limites, telle qu’elle est présentée dans son plan ! Notre
esprit borné peut reconnaître lui-même qu’il est bien préférable de n’avoir
qu’une seule loi parfaite, laquelle déclare que le salaire du péché de propos
délibéré, est la mort, -la destruction, le retranchement de la vie. Aussi Dieu
limita le mal qu’il permit, en pourvoyant à ce que le règne millénaire du
Christ accomplisse l’extinction totale du mal et de tous les méchants obstinés,
et amène la justice éternelle, basée sur une pleine connaissance et sur
l’obéissance parfaite et volontaire de la part d’êtres parfaits. Mais il y a
encore deux autres objections au plan qui consiste à éprouver chaque homme
séparément dès le commencement. Un Sauveur suffisait pleinement dans le plan
A142
que Dieu
adopta, parce qu’un seul avait pêché et qu’un seul a été condamné (d’autres
participèrent à sa condamnation). Mais si la première épreuve avait été une
épreuve individuelle, et si une moitié de la race avait péché et avait été
condamnée, cela aurait exigé le sacrifice d’un rédempteur pour chaque personne
condamnée. Une vie non coupable pouvait sauver une vie coupable, mais rien de
plus. Le seul parfait, " l’homme Jésus-Christ ", qui fit la
rédemption de l’Adam déchu (et de notre perte par lui), ne pouvait être "
une rançon [un prix correspondant] pour tous " par aucun autre procédé que
celui adopté dans le plan de Dieu. Si nous supposions le nombre total d’êtres
humains depuis Adam à cent milliards, et que nous admettions qu’une moitié seulement
eût péché, cela nécessiterait la mort de tous les cinquante milliards d’hommes
parfaits et obéissants afin de donner une rançon [un prix correspondant] pour
les autres cinquante milliards de transgresseurs ; et ainsi par ce plan la mort
passerait aussi sur tous les hommes. Et un tel plan entraînerait non moins de
souffrance avec soi que celui qui est en voie de s’accomplir. La deuxième
objection est qu’un plan pareil contrarierait gravement les desseins de Dieu
relatifs à l’élection et à l’exaltation à la nature divine d’un " petit
troupeau ", le corps du Christ, troupe dont Jésus est le chef et le
Seigneur. Dieu ne pourrait point commander à bon droit aux cinquante milliards
de fils obéissants de donner leurs droits, leurs privilèges et leur vie en
rançon pour les pécheurs ; car d’après sa propre loi leur obéissance aurait
acquis le droit à la vie éternelle. Si donc ces hommes parfaits étaient invités
à devenir les sauveurs des déchus ou perdus, il faudrait que le plan de Dieu
leur réservât, comme à Jésus, une certaine récompense spéciale, afin qu’ils
puissent endurer le châtiment pour leurs frères, en vue de la joie offerte. Et
si la même récompense leur était donnée, celle
A143
donnée à notre
Seigneur Jésus, celle de participer à une nouvelle nature, -la divine, -d’être
souverainement élevés au-dessus des anges, principautés, puissances et de tout
nom qui se puisse nommer, -au plus près de Jéhovah (Eph. 1:20, 21) ; alors un
nombre immense se trouverait sur le plan divin, ce qu’évidemment la sagesse de
Dieu n’a jamais voulu. Encore, ces cinquante milliards, dans ces circonstances,
seraient tous égaux l’un à l’autre et chacun, parmi eux, ne serait le Chef,
tandis que le plan que Dieu adopta ne demande qu’un seul Rédempteur, un seul
souverainement élevé à la nature divine puis un " petit troupeau "
d’entre ceux que ce Rédempteur racheta, et qui " suivent ses traces "
dans le renoncement de soi-même et dans la souffrance: ce sont ceux-là qui
participeront à son nom, à son honneur, à sa gloire et à sa nature, de même
qu’une femme participe à tout ce qui est de son époux. Ceux qui peuvent
comprendre ce trait du plan de Dieu, qui, en condamnant tous en un seul
représentant, ouvre le chemin de la rançon et de la restitution à tous par un
seul Rédempteur, y trouvent la solution de maintes difficultés. Ils peuvent
voir que la condamnation de tous en un seul homme fut précisément le contraire
d’un préjudice ; c’était pour tous une grande faveur, si on l’envisage
conjointement avec le plan de Dieu de justifier tous les hommes par le
sacrifice d’un seul autre. Le mal sera exterminé pour toujours, sitôt le but de
Dieu, qui toléra le mal, atteint, aussitôt que le bienfait de la rançon se sera
étendu aussi loin que le châtiment du péché. Il est cependant impossible
d’apprécier à sa juste valeur ce trait du plan de Dieu sans une connaissance
très nette de la culpabilité du pêché et de la nature de son châtiment qui est
la mort ; de l’importance et de la valeur de la rançon que notre Seigneur Jésus
donna et du rétablissement complet et positif de
A144
l’individu dans
des conditions favorables, suivant lesquelles il aura l’épreuve pleine et
entière, avant que la récompense, -la vie durable, -ou le châtiment, -la mort
durable, -lui soit adjugée. Quand on a bien compris le grand plan de la
rédemption et le " rétablissement [conséquent] de toutes choses ", au
moyen du Christ, on peut voir qu’il résulte de la permission du mal, des
bénédictions qui n’auraient pu être obtenues d’aucune autre manière. Non
seulement tous les hommes bénéficieront éternellement de l’expérience faite ;
et les anges de l’observation de cette expérience ; mais tous auront encore
l’avantage de connaître plus clairement le caractère de Dieu, tel que son plan
le manifeste. Ce plan une fois tout à fait accompli, tous seront à même d’y
lire distinctement sa sagesse, sa justice, son amour et sa puissance. Ils
comprendront la justice qui ne pouvait pas violer le décret divin, ni sauver la
race condamnée justement sans une annulation totale du châtiment par un Rédempteur
de bonne volonté. ils comprendront l’amour qui pourvut à ce noble sacrifice et
qui éleva souverainement le Rédempteur à la droite de Dieu, en lui donnant le
pouvoir et l’autorité de restaurer la vie de ceux qu’il racheta par son
précieux sang. Ils comprendront également la puissance et la sagesse qui furent
capables de mettre à exécution une si glorieuse destinée pour toutes ses
créatures et de contrôler ainsi toute influence opposée pour en faire des
instruments aidant de gré ou de force à l’accomplissement final de ses desseins
grandioses. Si le mal n’avait pas été permis et conséquemment dirigé par la
Providence divine, nous ne pouvons voir comment ces résultats auraient été
atteints. La permission du mal pour un certain temps, manifeste une sagesse qui
s’étend très loin ; elle en embrasse le début, toutes les conséquences, ainsi
que le remède ;
A145
elle marque
même le résultat final de cette permission. Durant l’ère évangélique, le mal a
servi encore à la discipline et à la préparation de l’Eglise. Si le mai n’avait
pas été permis, le sacrifice du Seigneur Jésus et de son Eglise, dont la
récompense est la nature divine, aurait été impossible. Il semble clair qu’il
faut qu’en substance la même loi de Dieu, qui gouverne maintenant le genre
humain, -l’obéissance à cette loi produit la vie et sa transgression la mort,
-gouverne en définitive toutes les créatures intelligentes de Dieu:cette loi,
comme Jésus l’a définie, est renfermée dans le seul mot, Amour.
" L’amour
est la grandeur suprême, l’amour est la gloire du ciel, L’amour est le vrai
diadème du Très Haut et d’Emmanuel. "
-"Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta
force, de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même. " Finalement,
quand les conseils de Dieu auront été exécutés, la gloire du caractère divin se
manifestera à toute créature intelligente, et la permission temporaire du mal
sera reconnue comme ayant été une partie sage du gouvernement divin.
Actuellement, cela ne peut se voir que par l’oeil de la foi ; en regardant en
avant, par le moyen de la Parole, aux choses dont il est parié par la bouche de
tous les saints prophètes dès la fondation du monde, savoir le rétablissement
de toutes choses.
Chapitre
VIII—LE JOUR DU JUGEMENT
A146
Opinion commune
sur le jour du jugement. -Est-elle scripturaire ? Explication des termes "
jugement " et " jour ".- Il est question de divers jours de
jugement dans les Ecritures. -Le premier jour de jugement et ses résultats. -Un
autre jour est fixé. -Le juge. -Le caractère du jugement qui vient.
-Ressemblance et dissemblance du premier et du second jugement. -La
responsabilité actuelle du monde. -Deux jugements intervenant et leurs buts.
-Les vues sur le jugement qui vient diffèrent de beaucoup. -Comment les prophètes
et les apôtres l’envisagèrent.
Dieu " a
arrêté un jour auquel il doit juger selon la justice le monde universel, par
l’homme qu’il a destiné pour cela "-" Jésus-Christ le Juste
"." Car le Père ne juge personne ; mais il a donné tout jugement au Fils.
"- Actes 17:31 ; 1 Jean 2:1 ; Jean 5:22. Une idée très vague et mal
définie règne au sujet du jour du jugement. L’opinion acceptée en général est
que Christ viendra sur la terre, qu’il s’assiéra sur un grand trône blanc et
qu’il mandera saints et pécheurs en rang ou à la file devant lui pour être
jugés, au milieu des grandes convulsions de la nature, -tremblements de terre,
ouvertures de sépulcres, rochers se fendant et bouleversements de montagnes ;
que le pécheur tremblant sera ramené des profondeurs de ses maux éternels tout
exprès pour se faire reprocher ses péchés et pour retourner à son destin
éternel et impitoyable ; que les saints seront amenés du ciel pour être témoins
de la misère et du désespoir des condamnés,
A147
pour entendre
encore une fois la confirmation de leur propre jugement et pour retourner
ensuite au ciel. D’après la théorie dominante, tous ont reçu leur sentence et
leur salaire lors de leur mort ; et ce jugement-ci, qui, pour éviter toute
confusion, s’appelle communément le jugement général, est une pure répétition
du premier, mais sans aucun but compréhensible, puisqu’on prétend qu’une
décision finale et immuable fut prononcée lors de la mort. Tout le temps qu’on
suppose être assigné à cette oeuvre stupéfiante de juger les milliards d’êtres
qui ont vécu sur la terre, est un jour de vingt-quatre heures. Dans un discours
récemment tenu dans le " tabernacle de Brooklyn ", on exposa
l’opinion commune et on tâcha de donner un compte détaillé de l’oeuvre du jour
du jugement, en démontrant qu’il s’accomplira dans les limites d’un simple
jour, au sens littéral du mot. C’est une conception très raboteuse, qui est
entièrement hors d’harmonie avec la parole inspirée. On l’a puisée dans une
interprétation trop littérale de la parabole de notre Seigneur sur les brebis
et les boucs (Matth. 25:31-46). Elle nous fournit un exemple de plus de
l’absurdité qui consiste à vouloir imposer par la force une interprétation
littérale à un langage figuré. Une parabole n’est jamais une expression exacte,
mais simplement une illustration d’une vérité par un sujet qui y ressemble sous
plusieurs rapports. Si cette parabole était une expression à la lettre de la
manière dont le jugement sera dirigé, elle ne s’appliquerait point du tout à
l’humanité, mais, ainsi qu’on le lit, à des brebis et à des boucs réels, au
sens littéral du mot. Cherchons maintenant une interprétation plus scripturaire
et plus raisonnable à l’égard de l’oeuvre et du résultat du grand Jour du
Jugement que Dieu a arrêté ou fixé, interprétation avec laquelle doivent
s’accorder et s’accordent toutes les conclusions raisonnables et scripturaires
ainsi que les paraboles et les symboles.
A148
Le terme "
jugement " signifie plus que rendre simplement un verdict. Il renferme
l’idée d’une épreuve ainsi que d’une décision basée sur cette épreuve. Et cela
est vrai non seulement du mot français " jugement ", mais aussi du
mot grec krisis. Le terme " jour ", quoiqu’il soit utilisé plus
fréquemment pour représenter l’espace de douze ou de vingt-quatre heures,
signifie proprement dans les Ecritures, ainsi que dans l’usage commun, une
période de temps déterminée ou spéciale. Ainsi l’on parle par exemple du jour
de Noé, du jour de Luther, du jour de Washington ; et ainsi tout le temps de la
création est appelé dans la Bible un jour. Nous lisons le " jour que
Jéhovah Dieu fit la terre et les cieux "( Gen. 2:4), -pour une longue
période définie ; le " jour de la tentation dans le désert ",- pour
quarante ans (Héb. 3:8, 9) ; le " jour du salut "( 2 Cor. 6:2) ; nous
lisons aussi le " jour de la vengeance " le " jour de la colère
", le " jour de la détresse ",- tout autant de termes appliqués
à une période de quarante ans, à la clôture de l’âge judaïque et à une période
semblable, à la clôture de l’âge évangélique. Plus loin nous lisons encore le
" jour de Christ ", le " jour du jugement " et " ce
jour-là ",- des termes applicables à l’âge millénaire, dans lequel le
Messie régnera sur le monde et le gouvernera et le jugera selon la justice, lui
accordant une nouvelle épreuve et prononçant sa sentence ; ainsi qu’il est
écrit de cette période: " Il jugera le monde selon la justice, et son
propre temps manifestera le bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et
le Seigneur des seigneurs "( Actes 17:31 ; 1 Tim. 6:15). Pourquoi a-t-on
supposé que ce jour de jugement n’aura qu’une durée de douze ou de vingt-quatre
heures, alors que, en d’autres cas semblables, on reconnaît la signification
plus large du mot jour ? Cela dépasse la compréhension ; il faut croire que ce
fut sous
A149
l’influence de
la tradition, sans preuve et sans investigation indépendante. Celui qui
consultera soigneusement un répertoire ou une table concordante complète des
mots de la Bible par rapport au jour du jugement, et notera le genre et la
somme de labeur qui s’accomplira durant cette période, sera convaincu tout de
suite de l’absurdité de l’idée commune et de la nécessité de donner au terme
jour une signification plus large. En même temps que les Ecritures parlent d’un
jour de jugement ou d’épreuve encore futur et montrent que la masse de
l’humanité aura, en ce jour-là, son épreuve complète et sa sentence finale,
elles enseignent aussi que d’autres jours de jugement ont eu lieu, durant
lesquels certaines classes élues furent éprouvées. Le premier grand jugement
[épreuve et sentence] a eu lieu au commencement en Eden, lorsque toute la race
humaine représentée dans sa tête, Adam, se trouvait à l’épreuve devant Dieu. Le
résultat de cette épreuve fut le verdict:-coupable, désobéissant, indigne de
vie ; et la punition infligée fut la mort: " Mourant tu mourras "(
Gen. 2:17-selon Delitzsch et la trad. anglaise). Et de là:- " comme tous
meurent en Adam. " Ce temps d’épreuve en Eden fut le premier jour de
jugement du monde, et la décision du juge (Jéhovah) n’a été que renforcée
depuis. " La colère de Dieu se révèle pleinement du ciel sur toute impiété
et injustice. " Elle se voit lors de chaque procession funéraire ; toute
pierre tumulaire en est un témoignage. Elle se fait sentir en chaque douleur et
en chaque chagrin que nous subissons, -tous sont les conséquences de la
première épreuve et de la première sentence, la juste sentence de Dieu:que nous
sommes indignes de la vie et des bénédictions originairement préparées pour
l’homme, s’il était resté obéissant et à l’image de Dieu.
A150
Cependant
l’humanité a été délivrée de la sentence de cette première épreuve par l’unique
sacrifice pour tous, accompli par le grand Rédempteur. Tous sont rachetés du
sépulcre et de la sentence de la mort, de la destruction, laquelle, en vue de
cette rédemption, ne peut être considérée plus longtemps comme une mort dans le
plein sens du mot, c’est à dire éternelle, mais plutôt comme un sommeil
temporaire ; parce qu’au matin millénaire tous seront réveillés par Celui qui
donne la vie et qui les racheta tous. Il n’y a que l’Eglise des croyants en
Christ qui soit maintenant affranchie en quelque sorte de la sentence originelle
ou ait " échappé " au châtiment ; et ces croyants n’ont pas encore
échappé actuellement, c’est seulement par la foi qu’ils sont considérés ainsi:
" Nous ne sommes sauvés qu’en espérance. " Nous ne ferons la pleine
expérience d’être réellement relâchés ou délivrés de la sentence de mort
(attirée par Adam et à laquelle nous échappions en entrant en Christ) qu’au
matin de la résurrection, quand nous serons réveillés dans la joie et les
délices en la ressemblance avec notre Rédempteur. Mais le fait que nous, qui
sommes venus à la connaissance du glorieux plan de Dieu en Christ, avons
échappé à la corruption qui règne [encore] dans le monde, est loin de prouver
que d’autres n’auront aucune espérance d’y échapper à l’ avenir ; il prouve
plutôt le contraire ; car nous sommes les " prémices des créatures "
de Dieu (Jac. 1 :18). En passant de la mort en Adam à la vie en Christ, nous
n’avons qu’un avant-goût de la délivrance de quiconque veut fuir de la
servitude de la corruption [de la mort] à la liberté de la vie qui échoit à
tous ceux que Dieu reconnaîtra pour ses fils. Tous ceux qui le veulent, peuvent
passer de la mort à la vie, malgré les différences de nature que Dieu assigna à
ses fils en les divers degrés de leur existence. L’âge de l’Evangile est le jour
d’épreuve pour la vie ou la mort de ceux qui sont appelés à la nature divine.
A151
Mais l’apôtre
nous informe que Dieu a arrêté un [autre] jour, dans lequel il jugera [de
nouveau] le monde. Comment cela se peut-il ? Dieu a-t-il changé sa pensée ? A-t-il
conclu que sa décision dans la première épreuve était injuste, trop sévère,
qu’il conclue maintenant à juger de nouveau le monde. Non ; si c’était le cas,
nous n’aurions aucune meilleure garantie d’une juste décision dans l’épreuve
future que dans celle du passé. Ce n’est pas que Dieu considère sa décision
comme injuste dans le premier jugement, mais il a préparé une Rédemption de la
sentence du premier jugement, de manière à ce qu’il puisse accorder un autre
jugement (essai) dans des conditions plus favorables à la race entière, tous
ayant fait alors l’expérience du péché et de ses conséquences. Dieu n’a pas
changé un iota de son plan originel, qu’il forma avant que le monde fût créé.
Il nous informe clairement qu’il ne change pas, et qu’il ne veut par aucun
moyen justifier le coupable. Il veut exactement l’entière punition qu’il a
prononcée justement. Et cette entière punition a été payée pour nous par le
Rédempteur ou substitut dont Dieu nous avait pourvus, Jésus-Christ, qui, par la
grâce de Dieu, a subi la mort pour tous les hommes. Notre Seigneur, ayant au
prix de sa propre vie, racheté Adam et sa race, peut maintenant légalement et
équitablement offrir à nouveau la vie à tous. C’est cette offre pour tous qui
est appelée la Nouvelle Alliance, scellée, ratifiée et rendue efficace par le
moyen de sa mort. -Rom. 14:9 ; Jean 5:22 ; Hébr. 10:16, 29, 13:20, 21. Nous
sommes informés, en outre, que, lorsque Dieu soumettra le monde à cette seconde
épreuve, ce sera sous Jésus-Christ, que Jéhovah veut honorer en lui donnant ces
fonctions de juge, à cause de son obéissance jusqu’à la mort pour notre
Rédemption. Dieu l’a souverainement élevé, même jusqu’à la nature divine, afin
qu’il puisse être
A152
un Prince et
Sauveur (Act. 5:31) et qu’il puisse être capable de recouvrer de la mort tous
ceux qu’il racheta par son précieux sang, et de leur accorder le jugement. Dieu
a remis tout jugement au Fils et lui a donné tout pouvoir dans le ciel et sur
la terre. -Jean 5:22. C’est donc le souverainement élevé, le Christ glorifié,
qui a tant aimé le monde qu’il donna sa vie pour prix de sa rançon, qui sera le
juge du monde dans sa seconde épreuve promise. Et c’est Jéhovah lui-même qui
l’a désigné à cet office, à ce but propre. Puisque telles sont les évidentes
déclarations des Ecritures, il n’y a rien à redouter, mais au contraire il y a
un grand motif de se réjouir de la part de tous, en regardant en avant vers le
jour du jugement. Le caractère du juge est une garantie suffisante que le
jugement sera juste et charitable, et plein des égards nécessaires pour les
infirmités de tous, jusqu’à ce qu’ils soient ramenés à la perfection originelle
perdue en Eden. Dans l’ancien temps, un juge était celui qui exécutait la
justice et soulageait l’opprimé ; par exemple, quand Israël était sous
l’oppression de ses ennemis à cause de ses transgressions envers l’Eternel, il
fut toujours et de nouveau délivré et béni par des juges qui furent suscités.
Ainsi nous lisons:- " Puis les enfants d’Israël crièrent à l’Eternel, et
l’Eternel leur suscita un libérateur qui les délivra, Othniel. L’esprit de
l’Eternel fut sur lui. Il jugea Israël et il sortit en bataille... et le pays
fut en repos pendant quarante ans "( Juges 3:9-11). Et ainsi, quoique le
monde ait été longtemps sous le pouvoir et l’oppression de l’adversaire, Satan,
Celui qui effaça les péchés de tous avec son précieux sang prendra bientôt son
grand pouvoir et régnera. Il délivrera et jugera ceux qu’il aima tellement
qu’il les racheta. Toutes les déclarations prophétiques s’accordent avec
A153
cette
conclusion. Il est écrit: " Il jugera le monde avec justice et les peuples
avec équité. "- Ps. 98:9. Ce jugement qui vient sera tenu exactement
d’après les mêmes principes que le premier. La même loi d’obéissance sera
présentée, avec la même récompense de vie et le même châtiment de mort. Et
comme la première épreuve avait un commencement, progressait et aboutissait à
une sentence, ainsi sera la seconde ; la sentence sera la vie pour les justes
et la mort pour les injustes. La seconde épreuve sera plus favorable que la
première, par suite de l’expérience acquise des résultats de la première
épreuve. A l’inverse de la première épreuve, la seconde chaque homme la subira
pour lui-même et non pour un autre. Aucun ne mourra alors à cause du péché
d’Adam, ou à cause d’imperfections héritées. Il n’y aura plus d’occasion de
dire: " Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en
sont Agacées:mais chacun mourra pour son iniquité ; tout homme qui mangera des
raisins verts, ses dents en seront agacées ;"" l’âme qui péchera sera
celle qui mourra "( Jér. 31:29, 30 ; Ez. 18:4). Il sera vrai alors pour le
monde, comme il est vrai maintenant pour l’Eglise, qu’un homme sera jugé
d’après ce qu’il a, non d’après ce qu’il n’a pas (2 Cor. 8:12). Sous le règne
du Christ les hommes seront peu à peu élevés, instruits et disciplinés jusqu’à
ce qu’ils atteignent la perfection. et lorsque la perfection sera atteinte, une
parfaite harmonie avec Dieu sera exigée, et quiconque, dans cette ère-là, ne répondra
pas à l’obéissance parfaite, sera retranché, étant indigne de la vie. Le péché
qui, par Adam, apporta la mort à notre race, était simplement un acte de
désobéissance ; mais, par cet acte, Adam déchut de sa perfection. Dieu avait le
droit d’exiger de lui une obéissance parfaite puisqu’il fut créé parfait ; et,
de même, il exigera une parfaite obéissance de chaque homme une fois que le
grand oeuvre
A154
de
rétablissement sera achevé. La vie éternelle ne sera pas accordée à ceux qui ne
seront pas parvenus à la perfection dans le sens le plus élevé du mot. Aucun
n’aura le privilège d’avoir la vie éternelle, s’il se trouve alors, ne fût-ce
au moindre degré, au-dessous de la perfection. Car ne pas répondre à la
perfection, alors, sera pécher volontairement contre la pleine lumière et
contre la capacité parfaite d’y parvenir, c’est à dire en toute connaissance de
cause. Quiconque péchera de propos délibéré contre la pleine lumière et contre
la pleine capacité mourra de la seconde mort. Et, si durant cet âge d’épreuve,
en plein éclat de la lumière, quelqu’un rejette avec dédain l’offre de la grâce
et ne fait aucun progrès vers la perfection durant cent ans, celui-là sera
reconnu indigne de la vie et sera " exterminé " quand bien même à
l’âge de cent ans il serait dans la période de l’enfance. Ainsi qu’il est écrit
de ce jour: " Celui qui (y) mourra à cent ans sera jeune, et le pécheur de
cent ans sera maudit "( Esaïe 65:20). Tous doivent donc avoir une épreuve
de cent ans, et s’ils ne s’obstinent pas à refuser de faire du progrès, leur
épreuve continuera à travers tout le jour de Christ, atteignant le point
culminant seulement à sa clôture. La conclusion du jugement futur du monde se
voit clairement dans la parabole des brebis et des boucs (Matth. 25:31-46) ; dans
Apoc. 20:15 ; 21:4 et 1 Cor. 15:25. Ces passages et d’autres démontrent qu’à sa
clôture les deux classes auront été séparées complètement, -les obéissants et
les désobéissants ; ceux qui se conforment à la lettre et à l’esprit de la loi
de Dieu, et ceux qui ne se conforment ni à l’une ni à l’autre. Ceux qui ont
obéi entrent dans la vie éternelle, tandis que les autres sont renvoyés à la
mort (à la destruction, à l’anéantissement ou à l’extinction de la vie) ; c’est
la même sentence que celle du premier jugement, dont ils furent reconnus comme
A155
délivrés par le
paiement de la rançon, par la mort du Christ. Ce sera leur seconde mort. Aucune
rançon ne leur sera plus donnée, et il n’y aura plus de délivrance ni de
résurrection pour eux ; leur péché étant un péché volontaire et individuel,
commis contre la pleine lumière et la complète possibilité de l’éviter, à
l’aide d’une épreuve individuelle des plus favorables. Nous ne voulons pas
qu’on pense que nous ignorons la responsabilité actuelle du monde, laquelle
pèse sur tout homme selon la quantité de lumière qu’il possède, qu’elle soit
petite ou grande, qu’elle vienne de la nature ou de la révélation. " Les
yeux de l’Eternel contemplent en tous lieux les méchants et les bons.
"," Car Dieu fera venir en jugement tout ce qu’on aura fait, avec
tout ce qui est caché, soit bien, soit mal "( Prov. 15:3 ; Eccl. 12:16).
Les bonnes et les mauvaises actions recevront leur juste rétribution comme
salaire, soit maintenant, soit plus tard: " Les péchés de quelques-uns se
manifestent et précèdent pour leur condamnation (litt. devançant le jugement) ;
mais chez d’autres ils suivent après ":- Chacun sera puni au prorata de sa
culpabilité (1 Tim. 5:24). Abstraction faite du " petit troupeau ",
des favoris du Seigneur, personne n’a encore eu assez de lumière pour s’attirer
le châtiment définitif, la seconde mort. Nous ne faisons qu’indiquer ici en
principe le sujet de la responsabilité actuelle du monde, et nous réservons les
détails pour un développement ultérieur. Près de six mille ans s’écoulèrent
entre le premier et le second jour de jugement du monde, et pendant cette
longue période, Dieu a choisi dans l’humanité deux classes particulières, qui
furent éprouvées, disciplinées et instruites spécialement pour être ses
instruments honorés durant la période ou le jour de jugement du monde. Ces deux
classes sont désignées respectivement par
A156
Paul (Hébr.
3:5, 6) comme la maison des fils et la maison des serviteurs ; la première est
composée des vainqueurs qui furent éprouvés et trouvés fidèles durant l’âge
chrétien, et la dernière est composée des vainqueurs fidèles qui vécurent avant
l’âge chrétien. Les deux périodes durant lesquelles ces deux troupes distinctes
furent appelées, éprouvées et choisies furent deux jours de jugement
différents. Ceux qui passèrent par l’épreuve avec succès pour appartenir à
l’une ou à l’autre de ces classes particulières, ne viendront pas en jugement
avec le monde ; mais ils seront les instruments de Dieu pour bénir le monde, en
lui fournissant l’instruction et l’éducation nécessaires pour son épreuve et
son jugement définitifs. " Ne savez-vous pas que les saints jugeront le
monde ?"- 1 Cor. 6:2. Les membres de ces classes jugées d’avance furent
jadis, ainsi que le reste de l’humanité, sous la condamnation d’Adam, mais
devinrent, par la foi, participants aux bienfaits de la mort de Christ. Après
être premièrement justifiés par la foi à la rançon et après avoir accompli les
conditions subséquentes relatives à leur appel, ils sont jugés dignes d’être
élevés à des positions d’honneur et d’autorité. L’épreuve ou le jugement de ces
deux classes a été bien plus sévère que ne le sera l’épreuve du monde à son
jour de jugement ; parce qu’elles durent résister à Satan, le prince de ce
monde, et à toutes ses ruses et embûches, tandis qu’au jour de jugement du
monde, Christ régnera et Satan sera lié, afin de ne plus pouvoir séduire les
nations (Apoc. 20:3). Elles furent persécutées pour la justice, tandis qu’alors
l’humanité sera récompensée pour la justice et punie seulement pour
l’injustice. Elles eurent sur leur chemin de grandes pierres d’achoppement et
des pièges qui seront éloignés lorsque le monde sera mis à
A157
l’épreuve. Mais
c’est justement parce que l’épreuve de ces deux classes particulières a été
bien plus sévère que ne le sera l’épreuve du monde, que leur récompense sera
bien plus grande comparativement. Par le sophisme du grand séducteur, Satan,
les promesses bénies du temps à venir d’un juste jugement ont été ravies à
l’église nominale ainsi qu’au monde. Ils savent que la Bible parle d’un jour de
jugement qui vient, mais ils ne l’envisagent et n’y pensent qu’avec crainte et
frayeur, et à cause de cette crainte aucune nouvelle ne leur est plus fâcheuse
que celle de la proximité du jour du Seigneur. Ils en repoussent la pensée bien
loin et n’en veulent pas entendre parler. Ils n’ont aucune idée des
bénédictions en réserve pour le monde, sous le règne glorieux de Celui auquel
Dieu a prescrit de juger le monde universel selon la justice. Parmi les plus
grandes des influences aveuglantes que Satan exerça pour tenir l’humanité dans
l’ignorance de la vérité au sujet du jour du jugement, se trouvent toutes ces
erreurs qui se sont introduites dans les dogmes et dans les livres de cantiques
des diverses sectes religieuses. Les hommes se sont accoutumés à attribuer à
ces articles de foi une importance supérieure à la parole de Dieu. Combien les
prophètes et les apôtres envisagèrent différemment ce jour du jugement promis !
Ecoutez de David l’expression prophétique, remplie de joie et d’allégresse (1 Chron.
16:31-34). Il dit: " Que les cieux
se réjouissent et que la terre soit dans l’allégresse ! Que l’on dise parmi les
Nations:l’Eternel règne ! Que la mer retentisse avec tout ce qu’elle contient,
Que la campagne s’égale avec tout ce qu’elle renferme Que les arbres des forêts
poussent des cris de joie Devant l’Eternel ! Car il vient pour juger la terre.
Louez l’Eternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure A toujours !"(
Voyez aussi Ps. 98.)
A158
L’apôtre
renvoie aussi à ce même jour et nous assure que ce sera un jour glorieux et
désirable, et que la création tout entière gémit après ce jour et souffre en
attendant le grand Juge qui vient pour la délivrer et la bénir, ainsi que pour
exalter et glorifier l’Eglise. -Rom. 8:21, 22.
Le meilleur
jour.
J’attends
toujours, j’attends sans cesse, Le meilleur et plus brillant jour ; Juste en
delà la nue épaisse Dont 1’ombre m’environne Autour:le jour de joie et de
délice Que jamais le monde ne vit, Où régnera dans la justice, Christ sur le
trône de David.
Les prophètes
des anciens âges Virent tous de loin sa splendeur ; En mots très sublimes, mais
sages, Ils ont tracé tout le bonheur. Là, dans les vallons verts ils dorment De
leurs oeuvres jadis le lieu ; Mais bientôt un triomphe ils forment Venant à la
Cité de Dieu.
Encor le monde
est en souffrance, Ce n’est que deuil, peine et chagrin La misère et la
décadence Font verser des larmes sans fin. C’est la nuit des pleurs de la terre
Le mal triomphe Maintenant:j’attends, car l’aube est messagère Et le matin
paraît brillant.
J’attends
toujours, priant j’espère, L’heureux jour où Christ Régnera:jour où la vérité
prospère, Où le juste triomphera. Du monde plus rien ne m’attire Vu que
j’attends ce meilleur jour, Nulle chose en lui que j’admire, A moi luit son aube
d’amour.
Chapitre
IX—RANCON ET RETABLISSEMENT
A159
Le
rétablissement garanti par la rançon. -Il n’est point la vie éternelle, mais il
en est une épreuve, garantie par la rançon. -Les conditions et les avantages de
l’épreuve. -Le sacrifice du Christ était nécessaire. -Comment la race humaine
pouvait être délivrée et le fut par la mort d’un seul homme. -La foi et les
oeuvres sont toujours nécessaires.- Le châtiment des péchés volontaires est
certain. -Y aura-t-il assez de place sur la terre pour les millions qui
ressusciteront ? Le rétablissement par opposition à l’évolution.
D’après
l’ébauche du plan révélé de Dieu, comme elle a été esquissée jusqu’ici, il est
évident que le dessein de Dieu pour l’humanité est une restitution ou un
rétablissement à la perfection et à la gloire perdues en Eden. L’évidence la
plus forte, la plus décisive à ce sujet, ressort de la pleine compréhension de
l’étendue et de la nature de la rançon même. Le rétablissement prédit par les
apôtres et par les prophètes doit suivre la rançon comme une conséquence
logique et nécessaire. Il faut que toute l’humanité (à moins qu’elle ne résiste
obstinément à l’action bénie du grand Libérateur) soit délivrée du péché
originel, " de la servitude de la corruption, " conformément à la
disposition de Dieu dans la préparation d’une rançon ; autrement cette dernière
n’aurait pas de valeur pour tous. Les raisonnements de Paul à ce sujet sont
très clairs et concluants. Il dit (Rom. 14:9): " C’est pour cela que
Christ est mort et est ressuscité, c’ est pour être le Seigneur
A160
[le maître et
dominateur] des vivants et des morts. "( 1) C’est dire que le but de la
mort et de la résurrection de Christ ne fut pas simplement de bénir, de dominer
et de restaurer l’humanité vivante, mais de lui donner l’autorité et le plein
pouvoir aussi bien sur les morts que sur les vivants, et d’assurer les
bienfaits de sa rançon aux uns autant qu’aux autres. Il " s’est donné
lui-même en rançon [prix correspondant] pour tous, " afin de pouvoir les
bénir tous et de donner à chaque homme une épreuve individuelle de vie. Il est
absurde de prétendre qu’il donna " une rançon pour tous " et de
soutenir en même temps qu’une poignée des rachetés seulement recevront jamais
quelque avantage de cette rançon ; car cela permettrait de supposer ou que Dieu
accepta le prix de la rançon et puis refusa injustement de consentir à ce que
les rachetés soient relâchés, ou que, après les avoir rachetés tous, le
Seigneur est impuissant ou peu disposé à exécuter son bienveIllant dessein.
L’immutabilité des plans de Dieu, comme d’ailleurs la perfection de la justice
et de l’amour divins, éloignent une telle pensée et la contredisent, et nous
donnent l’assurance que le plan originel et bienveillant, qui eut la "
rançon pour tous " à sa base, s’exécutera pleinement au " propre
temps " de Dieu:elle apportera la rémission bénie de la condamnation
adamique et une occasion pour tous les hommes de retourner aux droits et aux
libertés des fils de Dieu, dont Adam jouissait avant le péché et la
malédiction.
——-
(1) Nous tenons
toujours pour vraie cette déclaration suivant de laquelle la mort de Jésus le
constitue Seigneur, Maître ou Dominateur de la famille humaine entière ; mais
nous trouvons maintenant, dans les paroles de l’apôtre, un sens encore plus
large:c’est à dire que dans l’expression " les morts " toute l’espèce
humain " est comprise. Au point de vue de Dieu la race entière, qui est
sous la condamnation de la mort, est traitée comme si elle était déjà morte
(Matth. 8:22) ; dans ce sens l’expression " les vivants "
s’appliquerait à des êtres qui sont au-dessus de l’homme et qui n’ont pas perdu
leur vie, c’est à dire aux anges.
A161
Si l’on
reconnaît clairement l’utilité réelle et l’effet de la rançon, il faut que
toute objection contre son application universelle s’évanouisse. La "
rançon pour tous " donnée par " l’homme Jésus-Christ " ne
procure ou ne garantit à aucun homme la vie ou bénédiction éternelle, mais elle
donne et garantit à chaque homme une autre occasion ou épreuve pour obtenir la
vie éternelle. La première épreuve de la race, qui eut pour résultat la perte
du premier bonheur conféré, s’est tournée réellement en une bénédiction, en
vertu de la rançon à laquelle Dieu a pourvu, afin que l’homme soit libéré de la
condamnation et du châtiment. Mais le fait que les hommes sont délivrés du
premier châtiment, n’empêche point qu’une fois individuellement mis à l’épreuve
pour la vie éternelle, ils ne puissent manquer à l’obéissance, sans laquelle il
n’est permis à personne de vivre éternellement. L’homme sera pleinement averti
par l’expérience actuelle du péché et de son amer châtiment ; et lorsque, comme
résultat de la rançon, il lui sera accordé une autre épreuve individuelle, sous
les yeux et le gouvernement de celui qui l’aima tellement qu’il donna sa vie
pour lui et qui veut qu’aucun ne périsse, mais que tous retournent à Dieu et
vivent ; nous pouvons être sûrs que là seul celui qui désobéira avec
préméditation encourra le châtiment de la seconde épreuve. Ce châtiment sera la
seconde mort, pour laquelle il n’y aura plus, ni rançon, ni rémission, parce
qu’il n’y aura plus aucun but pour une autre rançon ou pour une épreuve future.
Tous auront connu et goûté complètement tant le bien que le mal ; tous auront
vu et expérimenté la bonté et l’amour de Dieu ; tous auront eu une pleine et
loyale épreuve, individuelle pour la vie, dans les conditions les plus
favorables. On ne pourrait demander et il ne sera pas donné davantage. Cette épreuve
montrera une fois pour toutes celui qui sortirait juste et saint de mille
épreuves, et qui, de
A162
mille épreuves,
sortirait injuste et impie et se souillerait encore. Il serait inutile
d’accorder une autre épreuve de vie exactement dans les mêmes circonstances ;
mais, si les circonstances de ceux mis à l’épreuve sont différentes, voire plus
favorables, les termes ou les conditions de leur épreuve individuelle pour la
vie seront cependant les mêmes que ceux de l’épreuve adamique. La loi de Dieu restera
la même, -elle ne change point. Elle dira toujours: " L’âme qui péchera
sera celle qui mourra ;" et les conditions de l’homme ne seront pas plus
favorables, au point de vue du milieu, que les conditions et le milieu
d’Eden:par contre, la grande différence sera dans la connaissance croissante.
L’expérience du mal, mise en contraste avec l’expérience du bien qui
s’augmentera en chacun durant l’épreuve de l’âge qui vient, constituera
l’avantage en raison duquel les résultats de la seconde épreuve différeront de
beaucoup des résultats de la première ; et, cela, parce que la sagesse et
l’amour divins ont pourvu à la " rançon pour tous " et garanti ainsi
à tous le bienfait d’une nouvelle épreuve. Nulle épreuve plus favorable, aucune
loi plus favorable, aucunes conditions ou circonstances plus favorables, en
quelque manière que ce soit et pour n’importe qui, ne peuvent être invoquées
comme motifs pour une autre rançon ou pour une épreuve future au delà de l’âge
du Millénium. La rançon donnée n’excuse le péché d’aucun homme:elle ne dit
nullement de regarder les pécheurs comme des saints, et, sur ce, de les
transporter dans l’éternelle félicité. Elle ne fait que libérer simplement les
pécheurs de la première condamnation et des résultats directs ou indirects ; elle
les place de nouveau à l’épreuve pour la vie, épreuve dans laquelle leur propre
obéissance ou désobéissance volontaire décidera s’ils peuvent ou ne peuvent pas
avoir la vie éternelle.
A163
On ne devrait
pas non plus admettre, comme plusieurs y sont disposés, que tous ceux qui
vivent dans un milieu civilisé et qui voient ou possèdent une Bible, ont de
cette manière une pleine occasion ou épreuve pour la vie. On doit se rappeler
que les enfants d’Adam ne furent pas tous corrompus au même degré par la chute.
Il y en a qui viennent au monde tellement faibles et dépravés qu’ils peuvent
être aveuglés facilement par le dieu de ce monde, Satan, et être séduits par le
péché qui nous environne et nous assaille ; et tous sont plus ou moins sous
cette influence, de sorte que, quand même ils voudraient faire le bien, le mal
se présente, et ils y succombent, à ceux du milieu dans lequel ils vivent,
etc., et il leur est difficile " de faire le bien qu’ils voudraient faire
tandis qu’ils font le mal qu’ils ne voudraient pas faire. " En effet le
nombre est petit de ceux qui, dans le temps présent, conquièrent véritablement,
et avec expérience, la liberté par laquelle Christ fait tomber les chaînes de
ceux qui acceptent sa rançon et qui se placent sous son régime pour leur
direction future. Aussi ce petit nombre seul (l’Eglise élue et éprouvée
d’avance en vue du but spécial de travailler avec Dieu pour la bénédiction du
monde, rendant témoignage maintenant, et plus tard gouvernant, bénissant et
jugeant le monde dans son âge d’épreuves), jouit déjà, jusqu’à un certain
point, des bienfaits de la rançon, ou bien se trouve maintenant à l’épreuve
pour la vie. Toutes les bénédictions du rétablissement, dont le monde jouira
durant l’âge qui vient, sont imputées à ce petit nombre de vrais croyants et
ils les obtiennent par la foi. Ceux-ci, sans être parfaits, ni réellement
rétablis en l’état d’Adam, sont traités d’une manière propre à compenser la
différence. Par la foi en Christ ils sont considérés comme parfaits et rétablis
dans la perfection et la grâce divines, comme s’ils n’étaient plus des
pécheurs. Leurs imperfections
A164
et leurs
faiblesses inévitables, compensées par la rançon, ne leur sont point posées en
compte, mais sont couvertes par la perfection du Rédempteur. Par là, l’épreuve
de l’Eglise, à cause de sa position considérée comme étant en Christ, est aussi
favorable que celle que le monde subira dans son temps d’épreuve. Le monde sera
amené entièrement à une pleine connaissance de la vérité, et quiconque en
acceptera les conditions, ne sera plus, dès lors, traité comme pécheur, mais
comme fils, auquel sont destinées toutes les bénédictions du rétablissement. La
différence entre les expériences du monde lors de son épreuve et celles de
l’Eglise durant la sienne consistera en ceci:ceux du monde qui obéiront,
recevront tout de suite les bénédictions du rétablissement par une disparition
graduelle de leurs faiblesses mentales et physiques ; tandis que l’Eglise de
l’Evangile, consacrée au service du Seigneur, même jusqu’à la mort, s’en va
dans la mort et reçoit aussitôt son perfectionnement dans la première
résurrection. Une autre différence entre les deux épreuves consiste dans les
circonstances plus favorables de l’âge prochain, en comparaison de celui-ci, en
ce que la société, le gouvernement, etc., seront propices à la justice, en
récompensant la foi et l’obéissance et en punissant le péché ; tandis qu’à
présent, sous le prince de ce monde, l’épreuve de l’Eglise est aggravée par des
circonstances défavorables à la justice et à la foi, etc. Mais cela sera
récompensé, comme nous l’avons vu, par le prix de la gloire et de l’honneur de
la nature divine offert à l’Eglise, en outre du don de la vie éternelle. La
mort d’Adam était inévitable, encore qu’elle ne soit survenue qu’après neuf
cent trente ans d’état mourant. Depuis le jour où il devint mourant, tous ses
descendants sont nés dans la même condition, sans droit à la vie, et meurent
tous comme leurs parents, après un séjour plus
A165
ou moins
prolongé ici-bas. On devrait toutefois se rappeler que ce ne sont ni les
douleurs ni la souffrance, lors de l’agonie, qui forment le châtiment du péché,
mais que c’est la mort, -l’extinction de la vie, -le point extrême du mourant.
La souffrance n’est qu’accidentelle, et le châtiment du péché en surprend
plusieurs avec peu ou même point du tout de souffrance. De plus, on devrait se
rappeler que, lorsque Adam commit son forfait, il perdit la vie pour toujours;
et aucun de ses descendants n’a jamais été capable d’expier ce forfait ni de
recouvrer l’héritage perdu. Tous les hommes sont ou morts ou en voie de mourir.
Et s’ils n’ont pu expier leur forfait avant la mort, ils ne le purent certainement
pas après qu’ils furent morts, après qu’ils n’existèrent plus. Le châtiment du
péché n’était point simplement de mourir, avec le droit et le privilège de
retourner à la vie dans la suite. Dans le châtiment prononcé il n’y avait aucun
indice d’une délivrance future (Gen. 2:17). Aussi la restitution est-elle un
acte volontaire de grâce ou de faveur de la part de Dieu. Et sitôt que le
châtiment fut formulé, au moment même où il fut prononcé, la grâce libre de
Dieu fut aussi annoncée, et en se réalisant elle en démontrera pleinement
l’amour. Grâce à ce rayon d’espoir:que la postérité de la femme briserait la
tête du serpent, l’humanité ne s’est pas trouvée dans le désespoir le plus
extrême ; car cette promesse indiqua que Dieu avait préparé un plan à son
avantage. Lorsque Dieu jura à Abraham que toutes les familles de la terre
seraient bénies en sa postérité, cela impliquait une résurrection ou
rétablissement de tous ; car plusieurs étaient déjà morts alors, et d’autres
moururent depuis, sans être bénis. Néanmoins, la promesse reste toujours
ferme:tous seront bénis, quand les temps de rétablissement et de
rafraîchissement viendront (Act. 3:19-21). En outre, puisque bénir présuppose
grâce, et que Dieu a
A166
retiré sa grâce
à cause du péché, et parce que sa malédiction en prit la place, cette promesse
d’une bénédiction future implique l’éloignement de la malédiction et,
conséquemment, le retour de sa grâce. Et elle fait supposer de même, soit que
Dieu se repente de sa décision, change son décret et donne l’absolution à la
race coupable, soit qu’il ait un plan pour la délivrer au moyen d’une expiation
offerte par un innocent. Dieu ne laissa point Abraham dans le doute en ce qui
concernait son plan, mais il démontra par divers sacrifices typiques, que durent
accomplir tous ceux qui souhaitaient de s’approcher de lui, qu’il ne pouvait ni
ne voulait absoudre ni excuser le péché ; et que le seul moyen de l’effacer et
d’en éviter le châtiment était un sacrifice suffisant pour compenser ce
châtiment. Cela fut montré à Abraham, dans un type très significatif. Le fils
d’Abraham en qui la bénédiction promise se concentra, dut devenir premièrement
un sacrifice avant de pouvoir bénir, et Abraham le recouvra des morts,
figurativement [" de telle manière qu’il est un symbole. "- Hébr.
11:19-Stapfer]. Et dans cette " figure " Isaac symbolisait la vraie
sentence, Jésus-Christ, qui mourut pour racheter les hommes, afin que tous les
rachetés puissent recevoir la bénédiction promise. Si Abraham avait pensé que
l’Eternel excuserait et acquitterait les coupables, il aurait senti que Dieu
était très changeant, et, par conséquent, il n’aurait pu avoir pleine confiance
dans les promesses qui lui furent faites. Il aurait pu raisonner Ainsi:si Dieu
a changé de dessein une fois, pourquoi n’en changerait-il pas de nouveau ? S’il
fut touché au sujet de la malédiction de la mort, ne pourrait-il pas aussi être
touché au sujet de la grâce et des bénédictions promises ? Mais Dieu ne nous
laisse pas dans une incertitude pareille. Il nous donne une ferme assurance
tant de sa justice que de son invariabilité. Il ne pouvait justifier
A167
les coupables,
tout en les aimant à ce point qu’il " n’épargna point son propre Fils,
mais le livra [dans la mort] pour nous tous. " De même que la race entière
était dans Adam, quand il fut condamné, et qu’elle perdit la vie par lui ; de
même quand la vie d’Adam fut rachetée par l’homme Christ Jésus, une race encore
dans ses reins mourait également ; ainsi une pleine satisfaction, un prix
correspondant, fut donné pour la justification de tout homme. Et Lui qui les
racheta ainsi tous, a pleine autorité de rétablir tous ceux qui viennent à Dieu
par lui. L’apôtre nous dit: " Comme par l’offense d’un seul, le jugement
est venu sur tous les hommes en condamnation, de même aussi, par la
justification d’un seul, le don est venu sur tous les hommes en justification
de vie. "( Laus.) " Car, comme par la désobéissance d’un seul homme
plusieurs ont été rendus pécheurs, de même par l’obéissance d’un seul plusieurs
seront rendus justes "( Rom. 5:18-19). Ceci est une proposition
claire:autant il y a eu de condamnés à la mort à cause du péché d’Adam, autant
il doit être restitué de privilèges de vie, parce que le châtiment fut payé par
Jésus, qui devint le substitut ou le représentant d’Adam devant la loi violée,
et ainsi " se donna lui-même en rançon pour tous ". Il mourut, "
un juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu "( 1 Pierre 3:18).
Il ne faudrait, toutefois, jamais négliger de remarquer que toutes les dispositions
de Dieu à l’égard de notre race reconnaissent la volonté de l’homme comme un
facteur important pour obtenir les grâces divines si abondamment préparées. Il
y en a qui n’ont pas remarqué ce trait, lors de l’examen du texte que nous
venons de citer. La déclaration de l’apôtre est toutefois celle-ci:comme la
sentence de condamnation s’est étendue à toute la race par Adam, de même par
l’obéissance de notre Seigneur Jésus-Christ au plan du Père, et par son
A168
sacrifice pour
nous, un don libre s’étend à tous, -un don de rémission, qui, s’il est accepté,
constituera la justification (ou la base) qui donne la vie éternelle. Et "
comme, par la désobéissance d’un seul homme, plusieurs ont été rendus pécheurs,
de même par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront [et non ont été] rendus
justes. " Si la rançon seule, sans que nous l’acceptions, nous rendait
justes, alors on devrait lire:par l’obéissance d’un seul plusieurs ont été
faits justes. Cependant, quoique la rançon fût donnée par le Rédempteur et fut
acceptée par Jéhovah, bien peu ont été rendus justes (justifiés) " par la
foi en son sang " durant l’âge de l’Evangile ; pourtant, durant l’âge du
Millénium, plusieurs seront rendus justes. Puisqu’il est la propitiation
(satisfaction) pour les péchés de tout le monde, tous les hommes peuvent, pour
cette raison, être affranchis et libérés du châtiment du péché d’Adam, -de la
mort. Du moment qu’il n’y a point d’injustice en Dieu, il s’ensuit que "
si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner
et nous purifier de toute iniquité "( 1 Jean 1:9). De même que Dieu aurait
été injuste s’il nous avait laissés échapper au châtiment prononcé, avant
qu’une pleine satisfaction lui fût rendue, de même aussi, nous fait-il
comprendre ici, serait-il injuste de sa part, de refuser de nous accorder notre
rétablissement, puisque, en vertu de son propre plan, notre châtiment a été
subi. La même inaltérable justice, qui jadis condamna l’homme à la mort, est
maintenant obligée à la rémission de tous ceux qui confessent leurs péchés et
demandent la vie par Christ. " C’est Dieu qui justifie ! Qui les
condamnera ? Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite
de Dieu, et il intercède pour nous. "- Rom. 8:33-34. L’ intégralité de la
rançon est l’argument le plus puissant
A169
possible pour
la restauration de tout le genre humain, de tous ceux qui veulent l’accepter
aux conditions offertes (Apoc. 22:17). Le caractère même de Dieu, ainsi que sa
justice et son honneur, y sont engagés ; chaque promesse qu’il a faite
l’implique ; et chaque sacrifice typique avait en vue ce grand et suffisant
sacrifice, - " l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde, " qui est
" la propitiation [satisfaction] pour nos péchés [ceux de l’Eglise], et
non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde "(
Jean 1:29 ; 1 Jean 2:2). Puisque la mort est le châtiment ou le salaire du
péché, quand le péché sera éloigné, le châtiment doit cesser au temps
déterminé. Tout autre point de vue serait à la fois déraisonnable et injuste.
Le fait que près de deux mille ans se sont écoulés depuis que Jésus mourut, et
qu’aucune réparation de la chute d’Adam ne s’est encore effectuée n’est pas
plus une preuve contre le rétablissement, que le fait que quatre mille ans se
sont écoulés avant sa mort, n’est une preuve que Dieu n’avait pas projeté la
rédemption avant la fondation du monde. Les deux mille ans depuis la mort de
Christ, et les quatre mille ans précédents, étaient des temps arrêtés pour
d’autres parties de l’oeuvre, des périodes préparatoires pour " les temps
du rétablissement de toutes choses. " Que personne ne suppose à la légère
qu’il y ait quelque chose, en cette manière de voir, qui soit en conflit avec
l’enseignement des Ecritures:que la foi envers Dieu, la repentance du péché,
l’amendement et la réformation de la vie sont indispensables au salut. Cette
question sera traitée plus à fond dans la suite de cet ouvrage. Qu’il nous
suffise de dire maintenant que bien peu d’hommes ont eu assez de lumière pour
montrer une foi entière, la repentance et l’amendement. Quelques-uns ont été
aveuglés en partie, d’autres complètement, par le dieu de ce monde, et
A170
Il faut qu’ils
soient délivrés de leur aveuglement ainsi que de la mort, afin qu’ils puissent,
chacun pour soi-même, avoir une pleine occasion de prouver par l’obéissance,
s’ils méritent ou non la vie éternelle. Ceux qui se montreront indignes de la
vie mourront de nouveau, -la seconde mort, -pour laquelle il n’y aura plus de
rédemption et conséquemment plus de résurrection. La mort qui est venue à cause
du péché d’Adam, ainsi que toutes les imperfections qui en sont la conséquence,
sera éloignée en vertu de la rédemption qui est en Jésus-Christ ; mais la mort
qui vient par suite d’une apostasie individuelle, volontaire, est définitive
pour toujours. Pour ce péché il n’y a point de rémission et son châtiment, la
seconde mort, sera éternel, -ce ne sera pas l’état de mourir éternellement,
mais une mort éternelle qui dure à toujours, sans être interrompue par une
résurrection. Nous exposerons dans un volume suivant (1) la philosophie du plan
de la rédemption. Ici nous établissons simplement le fait que la rédemption par
Jésus-Christ, avec ses conséquences riches en bénédictions et en bonnes
occasions, s’étendra aussi loin que le péché d’Adam avec sa ruine et sa
perdition, -que tous ceux qui furent condamnés et qui durent souffrir à cause
de celui-ci, seront tout aussi sûrement mis en liberté, " au temps
convenable, " grâce à celui-là. Toutefois, nul ne peut apprécier cette
preuve de l’Ecriture, s’il n’admet la doctrine scripturaire que la mort,
-l’extinction de l’existence, -est le salaire du péché. Celui qui se figure la
mort comme une vie de tourments ne se fait pas seulement une fausse idée de la
signification des mots mort et vie, mais il s’engage aussi dans deux
absurdités. Il est absurde de supposer que Dieu perpétuerait à toujours
l’existence d’Adam dans les tourments pour un péché quelconque, spécialement
pour la
——-
(1} Le
cinquième-Le traducteur.
A171
petite offense
d’avoir mangé du fruit défendu. Quand, mourant à notre place pour devenir notre
rançon, allant à la mort afin que nous puissions en être affranchis, Jésus
racheta plus tard l’humanité, n’est-il pas évident que la mort qu’il souffrit
pour les injustes, fut exactement de la même nature que celle à laquelle toute
l’humanité avait été condamnée ? Ou bien a-t-il peut-être souffert les
tourments éternels pour nos péchés ? Sinon, alors, aussi sûrement qu’il mourut
pour nos péchés, le châtiment pour nos péchés fut la mort et non une vie, en
quelque sens ou condition que ce soit. Mais, chose étrange, quoique plusieurs
s’aperçoivent du désaccord et de l’incompatibilité de la théorie des tourments
éternels avec la doctrine des Ecritures: " l’Eternel fit venir sur lui
l’iniquité de nous tous ";" que Christ mourut pour nos péchés, "
et qu’ils se voient obligés de renoncer à l’une ou à l’autre par leur
inconséquence, ils sont cependant si épris de l’idée des tourments
éternels-comme d’une délicatesse spirituelle-qu’ils s’y attachent en dépit des
déclarations contraires des Ecritures, et nient, par conséquent, de propos
délibéré, que Jésus paya le prix de la rançon pour tout le monde, bien que
cette vérité soit enseignée à chaque feuillet de la Bible.
Le
Rétablissement est-il exécutable ?
Plusieurs ont
pensé que si les milliards d’hommes morts étaient réveillés, il n’y aurait pas
assez de place pour eux sur la terre ; et que, s’il s’y trouvait assez de
place, la terre ne serait pas en état de nourrir une si grande population.
Quelques-uns prétendent même que la terre est un vaste cimetière, et que, si
tous les morts ressuscitaient, ils seraient obligés de marcher les uns sur les
autres, faute de place.
A172
Cela est un
point très important. Il serait étrange que, au moyen d’un mesurage effectif,
nous trouvions que tous les hommes n’auraient pas où mettre leurs pieds, tandis
que la Bible annonce une résurrection pour tous ! Voyons un peu:calculez et
vous trouverez que cela est une erreur ; vous trouverez qu’il y a de la place
en abondance pour le " rétablissement de tous, " que " Dieu a
annoncé par la bouche de tous ses saints prophètes. " Admettons qu’il y a
six mille ans depuis la création de l’homme, et qu’il y a maintenant un
milliard quatre cent millions de personnes qui vivent sur la terre. Notre race
commença par un seul couple, mais soyons très larges et supposons qu’il y en
eut tout autant alors qu’à ce jour ; supposons aussi que ce nombre ne fut
jamais inférieur en aucun temps, quoique le déluge ait réduit réellement la
population à huit personnes. Soyons large encore et supposons trois générations
par siècle, ou trente-trois ans une génération, quoique, conformément à Genèse
5, Il n’y eut que onze générations d’Adam au déluge, c’est à dire une période
de mille six cent cinquante-six ans, ou à peu près cent cinquante ans à chaque
génération. Maintenant voyons ; six mille ans font soixante siècles ; trois
générations à chaque siècle nous donneraient cent quatre-vingt générations
depuis Adam ; et un milliard quatre cent millions par génération ferait deux
cent cinquante-deux milliards [252.000.000.000] comme nombre total de notre
race depuis la création jusqu’au temps présent, conformément à cette très large
estimation, qui est probablement le double du nombre réel. Où trouverons-nous
assez de place pour cette grande multitude ? Mesurons le pays et voyons. L’Etat
du Texas contient deux cent trente-sept mille milles carrés (anglais), -ou à
peu près 613,565 kilomètres, -le mille anglais valant 1609 mètres. Un mille
carré contient vingt-sept
A173
millions huit
cent soixante-dix-huit mille quatre cents pieds carrés (27,878,400). Le Texas
mesure donc six billions, six cent sept milliards, cent quatre-vingt millions,
huit cent mille (6,607,180,800,000) pieds carrés. En admettant une surface de
dix pieds carrés, par chaque corps mort, nous trouvons que le Texas, comme
cimetière, à ce taux-là, contiendrait six cent soixante milliards, sept cent
dix-huit millions quatre-vingt mille (660,718,080,000) corps, ou presque trois
fois plus que notre estimation exagérée du nombre d’habitants qui vécurent sur
la terre. Une personne debout occupe à peu prés un pied carré et deux tiers
d’espace. A ce taux, la population actuelle de la terre (un milliard quatre cent
millions de personnes) pourrait se tenir dressée sur une surface de
quatre-vingt-six milles carrés, -une surface bien plus petite que celle de la
ville de Londres ou de Philadelphie. Et l’île d’Irlande (dont la surface est de
trente-deux mille milles carrés) fournirait, même d’après notre estimation
exagérée, assez de place pour que plus de deux fois le nombre de gens qui
jamais vécurent sur la terre puissent s’y tenir debout. Il est donc assez
facile d’écarter l’objection dont nous parlions ci-dessus. Et si nous nous
rappelons la prophétie d’Esaïe (35:1-6) et d’Ezéchiel (34:27) :que le désert se
réjouira et fleurira comme une rose ; que des eaux jailliront dans le désert et
des ruisseaux dans la solitude ; et que " la terre donnera ses productions
"; nous voyons que Dieu déclare avoir pourvu à tout ce qui est nécessaire
à son plan, qu’il veut faire d’amples provisions pour les besoins de ses
créatures, et cela, selon les apparences, d’une façon tout à fait naturelle.
Le
Rétablissement par opposition à l’Evolution.
Quelqu’un
pourrait objecter que le témoignage des Ecritures au sujet de la restitution ou
du rétablissement de
A173
l’homme dans
son état précédent n’est pas en harmonie avec les doctrines de la science et de
la philosophie, lesquelles, avec une apparente raison, nous renvoient à
l’intelligence supérieure du dix-neuvième siècle, et font valoir comme une
certitude absolue ceci:que l’homme primitif doit avoir été très arriéré sous le
rapport de l’intelligence, cette dernière étant le résultat d’un développement,
comme ses défenseurs prétendent. A ce point de vue, un rétablissement à l’état
précédent serait non seulement loin d’être désirable, mais serait juste le
contraire d’une bénédiction.
A première vue,
de tels raisonnements paraissent plausibles, et plusieurs semblent être
disposés à les accepter comme des vérités sans autre investigation et à dire
avec un célèbre prédicateur de Brooklyn: " Si Adam tomba, après tout, sa
chute était vers le haut, et plus nous tombons vite de son premier état, mieux
cela vaut, pour nous et pour tous ceux que cela concerne ". Ainsi la
philosophie, -ou sagesse humaine, -essaye, même en chaire, de rendre inutile la
parole de Dieu et si possible de nous faire croire que les apôtres furent
insensés lorsqu’ils déclarèrent que la mort et chaque misère venaient de la
désobéissance du premier homme ; que cela ne pouvait s’effacer et que l’homme
ne pouvait être rétabli dans la vie et dans la grâce divine qu’au moyen d’une
rançon (Rom. 5:10, 12, 17-19, 21 ; 8:19-22 ; Act. 3:19-21 ; Apoc. 21:3-5). Mais
ne concluons pas trop vite, comme si cette philosophie était inébranlable ;
car, s’il nous fallait laisser tomber les doctrines des apôtres relativement à
l’origine du péché et de la mort et au rétablissement de la perfection
originelle, alors, à vrai dire, nous serions obligés de rejeter également, sur
chaque sujet, tous leurs témoignages comme non inspirés et, conséquemment,
comme n’ayant ni autorité ni importance spéciales. Examinons
A175
donc
brièvement, à la lumière des faits, cette manière de voir dont la popularité
est croissante et voyons combien sa philosophie est profonde. Un avocat et
représentant de cette théorie nous dit:
" Chez
l’homme primitif la nature animale prédominait et les besoins physiques le
gouvernaient presque entièrement. Mais il s’éleva lentement et par degrés et
maintenant l’homme moyen a atteint un rang assez élevé pour qu’on ose dire de
lui qu’il est en voie d’arriver au règne de l’intelligence. Par conséquent cet
âge-ci peut être regardé et désigné comme l’âge du cerveau. L’intelligence
conduit les grandes entreprises du jour. L’intelligence saisit les rênes du
gouvernement ; et les éléments de la terre, l’air et l’eau lui sont soumis.
L’homme met la main sur toutes les forces physiques, et, lentement, mais
sûrement, il atteindra à un tel pouvoir sur la nature que, finalement, -c’est
évident, -il pourra s’écrier comme un nouvel Alexandre Selkirk ;" Je suis
monarque de tout ce que mes regards peuvent embrasser. "
Le fait qu’une
théorie paraît raisonnable au premier coup d’oeil, ne doit pas nous pousser à
l’accepter précipitamment et à essayer de tordre la Bible pour l’harmoniser
avec elle. Nous avons éprouvé la Bible de mille manières et nous savons sans
conteste qu’elle contient une sagesse surhumaine, que ses expressions sont
infaillibles. Nous devrions aussi nous rappeler que si les recherches
scientifiques sont recommandables et que si leurs conjectures doivent être
prises en considération, elles ne sont pourtant aucunement infaillibles. Rien
d’étonnant non plus à ce que la science ait prouvé mille fois que ses propres
théories étaient fausses, car il nous faut penser que le vrai homme de science
qui cherche à connaître dans le livre de la nature l’histoire et la destinée de
l’homme, ainsi que son domicile, doit accomplir ces recherches dans bien des
circonstances défavorables, et qu’il a à lutter contre des difficultés presque
insurmontables. Nous ne voulons donc nullement nous opposer aux
A176
investigations
scientifiques, ni les empêcher ; mais si nous entendons les suppositions de
ceux qui étudient le Livre de la Nature, comparons soigneusement, avec le Livre
de la Révélation, leurs déductions qui, en totalité ou en partie se sont
montrées tant de fois erronées, et éprouvons ou réfutons les doctrines des
savants par " la loi et le témoignage [l’Ancien et le Nouveau Testament]
". S’ils " ne parlent pas ainsi, il n’y aura point d’aurore [du jour
de mille ans] pour ce peuple "( Esaïe 8:20). Une exacte connaissance des
deux Livres prouvera qu’ils sont en parfaite harmonie ; et, jusqu’à ce que nous
ayons une semblable connaissance, la révélation de Dieu doit avoir la
prééminence et doit être, pour les enfants de Dieu, la balance dans laquelle
ils pèseront les trouvailles supposées de nos faillibles semblables. Mais bien
que nous tenions à ce principe, cela ne nous empêche pas d’examiner en même
temps s’il ne se trouve pas une autre solution raisonnable que celle de
l’évolution, au sujet de l’augmentation des connaissances, de l’habileté et du
pouvoir de l’homme, -de voir notamment, d’où vient que, quoique parti
originairement d’un ordre d’existence très bas, l’homme ait atteint maintenant
l’âge supérieur, celui du cerveau. Nous trouverons peut-être qu’au fond les inventions,
les facilités, l’éducation générale, l’instruction plus répandue et sa
diffusion plus large, ne doivent point être attribuées à une plus grande
capacité intellectuelle, mais à des circonstances plus favorables du
développement du cerveau. Que la compréhension du cerveau d’aujourd’hui soit
plus grande que dans les âges écoulés, nous le contestons ; cependant nous
admettons franchement que, par suite de circonstances heureuses, l’emploi de
l’intelligence de l’homme est, aujourd’hui, plus général qu’en aucune période
précédente, et est, par conséquent, beaucoup plus frappant. Les observateurs de
cet " âge du cerveau " ne s’adressent-ils pas aux grands maîtres du
A177
passé pour leur
étude de la peinture et de la sculpture ? Ne concèdent-ils pas ainsi aux
anciens une faculté cérébrale et une originalité de compréhension, de même
qu’une habileté dignes d’imitation ? Le présent " âge du cerveau " ne
se nourrit-il pas, pour ainsi dire, en architecture, des styles des âges passés
? Les orateurs et les logiciens de cet " âge du cerveau "
n’étudient-ils et n’imitent-ils pas les méthodes et le syllogisme d’un Platon,
d’un Aristote, d’un Démosthène et d’autres coryphées du passé ? Plusieurs
orateurs du jour n’auraient-ils pas bien des motifs de désirer la langue d’un
Démosthène ou d’un Apollon, et encore bien plus le clair et merveilleux
raisonnement de l’apôtre Paul ? Allons encore plus en arrière; tandis que nous
pourrions fort bien renvoyer les philosophes de cet " âge du cerveau
" au lyrisme ou à la rhétorique de plus d’un prophète, et aux sublimes
peintures poétiques parsemées dans les Psaumes, il nous suffira de faire
allusion à la sagesse et à la logique, non moins qu’à la sensibilité délicate,
-moralement parlant, -de Job et de ses consolateurs. Et que devons-nous dire de
Moise " instruit dans toute la science des Egyptiens ?" Les lois
qu’il a données sont le fondement de celles de toutes les nations civilisées,
et sont encore reconnues aujourd’hui comme l’incarnation d’une sagesse merveilleuse.
L’exhumation d’anciennes villes ensevelies révèle, dans les âges passés, une
connaissance des arts et des sciences qui est surprenante pour maints
philosophes de ce soi-disant " âge du cerveau ". L’ancien usage de
l’embaumement des morts, de la fabrication du cuivre de Corinthe, du verre
élastique et de l’acier très fin de Damas, appartient aux conquêtes d’un passé
très reculé:le cerveau de l’âge présent, malgré tous ses avantages, est
cependant incapable de les comprendre et de les imiter. Reculant de quatre mille
ans, à peu près vers le temps
A178
d’Abraham, nous
trouvons dans la grande Pyramide d’Egypte (Esaïe 19:19) un objet d’étonnement
et de stupéfaction pour les plus savants explorateurs de nos jours. Sa
construction est en parfait accord avec les investigations les plus avancées de
cet " âge du cerveau ", dans la science des mathématiques et de
l’astronomie. Elle enseigne positivement ce qui ne peut être reconnu
qu’approximativement avec l’aide d’instruments modernes. Ses enseignements sont
si clairs et si frappants que quelques astronomes des plus instruits l’ont
déclaré, sans hésiter, d’origine divine. Dans le cas même où les défenseurs de
l’évolution de " l’âge du cerveau " admettraient qu’elle fût d’une
disposition divine et d’une sagesse surhumaine, il faut, cependant, qu’ils
admettent aussi qu’elle est de construction humaine. Et le fait que dans cette
époque reculée une classe de gens quelconques avait la capacité intellectuelle
d’exécuter un tel ordre divin (ce qu’aujourd’hui très peu de gens seraient
capables de faire, même en ayant le modèle devant eux et tous les moyens
scientifiques modernes à leur disposition), prouve que notre " âge du
cerveau " développe plus d’amour-propre que les faits et les circonstances
n’en justifient ! Si donc nous avons prouvé que ta capacité mentale de notre
temps n’est pas plus grande que celle des âges passés, mais probablement
moindre, comment devons-nous expliquer l’accroissement de connaissances
générales, les avantages modernes, etc. ? Nous croyons être à même de démontrer
cela par la raison et par l’harmonie avec les Ecritures. Les inventions et les
découvertes jugées maintenant si bienfaisantes et qu’elles passent comme
preuves que ce temps-ci est " l’ âge du cerveau ", sont en réalité
très modernes:presque toutes appartiennent au XIX° siècle ; les plus
importantes d’entre elles n’existent pas depuis plus de cent ans ; entre autres
celles de l’usage de
A179
la vapeur et de
l’électricité, -dans le télégraphe, les chemins de fer et les bateaux à vapeur,
et dans les diverses industries de la mécanique. Si cela fournit la preuve
d’une augmentation de la faculté intellectuelle, " l’ âge du cerveau
" n’est qu’à son début et la déduction logique doit être que le siècle
prochain sera journellement témoin de tous les miracles imaginables. Et si cela
allait toujours dans la même proportion, où cela finirait-il ? Pourtant voyons
Encore:tous les hommes sont-ils des inventeurs ? Que te nombre est petit de
ceux dont les inventions sont réellement utiles et praticables, en comparaison
du nombre immense de ceux qui apprécient et utilisent une invention mise entre
leurs mains ! Nous sommes loin de parler dédaigneusement de cette classe de
fonctionnaires publics, d’ailleurs très estimables et très utiles, lorsque nous
disons qu’un petit nombre seulement d’entre eux sont des hommes de grandes
facultés intellectuelles. Plusieurs d’entre les hommes les plus intelligents du
monde et d’entre les plus profonds dialecticiens ne sont pas des inventeurs en
mécanique. Et quelques inventeurs sont si peu pratiques que l’on se demande par
quel hasard ils ont bien pu tomber sur leurs découvertes. Les grands principes
(électricité, force de la vapeur, etc.), auxquels travaillèrent durant bien des
années, tant et tant d’hommes, qui s’y appliquèrent et essayèrent de les
perfectionner toujours et toujours de nouveau, furent le plus souvent,
paraît-il, découverts par les plus simples accidents ; ils furent relativement
inattendus et on ne les doit pas à l’exercice de grandes facultés intellectuelles.
Voici comment nous pouvons expliquer les inventions modernes au point de vue
Humain:l’invention de l’imprimerie, en 1440, peut en être regardée comme le
point de départ. De l’impression du livre découlèrent les archives des pensées
et des découvertes de penseurs et d’observateurs,
A180
lesquelles sans
cela n’auraient jamais été connues des âges suivants. Avec les livres,
naquirent une éducation plus générale et, finalement, les écoles publiques. Les
écoles et les universités n’augmentent point la faculté de compréhension de
l’homme, mais elles généralisent l’exercice mental et aident par cela même à
développer les capacités qui existent déjà. La connaissance devint plus
générale et les livres plus communs ; aussi, la génération qui en était
favorisée eut-elle un avantage décisif sur les générations précédentes ; non
seulement il y a maintenant un millier de penseurs, contre un autrefois, qui
s’animent et se stimulent l’un l’autre en spéculations et en conjectures, mais
aussi, à côté de ses propres expériences, la génération actuelle possède, par
les livres, les expériences combinées du passé. L’éducation et la louable
ambition qui l’accompagne, l’initiative et le désir de se distinguer et
d’arriver à l’aisance, enflammés par les rapports, les descriptions et les
inventions dont parle la presse journalière, ont stimulé et aiguisé la faculté
perceptive de l’homme et fait que chacun est en quête de découvrir et
d’inventer, si c’ est possible, une voie plus simple ou un moyen utile pour le
bien et l’agrément de la société. Par conséquent, nous prétendons que les
inventions modernes, envisagées au point de vue purement humain, ne sont point
une preuve de l’augmentation de la faculté intellectuelle, mais d’une
perception plus vive et plus pénétrante provenant de causes naturelles. Et,
maintenant, venons-en aux Ecritures pour voir ce qu’elles enseignent à ce sujet
; car, tout en croyant, comme nous disions plus haut, que les inventions et
l’augmentation des connaissances, etc. parmi les hommes sont les résultats de
causes naturelles, nous croyons aussi que toutes les causes naturelles ont été
prévues et réglées, longtemps d’avance, par Jéhovah et se sont effectuées, au
A181
temps prévu,
par sa providence qui conduit tout, et au moyen de laquelle il " opère
toutes choses selon le conseil de sa volonté "( Eph. 1:11). Conformément
au plan révélé dans sa parole, Dieu résolut de permettre que le péché et la
misère tyrannisassent et opprimassent le monde pendant six mille ans, et que
dans le septième millénaire toutes choses soient rétablies et le mal et toutes
ses conséquences soient extirpés par Jésus-Christ, qu’il prédestina pour cette
oeuvre. Lors donc que les six mille ans du règne du mal touchèrent à leur fin,
Dieu permit aux circonstances de favoriser les découvertes, aussi bien par
l’étude de ses deux Livres, celui de la Révélation et celui de la Nature, que
par, la préparation d’appareils mécaniques et chimiques utiles, lors de la
bénédiction et du rétablissement de l’humanité durant l’âge millénaire qui est
sur le point de commencer. Que ce soit-là le plan de Dieu, cela est clairement
indiqué par la déclaration prophétique: " Et toi, Daniel, cache les
paroles et scelle le livre jusqu’au temps de la fin. Plusieurs courront [alors]
çà et là ; et la connaissance [non pas la capacité intellectuelle] sera
augmentée "," et aucun des méchants ne comprendra [le plan et les
voies de Dieu] ; mais les sages comprendront, "" et ce sera un temps
de détresse tel qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce
temps-là. "- Dan. 12:1, 4, 10. Il peut paraître étrange à quelques-uns que
Dieu n’ait point ordonné le cours des choses de façon à ce que les inventions
et les bénédictions présentes vinssent plus tôt pour alléger la malédiction qui
repose sur l’humanité. Mais ceux-là devraient se souvenir que le plan de Dieu a
été de porter le genre humain à apprécier pleinement la malédiction, afin que
lorsque la bénédiction viendra sur tous, tous puissent être à toujours
profondément convaincus en eux-mêmes de la malignité du péché. En outre, Dieu
prévit et
A182
prédit ce que
le monde ne voit et ne sait pas encore, savoir que ses bénédictions les plus
précieuses ne conduiraient qu’à de plus grands maux et produiraient des
souffrances plus douloureuses, si elles étaient accordées à ceux dont le coeur
ne se trouve point en harmonie avec les justes lois de l’univers. Finalement on
verra que la permission actuelle accordée par Dieu de l’augmentation des
bénédictions a été une leçon pratique sur cette question, qui servira d’exemple
de la vérité de ce principe dans toute l’éternité, -aux anges aussi bien qu’à
l’humanité restaurée. Comment cela se peut-il ? Nous répondons simplement Ceci:d’Abord:tant
et aussi longtemps que l’humanité est dans sa condition déchue et dépravée,
sans lois et punitions sévères et sans un gouvernement assez fort pour les
appliquer, les penchants à l’égoïsme conserveront plus ou moins de pouvoir sur
tous les hommes. Et avec leur capacité inégale, dont nous venons de parler, il
est impossible que le résultat de l’invention de machines économiques n’ait une
autre tendance, depuis l’agitation et l’élévation occasionnées par la
fabrication de machines, que celle de rendre les riches plus riches et les
pauvres plus pauvres. La tendance manifeste du temps est vers le monopole et
l’agrandissement des personnalités, ce qui place le profit directement dans les
mains de ceux dont les capacités et les avantages naturels sont déjà les plus
favorables. Ensuite:s’il était possible de faire une loi de manière à répartir
les richesses présentes et leur accroissement journalier également entre toutes
les classes, ce qui n’est pas possible, le résultat serait même plus
préjudiciable que ne l’est la condition actuelle, sans la perfection humaine et
sans un régime surnaturel pour régler les affaires humaines. Si le profit des
machines économiques et de tous les moyens modernes était réparti également, le
résultat serait,
A183
sous peu, une
grande diminution d’heures de travail et une grande augmentation d’heures de
loisir. L’oisiveté est une des choses les plus pernicieuses pour des êtres
déchus. Grâce à la nécessité de travailler à la sueur de son visage, la
décadence de notre race n’a pas marché plus rapidement que cela ne se voit
aujourd’hui. L’oisiveté est la mère de tous les vices ; et la dégradation
intellectuelle, morale et physique en sont les conséquences. On voit par là la
sagesse et la bonté de Dieu qui a retenu ces bénédictions jusqu’à ce que le
temps fixé pour leur introduction fût venu, comme préparation pour le règne
millénaire de bénédiction. Sous la direction du gouvernement surnaturel du
Royaume de Dieu, non seulement toutes les bénédictions seront réparties
équitablement entre tous les hommes, mais aussi le temps de loisir sera réglé
et dirigé, par le même gouvernement surnaturel, de telle sorte que la vertu
sera produite et l’humanité conduite vers la perfection mentale, morale et
physique. Il est permis que l’accroissement présent d’inventions et d’autres
bénédictions par l’augmentation de connaissances vienne si insensiblement et
d’une manière si naturelle à ce " jour qu’il a fixé pour la bataille
"( Nahum 2:4- " ou jour de sa préparation "), que les hommes
s’en flattent comme des conquêtes de cet " âge du cerveau "; mais il
sera permis, dans une large mesure, que cet âge se termine d’une façon qui
désappointera, fortement, il n’y a pas de doute, ces sages philosophes. C’est
l’augmentation même de ces bénédictions qui est déjà en train d’introduire dans
le monde le temps de détresse, tel qu’il n’y en a point eu depuis qu’il existe
des nations. Le prophète Daniel, cité ci-dessus, joint l’augmentation de
connaissance au temps de détresse. La connaissance cause la détresse par suite
de la dépravation de la race. L’augmentation de la connaissance n’a pas
seulement apporté
A184
des machines
économiques merveilleuses, mais elle a aussi conduit à l’accroissement de
l’habileté médicale, [et spécialement de la science naturelle de guérir], par
laquelle des milliers de vies se prolongent ; et elle a tant éclairé le genre
humain que la tuerie d’hommes, nommée guerre, est devenue moins populaire, et,
de cette manière aussi, d’autres milliers de vies s’épargnent ; tout cela contribue
à multiplier la race qui s’augmente plus rapidement peut-être aujourd’hui qu’en
aucune autre période de l’histoire. Ainsi, tandis que l’humanité augmente si
rapidement, le besoin d’ouvriers (ou de travail pour elle) se trouve en
décroissance d’une manière correspondante. Comment doit-on donc pourvoir à
l’emploi et à la subsistance de cette vaste classe ouvrière qui augmente
toujours davantage et dont le service est remplacé par des machines, tandis que
les besoins et les exigences ne connaissent aucunes bornes ? Que la solution de
ce problème soit au-dessus de leur capacité intellectuelle, c’est un fait que
les philosophes de " l’ âge du cerveau " sont finalement forcés
d’admettre. L’égoïsme continuera à gouverner les riches qui ont pouvoir et
profit en mains et à les aveugler aussi bien au point de vue du bon sens qu’à
celui de la justice, tandis qu’un égoïsme semblable, joint à l’instinct de la
conservation de soi-même et en relation avec la connaissance toujours plus
étendue de leurs droits, donnera du nerf à quelques-uns et en enflammera
d’autres de la classe la plus pauvre ; et le résultat sera que ces bénédictions
se manifesteront comme effroyables pendant un temps ; elles provoqueront un
temps de détresse, vraiment " tel qu’il n’y en a point eu depuis que les
nations existent, " et cela parce que l’homme, dans sa condition dépravée,
sans guide et sans surveillance, ne peut utiliser ces bénédictIons
convenablement. Ce n’est que lorsque le règne millénaire aura écrit à nouveau
la loi de Dieu dans le coeur humain
A185
restauré, que
les hommes seront capables de jouir de la pleine liberté, sans préjudice et
sans danger. Le " temps de détresse " finira au temps fixé, quand
celui qui parla à la mer de Galilée en fureur, commandera pareillement à la mer
furieuse des passions humaines, en disant: " Tais-toi, sois tranquille
!" Quand le Prince de la paix " se lèvera " avec autorité, un
grand calme se fera. Alors les éléments furieux et opposés reconnaîtront
l’autorité de " l’Oint de Jéhovah "," la gloire de l’Eternel se
manifestera, et toute chair la verra en même temps ;" et dans le règne de
Christ, commençant de cette manière, " toutes les familles de la terre
seront bénies ". Alors les hommes verront que ce qu’ils attribuèrent à
l’évolution, au développement naturel et à l’habileté de " l’âge du
cerveau " ne fut rien d’autre que les " éclairs " de Jéhovah
(Ps. 77:19) qui illuminèrent le monde au " jour de sa préparation "
pour bénir l’humanité. Mais, pour le présent, il n’y a que les saints qui
puissent le voir, et seul le sage en sagesse céleste peut le comprendre ; car
" le secret de l’Eternel est pour ceux qui le craignent, et son alliance
pour la leur donner à connaître "( Ps. 25:14). Dieu soit loué de ce que,
tandis que la connaissance s’est augmentée, il a aussi pourvu à ce que ses
enfants ne soient point laissés stériles dans la connaissance du Seigneur (2
Pierre 1:8) et dans la compréhension de ses plans ! Et, par cette compréhension
de sa parole et de ses plans, nous sommes mis à même de discerner et de fuir la
vaine philosophie et les objections [contre la parole de Dieu] qu’on appelle à
tort la " science ". Le récit de la Bible sur la création de l’homme,
dit que Dieu l’a créé droit et parfait, à son image même ; mais que les hommes "
ont cherché beaucoup de discours "( ou " de détours. "- Gen.
1:27 ; Rom. 5:12 ; Eccl. 7:29) et se sont corrompus ; que tous étant pécheurs,
ils furent incapables
A186
de s’aider
eux-mêmes " et ne purent se racheter l’un l’autre, ni donner à Dieu le
prix du rachat "( Ps. 49:8) ; que Dieu y pourvut dans son amour et dans sa
compassion ; que, en conséquence, le Fils de Dieu devint homme et paya le prix
de la rançon de l’homme ; et que, comme récompense pour ce sacrifice et en vue
de l’achèvement du grand oeuvre de réconciliation, il fut souverainement élevé,
pour pouvoir effectuer, au temps fixé, le rétablissement de la race humaine
dans la perfection originelle et dans tous les biens qu’elle possédait
autrefois. Ces choses sont clairement enseignées dans les Ecritures, du
commencement à la fin, et sont en opposition directe et inconciliable avec la
théorie évolutionniste de toute " science faussement ainsi nommée ".
Gloire
Millénaire.
Réjouissez-vous
donc ! le temps promis est là ; Exultez de plaisir ! le désert fleurira.
Les fils de
Sion sont joyeux ; Le lieu désert fleurit heureux. Jouissez ! jouissez ! le
temps promis est là ; Jouissez ! jouissez ! le désert fleurira. La bannière de
la Nouvelle S’agite déjà fière et belle ; Et tout être libre ou lié, Va saluer
le jubilé.
Réjouissez-vous
donc ! le temps promis est là ; Egayez-vous encor ! l’univers chantera. De Sion
la loi doit sortir ; Du sud au nord tous vont l’ouïr. Jouissez ! jouissez ! le
temps promis est là ; Jouissez ! jouissez ! l’univers chantera. La justice est
dans tout le monde, Et le bonheur partout abonde ; Que tout coeur soit
reconnaissant, Que toute bouche en dise autant.
Réjouissez-vous
donc ! le temps promis est là ; Exultez ! le Prince de la paix régnera.
Dans ce Royaume
rien ne nuit,
A l’herbe le
loup est réduit. Célébrez l’Eternel ! le temps promis est là ; Jouissez ! le
Prince de la paix régnera.
Les lances ne
servent plus guère
Que pour serpes
et socs de Terre:partout la paix a le dessus, Et les guerres n’existent plus.
Chapitre X—LA
NATURE HUMAINE ET LA NATURE SPIRITUELLE SONT DIFFERENTES ET DISTINCTES L’UNE DE
L’AUTRE
A188
Idées fausses
assez communes sur toutes les deux. -Natures terrestres ou humaines et natures
célestes ou spirituelles. -Gloire terrestre et gloire céleste. -Témoignage de
la Bible touchant les êtres spirituels. -Mortalité et immortalité. -Des êtres
mortels peuvent-ils avoir la vie éternelle ?- Justice dans la dispensation
essai de la grâce. -Examen d’un principe supposé comme tel. -Variété dans la
perfection. -Le droit souverain de Dieu. -Ce que Dieu a préparé pour
l’homme:-Une belle part. -L’élection des membres du corps de Christ. -Comment
s’effectuera le changement de leur nature.
Parce qu’elle
ne comprend pas que le plan de Dieu projette un rétablissement de tout le genre
humain dans son état précédent, -dans la perfection perdue en Eden, -et que
l’Eglise chrétienne, comme exception à ce plan général, sera changée de la
nature humaine à la nature spirituelle, la chrétienté croit généralement
qu’aucun homme ne sera sauvé s’il n’atteint la nature spirituelle. Les
Ecritures, toutefois, tout en contenant des promesses de bénédiction, de vie et
de rétablissement pour toutes les familles de la terre, n’offrent et ne
promettent le changement de nature qu’à l’Eglise élue durant l’âge de
l’Evangile ; et pas un seul passage ne peut être trouvé qui entretienne de
pareilles espérances pour qui que ce soit d’autre.
Lorsque les
masses du genre humain seront délivrées
A189
de toute la
dégradation, la faiblesse, la douleur, la misère et la mort que le péché leur a
values, et seront rétablies dans l’état de perfection humaine, représentée en
Adam avant la chute, elles seront aussi réellement et complètement guéries de
cette chute que ceux qui, grâce à " l’appel céleste " de l’ère
évangélique, deviennent " participants de la nature divine ".
Ne pas
comprendre justement ce qui constitue un homme parfait, entretenir des notions
confuses sur les termes mortalité et immortalité et des idées fausses sur la justice,
ont ensemble contribué à faire naître cette erreur et à obscurcir plusieurs
passages de la Bible autrement très faciles à comprendre. Une opinion assez
répandue, mais qui n’est soutenue par aucun texte biblique, est celle qu’il ne
se trouva jamais un homme parfait sur la terre, que tout ce que l’on voit d’un
homme sur la terre n’est que l’homme développé en partie et que, pour devenir
parfait, il faut devenir spirituel. Cette manière de voir jette la confusion
dans les Ecritures, au lieu de développer cette harmonie et cette beauté qui en
découlent si nous " dispensons comme il faut la parole de la vérité
".- 2 Tim. 2:15.
Les Ecritures
enseignent qu’il y a eu deux, et seulement deux, hommes parfaits-Adam et Jésus.
Adam fut créé à l’image de Dieu ; c’est à dire avec des facultés mentales
pareilles de raison, de mémoire, de jugement et de volonté, et des attributs
moraux pareils de justice, de bonté et d’amour, etc. " De la terre et
terrestre ", il était une image terrestre d’un être spirituel, possédant
des attributs du même genre, quoique bien différents en degré, en quantité et
en étendue. L’homme est une image de Dieu à ce point que Dieu peut même dire
aux hommes déchus: " Venez.... et débattons nos droits. "- Esaïe 1
:18.
Comme Jéhovah
domine sur toutes choses, ainsi l’homme fut fait dominateur sur toutes les
choses terrestres:-
A190
" Puis
Dieu Dit:faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer,
sur les oiseaux des cieux, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tout
reptile qui rampe sur la terre "( Gen. 1:26). Moïse nous dit (Gen. 1:31)
que Dieu n’a pas simplement commencé par faire l’homme, -qu’il avait fait,
-mais qu’il l’a achevé: " Dieu vit ce qu’il avait fait, et voici, cela
était très bon, " ce qui veut dire parfait ; car rien d’inférieur à la
perfection n’est, dans ses créatures intelligentes, très bon aux yeux de Dieu.
La perfection
en laquelle l’homme fut créé est exprimée dans Ps. 8:5-9: " Qu’est-ce que
l’homme mortel, que tu te souviennes de lui ; et le fils de l’homme, que tu le
visites ? Car tu l’as fait un peu moindre que les anges, et tu l’as couronné de
gloire et d’honneur. Tu l’as établi dominateur sur les ouvrages de tes mains ;
tu lui as mis toutes choses sous ses pieds ; toutes les brebis et tous les
boeufs et même les bêtes des champs ; les oiseaux des cieux et les poissons de
la mer, ce qui passe par les sentiers de la mer. " Ceux qui aimeraient à
rendre la Bible favorable à une théorie d’évolution ont émis l’idée que
l’expression " un peu inférieur ", dans Hébr. 2:7, pourrait signifier
un petit instant, et non un petit degré, inférieur aux anges. Il n’y a
cependant aucune raison pour admettre une interprétation pareille. C’est une
citation du Ps. 8:5, et une comparaison critique des textes hébreu et grec ne
peut laisser de doute quant à son vrai sens. L’idée, clairement exprimée,
est:un peu inférieur, un degré inférieur, aux anges.
Dans ce psaume,
David rappelle à l’homme son état originel, et il donne à entendre,
prophétiquement, que Dieu n’a pas abandonné son plan originel, -c’est à dire
celui en vertu duquel il a créé l’homme à sa propre image, roi de la terre,
-qu’il veut se ressouvenir de lui, le délivrer et le rétablir dans la même
état. L’apôtre (Hébr. 2:7)
A191
Attire notre
attention sur le même fait, -que Dieu n’a point renoncé à son dessein originel
; qu’il se ressouviendra de l’homme primitivement grand et parfait, du roi de
la terre, qu’il le visitera et le rétablira. Puis il Ajoute:nous ne voyons
point encore ce rétablissement promis, mais nous voyons le premier pas que Dieu
fit dans la direction de son accomplissement. Nous voyons Jésus, couronné de
cette gloire et de l’honneur d’une humanité parfaite, afin que par la grâce de
Dieu il puisse souffrir la mort pour tous, et, ainsi, préparer à l’homme le
chemin de la restitution de tout ce qui était perdu. Voici la traduction de ce
passage d’après la version de Lausanne:
"
Qu’est-ce que l’homme, que tu te souviennes de lui ? Tu l’as fait quelque peu inférieur aux anges ; Ou le fils de
l’homme, pour que tu le visites ? Tu l’as couronné de gloire et d’honneur ; Et
tu l’as établi sur les oeuvres de tes mains. "
On ne devrait
pas non plus conclure qu’un peu inférieur en degré veuille dire un peu moins
parfait. Une créature peut être parfaite et se trouver tout de même en un degré
d’existence inférieur à celui d’un autre ; un cheval parfait, par exemple,
serait inférieur à un homme parfait, etc. Il y a des natures distinctes,
animées et inanimées. Comme illustration, nous renvoyons à la table suivante.
CLASSIFICATION
Etres célestes ou spirituels Etres animaux ou terrestres Règne végétal Règne
minéral Divins Homme Arbres Or-Bête Arbustes Argent-Oiseau Herbes Cuivre
Angéliques Poisson Mousses Fer
A192
Chacun des
minéraux mentionnés peut être pur et cependant l’or se trouve au plus haut
rang. Si chacune des variétés de l’espèce végétale était amenée à la
perfection, elles différeraient toujours en nature et en rang. De même avec
l’espèce animale:si chaque variété parvenait à la perfection, il y aurait
toujours une grande diversité, car le perfectionnement d’une nature ne la change
pas (1). Ainsi en est-il des catégories d’êtres spirituels:quoique parfaits,
ces êtres sont en rapport supérieur et inférieur l’un à l’autre en nature ou en
genre. La nature divine est la plus haute et la plus élevée de toutes les
natures spirituelles. Christ est " devenu d’autant supérieur " aux
anges parfaits que la nature divine est supérieure à la nature angélique.
-Hébr. 1:3-5.
Remarquez bien
que tandis que les classes dont il est fait mention dans le tableau qui précède
sont distinctes et séparées, la comparaison suivante peut pourtant être
établie. Le rang le plus élevé du règne minéral est inférieur au degré le plus
bas du règne végétal, ou est " un peu moindre ", parce que dans la
végétation il y a de la vie. De même le degré le plus élevé du règne végétal
est un peu inférieur au degré le plus bas du règne animal, parce que la vie
animale, même dans son expression la plus faible, a assez d’intelligence pour
avoir conscience de son existence. Ainsi en est-il de l’homme:quoique le plus
élevé du règne animal, des êtres terrestres animés, il est un peu plus bas que
les anges, parce que les anges sont des êtres spirituels ou célestes.
Un contraste
étonnant subsiste entre l’homme actuel, dégradé par le péché, et l’homme
parfait que Dieu fit à
——
(1) Nous nous
servons quelquefois du mot nature dans un sens impropre, comme par exemple,
quand nous disons: " Ce chien a une nature sauvage, " ou " ce
cheval a une nature docile, " etc. Mais en employant ce mot ainsi, nous
voulons simplement désigner l’aptitude ou la disposition de l’être ainsi décrit
comparé avec d’autres ; il ne se rapporte pas à la nature dans le vrai sens du mot.
A193
son image. Le
péché a changé insensiblement ses traits ainsi que son caractère. Des centaines
de générations ont, par leur ignorance, leur inconduite et leur dépravation
générale, tellement gâté et défiguré l’espèce humaine que l’image de Dieu s’est
à peu près effacée dans la majorité de la race. Les qualités morales et
intellectuelles se rapetissent de plus en plus, et l’instinct animal s’est
développé au point qu’il l’emporte maintenant sur le plus élevé. L’homme a
perdu ses forces physiques à tel point que, en dépit de toute l’aide de la
science médicale, la durée moyenne de la vie humaine n’est plus que de 30 ans environ,
tandis qu’en premier lieu, sous le même châtiment, il atteignit l’âge de 930
ans. Mais quoique ainsi dégradé et corrompu par le péché et son châtiment, qui
agit efficacement en lui, l’homme va être rétabli dans sa perfection originelle
de corps et d’esprit, la gloire, la dignité et la domination premières, pendant
et par le règne millénaire du Christ. Ce qui doit être restauré au moyen du
Christ et par lui, ce sont les choses qui furent perdues par la transgression
d’Adam (Rom. 5:18,19). L’homme n’a pas perdu un paradis céleste, mais bien un
paradis terrestre. A la suite du châtiment de la mort, il ne perdit point
l’existence spirituelle, mais une existence humaine ; et tout ce qui était
perdu fut racheté par son Rédempteur, qui déclara être venu chercher et sauver
ce qui est perdu. -Luc 19:10.
Voici encore
une autre preuve que l’homme parfait n’est pas un être spirituel. L’Ecriture
nous enseigne qu’avant de quitter sa gloire pour devenir homme, Jésus était
" en forme de Dieu "- une forme spirituelle, un être spirituelle ;
mais que pour devenir une rançon pour l’humanité il lui fallut devenir homme de
même nature que le pécheur, pour lequel il devait se substituer au châtiment et
subir la mort ; de là la nécessité du changement
A194
de sa nature.
Et Paul nous dit qu’il ne prit point la nature des anges, un degré inférieur à
sa propre nature, mais qu’il descendit de deux degrés, qu’il prit la nature de
l’homme, -il devint homme ; il " a été fait chair. "- Hébr. 2:16 ;
Phil. 2:5-8 ; Jean 1:14.
Remarquez que
ces passages n’enseignent pas seulement que la nature angélique n’est point
l’unique ordre d’êtres spirituels, mais encore qu’elle est une nature
inférieure à celle que notre Seigneur Jésus possédait avant de devenir homme.
Et avant de s’être humilié ainsi, Jésus n’était point aussi élevé qu’il l’est
actuellement:-Dieu l’a [" haut élevé "- Darby], à cause de
l’obéissance dont il fit preuve en devenant la rançon volontaire de l’homme. Il
appartient maintenant à l’ordre spirituel le plus élevé ; il participe à la
nature divine [de Jéhovah].
Nous voyons
donc qu’il est non seulement prouvé que les natures divine, angélique et
humaine sont séparées et distinctes, mais aussi, qu’être un homme parfait,
n’est pas être un ange, pas plus qu’être un ange parfait n’est être égal et
semblable à Jéhovah ; car Jésus ne prit point la nature des anges, mais une
nature différente-la nature de l’homme ; non pas la nature humaine imparfaite,
telle que nous la possédons maintenant, mais la nature humaine parfaite. Il
devint homme ; non pas un être dépravé et mort ou de peu s’en faut (état des
hommes actuels), mais un homme en pleine vigueur de perfection.
De plus, il
faut que Jésus ait été un homme parfait, sans cela il n’aurait pu observer une
loi parfaite, ce qui est l’exacte mesure de la capacité d’un homme parfait. Et
il doit avoir été un homme parfait, autrement il n’aurait pu donner une rançon
[un prix correspondant-1 Tim. 2:6] pour la vie totalement perdue de l’homme
parfait, Adam. " Car puisque la mort est venue par un homme, la
résurrection
A195
des morts est
venue aussi par un homme "( 1 Cor. 15:21). S’il avait été imparfait au
moindre degré, cela aurait prouvé qu’il était sujet à la condamnation, et par
conséquent il n’aurait pu être un sacrifice agréable ; il n’aurait pu accomplir
la loi de Dieu parfaitement. Un seul homme parfait fut mis à l’épreuve, il céda
et fut condamné ; seul un homme parfait put payer le prix correspondant,
devenir le Rédempteur. -Jac. 3:2.
Maintenant la
question se présente nettement à nous sous une autre forme, qui est celle-ci:si
Jésus était un homme parfait dans la chair, tel que les Ecritures le
représentent, cela ne prouve-t-il pas qu’un homme parfait est un être charnel,
humain, -non un ange, mais un peu moindre que les anges ? Cette conclusion
logique est évidente ; et nous avons en outre les déclarations inspirées du
Psalmiste et de Paul. -Ps. 8:5-8 ; Hébr. 2:7-9.
Jésus ne fut
pas non plus une combinaison de deux natures, c’est à dire d’une nature humaine
et d’une nature spirituelle. Le mélange de deux natures ne produit ni l’une ni
l’autre, mais une chose imparfaite et hybride, qui, selon la loi de Dieu, est
blâmable et sujette au châtiment. Lorsque Jésus était dans la chair il était un
être humain, parfait ; avant ce temps-là, il était un être spirituel, parfait ;
et depuis sa résurrection il est un être spirituel, parfait, au plus haut degré
d’ordre divin. Ce ne fut point avant l’époque de sa consécration même jusqu’à
la mort, telle qu ‘elle fut symbolisée dans son baptême, -à l’âge de trente ans
(l’âge viril selon la loi et par conséquent le temps convenable de se consacrer
lui-même comme homme fait), -qu’il reçut le gage (ou les arrhes) de son
héritage de la nature divine (Matth. 3:16,17). La nature humaine dut être
consacrée à la mort avant qu’il pût recevoir le gage de la nature divine. Et ce
ne fut pas avant que cette consécration se fût accomplie réellement et qu’il
eût sacrifié
A196
réellement la
nature humaine jusqu’à la mort, que notre Seigneur Jésus participa entièrement
de la nature divine. Après qu’il fut devenu homme, il fut obéissant jusqu’à la
Mort:c’est pourquoi aussi, Dieu l’a souverainement élevé:à la nature divine
(Phil. 2:8,9). Si ce passage est vrai, il s’ensuit qu’il ne fut élevé à la
nature divine que lorsque sa nature humaine fut sacrifiée réellement-fut morte.
Nous voyons
donc qu’en Jésus il n’y avait aucun mélange de natures, mais qu’il subit deux
fois la métamorphose de sa nature ; en premier lieu, de la spirituelle à
l’humaine ; ensuite, de l’humaine au plus haut ordre de la nature spirituelle,
la nature divine ; et, dans les deux cas, l’une fut abandonnée pour l’autre.
A ce grand exemple
d’une parfaite nature humaine, qui se tenait sans tache et sans défaut devant
le monde jusqu’à ce qu’elle fût sacrifiée pour la Rédemption du monde, nous
concevons la perfection dont notre race fut déchue en Adam et en laquelle elle
doit être restaurée. En devenant la rançon de l’homme, notre Seigneur Jésus
donna l’équivalent pour ce que l’homme avait perdu ; et, par conséquent, tout
le genre humain peut recevoir de nouveau, par la foi et par l’obéissance en
Christ, une parfaite et glorieuse nature humaine, - " ce qui était perdu
", mais non une nature spirituelle.
Les facultés et
les forces parfaites d’un être humain parfait peuvent bien être exercées
indéfiniment, et cela sur des objets d’intérêt toujours nouveaux et variés, et
les connaissances et l’habileté peuvent s’augmenter immensément ; mais de tels
accroissements de facultés et de connaissances n’effectueront jamais un
changement de nature, comme aussi ils ne la rendront pas plus parfaite encore.
Tout cela ne sera que l’élargissement et le développement des facultés de
l’homme parfait. L’augmentation de connaissances
A197
et d’habileté
sera sans doute le privilège béni de l’homme dans toute éternité ; il restera
pourtant toujours homme, et n’apprendra que de plus en plus l’usage des forces
que la nature humaine possède déjà. Il ne peut espérer et ne désirera pas
s’avancer au-delà des vastes limites de sa nature, ses désirs correspondant
exactement à son pouvoir.
Autant Jésus
comme homme fut une manifestation de la nature humaine parfaite, en laquelle
sera restaurée la masse de l’humanité, autant il est, depuis sa résurrection,
une manifestation de la glorieuse nature divine de laquelle l’Eglise
triomphante participera à la résurrection.
Parce que l’âge
présent est consacré principalement au développement de cette classe qui doit
changer de nature et parce que les épîtres apostoliques sont destinées à
l’instruction de ce " petit troupeau ", il ne faudrait pas en
conclure que les plans de Dieu finiront, une fois que cette troupe élue sera complète.
D’un autre côté, nous ne devons pas non plus tomber dans l’extrême contraire et
supposer que les promesses spéciales de la nature divine, -les corps
spirituels, etc., -qui leur sont faite, sont destinées par Dieu à toute
l’humanité. Pour ceux-là sont " les plus grandes et les plus précieuses
promesses, " au-dessus et en outre des autres précieuses promesses
concernant toute l’humanité. Pour pouvoir bien dispenser la parole de la
vérité, nous devrions remarquer que les Ecritures envisagent séparément la
perfection de la nature divine du " petit troupeau " et la perfection
de la nature humaine du monde rétabli.
Recherchons
maintenant plus particulièrement ce que sont des êtres spirituels, de quelles
forces ils sont pourvus et par quelles lois ils sont gouvernés ? Parce qu’ils
ne peuvent comprendre la nature d’un être spirituel, plusieurs semblent croire,
non sans superstition, qu’un esprit n’est
A198
tout bonnement
qu’un ombre ou un mythe. Mais Paul ne semble pas avoir eut une telle idée. Il
est vrai qu’il donne à entendre qu’un être humain est incapable de comprendre
la nature supérieure, spirituelle (1 Cor. 2:14), mais il expose clairement,
comme s’il voulait se préserver de toute notion mythique ou superstitieuse
possible, qu’il y a un corps spirituel, comme il y a un corps animal (humain),
un corps céleste , comme il y a un corps terrestre, et qu’il y a une gloire
terrestre aussi bien qu’une céleste. La gloire terrestre, comme nous venons de
la voir, fut perdue par le péché du premier homme Adam, et sera restituée au
genre humain, durant le Millenium, par le Seigneur Jésus et par son épouse (le
Christ, tête et corps). La gloire du corps céleste est encore inconnue jusqu’à
présent, pour autant qu’elle n’est pas révélée par l’Esprit à l’oeil de la foi
au moyen de la Parole. Il y a une grande différence entre ces deux, la gloire
terrestre et la gloire céleste (1 Cor. 15:38-49). Nous savons jusqu’à un
certain point ce que c’est qu’un corps naturel, terrestre, car nous possédons
un pareil corps maintenant et nous pouvons à peu près nous faire une idée de la
gloire de sa perfection. Il est chair, sang et os ; car " ce qui est né de
la chair est chair ". Comme il y a deux genres distincts du corps, le
spirituel, quoi qu’il soit, n’est donc point composé de chair, de sang et d’os
; il est céleste et spirituel- " ce qui est né de l’Esprit est esprit.
" Mais ce qu’est un corps spirituel, nous ne le savons pas, car " ce
que nous serons n’a pas encore été manifesté... nous serons semblables à lui
",- semblables à notre Seigneur Jésus. -Jean 3:6 ; 1 Jean 3:2.
Nous ne
possédons aucun récit sur un être quelconque, soit spirituel, soit humain,
changé d’une nature en une autre, sauf sur le Fils de Dieu ; et cela fut un cas
exceptionnel pour un but exceptionnel. Lorsque Dieu créa des anges, ce fut sans
doute dans l’intention qu’ils restent
A199
Anges pour
toujours ; et il en est de même avec l’homme ; chaque être doit être parfait
dans sa propre sphère . Les Ecritures de moins ne nous font connaître aucune
autre intention. De même qu’il se trouve dans la création inanimée une variété
charmante presque infinie, ainsi une même variété de perfection est possible
dans la création animée et intelligente. Chaque créature est glorieuse dans sa
perfection ; mais comme Paul dit: " autre est l’éclat des corps célestes,
autre celui des corps terrestres, "- ils sont distincts l’un de l’autre
suivant leur nature.
Un examen de ce
qui fut rapporté de Jésus après sa résurrection, et des anges, qui sont aussi
des êtres spirituels, peut nous donner une notion approchante de ce que sont
des êtres spirituels, mais toujours " en adaptant les choses spirituelles
aux spirituelles "( 1 Cor. 2:13. -Lausanne) Avant tout, nous voyons que
les anges peuvent être présents, amis invisiblement, et qu’ils le sont même
fréquemment. " L’ange de l’Eternel
campe autour de ceux qui le craignent, et il les garantit ;" et " ne
sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un
ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ?"( Ps. 34:8 ;
Hébr. 1:14.) Ont-ils servi visiblement ou invisiblement ? Sans doute
invisiblement. Elisée fut environné d’une armée d’Assyriens ; son serviteur en
eut peur ; alors Elisée pria l’Eternel, et les yeux du jeune homme furent
ouverts, et il vit la montagne pleine de chevaux et de chariots de feu autour
d’Elisée. Puis, l’ânesse qui vit l’ange, parce que ses yeux furent ouverts,
tandis qu’il fut invisible à Balaam.
Ensuite, les
anges peuvent se revêtir de corps humains et apparaître sous forme humaine, ce
qui eut lieu souvent. Le Seigneur et deux anges apparurent ainsi à Abraham, qui
leur prépara un repas, duquel ils mangèrent. Tout d’abord Abraham les prit pour
trois hommes, et ce ne fut
A200
qu’au moment de
leur départ qu’il s’aperçut que l’un d’entre eux était le Seigneur, et, les
deux autres des anges qui allèrent ensuite à Sodome et délivrèrent Lot (Gen.
18:1,2). Un ange apparut à Gédéon sous forme d’un homme, mais se fit connaître
plus tard. Un ange apparut au père et à la mère de Samson, et ils le prirent
pour un homme jusqu’à ce qu’il montât au ciel dans la flamme de l’autel. -Juges
6:11-22 ; 13:20. Troisièmement, les êtres spirituels sont glorieux dans leur
état normal, et sont souvent décrits comme glorieux et brillants. Le visage de
l’ange qui roula la pierre de devant l’entrée du sépulcre " était comme un
éclair ". Daniel vit un corps spirituel qu’il décrivit de la façon
suivante: " Son corps était comme de chrysolite, son visage brillait comme
l’éclair, ses yeux étaient comme des flammes de feu, ses bras et ses pieds
ressemblaient à de l’airain poli, et le son de sa voix était comme le bruit
d’une multitude "( Dan.10:6, 10, 15, 17). Saul de Tarse vit resplendir le
glorieux corps de Jésus, dont l’éclat surpassait celui du soleil en plein midi.
Saul perdit la vue et tomba par terre. Jusqu’ici nous avons trouvé que les
êtres spirituels sont en effet glorieux, mais Invisibles à l’homme si les yeux
de ce dernier ne lui sont pas ouverts, ou s’ils n’apparaissent pas sous forme
humaine dans la chair. Cette conclusion se confirme encore davantage, si nous
examinons les détails particuliers de ces manifestations. Le Seigneur ne fut vu
que par Saul, les hommes qui faisaient le voyage avec lui entendirent bien une
voix, mais ne virent personne (Act. 9:7). Les hommes qui étaient avec Daniel ne
virent point l’être glorieux qu’il décrivit, mais une grande frayeur s’empara
d’eux et ils s’enfuirent pour se cacher. Encore cet être glorieux déclara:
" Le chef du royaume de Perse m’a résisté vingt et un jours "( Dan.
10:13). Daniel l’homme agréable (ou bien-aimé) tomba-t-il assoupi devant celui
A201
Auquel le chef
de Perse résista vingt et un jours ? Comment cela ? Naturellement l’être
glorieux n’apparut pas glorieusement au chef ! Non ; ou bien il lui apparut
invisiblement, ou bien il lui apparut comme homme. Puisque notre Seigneur est
un être spirituel depuis sa résurrection, il s’ensuit que la même puissance,
qui se montre dans les anges, se trouve aussi en lui. Et c’est le cas, comme
nous le verrons plus clairement dans un chapitre subséquent. Ainsi nous
trouvons que les Ecritures regardent les natures spirituelle et humaine comme
deux choses tout à fait distinctes et séparées, et ne prouvent nullement que
l’une puisse se transformer en l’autre, ou se développer de l’autre; mais au
contraire, elles démontrent qu’un petit nombre seulement d’entre les hommes
sera transformé de la nature humaine à la nature divine, à laquelle Jésus, son
chef. fut déjà élevé. Et ce trait spécial et remarquable du plan de Jéhovah a
pour but spécial et extraordinaire de pouvoir se servir de cette troupe comme
du moyen de Dieu, par excellence, pour le grand oeuvre futur, de rétablir
toutes choses. Examinons maintenant les termes
Mortalité et
Immortalité.
Nous trouverons
leur vraie signification en parfait accord avec ce que nous avons appris de
notre comparaison des exposés de la Bible concernant les êtres humains et
spirituels et les promesses terrestres et célestes. On donne ordinairement des
définitions très vagues de ces mots, et des idées fausses sur leur sens
produisent des vues erronées sur des sujets qui sont en rapport avec eux:c’ est
le cas dans l’usage général comme dans celui de l’Ecriture. " Mortalité " désigne la condition ou
l’état de ce qui
A202
est sujet à la
mort ; non pas une condition de mort, mais une condition dans laquelle la mort
est une possibilité.
"
Immortalité " désigne la condition ou l’état de ce qui n’est pas sujet à
la mort ; non seulement une condition de franchise ou d’exemption de la
mort, mais une
condition dans laquelle la mort est une impossibilité.
Une idée très
répandue mais erronée consiste à croire que la mortalité [ou être mortel] est
une condition dans laquelle la mort est inévitable, tandis que l’idée commune
sur la signification d’immortalité est plus correcte en général.
Le mot immortel
signifie non mortel ; la construction même du mot indique sa vraie définition.
C’est à cause de l’influence d ‘une idée fausse sur le mot mortel que tant de
personnes s’embourbent quand elles essayent de déterminer si Adam était mortel
ou immortel avant sa transgression. Elles pensent que s’il avait été immortel
Dieu n’aurait point dit: " Au jour que tu en mangeras, tu mourras de mort
;" puisqu’il est impossible qu’un être immortel meure. Cela est une
conclusion logique. D’un autre côté, elles disent ; s’il avait été mortel, en
quoi aurait consisté la menace ou le châtiment de l’expression: " Tu
mourras de mort ": puisque (d’après leur définition erronée) il n’aurait
pu échapper à la mort dans tous les cas ?
La difficulté
se trouve, comme on le verra, dans la fausse signification donnée au mot
mortalité. Appliquez-y la définition correcte, et tout sera clair. Adam était
mortel, -c’est à dire dans une condition où la mort était une possibilité. Il
avait la vie pleine et parfaite, toutefois point de vie inhérente. Sa vie fut
entretenue par " tout arbre de jardin ", à l’exception de celui qui
était défendu ; et aussi longtemps qu’il restait obéissant à son Créateur et en
harmonie avec lui, sa vie était assurée, -les éléments de son entretien ne lui
auraient point été retirés. Nous
A203
voyons donc
qu’Adam avait la vie, et aurait pu tout à fait éviter la mort ; néanmoins sa
condition était telle que la mort y fut possible, -il était mortel. Puis la
question se Pose:supposons Adam mortel, fut-il mis à l’épreuve pour savoir s’il
était digne de l’immortalité ? La réponse générale serait:oui. Nous
répondons:non. Son épreuve eut lieu pour voir s’il était digne ou indigne de la
continuation de la vie et des bénédictions qu’il possédait déjà. Du moment
qu’il n’était promis nulle part que si Adam était obéissant il deviendrait
immortel, nous sommes obligés de laisser de côté toutes hypothèses de ce genre.
Il avait la promesse de la continuation des bénédictions dont il jouissait à ce
temps-là aussi longtemps qu’il serait obéissant, et la menace de tout perdre,
de mourir, s’il devenait désobéissant. C’est la définition fausse du mot mortel
qui, en général, réduit les gens à croire que tous les êtres qui ne meurent
point sont immortels. Dans cette catégorie on comprend notre Père céleste,
notre Seigneur Jésus, les anges et toute l’humanité. C’ est une erreur.
toutefois. la grande multitude du genre humain sauvée de la chute, ainsi que
les anges du ciel, seront toujours mortels. Quoique dans une condition de
perfection et de bonheur sans fin, les hommes seront toujours pourvus de cette
nature mortelle qui pourrait goûter le salaire du péché-la mort-s’ils
commettaient le péché:la certitude de leur existence sera conditionnelle, ainsi
qu’elle le fut chez Adam, à l’obéissance envers le Dieu souverainement sage. Sa
justice, sa sagesse, son amour et non moins sa puissance, par laquelle il fait
concourir toute chose au bien de ceux qui l’aiment et le servent, auront été
pleinement démontrés à tous par sa conduite à l’égard du péché dans le temps
présent. Il n’est dit nulle part dans les Ecritures que les anges sont
immortels, ni que l’humanité restaurée sera immortelle.
A204
Bien au
contraire, l’immortalité n’est attribuée qu’à la nature divine, -originairement
à Jéhovah seul, puis postérieurement, à notre Seigneur Jésus dans sa condition
présente de souveraine élévation et finalement par promesses à l’Eglise, le
corps du Christ, une fois glorifiée avec lui. -1 Tim. 6:16 ; Jean 5:26 ; 2
Pierre 1:4 ; 1 Cor.15:53,54. Non seulement nous avons la certitude que
l’immortalité n’appartient qu’à la nature divine, mais nous avons aussi la
preuve que les anges sont mortels, du fait que Satan, jadis un chef dans leur
nombre, sera détruit (Hébr. 2:14).Le fait qu’il peut être détruit prouve bien que
les anges sont mortels. Ainsi, nous voyons qu’une fois que les pécheurs
incorrigibles auront été exterminés, les êtres immortels, de même que les êtres
mortels, vivront pour toujours dans la joie, la félicité et l’amour:les
premiers, parce qu’ils possèdent une nature qui ne peut mourir, ils ont la vie
inhérente-la vie en eux-mêmes (Jean 5:26) ; et les derniers parce que, avec
leur nature exposée à la mort, ils n’ont aucune raison de mourir, à cause de
leur perfection et de la connaissance qu’ils ont du mal et des graves
conséquences du péché. Comme ils auront été éprouvés par la loi de Dieu, Ils
seront pourvus éternellement des éléments nécessaires à l’entretien de leur
perfection et ne mourront jamais. La juste intelligence du sens des termes
mortel et immortel et de leur emploi dans les Ecritures, détruit le fondement
même de la doctrine des tourments éternels. Cette doctrine est basée sur la
théorie antibiblique que Dieu créa l’homme immortel, qu’il ne peut cesser
d’exister et que Dieu ne peut le détruire. De là l’argument:qu’il faut que les
incorrigibles vivent quelque part, de façon ou d’autre, et la conclusion en est
que, puisqu’ils ne sont pas
A205
en harmonie
avec Dieu, leur éternité ne peut être que misérable. Mais la Parole nous assure
que Dieu a pris ses précautions contre une perpétuation pareille du péché et
des pécheurs:-que l’homme est mortel et que le châtiment entier du péché commis
de propos délibéré contre la pleine lumière et contre la connaissance parfaite,
ne sera point une vie dans les tourments, mais une seconde mort." L’âme
qui péchera sera celle qui mourra. "
" O homme,
qui es-tu, toi, qui conteste contre Dieu ?"( Rom. 9: 20.)
Certaines gens
nourrissent l’idée que la justice exige que Dieu ne fasse aucune distinction
parmi ses créatures dans la dispensation de ses faveurs ; que s’il élève l’une
à une haute situation, selon la justice, il doit le faire à toutes à moins
qu’il ne puisse être prouvé que quelques-unes sont déchues de ce droit:dans ce
cas il serait juste de leur assigner un rang inférieur. Si ce principe était
juste, il s’ensuivrait que Dieu n’avait aucun droit de créer Jésus supérieur
aux anges et de l’élever ensuite à la nature divine, à moins qu’il n’ait la
même intention à l’égard de tous les anges et de tous les hommes. Et pour
pousser le principe plus loin encore, si quelques hommes doivent être élevés
très haut et participer de la nature divine, il faudrait qu’éventuellement tous
fussent élevés à la même position. Alors pourquoi ne pas pousser le principe à l’extrême
limite, appliquer la même loi de progression à tous les êtres, à la bête, à
l’insecte, etc., et dire que, puisqu’ils sont tous des créatures de Dieu, il
faut qu’éventuellement tous atteignent le haut degré d’existence-la nature
divine ? L’absurdité est manifeste, mais serait
A206
Aussi
raisonnable que toute autre déduction tirée du principe présumé et cité plus
haut. Il faut croire que personne ne veuille pousser à ce point une supposition
aussi erronée. Pourtant si c’ était là un principe fondé sur la simple justice,
pourrait-on s’arrêter ? en effet, si tel était le plan de Dieu, que deviendrait
la belle et agréable variété de toutes ses oeuvres ?. La nature entière, animée
et inanimée, annonce la gloire et la diversité de la sagesse et de la puissance
divines. et si " les cieux racontent la gloire du Dieu fort, et [que]
l’étendue donne à connaître l’ouvrage de ses mains " par une prodigieuse
variété et magnificence; à plus forte raison sa création intelligente
montrera-t-elle par sa variété la gloire supérieure de sa puissance. C’est ce
que nous fait croire l’enseignement formel et de la parole de Dieu et celui de
la raison et de la nature. Il importe d’avoir une idée précise de la justice.
Une grâce ne devrait jamais être regardée comme une récompense méritée
justement. Un acte de pure justice ne donne lieu à aucune reconnaissance
spéciale et n’est pas davantage une preuve de charité. Mais Dieu témoigne son
amour envers ses créatures par une suite infinie de faveurs non méritées, ce
qui devrait produire en retour leur amour et leurs louanges. Dieu aurait été
pleinement dans son droit, s’il avait voulu ne nous créer que pour un court
espace de temps, même si nous n’avions jamais péché. Il fit ainsi pour
quelques-unes de ses créatures de la classe inférieure. Il aurait pu nous
laisser goûter ses bienfaits pour un moment seulement, et ensuite, sans
injustice nous retrancher la vie. Au fait, une existence de si courte durée
serait même une grâce. Ce n’est qu’en vertu de sa grâce qu’après tout nous existons.
Quelle grâce plus grande encore est la Rédemption de l’existence ruinée et
condamnée jadis par le péché !
A207
Et combien plus
encore avons-nous à être reconnaissants de cette faveur de Dieu puisque nous
sommes des hommes et non des bêtes ! Ce n’est que par grâce que les anges sont
de nature un peu plus élevée que les hommes, et ce n’est que par pure grâce
aussi que le Seigneur Jésus et son épouse deviennent participants de la nature
divine. Il convient, par conséquent, à toutes les créatures intelligentes de
recevoir avec reconnaissance tout ce que Dieu leur donne. Tout autre sentiment
mérite une juste condamnation, et celui qui s’y abandonne entièrement sera en
fin de compte abaissé et détruit. L’homme n’a aucun droit d’aspirer à devenir
un ange, n’ayant jamais été destiné à cette position ; et un ange n’a pas
davantage le droit d’aspirer à la nature divine, cette dernière ne lui ayant
jamais été offerte. C’ est l’orgueil qui causa l’abaissement de Satan ; il le
conduira finalement à sa destruction (Esaïe 14:14). " Quiconque s’élève
sera abaissé et quiconque s’abaisse sera élevé "( Luc 14:11), mais pas nécessairement
au rang le plus élevé. Le sujet de l’élection, enseigné dans les Ecritures, a
été l’occasion de bien des disputes et des dissentiments; cela provient en
partie d’idées fausses sur la justice et en partie d’autres causes encore. Peu
de chrétiens nieront que les Ecritures enseignent une élection ; mais la
question de savoir quel est le principe de cette élection, suscite nombre
d’opinions divergentes. Les uns prétendent que cette élection est arbitraire ou
absolue, sans condition. les autres ; qu’elle est basée sur des conditions.
Nous croyons qu’une certaine quantité de vérité est contenue dans les deux
manières de voir. Une élection de la part de Dieu est l’expression de son choix
pour un certain but, un certain emploi ou une certaine position. Dieu détermina
que quelques, unes de ses créatures seraient des anges, d’autres des hommes,
des bêtes, des oiseaux, des poissons, etc. ; et que
A208
d’autres
seraient de sa propre nature, -et il les élut à ces divers degrés. Et quoique
Dieu choisisse, d’après certaines règles ou conditions, les créatures humaines
qui seront admises à la nature divine, on ne peut dire de celles-là qu’elles
l’aient mérité plus que les autres ; ce n’est que par grâce que toute créature
existe à un degré quelconque. " Cela ne dépend donc ni de celui qui veut,
ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde "( Rom. 9: l 6).
Ce n’est pas que les êtres humains élus fussent meilleurs .que d’autres
créatures humaines, que Dieu leur offrit la nature divine, car il omit les anges
qui n’ont point péché et appela quelques-uns des pécheurs rachetés à des
honneurs divins. Dieu a le droit de faire avec ses créatures ce que bon lui
semble ; et c’ est sa sainte volonté de se servir de ce droit pour
l’accomplissement de ses plans. Puis donc, que tout ce que nous avons est de
pure grâce, " toi homme, qui es-tu pour contester avec Dieu ? Le vase
d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé. Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? Le
potier n’a-t-il pas la puissance de faire d’une même masse de terre un vase d’honneur,
et un vase d’un usage vil "( Rom. 9:20-21) ? Toutes les créatures furent
créées par la même puissance divine, -quelques-unes pour avoir une nature plus
haute et de plus grands honneurs, et, d’autres, pour avoir une nature
inférieure et moins d’honneurs. " Ainsi, dit l’Eternel, le Saint d’Israël,
et celui qui a formé la Terre:enquérez-vous de moi touchant les choses à venir
; commandez-moi à l’égard de mes fils et à l’égard de l’oeuvre de mes mains.
Moi, j’ai fait la terre, et j’ai créé l’homme sur elle; c’est moi, ce sont mes
mains qui ont étendu les cieux, et j’ai ordonné toute leur armée. ""
Car ainsi parle l’Eternel, le créateur des cieux, le seul Dieu, qui a formé la
terre, qui l’a faite et qui l’a affermie, qui l’a créée pour qu’elle ne fût pas
déserte, qui l’a formé pour
A209
qu’elle fût
Habitée:je Suis l’Eternel, et il n’y en a point d’autre "( Esaïe 45:11,
12, 18-Darby et Segond). Nul n’a le droit de commander à Dieu. S’il a affermi
la terre, s’il l’a créée pour qu’elle ne fût pas déserte, mais pour être
habitée par des hommes parfaits, restaurés, qui sommes-nous pour oser contester
avec Dieu et dire que c’ est injuste de ne point changer leur nature et de ne
point les faire participer tous d’une nature spirituelle semblable à celle des
anges, ou même semblable à sa propre nature divine ? Combien plus convenable
est-il de venir humblement à la parole de Dieu pour s’enquérir des choses
touchant l’avenir, au lieu de vouloir lui commander [d’après la trad.
Perret-Gentil: " De mes enfants et de l’oeuvre de mes mains remettez-moi
le soin !" v. 12] et de se figurer qu’il ait à exécuter nos idées !
Seigneur, préserve tes serviteurs des péchés de présomption:ne laisse pas ces
péchés régner sur nous. Aucun enfant de Dieu ne commandera sciemment au Seigneur
; et, cependant, combien en est-il qui tombent facilement dans cette erreur,
presque sans le savoir !
Les hommes sont
en vertu de leur création-comme ouvrage de ses mains-les enfants de Dieu, et
son plan à leur égard est clairement révélé dans sa parole. Paul dit que le
premier homme (qui fut un exemple de ce que sera la race humaine une fois
parfaite) fut de la terre et terrestre, et que dans la résurrection sa
postérité, à l’exception de l’Eglise, continuera à être terrestre, humaine et
adaptée à la terre (1 Cor. 15:38-50). David déclare que l’homme ne fut créé
qu’un peu inférieur aux anges, qu’il fut couronné de gloire, d’honneur et de
domination, etc. (Ps. 8). Jésus, Pierre et tous les prophètes depuis le
commencement du monde, déclarent que la race humaine sera rétablie dans cette
glorieuse perfection et qu’elle aura de nouveau la domination sur la terre, à
l’exemple d’Adam, son représentant d’autrefois. -Act. 3:19-21.
A210
c’ est cette
part que Dieu a choisie pour la donner à l’homme. et quelle part glorieuse !
Fermez les yeux un moment à la misère et aux maux, à la dégradation et aux
douleurs qui règnent maintenant par suite du péché, et représentez-vous la
gloire de la terre parfaite. Plus aucune trace de péché ne trouble l’harmonie
et la paix d’une communauté parfaite ; point de pensée amère, point de regard
disgracieux ni de parole rude ; l’amour surgit de chaque coeur et un sentiment
analogue lui répond en chaque autre coeur, la bienveillance caractérise chaque
action. Il n’y aura plus de maladies; ni de douleurs, ni de peines, ni aucun
symptôme de décadence; il n’y aura pas même la crainte que de telles choses
arrivent. Pensez à toutes les manifestations de la santé et de la beauté, aux
formes bien proportionnées et aux traits humains les plus admirables que vous
ayez contemplés, et sachez que les charmes et la beauté de l’humanité parfaite
surpasseront tout cela de beaucoup. La pureté intérieure et la perfection
intellectuelle et morale caractériseront et glorifieront chaque visage rayonnant.
Telle sera la société de la terre ; toutes les larmes de ceux qui sont en
pleurs ou affligés s’effaceront quand l’oeuvre achevé de la résurrection se
présentera à leurs yeux !- Apoc. 21:4. Et ce n’est là que le changement dans la
société humaine. Rappelons que la terre, qui fut formée " pour qu’elle fût
habitée ", sera également un séjour convenable et agréable à l’homme,
semblable à Eden, au paradis, où l’homme fut placé jadis. Le paradis sera
restauré. La terre ne doit plus produire des épines et des chardons et réclamer
la sueur du visage pour procurer le pain, mais elle " rapportera (aisément
et naturellement) son revenu "." Le désert et le lieu aride se
réjouiront, la solitude sera dans l’allégresse et fleurira comme une rose."
La création animale inférieure sera un serviteur parfait, obéissant de
A211
son plein gré ;
la nature avec toutes ses charmantes variétés acclamera l’homme dans chacune de
ses tentatives pour chercher et connaître la gloire, la puissance et l’amour de
Dieu; l’esprit et le coeur se réjouiront dans le Seigneur. Le désir incessant
de quelque chose de nouveau, qui domine maintenant, n’est point une condition
naturelle, mais anormale, due à nos imperfections et à notre entourage peu
satisfaisant. Etre sans cesse en quête du nouveau, n’est pas du tout ressembler
à Dieu. Pour Dieu, la plupart des choses sont anciennes ; il se réjouit surtout
des choses anciennes et parfaites. Il en sera ainsi de l’homme quand il sera
rétabli à l’image de Dieu. L’homme parfait ne connaîtra ou n’appréciera pas
pleinement la gloire des êtres spirituels, il ne la préférera pas par
conséquent, possédant une nature différente ; c’ est pour la même raison que
les oiseaux et les poissons jouissent pleinement de leur propre nature et la
préfèrent à toute autre. L’homme sera si ravi de la gloire qui l’environnera
dans sa sphère humaine et en sera absorbé à tel point qu’il n’aura pas d’autre
envie ; il ne préférera aucune autre nature et ne souhaitera pas d’autres
conditions que les siennes. Un coup d’oeil sur l’expérience actuelle de
l’Eglise rendra cela plus clair. " Qu’il est difficile " à tous ceux
qui sont riches en biens de ce monde d’entrer dans le royaume de Dieu ! Le peu
de bonnes choses que nous possédons ici-bas, sous le règne du mal et de la
mort, captive la nature humaine à tel point que nous avons besoin d’une aide
spéciale de Dieu pour tenir notre oeil fixé sur les promesses spirituelles et
pour y tendre. L’Eglise chrétienne, le corps du Christ, forme une exception
dans ce plan général ; cela ressort avec évidence du fait que son élection fut
déterminée dans le plan divin, avant la fondation du monde (Eph. 1:4, 5). Dieu
prévit A ce moment-là non seulement la chute de l’homme, mais
A212
Aussi la
justification, la sanctification et la glorification de l’Eglise:il appela donc
cette classe hors du monde durant l’âge de l’Evangile, afin qu’elle devienne
" conforme à l’image de son Fils "( Rom. 8:21-31), -qu’elle participe
de la nature divine et hérite, avec Christ, du règne millénaire pour le rétablissement
de la paix et de la justice universelles. Cela démontre que l’élection ou le
choix de l’Eglise fut une chose prédéterminée de la part de Dieu; mais
remarquez-le bien:ce n’est point une élection sans condition des membres
individuels de l’Eglise. Avant la fondation du monde Dieu détermina qu’une
société serait élue pour un tel but, dans un temps déterminé, à l’âge de
l’Evangile. Quoique nous ne doutions pas que Dieu ait pu prévoir les actions de
chaque membre individuel de l’Eglise et qu’il ait pu savoir d’avance exactement
qui serait digne de devenir un membre de ce " petit troupeau, " ce
n’est pas cependant la manière dont sa parole présente la doctrine de
l’élection. Ce n’est pas la pensée d’une prédestination de personnes que
l’apôtre cherchait à faire naître dans l’esprit de ses lecteurs, mais bien
celle du fait que, dans le plan de Dieu, une classe était prédestinée à occuper
l’honorable position en question, et que l’élection en serait basée sur des
conditions d’épreuves sérieuses touchant la foi, l’obéissance et le renoncement
aux privilèges terrestres, etc., même jusqu’à la mort. De cette façon, par une
épreuve individuelle et par une victoire individuelle, les membres individuels
de cette classe prédestinée auront été élus aux bénédictions et aux dons de
grâces prédéterminés de Dieu pour cette classe. Le mot " glorifiés "
dans Rom. 8:30, du mot grec doxazô, signifie honorés. C’est à une position de
grand honneur que l’Eglise est appelée. Aucun homme ne pourrait aspirer à un
aussi grand honneur:notre Seigneur
A213
Jésus lui-même
y fut premièrement invité avant de se l’attribuer, comme cela est écrit: "
Christ ne s’est pas non plus attribué la gloire [doxazô, l’honneur], de devenir
grand prêtre, mais il la doit à celui qui lui a Dit:tu es mon Fils, je t’ai
engendré aujourd’hui "( Hébr. 5:5). Jéhovah, le Père céleste, honora Jésus
ainsi ; et tous ceux du corps élu qui doivent devenir ses cohéritiers, seront
honorés ainsi par la grâce du Père céleste. L’Eglise, elle aussi, reçoit déjà
un commencement de cet " honneur " quand les membres qui y sont
appelés sont engendrés de Dieu à la nature divine par la parole de la vérité
(Jac. 1:18), et elle recevra pleinement cet Honneur quand tous ses membres
seront nés de l’esprit-devenus des êtres spirituels-à l’image de leur Chef
glorifié. Ceux que Dieu veut honorer ainsi doivent être parfaits et purs ; et,
puisque par le péché héréditaire nous sommes pécheurs, il ne nous a pas
seulement invités ou appelés à cet honneur, mais il a aussi pourvu à notre justification
du péché par la mort de son Fils, afin de nous mettre à même de recevoir
l’honneur auquel il nous a appelés. En élisant le petit troupeau, Dieu fait un
appel assez général- " il y a beaucoup d’appelés ". Tous ne sont pas
appelés. L’appel fut premièrement restreint à Israël selon la chair, durant le
ministère de notre Seigneur; mais depuis, tous ceux que les serviteurs
trouvent-et autant qu’ils peuvent en trouver-sont sollicités (Luc 14: 23-non
pas forcés) à venir à ce festin, à participer à cette faveur spéciale. Mais
même parmi ceux qui entendent cet appel et qui y répondent, il y en a qui n’en
sont pas dignes. Un habit de noces, (la justice de Christ imputée) est préparé
pour chacun ; cependant quelques-uns ne veulent pas s’en parer, et il faut qu’ils
soient renvoyés ou rejetés ; et quelques-uns de ceux qui s’en sont parés, qui
reçoivent l’honneur d’être engendrés à une nouvelle nature, manquent
A214
d’affermir leur
vocation et leur élection par la fidélité à leur engagement. De ceux qui sont
dignes d’apparaître en gloire avec l’Agneau, il est dit qu’ils furent d’abord
appelés, ensuite élus, puis trouvés fidèles. -Apoc. 14:1 et 17:l 4. L’appel est
sincère, il existe véritablement:la détermination de Dieu d’élire et d’exalter
une Eglise est immuable, mais l’honneur d’être de cette classe est basé sur des
conditions. Tous ceux qui veulent participer à cet honneur prédestiné doivent
remplir les conditions de l’appel. " Craignons donc que, peut-être
puisqu’une promesse d’entrer en son repos (nous) est laissée, quelqu’un d’entre
vous ne paraisse en être privé "( Hébr. 4:1). " Ainsi, cela ne dépend
ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde,
" mais, une fois appelé, tout dépend de vouloir et de courir. Après avoir,
comme nous le croyons, clairement démontré le droit absolu de Dieu et sa
résolution de faire des siens ce qu’il veut, nous appelons l’attention du
lecteur sur le fait que le principe qui caractérise toutes les démonstrations
des grâces de Dieu, vise au bien général de tous. Puis donc, qu’en nous
autorisant des Ecritures, nous reconnaissons que les natures spirituelle et
humaine sont différentes et distinctes l’une de l’autre, que le mélange des
deux natures n’est pas le moins du monde dans l’intention de Dieu, mais serait
une imperfection, et que le changement d’une nature en une autre n’est pas la
règle, mais l’exception, permettant le développement du Christ (tête et corps),
-la question de savoir selon quelles conditions le changement peut être
accompli et de quelle manière il s’effectuera, se trouve être d’un intérêt
capital. Les conditions selon lesquelles l’Eglise peut être élevée avec son
Seigneur à la nature divine (2 Pierre 1:4) sont
A215
précisément
celles d’après lesquelles il atteignit à cette nature lui-même ; l’Eglise
l’obtiendra en suivant ses traces (1 Pierre 2:21), en se présentant elle-même
comme sacrifice vivant, tel que lui, et en exécutant fidèlement le voeu de
consécration, jusqu’à ce que le sacrifice finisse par la mort. Ce changement de
la nature humaine à la nature divine est donné comme récompense à ceux qui,
dans les limites de l’âge de l’Evangile, sacrifient la nature humaine, comme
Jésus, avec tous ses droits, ses espérances et ses buts présents et futurs,
-jusqu’à la mort. A la résurrection, ceux-là se réveilleront, non pour avoir
part avec le reste du genre humain à la restitution glorieuse de la perfection
humaine et à toutes ses suites de bénédictions, mais pour avoir part à la
ressemblance, à la gloire et à la joie du Seigneur, comme participants avec lui
de la nature divine. -Rom. 8:17 ; 2 Tim. 2.: 12. Le début et le développement
de la nouvelle nature est semblable au début et au développement de la vie
humaine. Comme, en ce dernier cas, il y a une procréation et puis une
naissance, ainsi en est-il de la nouvelle nature. Il est dit des saints qu’ils
furent engendrés de Dieu par la parole de la vérité (Jac. l:18 ; 1 Pier. l:3 ;
1 Jean 5:18). C’ est dire que nous recevons de Dieu la première impulsion dans
la vie divine au moyen de sa. parole. Après avoir été justifiés gratuitement
par la foi en la rançon, nous entendons l’appel: " Offrez vos corps en
sacrifice vivant, saint [l’humanité rachetée, justifiée, et partant], agréable
à Dieu, ce qui est votre service raisonnable "( Rom. 12:1). Si, obéissant
à cet appel, nous consacrons notre humanité justifiée à Dieu, côte à côte avec
celle de Jésus, elle est acceptée par Dieu ; et, dans cet acte même, la vie
spirituelle a commencé. Celui qui éprouve cela trouvera que, dès ce moment, il
pense et agit selon l’esprit nouveau (ou transformé), au point qu’il crucifie
les désirs humains.
A216
Depuis le
moment de la consécration nous sommes considérés par Dieu comme étant des
" créatures nouvelles ". De cette manière, les choses vieilles [les
désirs, passions et plans humains] cessent dans ces " nouvelles créatures
", à l’état d’embryon, et toutes choses deviennent nouvelles. Cette
nouvelle créature embryonnaire continue de croître et de se développer au fur
et à mesure que la vieille nature humaine se crucifie avec ses espérances, ses
passions, ses désirs, etc. Ces deux " processus " progressent
simultanément, depuis le temps de la consécration jusqu’à ce que la mort de
l’humain et la naissance du spirituel en résulte. Aussi longtemps que l’Esprit
de Dieu continue à déployer ses plans par la Parole, nos " corps mortels
" se vivifient (Rom. 8:11), afin de devenir propres à son service ; mais,
au temps fixé, nous recevrons des corps nouveaux, spirituels, célestes, qui
correspondront, sous tous les rapports, à l’esprit nouveau et divin. La
naissance de la nouvelle créature a lieu dans la résurrection (Col. 1:18) ; et
la résurrection de cette classe est désignée comme la première résurrection [la
résurrection de choix] (Apoc. 20:6). Il faut se rappeler que ce n’est qu’à la
résurrection que nous serons en réalité des êtres spirituels, bien que dès le
moment où nous recevons l’esprit d’adoption, nous fussions reconnus comme tels
(Eph. 1:13, 14 ; Rom.6:10, 11). Quand nous serons réellement devenus des êtres
spirituels, c’ est à dire quand nous serons nés de l’Esprit, nous ne serons
plus des êtres charnels ;" car ce qui est né de l’esprit est esprit."
-Jean 3:6. Cette naissance à la nature spirituelle dans la résurrection doit
être précédée d’une procréation de l’esprit lors de la consécration, aussi
sûrement que la naissance de la chair est précédée d’une procréation de la
chair. Tous ceux qui sont nés de la chair à l’image de l’homme terrestre,
A217
le premier
Adam, ont été premièrement engendrés de la chair ; et quelques-uns d’entre eux
ont été engendrés de nouveau par l’Esprit au moyen de la parole de la vérité,
afin qu’au temps déterminé ils puissent être nés de l’esprit à l’image du
" Seigneur du ciel, " dans la première résurrection. " De même
que nous avons porté l’image du terrestre, nous (l’Eglise) porterons aussi
l’image du céleste, "- à moins que nous ne retombions. -1 Cor. 15. 49 ;
Hébr. 6:6.
Quoique
l’acceptation de l’appel céleste et la consécration qui s’ensuit soit l’affaire
d’un moment, l’action de mettre chaque pensée en harmonie avec l’esprit de
Dieu, est une oeuvre qui ne s’accomplit que peu à peu:c’est une progression
graduelle d’une préférence des choses célestes aux choses terrestres. L’apôtre
appelle cette action une oeuvre de transformation: " Ne vous conformez
pas, dit-il, au siècle présent, mais soyez transformés [à la nature divine] par
le renouvellement de l’intelligence, afin d’éprouver ce qu’est la volonté de
Dieu ; volonté bonne, agréable et parfaite. "- Rom. 12:2. On devrait
remarquer que l’apôtre n’adresse pas ces paroles au monde incrédule, mais à
ceux qu’il reconnaît comme des frères, ainsi que le démontre le verset précédent:
" Je vous exhorte donc, frères.... à offrir vos personnes en sacrifice
vivant, saint, agréable à Dieu. " On croit communément que lorsqu’un homme
se convertit ou se détourne du péché vers la justice, et de l’incrédulité et de
l’opposition à Dieu vers la confiance en ce dernier, il s’opère en lui la
transformation dont parle Paul. Cela est en vérité un grand changement, -un
renouvellement, mais non le renouvellement auquel Paul fait allusion. C’est une
transformation du caractère, mais Paul parle de la transformation de la nature
(ou de l’être), promise aux croyants de l’âge évangélique à certaines
conditions,
A218
et ce Sont des
croyants qu’il presse d’accomplir ces conditions. Si une telle transformation
de caractère n’avait point eu lieu auparavant, il n’aurait pu les nommer
frères, -et encore des frères qui avaient déjà à offrir quelque chose de saint
et d’agréable en sacrifice à Dieu ; car ceux-là seuls qui sont justifiés par la
fol en la rançon sont regardés par Dieu comme saints et agréables. La
transformation de la nature échoit à ceux qui, durant l’ère de l’Evangile,
présentent leur humanité justifiée en sacrifice vivant (comme Jésus présenta
son humanité parfaite en sacrifice), renonçant à tout droit et à toute
prétention à l’existence humaine future, et ignorant tout contentement, tous
privilèges et tous les droits humains du présent. La première chose à sacrifier
est la volonté humaine ; dès lors, nous n’osons plus nous laisser gouverner par
notre propre volonté humaine, ni par celle d’un autre, mais uniquement par la
volonté divine. La volonté de Dieu devient la nôtre et nous reconnaissons notre
volonté, qui doit être ignorée et sacrifiée, comme n’étant plus la nôtre, mais
comme celle d’un autre. Une fois que la volonté de Dieu est devenue notre
volonté, nous commençons à penser, à raisonner et à juger au point de vue
divin:le plan de Dieu devient notre plan et les voies de Dieu deviennent nos
voies. Celui qui ne s’est pas présenté en sacrifice dans la vraie foi et qui,
par conséquent, n’a pas éprouvé, par expérience, cette transformation n’est pas
capable de bien la comprendre. Antérieurement nous pouvions nous réjouir de
tout ce qui n’était point réellement un péché ; car la terre avec toutes ses
bonnes choses fut créée pour le plaisir et la jouissance de l’homme ; la seule
difficulté, alors, était de vaincre nos inclinations au péché. Mais ceux qui
sont consacrés et transformés ont encore, à côté de leurs efforts pour vaincre
le péché, la tache de sacrifier tous leurs biens présents et de vouer toute
leur énergie au service
A219
de Dieu. Par
ces sacrifices, nous comprenons tous les jours davantage que notre repos n’est
point ici-bas, où nous n’avons point de patrie. Mais par là notre coeur et nos
espérances se tournent vers " le repos qui reste encore pour le peuple de
Dieu ". Et c’est cet espoir béni qui, à son tour, nous vivifie et nous
pousse au sacrifice continu. Ainsi, par cette consécration, l’esprit se
renouvelle ou se transforme, et les désirs, les espérances et les efforts commencent
à s’élever vers les choses promises spirituelles et invisibles, tandis que les
espérances humaines, etc., meurent. Ceux qui sont transformés, qui se trouvent
dans cette voie de transformation, sont reconnus comme de " nouvelles
créatures, " comme engendrés de Dieu, et sont rendus en proportion
participants de la nature divine. Remarquez bien la différence entre ces "
nouvelles créatures " et entre les croyants et " frères " qui ne
sont que justifiés. Ceux-ci sont encore de la terre et terrestres, et, abstraction
faite de leurs désirs coupables, leurs espérances et leurs ambitions sont de
l’espèce de celles qui seront contentées pleinement dans le rétablissement
promis de toutes choses. Ceux-là au contraire ne sont pas de ce monde, de même
que Christ n’est pas de ce monde, et leurs espérances se concentrent dans les
choses invisibles, où Christ est assis à la droite de Dieu. La perspective de
la gloire terrestre, si enchanteresse pour l’homme à l’état naturel, n’a plus
d’attrait pour ceux qui sont engendrés à cette espérance céleste, pour ceux qui
voient la gloire des promesses célestes et qui comprennent et saisissent la
part qui leur est assignée dans le plan divin. Cet esprit nouveau et divin
" est le gage de notre héritage " de la nature divine complète,
-l’esprit et le corps. Un corps divin ! pourrait s’écrier quelqu’un tout
étonné. Mais n’est-il pas dit de Jésus qu’il est " la splendeur [le
reflet] de sa gloire et l’image empreinte de sa personne [ou substance], "
et que
A220
les vainqueurs
de cet âge lui seront semblables et le verront tel qu’il est ?( Hébr. 1:3 et 1
Jean 3:2). " Il y a un corps animal [humain], et il y a un corps spirituel
"( 1 Cor. 15:44). Nous ne pourrions nous imaginer notre père céleste ou
notre Seigneur Jésus purement comme de grands esprits, ou des pensées
ingénieuses sans un corps. Les leurs sont des corps spirituels très glorieux,
quoiqu’il ne soit pas encore manifesté combien cette gloire est grande, elle ne
sera pas manifestée avant que nous partagions la nature divine. Tandis que
l’esprit humain ne prend que graduellement la direction du spirituel, la
transformation d’un corps humain en un corps spirituel sera instantanée (1 Cor.
15:52). Nous avons maintenant, à ce que dit Paul, ce trésor (l’esprit divin)
dans des vases de terre ; mais, au temps opportun, nous aurons ce trésor dans
un vase glorieux, approprié à cela, -dans le corps spirituel. Nous avons vu que
la nature humaine est une ressemblance de la nature spirituelle (Gen. 5:1). Par
exemple, Dieu a une volonté, les anges et les hommes en ont une aussi ; Dieu
possède la raison et la mémoire ; de même aussi, ses créatures intelligentes,
-les anges et les hommes. Le caractère des opérations mentales de chacune de
ces natures est le même. Partant des mêmes raisonnements et dans des conditions
semblables, ces natures différentes sont capables d’arriver aux mêmes
conclusions. Bien que les facultés mentales des natures divine, angélique et
humaine se ressemblent fort, nous savons toutefois que les natures spirituelles
ont des forces qui dépassent et surpassent les forces humaines, et qui, d’après
notre opinion, proviennent non de différentes capacités, mais de la sphère
d’activité plus vaste des mêmes facultés et des différentes circonstances en
lesquelles elles opèrent. La nature humaine est une image terrestre, parfaite,
de la
A221
nature
spirituelle, ayant les mêmes facultés, à cette exception près qu’elle est
restreinte à la sphère terrestre et qu’elle n’a de capacités et de dispositions
pour discerner au delà de ses limites que dans la mesure où Dieu juge
convenable de le lui révéler pour son salut et son bonheur. L’ordre d’êtres
divins est l’ordre le plus élevé de la nature spirituelle ; et combien la
distance entre Dieu et ses créatures est grande ! Elle est incommensurable.
Nous ne pouvons saisir qu’une lueur de la gloire, de la sagesse et de la bonté
divines, suivant que Dieu déroule devant nos yeux, comme par une vue
panoramique, certaines de ses oeuvres grandioses. Mais nous pouvons à peu près
mesurer et comprendre la gloire de l’humanité parfaite. Avec cette pensée
clairement comprise par notre esprit, nous sommes capables de nous faire une
idée de la transformation de la nature humaine en la nature spirituelle, savoir
par la transmission des mêmes facultés à des conditions plus élevées. Quand
nous serons revêtus du corps céleste nous posséderons aussi les forces célestes
qui lui appartiennent et nous aurons l’étendue de pensées et le développement
de facultés qui sont propres à ce corps glorieux. Le changement d’esprit, du
terrestre au céleste, tel que le consacré l’éprouve ici-bas, est le
commencement de cette transformation de la nature. Ce n’est pas un changement
de l’entendement même ou de l’intelligence, ni quelque chose de miraculeux dans
l’esprit, mais c’ est la tendance de l’esprit et la volonté qui sont changées.
Notre volonté et nos sentiments, ou nos dispositions, représentent notre
individualité ; par conséquent, nous ne sommes reconnus comme transformés et
nous n’appartenons réellement à la nature céleste que lorsque notre volonté et
nos sentiments (ou nos pensées) sont ainsi changés. Cela n’est qu’un très petit
commencement, il est vrai, mais le début
A222
d’une
procréation est toujours bien petit, c’est, cependant, déjà le gage ou
l’assurance de l’oeuvre accomplie. -Eph. 1:l 3, 14. Il est des gens qui ont
Demandé:comment pourrons-nous nous reconnaître s’il est vrai que nous soyons
changés ? Comment saurons-nous alors que nous sommes les mêmes êtres qui ont
vécu autrefois, qui ont souffert et qui se sont sacrifiés afin de participer à
cette gloire ? Serons-nous les mêmes êtres ayant conscience de nous-mêmes ?
Bien sûr que oui. Si nous sommes morts avec Christ, nous vivrons aussi avec lui
(Rom. 6:8). Les changements qui se produisent chaque jour avec nos corps
humains, n’ont pas pour conséquence que nous oubliions le passé, ou que nous
perdions notre identité (1). Ces réflexions peuvent aussi nous aider à
comprendre comment le Fils put être homme, lorsqu’il passa des conditions spirituelles
à des conditions humaines, -à la nature humaine et soumise aux limitations
terrestres ; et comment il put être un être spirituel dans les premières
conditions, et un être humain dans les secondes, bien qu’il fût le même être
dans les deux cas. Les deux natures étant séparées et distinctes, et,
néanmoins, l’une ressemblant à l’autre, les mêmes facultés intellectuelles (la
mémoire, etc.) étant communes aux deux, Jésus put se souvenir de sa gloire
première qu’il possédait avant de devenir homme, mais qu’il ne possédait plus
une fois devenu homme, comme le prouvent ses paroles: " Et maintenant,
——
(1) La
transformation promise de corps humains en corps spirituels ne détruira ni la
mémoire ni l’identité, mais elle augmentera plutôt leurs facultés et l’étendue
de la pensée. Le même esprit divin qui nous est propre maintenant, avec la même
mémoire et les mêmes facultés de raisonnement, etc., verra alors ses forces
s’étendre à des hauteurs et à des profondeurs immenses, conformément à son
nouveau corps spirituel ; la mémoire pourra suivre toute notre carrière depuis
notre plus tendre enfance ; et, par suite du contraste, nous serons capables
d’apprécier plus pleinement la glorieuse récompense de notre sacrifice. Mais
cela ne serait point possible si ce qui est humain n’était pas une image de ce
qui est spirituel.
A223
toi, père,
glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant
que le monde fût "( Jean 17:5), la gloire de la nature spirituelle. Et
cette prière est plus qu’exaucée dans son exaltation présente ; car il est
devenu un être spirituel par excellence, dans la forme la plus haute, la nature
divine. En nous reportant de nouveau aux paroles de Paul (Rom. l 2:2),
remarquons qu’il ne dit pas: " Ne vous conformez pas au siècle présent....
", mais bien d’après la traduction anglaise " Ne soyez [ne devenez]
pas conformes [selon Oltramare: " Ne vous modelez pas sur le siècle
présent, mais qu’il se fasse en vous une métamorphose par le renouvellement de
l’esprit "; Saci: " qu’il se fasse en vous une transformation ";
et Stapfer: " que votre esprit se transforme "] à ce siècle; mais
soyez [Laus.] transformés.... " C’est aussi le vrai sens du texte; car
nous ne nous conformons point et nous ne nous transformons pas davantage ; mais
nous nous soumettons, soit au monde, afin de lui devenir conformes par les
influences et l’esprit mondains qui règnent dans notre milieu, ou à la sainte
volonté ou à l’Esprit de Dieu, afin de devenir transformés par les influences
célestes exercées au moyen de la parole de Dieu. Vous qui êtes consacrés, à
quelles influences vous soumettez-vous ? Les influences transformantes de
l’Esprit saint conduisent au sacrifice réel et aux souffrances ; mais combien
glorieuse sera la fin ? Si vous vous développez à l’aide de ces influences
transformantes, vous éprouverez jour par jour ce que c’est que cette bonne,
agréable et parfaite volonté de Dieu. Que ceux qui ont tout déposé sur l’autel
du sacrifice se rappellent sans cesse que tandis que la parole de Dieu contient
des promesses terrestres en même temps que des promesses célestes, ce ne sont
que les dernières qui nous appartiennent. Notre trésor est dans le ciel:puisse
notre
A224
coeur y être
continuellement ! L’appel qui nous est adressé n’a pas pour but de nous faire
parvenir simplement à la nature spirituelle, mais bien à l’ordre le plus élevé
de celle-ci, à la nature divine, " d’autant plus excellente que [celle]
des anges "( 2 Pierre 1:4 ; Hébr. 1:4). Cet appel céleste est restreint à
l’âge de l’Evangile ; il n’a jamais été publié avant et cessera avec la
consommation de ce siècle. Un appel terrestre eut lieu avant l’appel céleste,
quoiqu’il ne fût compris qu’imparfaitement, et nous sommes informés qu’il
continuera après l’ère évangélique. " La vie [pour tous ceux qui seront
restaurés en êtres humains] et l’immortalité [le prix vers lequel le corps du
Christ court] " ont été toutes deux mises en évidence durant l’âge
évangélique (2 Tim. 1:10). La nature humaine et la nature spirituelle seront
l’une et l’autre glorieuses et cependant différentes et séparées en toute
perfection. Un trait de la gloire de l’oeuvre achevée de Dieu, trait qui n’est
pas sans signification, sera l’admirable variété, et néanmoins la merveilleuse
unité, des choses animées et inanimées en harmonie entre elles et en harmonie
avec Dieu.
Chapitre XI—LES
TROIS CHEMINS:LE CHEMIN SPACIEUX, LE CHEMIN ETROIT ET LE GRAND CHEMIN DU
MILLENIUM.
A225
Le chemin
spacieux qui mène à la perdition. -Le chemin étroit qui mène à la vie.
-Qu’est-ce que la vie ?- La nature divine. -Rapport entre la nature humaine et
la nature divine. -La récompense à la fin du chemin étroit. -La vocation
céleste est limitée à l’âge de l’Evangile. -Les difficultés et les dangers du
chemin étroit. -Le grand chemin de la sainteté.
" Large
est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition [à la destruction],
et nombreux sont ceux qui entrent par elle ; car étroite est la porte et
resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent.
"- Matth. 7:13,14 ; Darby. " Il y aura là un chemin frayé [ou un
grand chemin (1)], une route, qu’on appellera la vole sainte ; nul impur n’y
passera ; elle sera pour eux seuls ; ceux qui la suivront, même les insensés,
ne pourront s’égarer. Sur cette route, point de lion ; nulle bête féroce ne la
prendra, nulle ne s’y rencontrera ; les délivrés y marcheront. "- Esaïe
35:8, 9 ; Seg.
Trois chemins
donc attirent notre attention dans les Ecritures:le " chemin spacieux
", le " chemin étroit " et le " grand chemin ".
Le chemin
spacieux menant à la destruction.
Ce chemin est
nommé ainsi parce qu’il est le plus aisé à la race humaine dégénérée. Il y a
6000 ans qu’Adam (et
——
(1) "
Grand chemin " ou " grande route " et " chemin de Sainteté
"[ Laus.], c’est ainsi que le désigne la trad. anglaise, Darby et le professeur Fr. Delitzsch.
A226
la race
représentée en lui), comme un pécheur condamné à la destruction, débuta dans ce
chemin, et après 930 ans il en atteignit la fin, la destruction. Des années et
des siècles s’écoulèrent, et le sentier qui conduit en bas s’agrandit et
s’élargit de plus en plus ; et le chemin devenant journellement plus poli et
plus glissant par le péché, la race se précipita de plus en plus vers la
destruction. et le chemin ne devient pas seulement toujours plus glissant, mais
l’humanité perd aussi journellement sa force de résistance, tant et si bien
que, maintenant, la longueur moyenne de la vie de l’homme n’est plus que d’à
peu près trente ans. L’humanité atteint maintenant la fin du chemin-la
destruction-900 ans plus tôt que le premier homme. Pendant six mille ans, les
hommes suivirent à grands pas le chemin spacieux qui conduit en bas; et bien
peu relativement essayèrent de changer de marche et de rebrousser chemin. En
fait, il était impossible de revenir complètement sur ses pas et d’atteindre la
perfection originelle, mais dans ce but, tout de même, les efforts de
quelques-uns sont dignes d’éloges et ne furent pas sans conséquences
salutaires. Pendant six mille ans le péché et la mort logèrent et régnèrent
d’une manière impitoyable parmi l’humanité, et la poussèrent sur ce chemin
spacieux à la rencontre de la destruction ; aucune issue ne se montra avant
l’âge de l’Evangile. Si, dans les âges antérieurs, des rayons d’espérance ont
lui faiblement par le moyen de types et d’images qui furent salués joyeusement
par quelques-uns et les firent agir conformément au bien:la vie et
l’immortalité ne furent cependant pas mises en évidence avant l’apparition de
notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ; avant la prédication ou l’annonce, par
les apôtres, de la bonne nouvelle de la Rédemption, et, comme conséquence,
d’une résurrection de la destruction (2 Tim. 1:10).
A227
Ce ne fut qu’à
la suite des enseignements de Jésus et des apôtres que la vie, -c’ est à dire
la restitution ou le rétablissement dans la vie pour tout le genre humain, en
tant que basée sur le mérite et le sacrifice du Rédempteur, -fut mise en
évidence ; ils démontrèrent que c’ est là la signification de plusieurs des
types de l’Ancien Testament. Ils signalèrent de même l’immortalité comme le
prix de la vocation céleste de l’Eglise évangélique. Bien qu’une issue du
chemin spacieux menant à la destruction ait été mise en évidence par
l’Evangile, la grande masse de l’humanité, dépravée par le péché et aveuglée
par Satan, ne prête point l’oreille à la bonne nouvelle. Un chemin nouveau
s’ouvre et se montre à ceux qui acceptent maintenant avec reconnaissance la
promesse de la vie (le rétablissement par Christ à l’existence humaine) :sur ce
chemin, les croyants consacrés peuvent parvenir, au delà de la nature humaine,
à une nature plus élevée ;- à la nature spirituelle. C’est ce " chemin
nouveau.... inauguré pour nous "( Hébr. 10:20) -la sacrificature royale que
Jésus nomme:
Le chemin
étroit de la vie.
Notre Maître
nous dit que c’est à cause de l’étroitesse de ce chemin que la multitude
préfère rester sur le chemin spacieux de destruction. " étroite
[difficile] et resserrée est la voie qui mène à la vie, et petit est le nombre
de ceux qui la trouvent "( Stapfer). Avant d’examiner ce chemin, ses
dangers et ses difficultés, observons premièrement la fin à laquelle il
conduit, -la vie. Comme nous l’avons déjà vu, les êtres, supérieurs ou
inférieurs à l’homme, possèdent, comme lui, la vie. " Vie " est un
terme grandiose dont le sens est très
A228
étendu, mais
ici le Seigneur l’emploie à l’égard de cette forme supérieure de vie,
l’immortalité, qui se rapporte à la nature divine:c’est le prix après lequel il
nous invite à courir. Qu’est-ce que la vie ? Nous ne nous en apercevons pas
uniquement en nous-mêmes, mais nous voyons aussi son principe agissant dans la
forme inférieure des animaux et même dans le règne végétal, et nous sommes
instruits de son existence dans les formes supérieures angélique et divine.
Comment définir un terme si grandiose ? Si nous ne pouvons découvrir les
sources secrètes de la vie dans toutes les créatures, nous pouvons admettre en
toute certitude que l’être divin, Jéhovah, est l’origine, la grande source de
toute vie, de laquelle découlent toutes ces sources. Toutes les choses vivantes
viennent de lui et dépendent de lui quant à la vie. Toute vie, soit en Dieu,
soit en ses créatures, est identique:c’ est un principe agissant, et non une
substance. C’ est un principe qui habite en Dieu (inhérent à sa nature) et qui
naît dans ses créatures par suite de certaines causes que Dieu Institua:il en
est la cause, l’auteur et la source. La créature n’est donc, en aucun sens, une
partie ou un descendant de la nature ou de l’essence du Créateur, comme
quelques-uns se l’imaginent, mais l’ouvrage de ses mains inspiré de vie. En
reconnaissant le fait que, dans la nature divine, seule il y a la vie
indépendante, illimitée, inépuisable, se continuant toujours, et n’étant ni
produite ni gouvernée par les circonstances, nous voyons que Jéhovah est
nécessairement au-dessus de ces lois physiques et de ces moyens dépendants
qu’il a institués pour l’existence de ses créatures. C’est cette qualité,
appartenant seulement à la nature divine, qui est désignée par le terme
immortalité. Comme nous venons de le voir dans le chapitre précédent, immortel
signifie être garanti de la mort dans le sens absolu, et conséquemment des
maladies et des douleurs. En
A229
effet,
immortalité peut être synonyme de divinité. De cette source divine et
immortelle émanent toute vie et toute bénédiction, tout vrai don et toute grâce
excellente, de même que la terre reçoit sa lumière et sa force du soleil. Le
soleil est la grande source de lumière pour la terre, illuminant toutes choses
et produisant cette grande variété de couleurs et de nuances, toujours suivant
la nature des objets sur lesquels il brille. La même lumière du soleil produit
des effets extrêmement différents suivant qu’elle brille sur du diamant, sur
une brique ou sur diverses sortes de verre, par exemple. La lumière est la
même, mais les objets sur lesquels elle brille diffèrent entre eux suivant leur
capacité de la recevoir et de la réfléchir. Ainsi en est-il de la vie, elle
découle toute d’une source inépuisable. L’huître a de la vie, mais son
organisme est tel qu’elle ne peut en faire grand usage, comme la brique ne peut
pas refléter beaucoup de la lumière du soleil. Ainsi en est-il de chaque
manifestation de vie plus élevée dans les bêtes, les oiseaux et les poissons.
Semblables aux diverses sortes de verres sous la clarté du soleil, ces diverses
créatures manifestent différemment les facultés organiques variées qu’elles
possèdent, quand la vie anime leur organisme. Le diamant poli est tellement
propre à recevoir la lumière qu’il parait posséder en lui-même et être lui-même
un soleil en miniature. Ainsi en est-il de l’homme, un des chefs d’oeuvre de la
création de Dieu, fait seulement " un peu moindre que les anges ". Il
fut si bien doué qu’il était capable de recevoir la vie et de la conserver par
l’usage des moyens que Dieu lui fournit, sans jamais s’affaiblir. Ainsi fut
Adam avant la chute ; il était plus élevé que toutes les autres créatures
terrestres, non en vertu d’une différence dans le principe de vie implanté,
mais en vertu d’un organisme supérieur. Cependant, n’oublions pas que comme
A230
le diamant ne
peut refléter la lumière que lorsque le soleil brille sur lui, ainsi l’homme ne
peut posséder et jouir de la vie que lorsque l’approvisionnement de vie
continue. L’homme n’a point de vie inhérente:il n’est pas plus une source de
vie que ne l’est le diamant. Une des plus fortes démonstrations du fait que
nous ne possédons aucune provision inépuisable de vie en nous-mêmes, ou, en
d’autres termes, que nous ne sommes point immortels, c’ est que, depuis le
moment où le péché entra dans le monde, la mort est survenue sur toute la race.
Dieu permit à l’homme en Eden de manger du fruit de tous les arbres qui pouvaient
entretenir la vie ; le paradis dans lequel il fut placé, était abondamment
pourvu " d’arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger
"( Gen. 2:9, 16, 17). Parmi les arbres de vie bons à manger se trouvait un
arbre duquel Dieu avait défendu de manger. Tandis que pour un temps il fut
défendu à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la connaissance, il lui fut
permis de manger librement de tout arbre qui conservait la vie parfaitement ;
et il n’en fut séparé qu’après la transgression, afin que de ce chef la peine
de mort puisse s’effectuer. -Gen. 3:22. Ainsi l’on voit que la beauté et la
gloire de l’humanité dépendent de l’alimentation soutenue de la vie, tout comme
la beauté du diamant dépend de l’affluence continue de la lumière du soleil. Lorsque
le péché priva l’humanité du droit de vie et que l’approvisionnement manqua, la
pierre précieuse commença de suite à être dépouillée de son éclat et de sa
beauté, et finalement elle en perdit le dernier vestige dans la tombe. Sa
beauté se consume comme la teigne (Ps. 39:12). Comme le diamant perd son éclat
et sa beauté sitôt que la lumière se retire, ainsi l’homme perd la vie quand
Dieu lui en retire les aliments. " L’homme meurt et perd toute sa force,
et il expire ; puis où est-il ?"
A231
(Job 14:10).
" Que ses fils soient honorés, il n’en sait rien ; qu’ils soient dans
l’abaissement, il l’ignore "( v. 21). " Car il n’y a ni oeuvre, ni
pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas "(
Eccl. 9:10). Mais puisqu’une rançon fut trouvée et que la peine de mort fut
payée par le Rédempteur, la pierre précieuse recouvrera sa beauté et reflétera
de nouveau parfaitement l’image du Créateur lorsque le Soleil de la Justice se
lèvera avec la santé dans ses rayons (Mal. 4:2). C’est en vertu du sacrifice
expiatoire, du sacrifice de Christ, que " tous ceux qui sont dans les
sépulcres sortiront. " Une restitution de toutes choses aura lieu ; et
quand l’humanité sera rétablie, elle possédera de nouveau, comme au
commencement, la vie dans sa perfection, et, par l’obéissance, elle pourra en
jouir pour toute l’éternité. Cette vie-là n’est pas, toutefois, le salaire que
Jésus désigne comme la fin du chemin étroit. Par d’autres passages de
l’Ecriture nous apprenons que le salaire promis à ceux qui suivent le chemin
étroit est " la nature divine ", la vie inhérente, la vie au degré
suprême, que seule la nature divine peut posséder:l’immortalité . Quelle
espérance ! Oserions-nous aspirer à une telle hauteur de gloire ! Certes pas,
sans une offre formelle et positive, aucun ne pourrait à juste titre y
prétendre. Dans 1 Tim. 6:15, 16, nous apprenons qu’originairement Jéhovah seul
fut en possession de l’immortalité ou de la nature divine. Nous lisons: ".
Qui [Jésus] montrera en son propre temps [au règne des mille ans] le
bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs,
qui seul possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul
homme n’a vu ni ne peut voir.... " Tous les autres êtres, les anges, les
hommes, les bêtes. les oiseaux, les poissons, etc., ne sont que des vases
contenant chacun sa mesure de vie, et tous diffèrent en
A232
nature, en
capacité et en qualité suivant l’organisme que le Créateur jugea bon de donner
à chacun. Plus loin nous apprenons que Jéhovah, qui seul possédait
l’immortalité originairement, a souverainement élevé son Fils Jésus, notre
Seigneur, à la même nature immortelle et divine ; par conséquent, il est
maintenant l’image empreinte de la substance du père (Hébr. 1:3). Ainsi nous lisons:
" Comme le père a la vie en lui-même [la définition de "
l’immortalité " de Dieu-vie en lui-même-n’étant point puisée d’une autre
source, ne dépendant pas des circonstances, mais vie indépendante, inhérente],
ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même "( Jean 5:26). Depuis
la résurrection de Jésus deux êtres possèdent donc l’immortalité. Et, grâce
étonnante ! La même offre est faite à l’Epouse de l’Agneau, qui est élue durant
l’âge de l’Evangile. Cependant tous ceux de la grande multitude qui ne sont que
nominalement membres de l’Eglise ne recevront pas le grand prix, mais seulement
le " petit troupeau ", ceux qui courent pour l’obtenir, qui suivent
fidèlement les traces du Maître ; et qui, à l’exemple de Jésus, suivent le
chemin étroit du sacrifice, même jusqu’à la mort. Lorsque, dans la
résurrection, ceux-ci seront nés d’entre les morts, ils seront revêtus de la
nature et de la forme divines. Cette immortalité, la nature divine,
indépendante et existant d’elle-même, est la vie à laquelle conduit le chemin
étroit. Les membres de cette classe ne seront pas réveillés de la tombe comme
êtres humains. Car l’apôtre nous assure que, quoique semés corps naturels dans
la tombe, ils seront ressuscités corps spirituels. Ils seront " tous
changés ", et, de même qu’ils auront porté l’image de la nature humaine,
terrestre, ils porteront l’image de la nature céleste. Mais " ce que nous
serons n’a pas encore été manifesté ",- ce que c’est qu’un corps spirituel
;" mais nous
A233
savons que
quand il paraîtra, nous serons semblables à lui "," participants de
la gloire qui doit être révélée ". 1 Jean 3:2 ; Col. 1:27 ; 2 Cor. 4:17 ;
Jean 17:22 ; 1 Pierre 5:1, 10 ; 2 Thess. 2:14.
Cet appel
céleste à un changement de nature, est non seulement restreint à l’âge de l’Evangile,
mais c’est aussi l’unique offre de cet âge. Il s’ensuit donc que les mots cités
par le Seigneur au commencement de ce chapitre enferment dans le chemin
spacieux de destruction tous ceux qui ne se trouvent pas sur la route du seul
prix offert maintenant. Cette route de la vie, la seule qui soit maintenant
ouverte, est fréquentée par bien peu de personnes à cause de ses difficultés.
La masse de l’humanité préfère, dans sa faiblesse, le chemin aisé des
satisfactions personnelles. Le chemin étroit pourrait aussi être appelé celui
de la mort, bien qu’il aboutisse à la vie et à l’immortalité, parce que son
prix ne se gagne que par le sacrifice de la nature humaine, même jusqu’à la
mort. C’est le chemin étroit de la mort à la vie. Après qu’ils sont reconnus
libérés du forfait adamique et du châtiment de la mort, les croyants consacrés
livrent ou sacrifient ces droits humains, considérés comme leurs, et qu’ils
auraient au temps voulu, réellement reçus avec le monde. Comme " l’homme
Jésus-Christ " abandonna ou sacrifia sa vie pour le monde, ainsi ceux-ci
deviennent ses co-sacrificateurs. Non pas que son sacrifice soit insuffisant,
et que d’autres sacrifices soient nécessaire ; mais, tandis que le sacrifice de
Jésus suffit à tous, il est permis à ceux-ci de servir et de souffrir avec lui,
afin de devenir ses cohéritiers, son épouse. Ainsi, tandis que le monde est
sous la condamnation de la mort et meurt avec Adam, les membres de ce "
petit troupeau " meurent avec ou en Christ, et cela grâce au progrès de
leur justification par la foi et de leur sacrifice. Ils se sacrifient et
meurent
A234
Avec lui, comme
êtres humains, pour pouvoir participer de la nature divine et de la gloire avec
lui ; car nous croyons que si nous mourrons avec lui nous vivrons aussi avec
Lui:si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui. -Rom.
8:17 ; 2 Tim. 2:11-12. Tous ceux qui suivent maintenant le chemin étroit auront
gagné au commencement de l’âge du Millénium le grand prix pour lequel ils
auront couru, -l’immortalité:et étant ainsi revêtus de la nature et de la
puissance divines, ils seront, durant cet âge-là, tout préparés pour le grand
oeuvre de rétablissement et de bénédiction du monde. Avec la fin de l’âge de
l’Evangile le chemin étroit de l’immortalité prendra fin, vu que le "
petit troupeau " choisi, dont il était l’épreuve et la pierre de touche,
sera complet. " Voici maintenant le temps favorable [ou acceptable, grec
dektos] ",- le temps dans lequel les sacrificateurs, qui viennent par le
mérite de Jésus et qui vont avec lui dans la mort, sont acceptables pour Dieu,
sont une offrande de bonne odeur. La mort ne sera pas permise éternellement ;
comme châtiment adamique, elle sera abolie durant l’âge du Millénium ; et,
comme sacrifice, elle n’est acceptable, avec récompense, que durant l’âge de
l’Evangile. Ce n’est que comme " nouvelles créatures " que les saints
de cet âge-ci sont sur le chemin de la vie ; et ce n’est que comme êtres
humains, qu’ils sont, comme sacrifice, consacrés à la destruction. Si nous sommes
morts avec Christ comme créatures humaines, nous vivrons avec lui comme
nouvelles créatures spirituelles. (Rom. 6:8). L’esprit de Dieu en nous (les
pensées transformées) voilà le germe de la nouvelle créature. La nouvelle vie
peut facilement être étouffée, et Paul nous assure qu’une fois engendrés de
l’esprit par la vérité, nous mourrons [perdrons notre vie] si nous vivons selon
la
A235
chair, mais
que, si par l’Esprit nous mortifions [mettons à mort] les actions du corps [les
dispositions de la nature humaine], nous vivrons [comme nouvelles créatures] :
" car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu "(
Rom. 8:12-14). Ceci est une pensée de la plus haute importance pour tous les
consacré ; car si nous avons stipulé avec Dieu de sacrifier la nature humaine,
et si ce sacrifice a été accepté par Lui, on tenterait en vain de le retirer.
Ce qui est humain est déjà reconnu par Dieu comme mort, et doit réellement
mourir pour ne plus jamais être restauré. Tout ce qui peut être gagné par celui
qui se retire (Hébr. 10:38,39) pour vivre selon la chair, c’est une petite
satisfaction charnelle aux dépens de la nouvelle nature spirituelle. Il y a
pourtant maints consacrés désireux d’obtenir le prix et qui ont été engendrés
de l’Esprit, mais qui se voient vaincus partiellement par les attraits du
monde, par les désirs de la chair ou par les artifices de Satan. Ils perdent de
vue en partie le prix de l’appel céleste et essayent de nager entre deux eaux,
afin d’être agréables à Dieu et au monde ; ils oublient " que l’amitié du
monde est inimitié contre Dieu "( Jac. 4:4) et que l’exhortation à ceux
qui courent pour le prix, c’est de ne point aimer le monde, ni de chercher la
gloire les uns des autres, mais la gloire qui vient de Dieu seul. -1 Jean 2:15
; Jean 5:44. Ceux qui aiment le monde présent, mais qui n’ont pas entièrement
abandonné le Seigneur et méprisé leur alliance, auront à se soumettre à une
flagellation et à une purification par le feu de l’affliction. Suivant
l’expression de l’apôtre, ils sont livrés à Satan " pour la destruction de
la chair, afin que l’esprit [la nature nouvellement engendrée] soit sauvé au
jour [de mille ans] du Seigneur Jésus "( 1 Cor. 5:5). Et s’ils ont été
exercés justement par cette discipline, ils seront finalement admis à la
condition spirituelle.
A236
Ils auront la
vie éternelle, spirituelle, comme celle des anges, mais ils auront perdu le
prix de l’immortalité. Ils serviront Dieu dans son temple, et se tiendront
devant le trône avec des palmes à la main (Apoc. 7:9-17) ; ce sera très
glorieux, il est vrai, mais ce sera loin d’être aussi glorieux que la position
du " petit troupeau " de vainqueurs, qui seront rois et prêtres de
Dieu, -assis sur le trône avec Jésus, comme son épouse et ses cohéritiers et
couronnés avec lui de l’immortalité. Notre chemin est une voie rude, rapide et
étroite, et s’il ne nous était pas donné de nouvelles forces pour chaque pas
successif du voyage, nous n’arriverions jamais au but. Mais la parole de notre
" Prince " nous encourage: " Prenez courage, j’ai vaincu le
monde "," ma grâce te suffit ; car ma force s’accomplit dans la
faiblesse "( Jean 16:33 ; 2 Cor. 12:9). Les difficultés de ce chemin
doivent agir comme un principe de séparation pour sanctifier et épurer un
" peuple particulier " d’héritiers de Dieu et de cohéritiers de
Jésus-Christ. En vue de ces choses " allons donc avec confiance au trône
de grâce, pour être secourus dans le temps convenable ", tout en
combattant le bon combat et nous attachant ferme à " la couronne de gloire
", l’immortalité, la nature divine. -Hébr. 4:16 ; 2 Tim. 4:8 ; 1 Pierre
5:4.
Le grand chemin
de la sainteté.
Tandis que
l’espérance particulière de l’âge de l’Evangile est incomparablement glorieuse,
et que, réciproquement, le chemin est difficile, -étroit et resserré par les
peines et les dangers de chaque pas, -de sorte que peu le trouvent et
obtiennent le grand prix à sa fin, le nouvel ordre de choses dans l’âge à venir
sera entièrement différent. Comme une espérance différente y est présentée, de
A237
même un chemin
différent y conduit. Le chemin de l’immortalité a été un chemin qui exigea le
sacrifice d’espérances, d’ambitions et de désirs d’ailleurs justes et légaux,
-il exigea, en un mot, le sacrifice de la nature humaine pour toujours. Mais le
chemin vers la perfection humaine, vers la restitution, l’espérance du monde,
n’exige que la purification du péché ; non le sacrifice, mais l’usage ou
l’emploi légitime des droits et privilèges humains. Il conduit à la
purification personnelle et au rétablissement de l’image de Dieu dont Adam
jouissait avant la chute. Le chemin du retour à la vraie perfection humaine
sera rendu très uni et facile ; si facile que personne n’aura besoin de le
manquer ; si reconnaissable que " ceux qui le suivront, même les insensés,
ne pourront s’égarer "( Esaïe 35:8) ; si distinct que plus personne n’aura
besoin d’enseigner son prochain, disant: " Connaissez l’Eternel ";
car tous le connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand (Jér. 31:34).
Au lieu d’être un chemin étroit que peu trouvent, Il sera un " grand
chemin ", une chaussée publique, -non un chemin de traverse étroit, rapide,
rude et resserré, mais un chemin spécialement préparé pour voyager aisément et
arrangé tout particulièrement pour la facilité et la commodité des voyageurs.
Les versets 8 et 9 montrent qu’il est une route publique, ouverte à tous les
rachetés, -à tout homme. Tout homme pour lequel Christ mourut, qui apprécie les
heureuses occasions et les bénédictions acquises par le précieux sang et veut
en profiter, peut s’élever dans ce grand Chemin de sainteté ou de
sanctification vers le grand but du parfait rétablissement, à la rencontre de
la perfection humaine et de la vie éternelle. Non seulement les hommes seront
comptés comme justifiés et considérés par Dieu comme étant dans une position de
sanctification et de perfection dès le premier pas
A238
qu’ils feront
sur ce grand chemin de sainteté, mais ils marcheront vers la perfection réelle,
fruit de leurs efforts et de leur obéissance ; toutes choses leur seront faites
agréables par leur Rédempteur qui régnera alors avec puissance. Chaque personne
sera aidée individuellement, selon ses besoins, par la parfaite et sage
administration du nouveau royaume. Il viendra peut être à l’esprit de plusieurs
que c’est là le résultat légitime de la rançon. Puisque notre Seigneur, l’homme
Jésus-Christ, qui se donna lui-même en rançon pour tous, veut que tous
parviennent à la pleine connaissance de la vérité et, par ce moyen, à la
perfection réelle, pourquoi n’établit-il pas tout de suite un bon et large
grand chemin pour tous ? Pourquoi n’enlève-t-il pas les obstacles, les pierres
d’achoppement, les pièges et les trappes ? Pourquoi n’aide-t-il point le
pécheur à vivre en pleine harmonie avec Dieu, au lieu de rendre le chemin
étroit, épineux, difficile à trouver et encore plus difficile à suivre ? Ne
connaissant pas l’application correcte de la parole de la vérité, ignorant que
le chemin étroit d’à présent conduit au prix spécial et qu’il est l’épreuve
pour l’élection d’un petit troupeau de cohéritiers, du corps de Christ, lequel,
une fois complété et exalté avec son Chef, doit bénir toutes les nations,
plusieurs chrétiens ont des idées très confuses à ce sujet. Ne voyant pas le
plan de Dieu, plusieurs essayent de prêcher un grand chemin de sainteté facile
à suivre, dans l’âge présent, alors qu’il n’existe aucun chemin pareil ; et, en
voulant adopter leurs théories erronées aux faits et aux Ecritures, ils ne font
qu’embrouiller la question et compromettre la chose. Sur ce grand chemin qui,
sous peu, sera ouvert, il n’y aura que les choses conduisant au péché qui
seront interdites, tandis que ceux qui marchent dans le chemin étroit doivent
renoncer à eux-mêmes et sacrifier plusieurs choses non coupables, comme aussi
combattre
A239
continuellement
contre les péchés qui nous enveloppent. Celui-ci est un sentier de sacrifice,
tandis que celui-là sera une grande route de justification. Il est dit en
langage symbolique et d’une manière significative que sur ce grand chemin
" il n’y aura point de lion, et aucune bête farouche n’y montera, ni ne
s’y trouvera "( Esaïe 35:9). Combien de lions effrayants se trouvent
maintenant au chemin de ceux qui éviteraient de bon coeur la voie du péché,
pour suivre la justice ! Voici le lion d’une opinion publique corrompue, qui
empêche plusieurs de s’aventurer à suivre les prescriptions de la conscience
dans les choses de la vie de chaque jour, en tenue, vêtements, occupations,
procédés, etc. Il y a le lion de la tentation des liqueurs qui empêche des
milliers de suivre le bon chemin ; ceux-ci seraient tout heureux de pouvoir
s’en défaire. Les prohibitionnistes et les partisans de la tempérance et de
l’abstinence ont maintenant une entreprise herculéenne en mains, une oeuvre que
l’autorité et la puissance seules de l’âge prochain mèneront à bonne fin ; et
on en peut dire autant de tous les autres nobles efforts de réformes morales.
" Nulle bête féroce ne le prendra. " Nulle corporation géante
organisée pour l’avancement d’intérêts égoïstes et personnels aux dépens du
bien général n’y sera tolérée. " Il ne se fera ni tort ni dommage sur
toute ma montagne [royaume] sainte ", dit l’Eternel (Esaïe 11:9). Certes,
il y aura aussi des difficultés à surmonter, le penchant vers le mal, etc.,
mais ce sera un chemin bien facile en comparaison du chemin étroit de cet âge.
Les pierres (d’achoppement) seront toutes éloignées et l’étendard de la vérité
sera élevé pour tous les peuples (Esaïe 62:10). L’ignorance et la superstition
seront des choses du passé:la justice recevra sa récompense méritée, en même
temps qu’une juste rétribution sera mesurée au mal (voy. Mal. 3:15, 18). Par
des châtiments salutaires, des
A240
encouragements
appropriés et de claires instructions, les hommes reviendront sur leurs pas
comme l’enfant prodigue et seront disciplinés et élevés à la perfection sublime
de laquelle notre père Adam déchut. " Les rachetés de l’Eternel
retourneront [de la destruction par le grand chemin de la sainteté], ils iront
à Sion avec chant de triomphe, et une joie éternelle couronnera leur tête ;
l’allégresse et la joie s’approcheront, la douleur et les gémissements
s’enfuiront. "- Esaïe 35:10. Notre Seigneur ne mentionna que deux de ces
chemins, parce que le moment propice pour l’ouverture du troisième n’était pas
encore venu, -c’ est ainsi qu’en annonçant la bonne nouvelle, Jésus dit: "
Aujourd’hui cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, est
accomplie ", mais il omit de mentionner " le jour de la vengeance
", parce que ce n’était pas le moment convenable alors (comp. Luc 4:19-21
et Esaïe 61:2). Mais maintenant que le chemin étroit tend à sa fin, le grand
chemin de la justice commence à être vu toujours plus distinctement, à la
lumière de l’aurore du jour qui éclaire l’horizon. Ainsi nous avons trouvé un
" chemin spacieux " sur lequel la multitude s’achemine à présent,
trompée par " le prince de ce monde " et séduite par des goûts
pervertis. Nous avons trouvé qu’il fut ouvert par la " désobéissance d’un
homme " et que notre race y continua sa course impétueuse. Nous avons
trouvé que le " grand chemin de sainteté " sera ouvert par notre
Seigneur, qui se donna lui-même en rançon pour tous et les racheta tous de la
destruction qui est la fin du " chemin spacieux "; et que ce chemin
sera en son temps très facile et accessible pour tous ceux qui ont été rachetés
par le précieux sang de Christ. Nous avons encore trouvé que " le chemin
étroit ", ouvert par le mérite du même précieux sang, est un chemin
spécial, qui conduit à un prix spécial ; et qu’il est
A241
rendu
particulièrement étroit et difficile, dans le but d’éprouver et de discipliner
ceux qui sont choisis maintenant pour devenir participants de la nature divine
et cohéritiers avec le Seigneur Jésus, dans le royaume de gloire qui sera
bientôt révélé pour la bénédiction de tous. Quiconque a cette espérance et voit
ce prix, peut regarder toutes les autres espérances " comme une perte et
comme de la boue " en comparaison avec celle-ci. -Phil. 3 :8-15.
Sans attendre,
Je veux tendre Au bonheur promis ; Qui s’élance, Qui s’avance, Obtiendra le
prix. La Parole me guidant, On m’en veut, Dieu me défend. Donc en route, Point
de doute, Le but est si grand.
D’un pas ferme
Jusqu’au terme Il faut s’avancer. Dieu m’observe, Qu’il préserve Mon pied de
glisser. Que ce monde et ses attraits Ne me séduisent jamais ! Si sa haine Se
déchaîne, Que je sois en paix ! Sur le trône, La couronne Attend le vainqueur.
Nulle trêve ! Qu’on se lève ! A dit le Seigneur. D’obéir, soyons heureux ;
Point de tièdes, de peureux ; Qui se lasse, Perd sa place Au banquet des cieux.
Dieu de grâce, Que ta face Luise en mon chemin. Père tendre, Viens me prendre
Par ta forte main. Toute puissance est à toi, Subviens à ma faible foi ; Ma
victoire, C’est ta gloire, O mon Dieu, mon Roi.
Chapitre XII—EXPLICATION
DE LA CARTE REPRESENTANT LE PLAN DES AGES.
A242
Les âges. -Les
moissons. -Degrés de position réels et regardés comme tels. -Le cours de la vie
de notre Seigneur Jésus. -Celui de ses disciples. -Trois classes dans l’Eglise
nominale. -La séparation à l’époque de la moisson. -La classe ointe glorifiée.
-La classe de la grande tribulation. -L’ivraie brûlée. -Le monde béni. -La fin
glorieuse.
Comme
frontispice de ce volume nous donnons une carte représentant le plan de Dieu
pour le salut du monde. Nous essayons d’aider l’esprit, par l’oeil, à
comprendre une partie du caractère progressif du plan de Dieu, et de rendre
clairs les pas successifs que doivent faire tous ceux qui veulent obtenir le
" changement " complet de la nature humaine en nature divine.
Premièrement, nous avons une esquisse des trois grandes économies
(dispensations ou ordres des temps de salut) de Dieu, A, B, C. La première, A,
comprend l’espace de temps depuis la création de l’homme jusqu’au déluge ; la
seconde, B, depuis le déluge jusqu’au commencement du règne des mille ans de
Christ, lors de son second avènement ; et la troisième, C, depuis le
commencement du règne de Christ jusque dans les " siècles [ou âges] à
venir "( Eph. 1:10 ; 2:7). Les Ecritures se rapportent souvent à ces trois
grandes économies Divines:a est nommée le " monde d’alors; " B est
nommée par notre Seigneur Jésus " ce monde ", par Paul le "
présent siècle mauvais " et par
A243
Pierre "
les cieux et la terre d’à présent. " C est nommée le " monde à venir
"-" où la justice habite ", par opposition au " présent
monde mauvais. " Maintenant le mal règne et le juste doit souffrir, tandis
que, dans le monde à venir, cet état sera tout le contraire:la justice y
régnera et les ouvriers d’iniquité y souffriront, et finalement tout le mal
sera exterminé. Dans chacune de ces trois grandes économies (époques ou "
mondes "), le plan de Dieu par rapport à l’homme a une méthode distincte ;
toutefois chacune n’est qu’une partie du grand plan unique, qui, une fois
achevé, démontrera la sagesse divine, quoique les parties isolées considérées
séparément ne puissent faire voir leur profonde signification. Puisque le
premier " monde "[" les cieux et la terre ", ou cet ordre
de choses-là] passa lors du déluge, il s’en suit que c’était un ordre différent
du " présent monde mauvais " duquel notre Seigneur dit que Satan en
est le prince ; conséquemment le prince de ce présent monde mauvais ne fut
point le prince du monde qui fut avant le déluge, bien qu’il n’y fût pas sans
influence. Plusieurs passages de l’Ecriture projettent de la lumière sur la
conduite de Dieu pendant ce temps-là, et cela nous donne une compréhension plus
générale du plan définitif de Dieu. Il ressort de ces passages que le premier
" monde ", ou l’économie antédiluvienne, fut sous la direction et
l’administration spéciale des anges, auxquels il fut permis de faire ce qu’ils
pouvaient pour relever la race déchue et dégénérée. Ils étaient sans doute
désireux d’en faire l’essai avec la permission de Dieu ; car leur intérêt se
manifesta vivement par leurs cris de joie et leurs chants de triomphe à l’égard
des oeuvres de la création (Job 38:7). Les anges furent les gouverneurs
autorisés de cette époque, mais n’arrivèrent point à leurs fins ; cela n’est
pas seulement indiqué par tous les passages parlant de cette époque,
A244
mais cela peut
être déduit raisonnablement de la remarque de l’apôtre lorsque, en opposant la
présente économie à celle du passé et à celle à venir, il dit: " Car il
n’a point soumis aux anges le monde à venir dont nous parlons "( Hébr.
2:5). Non ; ce monde sera sous l’intendance du Seigneur Jésus et de ses
cohéritiers ; aussi l’administration en sera non seulement beaucoup plus juste
que celle du " présent monde mauvais ", mais elle sera aussi beaucoup
plus fructueuse que celle du premier monde sous le " ministère des anges
", dont l’Insuffisance fut manifestée en ce que l’iniquité de l’homme
devint si grande que Dieu, dans sa colère et dans sa juste indignation,
détruisit la race entière qui vivait alors, à l’exception de huit personnes.
-Gen. 7:13. Durant le " présent monde mauvais " il fut permis à
l’homme de faire l’essai de se gouverner lui-même ; mais en raison de la chute
il passa sous la domination de Satan " le prince de ce monde ", et lutta
en vain contre ses intrigues et ses machinations secrètes pour conserver
l’empire sur soi-même durant la longue période qui s’étend depuis le déluge
jusqu’au temps présent. Cette tentative de l’homme de se gouverner lui-même
sous Satan se terminera dans le temps de la plus grande détresse que le monde
ait jamais connue. Et cela aura démontré non seulement l’impuissance des anges
pour sauver l’espèce humaine, mais aussi le peu de succès des propres efforts
de l’homme pour parvenir à une condition satisfaisante. La seconde de ces
grandes économies, B, est composée de trois âges différents, dont chacun est un
pas en avant, menant plus haut conformément au plan de Dieu. L’âge D fut celui
durant lequel les procédés spéciaux de Dieu concernèrent des patriarches qui
furent Abraham, Isaac et Jacob. L’âge E est l’âge judaïque, ou la période qui
suivit la
A245
mort de Jacob,
durant laquelle toute sa postérité fut traitée par Dieu comme sa charge
spéciale, " son peuple ". A ce peuple Dieu montra des grâces spéciales,
et déclara:- " Je n’ai connu (reconnu avec faveur) que vous d’entre toutes
les familles de la terre "( Amos 3:2). Comme nation, les Israélites
servirent de type à l’Eglise chrétienne, " la nation sainte, le peuple
acquis ". Les promesses qui leur furent faites furent les types de "
meilleures promesses " qui nous sont faites. Leur voyage à travers le
désert, vers la Terre promise, fut le symbole de notre voyage à travers le
désert du péché, vers la Canaan céleste. Leurs sacrifices les justifiaient typiquement
et non réellement ;" car Il est impossible que le sang des taureaux et des
boucs ôte les péchés "( Hébr. 10:4). Mais dans l’âge évangélique, F, nous
avons les " sacrifices plus excellents " qui opèrent la
réconciliation pour les péchés de tout le monde. Nous avons la "
sacrificature royale ", composée de tous ceux qui s’offrent eux-mêmes à
Dieu en " sacrifices vivants " saints et agréables par Jésus-Christ,
qui est le Prêtre en chef ou le " souverain sacrificateur que nous
professons "( Hébr. 3:1). Dans l’âge évangélique nous trouvons la réalité
de ce que l’âge judaïque, avec ses services et ses ordonnances, symbolisait ou
typifiait. -Hébr.10:1.
L’âge
évangélique, F, est la période durant laquelle les membres du corps de Christ
sont appelés hors du monde, et comme, par la foi, la couronne de vie et les
plus grandes et les plus précieuses promesses leur sont montrées, ils peuvent
par leur moyen [par l’obéissance envers l’appel et ses exigences] devenir
participants de la nature divine (2 Pierre l:4). Il est encore permis au mal de
régner sur le monde ou de le gouverner, afin que, à son contact, les membres du
Christ puissent être éprouvés, pour voir s’ils veulent renoncer à la nature
humaine avec ses biens et ses
A246
privilèges, -en
sacrifice vivant, -se conformant à l’exemple que leur donna Jésus mourant, afin
de pouvoir être considérés comme dignes de se réveiller à sa ressemblance, lors
de la résurrection. -Ps. 17:15. La troisième grande économie, C, sera composée
de plusieurs âges, - " les Ages à venir ". Le premier d’entre eux,
l’âge millénaire, G, est le seul sur lequel nous ayons quelques renseignements
formels. Ce sont les mille ans durant lesquels Christ régnera sur toutes les
familles de la terre, tout en les bénissant et en accomplissant de ce chef
" le rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par
la bouche de ses saints prophètes "( Actes 3:19-21). Durant cet âge, le
péché et la mort seront extirpés pour toujours ;" car il faut qu’il règne
jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui
sera détruit, c’est la mort, "- la mort adamique (1 Cor. 15:25, 26). Ce
sera la grande période de reconstruction. L’Eglise, l’épouse et le corps de
Jésus-Christ, sera alliée avec lui, comme il le promit en disant: " Celui
qui vaincra, je lui donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône, comme moi
j’ai vaincu et me suis assis avec mon père sur son trône. "- Apoc. 3:21.
Les " âges à venir ", H, qui suivent la grande période de
reconstruction, seront des âges de perfection, de béatitude et de prospérité.
Les Ecritures sont silencieuses à l’égard de ce qui s’y fera. Il suffit
jusqu’ici de savoir que ce seront des âges de gloire et de bénédiction sous la
grâce divine. Chacune de ces économies a ses saisons distinctes pour le
commencement et le développement de son oeuvre, et chacune se termine par une
moisson qui manifeste ses fruits. La moisson de la fin de l’âge judaïque fut
une période de quarante ans, qui s’étend depuis le commencement du ministère de
Jésus, lorsqu’il fut oint avec l’Esprit
A247
de Dieu (Act. l
0:37, 38), en l’an 29, jusqu’à la destruction de Jérusalem, en l’an 70. Dans
cette moisson l’âge judaïque finit et l’âge évangélique commence. Il y a
rencontre et superposition des deux âges-l’un empiétant sur l’autre-comme c’est
représenté dans le diagramme. Dans un certain sens l’âge judaïque finit,
lorsqu’à la fin des trois ans et demi de son ministère Jésus rejeta cette
nation, disant: " Voici, votre maison vous est laissée déserte "(
Matth. 23:38). Cependant les Juifs obtinrent encore trois ans et demi de faveur
de plus, en ce que l’appel de l’Evangile se borna encore aussi longtemps à eux,
et cela conformément à la déclaration du prophète (Dan.9:24-27) touchant les
soixante-dix semaines [d’années] de grâce envers eux, au milieu de la dernière
desquelles le Christ serait retranché [mourrait], mais " non pas pour soi
"." Christ est mort [non pas pour soi-même, mais] pour nos péchés
", ce qui causa la cessation du sacrifice et de l’oblation au milieu de la
semaine, -trois ans et demi avant l’expiration des soixante-dix semaines
conventionnelles de faveur judaïque. Il va de soi que lorsque le vrai sacrifice
fut accompli, le sacrifice typique n’avait plus sa raison d’être et ne pouvait
être reconnu plus longtemps par Jéhovah. Dans un sens plus large, l’âge des
Juifs se termina donc avec la fin de la soixante-dixième semaine, ou des trois
ans et demi après le crucifiement, -époque où l’Evangile fut aussi prêché aux
gentils, en commençant par Corneille (Act. 10:45). A ce moment, leur âge, leurs
faveurs particulières auprès de Dieu et leur considération d’église judaïque
prirent fin ; leur existence nationale se termina plus tard, dans le temps de
la grande détresse qui suivit. C’est dans cette période de la moisson judaïque
que se trouve le commencement de l’âge de l’Evangile. Le but de cet âge fut la
convocation, le développement et l’épreuve
A248
du "
Christ de Dieu "- Chef et corps. C’est la dispensation ou l’économie de
l’esprit; il est donc convenable de dire que l’âge évangélique commença par
l’onction de Jésus " du Saint-Esprit et de puissance "( Act. 10:38 ;
Luc 3:22 ; 4:1-18) à l’époque de son baptême. Mais pour ce qui concerne
l’Eglise, son corps, il ne commença que trois ans plus tard. Une époque de
" moisson " constitue également la période de la fin de l’âge de
l’Evangile, durant laquelle il y a de nouveau rencontre et superposition de
deux âges, -l’âge de l’Evangile se termine et l’âge futur du Millénium commence,
-les deux périodes au lieu de se succéder marchent un certain temps
parallèlement. L’âge de l’Evangile se clôt par époques, ainsi que son modèle ou
son " ombre ", l’âge judaïque. De même qu’à cette époque les premiers
sept ans furent consacrés dans un sens spécial à Israël, de même ici, nous
trouvons la mention de sept ans ayant la même signification et la même
importance pour l’Eglise évangélique, que doit suivre une période d’affliction
(" de feu ") sur le monde, comme punition de l’iniquité et comme
préparation du règne de justice:nous en dirons davantage plus tard.
Le sentier qui
conduit à la gloire.
K, L, M, N, P ,
R, représentent chacun des degrés différents. N est le degré ou la position de
la nature humaine parfaite. Adam était à ce degré avant de pécher, mais, dès le
moment de sa désobéissance, il tomba au degré de la dépravation et du péché R,
qui fut également, dès leur naissance, le sort de tous ses descendants. Cela
correspond au " chemin spacieux " de destruction. P représente le
degré de justification typique, effectuée par les sacrifices de la loi. Ce
n’était point une perfection réelle,
A249
" car la
loi n’a rien amené à la perfection ".- Hébr. 7:19.
N représente
non seulement le degré de perfection humaine, qu’occupait jadis l’homme
parfait, Adam, mais aussi la position de toute personne justifiée. "
Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures " et, par suite, tous
les croyants en Christ, tous ceux qui l’acceptent comme leur justificateur et
qui s’approprient par la foi son oeuvre parfaite et accomplie, sont regardés
par Dieu comme justifiés, comme des hommes parfaits, qui n’auraient jamais
péché. Aux yeux de Dieu, tous ceux qui acceptent Christ comme leur Rédempteur
sont considérés comme étant au degré de perfection humaine, N. C’est la seule
position par laquelle l’homme puisse s’approcher de Dieu, ou par laquelle il
puisse avoir quelque communication avec Dieu. Dieu nomme fils (fils humains)
tous ceux qui sont à ce degré. C’est dans ce sens qu’Adam fut un fils (Luc 3:38),
et eut communion avec Dieu avant d’avoir désobéi. Tous ceux qui acceptent
l’oeuvre accomplie de la rançon de Jésus notre Rédempteur sont regardés comme
rétablis dans la pureté première et sont en conséquence avec Dieu. Durant l’âge
de l’Evangile Dieu fait une offre spéciale aux êtres humains justifiés, leur
disant que sous certaines conditions ils peuvent changer de nature, qu’ils
peuvent cesser d’être des êtres humains terrestres pour devenir des êtres
spirituels célestes, comme Christ leur Rédempteur. Plusieurs croyants (des
personnes justifiées) se contentent de la joie et de la paix qu’ils possèdent
par la foi dans la rémission de leurs péchés ; ils ne font point attention à la
voix qui leur dit de monter plus haut:d’autres, émus de l’amour dont Dieu fait
preuve à leur égard en les rachetant du péché et sentant qu’ils n’appartiennent
point à eux-mêmes, mais à celui qui les racheta à un prix disent:
A250
Seigneur, que
veux-tu que je fasse ? A ceux-ci le Seigneur répond par Paul: " Je vous
exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un
sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte
raisonnable "( Rom. 12:1). Que veut dire l’apôtre par l’exhortation de
nous offrir en sacrifice vivant ? Il veut dire que nous devons consacrer chaque
faculté et chaque talent que nous possédons au service de Dieu, que désormais
nous ne vivions plus pour nous-mêmes, ni pour nos amis, ni pour notre famille,
ni pour le monde, ni pour aucune autre chose, mais pour celui qui nous a
rachetés par son propre sang précieux. Mais puisque Dieu n’accepte point de
sacrifices imparfaits ou qui aient des défauts, et que nous sommes tous devenus
des pécheurs par Adam, comment pouvons-nous être des sacrifices agréables ?
Paul montre que c’est seulement en étant saints que nous pouvons être des
sacrifices agréables:nous ne sommes point saints comme Jésus, qui n’a point
commis de péché, car nous sommes de la race condamnée ; ni même parce que nous
aurions réussi à atteindre une condition parfaite, car nous ne prétendons point
être parvenus déjà à cette perfection à laquelle nous sommes appelés ;"
mais nous avons ce trésor dans des vases de terre [fragiles et coulants], afin
que l’excellence de cette force [de notre perfectionnement définitif] soit de
Dieu [de sa grâce] et non pas de nous [de notre habileté] "( 2 Cor. 4:7).
Mais notre sainteté et notre admissibilité, comme sacrifices, viennent de ce
que Dieu nous a justifiés gratuitement de tous péchés par la foi dans le
sacrifice de Christ. Tous ceux qui apprécient cet appel et lui obéissent, se
réjouissent d’être trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de
Christ et ne regardent point aux choses visibles, mais aux choses invisibles, à
" la couronne de la
A251
vie
",-" le prix [du haut appel ou] de l’appel céleste [ou de la haute
vocation] de Dieu dans le Christ Jésus, " et à " la gloire à venir
qui doit être révélée en nous. " Tous ceux-là ne sont plus considérés
comme des hommes depuis le moment de leur consécration à Dieu, mais comme étant
engendrés de Dieu par la parole de la vérité, -ils ne sont plus des humains
désormais, mais des enfants spirituels. Ils sont maintenant d’un degré plus
près du salut, du prix, que lorsqu’ils avaient cru. Mais leur être spirituel
est encore imparfait ; ils sont seulement engendrés de l’Esprit et non pas
encore nés. Ils sont des enfants spirituels à l’état embryonnaire sur le degré
M, le degré de procréation spirituelle. Comme ils sont engendrés de l’Esprit,
ils ne sont plus considérés comme humains, mais comme spirituels ; car la
nature humaine, autrefois la leur, parce qu’elle a été justifiée, est
abandonnée maintenant, elle est considérée comme morte et acceptée par Dieu,
-ce sacrifice lui étant vivant, saint et agréable. Ils sont maintenant de
nouvelles créatures en Jésus-Christ: " Les choses vieilles [espérances,
volonté et ambitions humaines] sont passées ; voici, toutes choses sont
devenues nouvelles ";" or, vous n’êtes point en la chair, mais en
l’Esprit, si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous "( 2 Cor. 5:17 ;
Rom. 8:9). Si vous avez été engendrés de l’Esprit, " vous êtes [comme
êtres humains] morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. "- Col.
3:3. Le degré L représente la condition des êtres spirituels parfaits ; mais
avant que le degré L puisse être atteint, les conditions de notre alliance
doivent être exécutées. Faire alliance avec Dieu, vouloir être mort à toutes
choses terrestres, c’est bien:mais autre chose est de garder cette alliance à
travers toute notre carrière terrestre, -de " traiter durement son corps
"( de le mortifier), de perdre de vue sa propre volonté et d’accomplir
uniquement la
A252
volonté du
Seigneur. L’entrée au degré (ou sur la marche) L est appelée naissance, ou
pleine entrée dans la vie comme être spirituel. L’Eglise entière parviendra à
ce degré sitôt qu’elle sera rassemblée ou élue du monde dans la " moisson
" ou dans la fin de l’âge de l’Evangile. " Les morts en Christ
ressusciteront premièrement. " Puis nous, les vivants qui serons restés,
nous serons changés en un clin d’oeil, -transformés en êtres spirituels,
parfaits, avec des corps semblables au " corps glorieux " de Christ
(Phil. 3:21), car il faut que ce mortel revête l’immortalité. Alors, "
quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel [la condition de l’être
dans l’état embryonnaire avec les différents empêchements de la chair auxquels
nous sommes assujettis maintenant] disparaîtra ". Cependant, il y a encore
un pas de plus à faire, au delà de la perfection d’êtres spirituels, c’est
celui de la " gloire qui suivra ",- au degré K. Nous ne parlons point
ici d’une gloire de la personne, mais d’une gloire de puissance ou de position.
Parvenir au degré L, cela nous amène à la pleine gloire personnelle, c’est à
dire nous transforme en êtres glorieux semblables à Christ. Mais après être
ainsi perfectionnés et rendus entièrement semblables à notre Seigneur et Chef
nous serons aussi associés avec lui à la " gloire " de puissance et
de position, -il nous sera donné de nous asseoir sur son trône ; comme lui,
qui, après avoir été rendu parfait lors de sa résurrection, s’est assis à la
droite de la Majesté dans les lieux très hauts. De cette manière nous entrerons
dans la gloire éternelle, degré K. Etudions maintenant soigneusement la carte,
et notons ce qui éclaircit les diverses parties du plan de Dieu. Dans ce but
nous employons la figure d’une pyramide pour représenter la perfection, vu
qu’elle y répond fort bien et qu’évidemment les Ecritures s’y rapportent
souvent.
253
Adam était un
être parfait, voyez pyramide a ; remarquez sa position au degré N, qui
représente la perfection humaine. Sur le degré R, degré du péché et de
l’imperfection ou de la corruption, la pyramide tronquée ou la figure
imparfaite, b, représente Adam et ses descendants, -corrompus, dépravés et
condamnés. Abraham et d’autres personnages de cette époque, justifiés en
considération de la foi (c’est à dire regardés comme parfaits), sont
représentés par une pyramide (c} sur le degré N. Abraham était un membre de la
famille humaine dépravée et, de nature, il appartenait au degré R comme le
reste; mais Paul nous dit qu’Abraham fut justifié par la foi, c’est à dire qu’à
cause de sa foi Dieu estima qu’il était sans péché, qu’il était un homme
parfait. L’estimation de Dieu l’éleva au-dessus du monde des hommes pécheurs et
dépravés au degré N ; et quoique, en réalité, encore imparfait, il fut
transplanté dans la grâce ou la faveur qu’Adam avait perdues, c’ est à dire la
communion avec Dieu comme avec un " ami "( Jac. 2:23). Tous ceux qui
sont sur le degré de perfection (sans péché) N, sont des amis de Dieu, et Dieu
est leur ami ; mais les pécheurs (sur le degré R) sont dans l’inimitié contre
Dieu, - " ennemis par leurs mauvaises oeuvres ". Le monde après le
déluge, représenté par la figure d, resta sur le degré R, en inimitié, et il y
reste jusqu’à ce que l’Eglise de l’Evangile soit élue et que l’âge millénaire commence.
Durant l’âge judaïque, où les sacrifices typiques des taureaux et des boucs le
purifiaient (non réellement, mais typiquement), " parce que la loi n’a
rien amené à la perfection "( Hébr. 7:19) " l’Israël selon la chair
" était justifié d’une manière typique; nous plaçons donc ce peuple (e)
sur le degré P, position de justification typique, s’étendant de la
proclamation de la loi sur le mont Sinaï
254
jusqu’à son
abolition par Jésus qui la cloua à la croix. Là, la justification typique finit
par l’institution de " sacrifices plus excellents " que ceux des
types judaïques, sacrifices qui, en réalité, ôtent " les péchés du monde
", et qui réellement amènent " les assistants [ceux qui s’en
approchent] à la perfection ".- Hébr. 10:1. Le feu de l’épreuve et de
l’affliction par lequel l’Israël charnel passa, quand Jésus fut présent pour
l’examiner individuellement en amassant le froment (le blé), les "
véritables Israélites ", de son église de nom, -et spécialement pour
séparer le blé de la balle qui fut brûlé entièrement " la balle [ou la
paille, -la partie inutile de ce système] au feu [inextinguible] qui ne
s’éteint point ",- est illustré par la figure f. Ce fut un temps
d’affliction auquel ce peuple ne put échapper. -Voyez Luc 3:17, 21, 22 ; 1
Thess. 2:16. A l’âge de trente ans, à l’âge viril de l’homme fait, Jésus fut un
homme parfait (g). Ayant quitté la gloire de l’existence spirituelle il devint
homme, afin que par la grâce de Dieu il pût goûter la mort pour tous. La
justice de la loi de Dieu est absolue:oeil pour oeil, dent pour dent et vie
pour vie. Il était nécessaire qu’un homme parfait mourût pour l’humanité, parce
que les exigences de la justice ne pouvaient être remplies d’aucune autre
manière. La mort d’un ange ne pouvait pas plus payer le châtiment et libérer
l’homme que ne le pouvait la mort " des taureaux et des boucs ", qui
ne peut jamais ôter les péchés. C’est pourquoi, celui qui est appelé " le
commencement de la création de Dieu " est devenu homme, " a été fait
chair ", afin de pouvoir donner cette rançon (le prix correspondant) qui
rachèterait l’humanité. Il fallait qu’il fût un homme parfait, sans quoi il
n’aurait pu faire plus qu’un membre quelconque de la race déchue pour payer. le
prix. Il était " saint, innocent, sans souillure et
255
séparé des
pécheurs ". Il revêtit la même forme que celle des pécheurs et leur
ressembla-prenant " la forme de chair de péché "- la ressemblance
humaine. Mais il se revêtit de cette ressemblance dans sa perfection:il ne prit
point part au péché, ni à ses attraits, ni aux excitations résidant dans la
chair des hommes pécheurs, ni a leurs imperfections ; sauf que, durant son
ministère, il partagea volontairement les peines et les faiblesses de
quelques-uns, se chargeant de leurs douleurs et de leurs infirmités et leur
communiquant de sa vitalité, de sa santé et de ses forces, selon qu’il est
écrit: " Il s’est chargé véritablement de nos langueurs, et il a porté nos
douleurs "( Esaïe 53:4), et " il sortait de lui une vertu [force ou
vigueur] qui les guérissait tous. "- Matth. 8:16, 17 ; Marc 5:30 ; Luc
6:19. " Ayant paru comme homme (parfait), il s’est abaissé lui-même,
s’étant rendu obéissant jusqu’à la mort. " Il se présenta lui-même à Dieu,
disant: " Voici, je viens (dans le rouleau du livre, il est question de
moi), ô Dieu, pour faire ta volonté ",- et symbolisa cette consécration
par un baptême dans l’eau. En se présentant ainsi, consacrant son être, son
sacrifice fut saint (pur) et agréable à Dieu, qui démontra son acceptation en
le comblant d’Esprit et de puissance, -lorsque le Saint-Esprit descendit sur
lui et que de cette manière il fut oint. Cette réception de l’esprit fut sa
procréation à une nouvelle nature, à la divine, qui devait se développer
entièrement ou naître lorsqu’il aurait pleinement accompli son sacrifice-le
sacrifice de la nature humaine. Cet engendrement fut un pas l’élevant au-dessus
de la condition humaine, il est représenté par la pyramide h, au degré M,
position de ceux qui sont engendrés spirituellement. Jésus passa trois ans et
demi de sa vie sur ce degré, -jusqu’à ce que son existence humaine se terminât
à la croix. Puis, après avoir été mort trois jours, il fut réveillé à la vie, à
la
256
perfection d’un
être spirituel (i, degré L) -né de l’Esprit- " le premier-né d’entre les
morts "." Ce qui est né de l’Esprit est esprit. " Par conséquent
Jésus fut un esprit (un être spirituel) lors de sa résurrection, et l’est pour
toujours, et n’est plus, en aucun sens, un être humain. Il est vrai qu’après sa
résurrection, Jésus avait la puissance d’apparaître sous la forme humaine et
qu’il apparut ainsi, afin de pouvoir instruire ses disciples et leur prouver
qu’il n’était plus mort ; mais il n’était plus homme et n’était plus entravé
par les liens de la nature humaine, il pouvait aller et venir comme il le
voulait (même quand les portes étaient fermées), et personne ne pouvait dire
d’où il venait ni où il allait. " Il en est ainsi de tout homme qui est né
de l’Esprit. "- Jean 3:8 ; comparez 20:19-26. Depuis le moment où il se
consacra en sacrifice, à l’époque de son baptême, ce qui était humain en lui
fut considéré comme mort, -et c’est là que la nouvelle nature fut regardée
comme ayant commencé. elle se compléta à la résurrection, quand il atteignit le
degré spirituel parfait, L, -et ressuscita corps spirituel. Quarante jours
après sa résurrection, Jésus s’assit à la droite de la Majesté dans les lieux
très hauts, -sur le degré de la gloire divine, K (pyramide K). Durant l’âge de
l’Evangile il a été dans la gloire (l), " s’asseyant avec le Père sur son
trône ", et il a été durant tout ce temps le chef de l’Eglise sur la
terre, -la guidant et la dirigeant. Durant l’âge évangélique entier, l’Eglise a
été en progrès de développement, de discipline et d’épreuve, afin que, à la
clôture ou à la moisson de cet âge, elle devienne l’épouse et la cohéritière du
Christ. C’est pour cela qu’elle participe à ses souffrances, afin qu’elle
puisse aussi être glorifiée avec lui (degré K), quand le temps convenable sera
venu. Les degrés que l’Eglise doit parcourir jusqu’à sa glorification sont les
mêmes que ceux de son Seigneur et
257
conducteur qui
" nous laissa un exemple afin que nous suivions ses traces ", avec
cette différence que l’Eglise sort d’une position inférieure. Comme nous
l’avons vu, notre Seigneur vint au monde au degré de perfection humaine, N,
tandis que nous tous, de la race adamique, nous sommes à un degré inférieur, R,
-le degré du péché, de l’imperfection et de l’inimitié contre Dieu. Nous devons
donc d’abord être justifiés et parvenir ainsi au degré N. Comment cela
s’accomplit-il ? Est-ce par les bonnes oeuvres ? Non ! Des pécheurs ne peuvent
accomplir de bonnes oeuvres. Nous ne pourrions nous recommander nous-mêmes à
Dieu, c’est pourquoi " Dieu prouve son amour envers nous en ce que,
lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous "( Rom.
5:8). Ainsi la condition grâce à laquelle nous arrivons à la justification ou à
l’humanité parfaite, est que Christ mourut pour nos péchés, qu’il nous racheta
et que " par la foi en son sang " il nous rétablit au degré de
perfection, duquel nous tombâmes en Adam. " Nous sommes justifiés [élevés
au degré N] par la foi ". Et " étant donc justifiés par la foi, nous
avons la paix avec Dieu "( Rom. 5:1), et nous ne sommes plus considérés
par Dieu comme des ennemis, mais comme des fils humains, justifiés, au même
degré qu’Adam et Jésus le furent, sauf que ceux-ci furent parfaits en réalité,
tandis que nous sommes simplement considérés comme tels par Dieu. Nous nous
approprions cette justification, par la foi dans la parole de Dieu, qui dit:
" Vous avez été rachetés "," délivrés "," justifiés de
toutes les choses "," justifiés gratuitement ". Aux yeux de Dieu
nous sommes irréprochables, sans tache et saints dans la robe de la justice de
Christ qui nous est imputer par la foi. Il se laissa imputer nos péchés, afin
de porter notre châtiment pour nous ; et il mourut pour nous, comme s’il eût
été le pécheur. Conséquemment sa justice est imputée à
258
tous ceux qui
acceptent sa Rédemption, et avec elle tous les droits et tous les biens
possédés avant l’entrée du péché. Elle nous rétablit dans la vie et nous met en
rapport avec Dieu. Nous pouvons jouir sur le champ de cette communion par la
foi, -et nous savons qu’une communion plus parfaite encore ainsi que la vie et
la joie, nous sont assurées au " propre temps " de Dieu. Mais
n’oublions pas que la justification, toute précieuse qu’elle est, ne change
aucunement notre nature:(1) Nous restons des êtres humains. Nous sommes sauvés
de l’état pitoyable du péché et de l’éloignement de Dieu, et au lieu de
pécheurs humains nous sommes des fils humains; et maintenant, parce que nous
sommes des fils, Dieu nous parle comme à des fils. Durant l’âge de l’Evangile,
il appela le " petit troupeau " de " cohéritiers ", disant:
" Mon fils, donne-moi ton coeur ", c’est à dire donnez-vous
vous-mêmes, donnez-moi toutes vos forces, votre volonté, vos talents et tout
votre être à moi, de même que Christ, qui vous a laissé un exemple ; et je vous
ferai fils à un degré plus élevé que celui de l’humanité. Je vous changerai en
fils spirituels, avec des corps spirituels semblables à celui de Jésus
ressuscité-qui est l’image empreinte de la substance du père. Si vous renoncez
à toutes les ambitions, les visées, les espérances terrestres, etc., si vous
vous consacrez entièrement, en employant votre nature humaine tout à fait à mon
service, je vous donnerai une nature plus élevée que celle du reste de votre
race ; je vous ferai " participants de la nature divine ","
héritiers de Dieu et
——
(1} Le mot
nature est mal employé lorsqu’on dit d’un homme qu’il est d’un mauvais naturel.
Au sens strict, aucun homme n’est mauvais de nature . La nature humaine est
" très bonne ;" elle est une image terrestre de la nature divine.
Ainsi, chaque homme est bon de nature ; la difficulté est en ce que cette
nature s’est corrompue. C’est donc contre la nature d’un homme d’être méchant,
brutal, etc., et c’est naturel et divin d’être bon. C’est dans ce sens originel
que nous employons le mot nature ci-dessus. Nous sommes justifiés par Christ à
un plein recouvrement de tous les privilèges et de toutes les bénédictions de
notre nature humaine-l’image terrestre de Dieu.
A259
cohéritiers de
Christ ; si toutefois vous souffrez avec lui, afin que vous soyez aussi
glorifiés avec lui. " Celui qui apprécie à sa juste valeur le prix qui
nous est offert dans l’Evangile rejette avec plaisir " tout fardeau "
et court avec patience ou " poursuit constamment la course qui nous est
proposée ", afin d’obtenir cette récompense. Nos oeuvres ne sont pas
destinées à nous justifier. Notre Seigneur Jésus a accompli toute oeuvre qui
était nécessaire, et si nous acceptons par la foi son oeuvre accomplie, nous
sommes justifiés, élevés au degré N. Mais, si nous allons plus loin, nous
disons que cette élévation ne va pas sans les oeuvres. Evidemment, il ne faut
pas perdre la foi, sans cela nous perdrions aussi notre justification, mais si,
une fois justifiés, nous restons dans la foi, nous sommes capables (au moyen de
la grâce dont nous avons été dotés lors de notre procréation par l’Esprit) de
faire des oeuvres et de porter des fruits agréables à Dieu. Et Dieu s’attend à
cela de notre part; car c’est le sacrifice que nous avons convenu d’accomplir.
Dieu s’attend à ce que nous prouvions que nous savons apprécier le grand prix
en offrant tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes ; non à l’homme,
mais à Dieu-en sacrifice saint et agréable par Christ-comme notre culte
raisonnable. Si nous lui remettons toutes ces choses, nous Disons:seigneur,
comment veux-tu que je te remette ma vie, mon temps, mes talents, mon
influence, etc. ? Puis, si nous cherchons dans la Parole la réponse, nous
entendons sa voix qui nous enseigne à donner tout ce que nous avons, comme le
fit Jésus lui-même, en faisant du bien à tout homme, suivant l’occasion qui se
présente, principalement aux gens de la foi, -leur servant de la nourriture
spirituelle ou naturelle, les revêtant de la justice de Christ ou de vêtements
terrestres, d’après notre capacité et d’après leurs besoins. Ayant tout
consacré, nous sommes engendrés
260
de l’Esprit,
nous avons atteint le degré M. et maintenant, si nous nous servons de la force
qui nous a été donnée, nous pouvons accomplir toute notre alliance et sortir
victorieux, oui même plus que vainqueurs, par la vertu et l’esprit de celui qui
nous a aimés et nous a rachetés par son propre sang précieux. Mais en suivant
ainsi les traces de Jésus,
" Au repos
content ne t’adonne, Ni ne te crois victorieux ; Tu n’es certain de la
couronne, Qu’après le combat glorieux. "
La couronne
sera remportée quand semblables à notre fidèle frère Paul, nous aurons combattu
le bon combat et achevé la course, pas avant. Jusque-là la flamme et l’encens
de notre sacrifice, qui est notre oeuvre et notre service, doivent monter
journellement, comme un sacrifice de bonne odeur devant Dieu, et agréable par
Jésus-Christ notre Seigneur. Les membres de cette classe de vainqueurs qui
" dorment " seront ressuscités comme êtres spirituels au degré L, et
ceux de la même classe qui vivront et resteront jusqu’à la venue (grec,
parousia présence) du Seigneur, seront " changés " ou transmués au
même degré d’êtres spirituels et ne " dormiront " pas même un moment,
quoique ce " changement " nécessite la dissolution du corps
terrestre. Ils ne seront plus des êtres faibles terrestres, mortels et
corruptibles, mais ils seront alors pleinement nés de l’Esprit-des êtres
célestes, spirituels, incorruptibles et immortels. -1 Cor. 15:44, 52. Nous ne
savons pas combien de temps après leur " changement " ou
perfectionnement en êtres spirituels (degré L), ceux-ci, comme une troupe
entière et complète, seront glorifiés (au degré K) avec le Seigneur (comme
A261
l’Eglise
triomphante), et unis avec lui en puissance et en grande gloire. Cette union et
cette pleine glorification du corps entier de Christ avec le Chef sont, selon
notre compréhension, les " noces de l’Agneau " avec son épouse, quand
elle entrera entièrement dans la joie de son Seigneur. Regardez de nouveau sur
la carte, -n, m, p, q, sont quatre classes distinctes qui représentent ensemble
l’Eglise évangélique de nom, et prétendent être, dans leur totalité, le corps
du Christ. Les deux classes n et m sont sur le degré M, -degré de ceux qui sont
engendrés spirituellement. Ces deux classes ont existé durant l’âge entier de
l’Evangile ; toutes deux ont conclu avec Dieu un traité d’après lequel elles
deviendraient des sacrifices vivants ; toutes deux ont été " rendues
agréables en son Bien-aimé " et engendrées de l’esprit comme "
nouvelles créatures ". La différence entre elles consiste en ce que n
représente ceux qui sont fidèles à ce traité et qui sont morts avec Christ à la
volonté terrestre, aux ambitions et aux passions humaines, tandis que m représente
la plus grande troupe des croyants engendrés de l’Eprit" mais qui, hélas !
reculent tremblants devant la pleine exécution de leur alliance. La classe n
est la classe des vainqueurs, l’épouse du Christ, qui s’assiéra avec le
Seigneur sur son trône en grande gloire (degré K). C’est le " petit
troupeau ", auquel il plaît au Père de donner le royaume (Luc 12:32). Les
membres de la classe m tremblent devant la mort de la volonté humaine, mais
Dieu les aime encore, aussi les amènera-t-il par la voie de la détresse et de
l’affliction au degré L, le degré de perfection spirituelle. Ils auront perdu
le droit au degré K, parce qu’ils ne sont pas des vainqueurs. Si nous estimons
l’amour de notre Père, si nous tenons à l’approbation de notre Seigneur, si
nous désirons devenir des membres de son corps, son Epouse, et nous
A262
Asseoir sur son
trône, il faut que nous accomplissions fidèlement et volontairement notre
sacrifice d’alliance. La majorité des membres de l’Eglise nominale est
représentée par la section p. Remarquez qu’ils ne sont pas sur le degré M, mais
sur le degré N:ils sont justifiés, mais non sanctifiés. Ils ne sont pas
entièrement consacrés à Dieu et ne sont pas, par conséquent, engendrés comme
êtres spirituels. Ils sont toutefois plus haut que le monde parce qu’ils
acceptent Jésus comme leur Rédempteur pour le péché ; mais ils n’ont pas
accepté l’appel céleste de cet âge qui les invitait à devenir membres de la
famille spirituelle de Dieu. S’ils continuent dans la foi et se soumettent
complètement aux justes lois du royaume de Christ, ils parviendront finalement,
dans le Rétablissement, à la ressemblance de l’homme parfait, terrestre-Adam.
Ils recouvreront complètement tout ce qui fut perdu par ce dernier. Ils
atteindront la même perfection humaine, mentale, morale et physique, et seront
de nouveau à l’image de Dieu, comme le fut Adam ; car ils ont été rachetés pour
cela. Et leur position de justification, degré N, comme de ceux qui entendirent
parler du salut par Christ et y crurent, est une bénédiction spéciale dont ils
jouissent, par la foi, un peu plus tôt que le monde en général-car, dans le
Millénium, tous parviendront à cette connaissance de la justification par la
foi. Ils auront eu, au moins, l’avantage d’avoir fait de bonne heure quelques pas
et quelques progrès dans la bonne direction. Mais la classe p ne met pas à
profit l’utilité réelle de la justification dans le temps présent, qui est
accordée dans le but spécial d’en mettre un certain nombre à même de faire le
sacrifice agréable, et de devenir la classe n comme membres du " corps de
Christ ". Ceux de la classe p reçoivent la " grâce [justification] de
Dieu en vain "( 2 Cor. 6:1) :ils manquent de l’utiliser pour aller de
l’avant dans la sanctification et se
A263
présenter
eux-mêmes en sacrifices agréables, durant ce temps où Dieu accepte les
sacrifices. Bien qu’ils ne soient pas des " saints ", ni des membres
du " corps " consacré, l’apôtre les appelle " frères "(
Rom. 12:1). C’est dans ce même sens que la race entière, une fois rétablie,
sera composée pour toujours de frères du Christ et d’enfants de Dieu, quoique
d’une nature différente. Dieu est le Père de tous ceux qui sont en harmonie
avec lui, peu importe leur nature et le degré qu’ils occupent. La section q,
au-dessous du degré N, représente une autre classe unie à l’Eglise nominale,
dont les membres ne crurent jamais en Jésus comme le sacrifice pour leurs
péchés, et qui, par conséquent, ne sont pas justifiés, ne sont pas sur le degré
N. Ce sont " les loups en habits de brebis ", ils se nomment
cependant chrétiens et sont regardés comme des membres de l’Eglise professante.
Ce ne sont point de vrais croyants en Christ comme leur Rédempteur ; ils
appartiennent au degré R ; ils font partie du monde et ne sont pas à leur place
dans l’Eglise, ils lui font plutôt un grand tort et lui causent des dégâts.
C’est dans cette condition mêlée, avec ces diverses classes confondues, n, m, p
et q, dont les membres se nomment tous chrétiens, que l’Eglise a subsisté à
travers l’âge de l’Evangile. Notre Seigneur l’a prédit, ainsi en fut-il. Le
royaume [nominal] des cieux [l’Eglise nominale] a été semblable à un champ
parsemé de blé et d’ivraie:- " Laissez croître ensemble l’un et l’autre
jusqu’à la moisson, dit-il, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux
moissonneurs [" aux anges ", aux messagers] :Arrachez d’abord
l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon
grenier. "- Matth. 13:24-42. Ces paroles de notre Seigneur nous montrent
que s’il a voulu que les deux classes croissent ensemble durant l’âge de
l’Evangile et soient reconnues comme membres
A264
de l’Eglise
pratiquante, il a aussi résolu qu’un temps de séparation entre ces différents
éléments vienne, où ceux qui forment vraiment l’Eglise, les saints (n)
approuvés de Dieu et lui appartenant, se manifesteront. -Matth. 13:39.
Durant l’âge de
l’Evangile la bonne semence crût ainsi que l’ivraie ou l’erreur. " La
bonne semence, ce sont les fils du royaume ", les enfants spirituels,
classes n et m, mais l’ivraie, ce " sont les fils du malin ". Toute
la classe q et plusieurs de la classe p sont donc de " l’ivraie ;"
car " nul ne peut servir deux maîtres ", et " vous êtes esclaves
de celui à qui vous obéissez ". Comme ceux de la classe p ne consacrent
point leur service et leurs talents au Seigneur qui les racheta-un service raisonnable-ils
emploient sans doute une grande partie de leur temps et de leurs talents en
opposition réelle à Dieu, et partant au service de l’ennemi. Remarquez
maintenant sur la carte " l’époque de la moisson " ou la fin de l’âge
évangélique:remarquez les deux parties en lesquelles elle est divisée, -7 ans
et 33 ans, le symbole ou l’époque parallèle exacte de la moisson de l’âge
judaïque. Cette moisson, semblable à celle de l’âge judaïque est, en premier
lieu, un temps d’épreuve et d’inspection ou de criblage pour l’Eglise, ensuite,
un temps de colère et d’effusion des " sept dernières plaies sur le monde,
y compris l’Eglise nominale. L’Eglise judaïque était " l’ombre " ou
le modèle au point de vue charnel de tout ce dont l’Eglise évangélique jouit
sous le rapport spirituel. Ce qui tria Israël selon la chair dans la moisson de
leur âge, ce fut la Vérité qui lui fut présentée à l’époque de sa
visitation. La vérité alors arrivée à
maturité fut la faucille qui sépara les " vrais Israélites " de
l’Eglise judaïque nominale ; et le vrai froment n’était qu’un petit fragment en
comparaison
A265
de ceux qui
faisaient profession de lui appartenir. Il en est de même de la moisson de cet
âge, la moisson de l’âge évangélique, semblable à celle de l’âge judaïque, est
sous la surveillance du moissonneur en chef, notre Seigneur Jésus qui, alors,
sera présent (Apoc. 14:14). La première oeuvre de notre Seigneur dans la
moisson de cet âge, sera de séparer le vrai du faux. Le Seigneur nomme l’Eglise
nominale " Babylone "( confusion), à cause de sa condition mixte ; et
la moisson est l’époque de la séparation des différentes classes dans l’Eglise
nominale, de la maturation et du perfectionnement de la classe n. Le blé sera
séparé de l’ivraie, et le blé mûr de celui qui n’est pas mûr, etc. Ceux de la
classe n sont des " prémices " du blé et après avoir été séparés, ils
seront en leur temps l’épouse de Christ et lui seront semblables à toujours. La
séparation de ce petit troupeau d’avec Babylone est indiquée par la figure s.
L’Eglise est sur le point de devenir une avec le Seigneur, de porter son nom et
de participer à sa gloire. Le Christ (Chef et corps) glorifié est représenté
par le w. Les figures t, u et v représentent Babylone (l’Eglise de nom), qui
tombe en pièces durant le " temps de trouble " dans " le jour du
Seigneur. " Quoique cela puisse paraître effroyable, c’est en réalité au
grand avantage pour tout le vrai froment. Babylone s’écroule parce qu’elle
n’est point ce qu’elle feint d’être. L’Eglise de nom contient beaucoup
d’hypocrites qui se sont joints à elle à cause de sa position honorable aux
yeux du monde et qui ont rendu Babylone puante devant le monde. Le Seigneur
connaissait toujours son vrai caractère, mais, conformément à sa résolution, il
la laissa ainsi jusqu’à la moisson, quand il doit cueillir [lier en faisceaux],
dans son royaume [la vraie Eglise], tous les scandales et ceux qui commettent
l’iniquité, et les jeter dans la fournaise ardente [d’affliction, pour la
destruction de leur système nominal
A266
et de leur
fausse profession] : " Alors les justes [la classe n] reluiront comme le
soleil dans le royaume de leur père. (Matth. 13. 41-43). La détresse qui va
s’abattre sur l’Eglise provient, dans une large mesure, de l’accroissement de
l’incrédulité et des diverses sortes de spiritisme [croyance aux manifestations
des morts]. Ce sera une sévère épreuve pour Babylone, qui célèbre tant de
doctrines contraires à la parole de Dieu. et, comme dans la moisson de l’âge
judaïque, la croix de Christ fut une pierre d’achoppement pour le Juif avide de
gloire et de puissance, et une folie pour le Grec sage selon le monde, il en
sera de même dans la moisson de l’âge évangélique, la croix sera de nouveau la
pierre d’achoppement et le rocher de scandale. Celui qui a bâti sa foi en
Christ s’appuyant sur autre chose que l’or, l’argent et les pierres précieuses
des vérités divines, se trouvera lui-même douloureusement affligé durant le
temps de colère et de fureur ; car tout le bois, le foin et chaume des
traditions humaines, sera consumé. Ceux qui ont bâti avec de l’or, et qui,
conséquemment, furent séparés de Babylone, sont représentés par la figure s,
tandis que t représente la " grande multitude " engendrée de
l’esprit, mais qui a bâti avec du bois, du foin et du chaume, -du blé, qui au
temps de la cueillette des prémices, s, n’était pas encore arrivé à maturité.
Quand à la classe t, elle perd le prix du trône et de la nature divine, mais
elle parviendra finalement à la naissance de l’être spirituel, d’un ordre
inférieur à la nature divine. Il est vrai que ce sont des croyants consacrés,
mais ils sont envahis à tel point par l’esprit mondain, qu’ils oublient de
donner leur vie en sacrifice. Oui, " à l’époque [même] de la moisson
" quand les membres vivants de l’Epouse auront été séparés de l’Eglise
nominale, les autres croyants, y compris ceux de la classe t, seront lents à
prêter l’oreille à la vérité, qui agira comme principe de séparation. Ils
seront lents à
A267
croire et lents
à agir dans ce temps de séparation. Ils seront, il n’y a pas de doute,
fortement consternés lorsque, dans la suite, ils reconnaîtront que l’Epouse est
complétée et unie avec le Seigneur, et qu’ils ont perdu le grand prix pour
avoir été par trop indifférents et mondains; mais la beauté du plan de Dieu
qu’alors ils commenceront à discerner comme étant un plan d’amour, pour eux et
pour tout le monde, calmera rapidement leur chagrin, et avec des cris de joie,
ils s’écrieront: " Alléluia ! Car il règne le Seigneur notre Dieu, le
Tout-Puissant. Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse, et donnons-lui
gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues et son épouse s’est préparée
"( Apoc. 19:6, 7). Remarquez, aussi, les amples provisions du Seigneur:le
message leur est apporté:-Quoique vous ne soyez pas l’Epouse de l’Agneau, vous
pouvez être présents au festin des noces. - " Bienheureux ceux qui sont
appelés au banquet des noces de l’Agneau !" Grâce aux châtiments du
Seigneur, ceux qui composent cette multitude comprendront, au temps voulu, le
plan divin et s’y conformeront entièrement ; ils laveront leurs robes afin
d’atteindre en dernier lieu la position y, le degré spirituel L, -le plus
rapproché de l’Epouse. -Apoc.7:14, 15. Le temps de détresse, en ce qui concerne
!e monde, viendra après que Babylone aura commencé à tomber et à se dissoudre.
Ce sera un bouleversement de toute la société et de tous les gouvernements
humains, pour préparer le monde au règne de justice. Durant le temps de
détresse, S, Israël selon la chair (e), qui a été coupé de l’olivier franc
jusqu’à ce que la plénitude des gentils soit entrée, sera rétabli dans la grâce
de Dieu, et l’Eglise chrétienne, ou l’Israël spirituel, sera complétée et
glorifiée. Durant l’âge du Millénium, Israël sera la principale nation de la
terre, en tête de toutes sur le degré terrestre N ; et
A268
tous les
justifiés s’uniront insensiblement et harmonieusement avec elle. Son
rétablissement à la perfection de la nature humaine, comme aussi celui du monde
en général, s’accomplira peu à peu et exigera l’âge entier du Millénium pour
son plein accomplissement. Durant ces mille ans du règne de Christ, la mort
adamique sera engloutie ou détruite. Ses diverses figures-maladies, douleurs et
faiblesses ainsi que la tombe-fléchiront devant la puissance du grand
Restaurateur jusqu’à ce que, à la fin de cet âge, la grande pyramide de notre
carte soit complète. Le Christ (x) sera le chef de toutes choses, de la grande
multitude, des anges et des hommes, le plus proche du père ; le plus proche,
d’après le rang sera la " grande troupe " d’êtres spirituels (y) et
ensuite les anges ; puis viendra Israël selon la chair (z), mais seulement les
vrais Israélites, à la tête des nations de la terre ; et finalement le monde
d’hommes (w) rétablis dans la perfection d’existence semblable à Adam, le chef
de la race humaine, avant qu’il péchât. Ce rétablissement s’accomplira
graduellement durant le Millénium-les " temps du rétablissement "(
Act.. 3:21). Il y en aura, toutefois, qui seront exterminés du milieu du peuple
; premièrement ceux qui après avoir eu, cent ans durant, pleine occasion et
pleine lumière, refuseront de faire des progrès vers la justice et la
perfection (Esaïe 65:20) ; et secondement, ceux qui, ayant fait des progrès en
perfection, se montreront néanmoins déloyaux et infidèles lors de l’épreuve finale,
lors de la clôture de l’âge millénaire (Apoc. 20:9). Ceux-là mourront de la
seconde mort de laquelle aucune résurrection ni aucun rétablissement ne les
fera revenir. Une seule pleine épreuve individuelle est prévue. Une seule
rançon est à jamais donnée. Christ ne meurt plus jamais. Si nous contemplons le
glorieux plan de notre père qui
A269
est
l’exaltation de l’Eglise et la bénédiction d’Israël et de toutes les familles
de la terre par elle, au moyen d’un rétablissement de toutes choses, l’hymne des
anges nous revient en mémoire: " Gloire soit à Dieu au plus haut des cieux
! Paix sur la terre ! Bonne volonté envers les hommes !"" Réunir
toutes choses en Christ, " tel sera l’achèvement du plan de Dieu. Qui dira
alors que le plan de Dieu fut un projet manqué ? Qui dira alors qu’il n’a pas
dirigé le mal de sorte qu’il en résulte finalement du bien et que la fureur de
l’homme et des démons tourne à sa louange ?- Ps. 76:11. La figure d’une
pyramide répond non seulement fort bien à l’illustration des êtres parfaits,
mais elle sert encore à montrer l’unité de la création tout entière, telle que
dans l’accomplissement du plan de Dieu elle sera une ; lorsque la perfection et
l’harmonie de toutes choses seront atteintes sous la direction du Christ, le
chef, non seulement de l’Eglise qui est son corps, mais aussi de toutes les
choses dans le ciel et sur la terre. -Eph. 1:10. Jésus-Christ fut le "
commencement ", la " tête ", la " pierre de sommet ",
la " principale pierre de l’angle " de cette grandiose structure,
qui, jusqu’ici, n’est que commencée ; et chaque pierre au-dessous doit y être
édifiée en conformité exacte avec les lignes et les angles de la pierre
angulaire. Peu importe combien de sortes de pierres il y a dans ce bâtiment,
peu importe combien de natures différentes, terrestres et célestes, se trouvent
parmi les fils de Dieu ; il faut que tous se conforment à l’image de son Fils
pour lui être éternellement agréables. Tous ceux qui veulent entrer dans cet
édifice doivent participer à l’esprit d’obéissance et d’amour envers Dieu et
envers toutes ses créatures (manifesté d’une manière si sublime en Jésus),
l’accomplissement de la Loi:tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur,
de toute ton âme, de toute ta
A270
force et de
toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même.
Dans le cours
du développement de cette réunion de toutes choses terrestres et célestes sous
un chef (ainsi que la parole de Dieu en donne un aperçu), Jésus-Christ, le
chef, fut choisi le premier ; deuxièmement, l’Eglise qui est son corps.
Viennent ensuite les anges et d’autres classes spirituelles ; puis les grands
hommes ou l’élite d’Israël et le monde. en commençant par le plus élevé,
l’incorporation y continue jusqu’à ce que tous ceux qui le veulent aient été
amenés en unité et en harmonie. Il peut paraître singulier que cette précieuse
pierre du sommet, pierre angulaire et éprouvée, soit posée la première et
qu’elle soit appelée la pierre fondamentale. Cela illustre le fait que le
fondement de toute espérance en Dieu et en la justice, n’est pas posé sur la
terre, mais dans les cieux. et ceux qui s’édifient là-dessous et s’unissent à
ce fondement céleste, sont soutenus par des attractions et des lois célestes.
Et quoique cette règle soit tout le contraire de celle des édifices terrestres,
n’est-il pas infiniment plus convenable que la pierre, à l’image de laquelle
toute la structure doit être fondée, soit posée la première ? Il convient aussi
que Jésus, le fondement, soit posé en haut et non en bas ; et que nous, pierres
vivantes, soyons édifiés en lui pour toutes choses. C’est de cette manière que
l’oeuvre progressera durant l’âge millénaire jusqu’à ce que toute créature de
toute nature, au ciel et sur la terre, loue et serve Dieu, et cela conformément
à la règle de parfaite obéissance. L’univers sera alors purifié, car " il
arrivera que toute personne qui n’aura point écouté ce prophète [dans ce
jour-là], sera exterminée d’entre le peuple-dans la seconde mort. -Act. 3:23.
A271
Le Tabernacle
dans le désert.
Le même
enseignement qui nous est exposé dans la " carte des âges " est aussi
donné ici dans ce type divinement construit, dont la signification sera
examinée plus à fond par la suite. Nous le plaçons à côté afin qu’on remarque
bien que les divers degrés ou " pas " jusqu’au lieu très saint (ou
saint des saints), dont nous venons d’examiner les détails, y sont aussi
enseignés. Hors du parvis du tabernacle se trouve le monde entier, plongé dans
le péché, sur le degré de dépravation R. En entrant par " la porte "
dans " le parvis " nous devenons des croyants et nous occupons le
degré de justification, N. Ceux qui vont de l’avant dans la consécration
marchent vers la porte du tabernacle, et, en y entrant (degré M), deviennent
prêtres. Ils sont fortifiés par les " pains de proposition " et
illuminés par le " chandelier " et sont mis à même d’offrir des
encens agréables à Dieu par Jésus-Christ auprès de " l’autel d’or. "
Finalement, dans la première résurrection, ils entrent dans la condition spirituelle,
dans le " saint des saints "( degré L), où ils sont alors unis avec
Jésus dans la gloire du royaume, degré K.
Chapitre
XIII—LES ROYAUMES DE CE MONDE
A272
L’empire
originel. -Sa déchéance. -Sa Rédemption et sa restauration. -Le royaume typique
de Dieu. -L’usurpateur. -Deux domaines de la domination actuelle. -Les
autorités qui existent ont été instituées de Dieu. -La vision de Nébucadnetsar.
-La vision de Daniel et son interprétation. -Les royaumes de ce monde envisagés
à un autre point de vue. -Les rapports particuliers de l’Eglise avec les
gouvernements actuels. -Le droit divin des rois brièvement examiné.
-Prétentions non fondées de la chrétienté. -Le cinquième Empire Universel
renferme une meilleure espérance.
Dans le premier
chapitre de la Révélation divine, Dieu déclare ainsi son dessein au sujet de sa
création terrestre et de son gouvernement: " Faisons l’homme à notre
image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer,
sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les
reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à
l’image de Dieu, il les créa mâle et femelle. Dieu les bénit et Dieu leur
Dit:soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l’assujettissez.: et
dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal
qui se meut sur la terre. " C’est ainsi que le gouvernement de la terre
fut placé dans les mains de la race humaine, qui était représentée dans le
premier homme Adam ; comme ce dernier était partait, il fut tout à fait propre
à être le seigneur, le dominateur ou le roi de la terre. L’ordre de se
multiplier, de
A273
remplir la
terre, de se l’assujettir et de régner. sur elle n’était point seulement pour
Adam, mais pour toute l’humanité: " qu’ils dominent ", etc. (trad.
litt.) Si le genre humain était resté parfait et sans péché, le gouvernement ne
serait jamais échappé de ses mains. On remarquera que, dans cet ordre, il ne
fut donné à aucun homme le droit de la domination ou de l’autorité sur son
semblable ; mais l’empire sur la terre, le pouvoir de cultiver et d’utiliser
ses produits pour le bien commun, furent donnés à la race entière. Ce ne furent
pas seulement ses richesses minérales et végétales qui furent mises à la
disposition et au service de l’homme, mais aussi toute la variété de la vie
animale. Si la race était restée parfaite et se fût conformée à cette intention
originelle du Créateur, son nombre croissant aurait exigé que les hommes se
consultassent entre eux, afin de combiner leurs efforts systématiquement, et de
chercher des voies et des moyens pour la juste et sage distribution des biens
communs. Et comme dans le cours des temps il eût été impossible, à cause de
leur nombre considérable, que tous se rassemblent pour se consulter, il aurait
été nécessaire aux diverses classes d’hommes d’en élire quelques-uns pour
représenter la totalité ; ces représentants auraient exposé les sentiments
communs de tous et auraient agi pour eux. Et si tous les hommes avaient été
parfaits mentalement, physiquement et moralement ; si chaque homme avait aimé
Dieu et ses lois par-dessus tout et son prochain comme soi-même, il n’y aurait
eu aucun frottement, aucun désaccord dans une organisation pareille. Envisagé
de cette façon, le dessein originel du Créateur, au sujet du gouvernement de la
terre, était sous la forme républicaine un gouvernement auquel tous auraient
participé, dans lequel chaque homme aurait été un souverain absolu, capable
d’exercer en tous points les devoirs de sa
A274
situation, tant
pour son propre bien que pour le bien général. La durée à perpétuité de ce
gouvernement, conféré à l’homme, ne dépendait que d’une condition:il fallait
que cette domination divinement conférée s’exerçât toujours en harmonie avec l’auguste
Souverain de tout l’univers, dont la loi unique, exposée brièvement, est amour:
" L’amour est l’accomplissement de la loi "." Tu aimeras le
Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée
:...Tu aimeras ton prochain comme toi-même-Rom 13:10 ; Matth. 22:37-40.
Touchant cette grande grâce conférée à l’homme, David, tout en bénissant Dieu,
dit: " Tu l’as fait un peu moindre que les anges, et tu l’as couronné de
gloire et d’honneur. Tu l’as établi dominateur sur les oeuvres de tes mains
"( Ps. 8:5-6). Cette domination remise au genre humain dans la personne
d’Adam, fut l’origine de l’établissement du Royaume de Dieu sur la terre. Dès
lors, l’homme exerça la domination comme représentant de Dieu. Mais la
désobéissance de l’homme envers le dominateur suprême causa non seulement la
perte de sa vie, mais le fit aussi déchoir de tous ses droits et privilèges
comme gouverneur représentant Dieu sur la terre. Depuis lors, il est un rebelle
détrôné et condamné à la mort. Aussi le Royaume de Dieu disparut-il bien vite
de la terre, et il n’a plus été rétabli depuis, -sauf en Israël, pour une
courte durée, et seulement pour servir de type. Bien que l’homme perdit en Eden
son droit de vie et de domination, tout cela ne lui fut pas enlevé soudainement
; et pendant toute la durée de cette vie condamnée, il est permis à l’homme
d’exercer sa domination sur la terre, selon ses propres pensées et d’après ses
moyens, jusqu’à ce que le temps déterminé de Dieu vienne, " jusqu’à ce que
celui à qui le gouvernement appartient vienne " et qu’il prenne l’empire
qu’il a racheté.
A275
Par sa mort,
notre Seigneur racheta non seulement l’homme, mais aussi son héritage originel,
y compris le gouvernement de la terre. L’ayant racheté, le titre lui appartient
; il en est maintenant l’héritier légitime, et, au temps convenable, sous peu,
il prendra possession de ce qu’il s’est acquis (Eph. 1:14). Cependant, comme il
ne racheta pas l’homme pour en faire un esclave, mais pour le rétablir. dans
son état premier, il fit de même avec la domination de la terre:il la racheta,
avec tous les biens originels de l’homme, dans le but de la restituer à l’homme
aussitôt que ce dernier serait capable de s’en servir en harmonie avec la
volonté de Dieu. Il s’ensuit que le règne du Messie sur la terre ne sera pas
d’une durée éternelle. Il ne durera que jusqu’à ce que, par son sceptre de fer,
notre Seigneur ait réduit à néant toute rébellion et toute insubordination et
rétabli la race déchue dans la perfection originelle, grâce à laquelle elle
sera pleinement capable d’exercer la domination, pour laquelle elle fut créée.
Quand tout sera restauré, le Royaume de Dieu sera de nouveau sur la terre, et
cela, sous l’homme, le représentant choisi de Dieu. Durant l’âge judaïque, sous
Moïse et les juges (une sorte de république), Dieu organisa le peuple d’Israël
comme son royaume qui ne fut que typique. Et le gouvernement plus despotique
qui lui succéda, surtout celui de David et de Salomon, était, à certains
égards, un type du royaume promis du Messie. A l’inverse des nations
avoisinantes, Israël avait Jéhovah pour Roi, et ses gouverneurs servaient sous
lui, comme nous l’apprenons du Psaume 78:70-71. Cela est exprimé d’une manière
tout à fait précise dans 2 Chron. 13:8 et 1 Chron. 29:23, où Israël est nommé
le " Royaume de l’Eternel " et où il est dit que " Salomon
s’assit sur le trône de l’Eternel comme roi à la place de David son père
", qui, comme successeur de
A276
Saül, son
premier roi, s’assit sur le même trône et régna durant les quarante années
précédentes. Lorsque Israël pécha contre l’Eternel, celui-ci le châtia à
plusieurs reprises et finalement il lui enleva entièrement le royaume. Dans les
jours de Sédécias-le dernier roi de la lignée de David-le sceptre du pouvoir
royal fut dérobé ; c’est alors que le royaume typique de Dieu fut renversé. La
sentence de Dieu dans cet événement est contenue dans les paroles suivantes:
" Et toi, profane, méchant prince d’Israël, dont le jour est venu au temps
de l’iniquité de la fin, ainsi dit le Seigneur, l’Eternel:ote la tiare, et
enlève la couronne ; ce qui est ne sera plus.... J’en ferai une ruine, une
ruine, une ruine ! Ceci aussi ne sera plus, jusqu’à ce que vienne celui auquel
appartient le juste jugement [le droit], et je le lui donnerai. "( Ez.
21:30-32-Darby). En accomplissement de cette prophétie, le roi de Babylone vint
coutre les Israélites, déposséda leur roi et emmena le peuple captif. Bien que,
plus tard, ils recouvrassent leur existence nationale par le moyen de Cyrus,
roi de Perse, ils furent dorénavant toujours asservis et contraints à payer le
tribut aux empires successifs des Médo-Perses, des Grecs et des Romains,
jusqu’à la destruction définitive de leur nationalité en l’an 70 de l’ère
chrétienne ; à partir de ce moment ils furent dispersés parmi toutes les
nations. Le royaume d’Israël est l’unique royaume, depuis la chute, que Dieu
ait jamais reconnu comme représentant en quelque sorte son gouvernement, ses
lois, etc. Il y eut plusieurs nations avant Israël, mais aucune ne put
prétendre avec raison avoir Dieu comme fondateur, ou ses gouverneurs comme les
représentants de Dieu. Lorsque le diadème fut pris à Sédécias et que le royaume
d’Israël fut renversé, il fut décrété qu’il resterait renversé jusqu’à ce
A277
que Christ, le
vrai héritier du monde, vint et le réclamât. Ainsi, tous les autres royaumes,
arrivés temporairement au pouvoir jusqu’au rétablissement du royaume de Dieu,
sont désignés par " royaumes de ce monde ", sous le " prince de
ce monde "; d’où il résulte qu’aucune prétention à être des royaumes de
Dieu de la part de n’importe lequel d’entre eux, n’est fondée. Le Royaume de
Dieu ne fut pas non plus établi au premier avènement (Luc l 9:12, comp. Dan.
2:44). Alors et depuis, Dieu n’a élu du monde que ceux qui seront jugés dignes
de régner avec Christ comme cohéritiers de ce trône. Christ ne prendra pas,
avant sa seconde venue, le royaume, la puissance et la gloire, pour régner
comme Seigneur sur tous. Tous les autres royaumes, à part celui d’Israël, sont
nommés par les Ecritures, les royaumes des nations, " les royaumes de ce
monde, " sous le " prince de ce monde, "- Satan. Depuis
l’enlèvement du royaume de Dieu dans les jours de Sédécias, le monde resta sans
gouvernement que Dieu pût approuver, ou dont il surveillât spécialement les
lois et les affaires. Indirectement, Dieu reconnut ces gouvernements païens, en
déclarant publiquement par un décret (Luc 21:24), que, durant l’interrègne,
l’empire sur Jérusalem et sur le monde s’exercerait par les gouvernements des
nations. Cette période d’interrègne ou d’intervalle entre l’enlèvement du
sceptre et gouvernement de Dieu et sa restauration eu plus grande puissance,
gloire et magnificence en Christ, est nommée par les Ecritures " les temps
des nations. " Et ces " temps "( ou années), durant lesquels il
est permis aux " royaumes de ce monde " de régner, sont limités, et
la période de rétablissement du royaume de Dieu sous le Messie est également
fixée et marquée dans l’Ecriture. Il est vrai que ces gouvernements des nations
ont été
A278
bien mauvais,
mais, dans un sage but, ils furent permis ou " ordonnés de Dieu "(
Rom. l 3:l). Leur imperfection et leur tyrannie forment une partie de la leçon
générale qui nous montre l’énormité du péché et nous prouve l’incapacité des
hommes déchus de se gouverner eux-mêmes, ne serait-ce qu’en vue de leur propre
satisfaction. Dieu leur permit en général d’exécuter leurs propres desseins,
tant bien que mal d’après leur capacité, ne les gouvernant lui-même que
lorsqu’ils venaient en conflit avec ses plans. Son dessein est
qu’éventuellement tout concoure au bien et qu’à la fin même " la fureur de
l’homme le loue. " Le reste, qui ne ferait aucun bien, ne servirait à
aucun but et ne serait propre à aucune leçon, il le retient ou l’empêche, -
" tu te ceins du reste des fureurs. "- Ps. 76:11. Laus. Il faut attribuer
l’impuissance de l’homme à établir un gouvernement parfait à sa propre
faiblesse dans sa condition déchue et dépravée. C’est cette faiblesse, qui, par
elle-même, suffisait déjà à contrecarrer tous les efforts du genre humain pour
produire un gouvernement parfait, que Satan met à profit maintenant, après
avoir premièrement poussé l’homme à la déloyauté envers le Dominateur suprême.
Satan a continuellement tiré profit de la faiblesse de l’homme pour faire
apparaître le bien comme mal et vice versa ; il a représenté sous un faux jour
le caractère et les plans de Dieu et il a aveuglé l’humanité à l’égard de la
vérité. En agissant dans " les fils de la rébellion "( Eph. 7:2), il
les emmena captifs pour faire sa volonté, et s’arrogea le droit d’être, ainsi
que Jésus et les apôtres le nomment, le prince ou le maître de ce monde (Jean
14:30 ; 12:31). Ce n’est point légitimement qu’il est le prince de ce monde,
mais par usurpation, par ruse et par fraude. Et puisqu’il est un usurpateur,
Jésus le destituera d’une manière sommaire. S’il avait un titre réel à être
prince de
A279
ce monde, on ne
pourrait agir de la sorte envers lui. Nous voyons donc que la domination de la
terre, telle qu’elle est exercée maintenant, a un domaine invisible et un
domaine visible. La première forme est le côté spirituel, et la dernière le
côté humain ; c’ est à dire que les royaumes visibles, terrestres, sont jusqu’à
un certain point sous la direction d’un prince spirituel, Satan. C’est
justement parce que Satan possédait un tel pouvoir qu’il put offrir au Seigneur
la suprême souveraineté visible de la terre sous sa direction (Matth. 4:9).
Quand les temps des nations seront expirés, les deux domaines du gouvernement
actuel auront accompli leurs Jours:satan sera lié et les royaumes de ce monde
seront renversés. La création déchue, fascinée et gémissante s’est traînée
depuis des siècles le long de son pénible chemin, succombant à chaque pas ; ses
plus nobles efforts même demeurèrent infructueux. Néanmoins, elle espère sans
relâche que, l’âge d’or, rêvé par ses philosophes, est sur le point
d’apparaître. Elle ne sait pas qu’une délivrance plus grande encore que celle
qu’elle désire et après laquelle elle soupire, est attendue, qu’elle doit venir
du méprisé Nazaréen et de ses disciples, lesquels, comme Fils de Dieu, seront
révélés sous peu, royalement puissants pour sa délivrance. -Rom. 8:19-22. Afin
que ses enfants ne restent point dans l’obscurité et dans l’incertitude,
relativement à sa tolérance à l’égard des mauvais gouvernements actuels et à
son intention finale d’en introduire un meilleur, lorsque ces royaumes auront
servi au but pour lequel ils ont été admis sous sa Providence qui conduit
toutes choses ; Dieu nous a donné quelques grandes vues panoramiques des "
royaumes de ce monde, " et, pour notre encouragement, il nous a fait voir
chaque fois que leur renversement s’exécuterait par l’établissement de son
propre royaume juste et éternel,
A280
Ayant pour Chef
le Messie, le Prince de la paix. L’essai actuel de l’homme d’exercer le
gouvernement, ne se fait pas au mépris, ni en dédain de la volonté et de la
puissance de Dieu, mais avec sa permission ; cela est démontré par le message
de Dieu à Nébucadnetsar, message dans lequel Dieu donne la permission aux
quatre grands Empires:babylone, Médo-Perse, Grèce et Rome, de régner jusqu’à
l’époque de l’établissement du royaume de Christ (Dan. 2:37-44}. Cela indique
le terme de leur puissance et de leur règne. Si nous portons maintenant nos
regards sur ces visions prophétiques, rappelons-nous qu’elles commencèrent par
Babylone au temps du renversement du royaume d’Israël, le royaume typique du
Seigneur.
La vision de
Nébucadnetsar sur les gouvernements terrestres.
Le songe de
Nébucadnetsar (ou Nabuchodonosor) et son interprétation divine par le prophète
(Dan. 2:31-45) appartiennent aux choses " écrites auparavant pour notre
instruction, " afin que nous, -à qui il est commandé d’être soumis "
aux autorités qui existent, "- nous ayons espérance " par la patience
et la consolation des Ecritures ".- Rom. 15:4 ; 13:1. Daniel expliqua le
songe et dit: " 0 roi, tu regardais, et tu voyais une grande statue ;
cette statue était immense, et d’une splendeur extraordinaire ; elle était
debout devant toi, et son aspect était terrible. La tête de cette statue était
d’or pur ; sa poitrine et ses bras d’argent; son ventre et ses cuisses étaient
d’airain ; ses jambes de fer ; ses pieds en partie de fer et en partie
d’argile. Tu regardais, lorsqu’une pierre se détacha [fut découpée] sans le
secours d’aucune main, frappa les pieds de fer et d’argile de la
A281
statue et les
mit en pièces. Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, furent
brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s’échappe d’une aire en été ;
le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée. Mais la pierre, qui
avait frappé la statue, devint une grande montagne, et remplit toute la terre.
" Voilà le songe. Nous en donnerons l’explication devant le roi. " 0
roi, tu es le roi des rois, car le Dieu des cieux t’a donné l’empire, la
puissance, la force et la gloire [c’est ici que les royaumes des nations ou les
" autorités qui existent " furent ordonnés de Dieu] ; il a remis
entre tes mains, en quelque lieu qu’ils habitent, les enfants des hommes, les
bêtes des champs et les oiseaux du ciel, et il t’a fait dominateur sur eux tous
; c’est toi qui es la tête d’or. Après toi, il s’élèvera un autre royaume,
moindre que le tien ; puis un troisième royaume, qui sera d’airain, et qui
dominera sur toute la terre. Il y aura un quatrième royaume, fort comme du fer
; de même que le fer brise et rompt tout, il brisera et rompra tout, comme le
fer qui met tout en pièces. Et comme tu as vu les pieds et les orteils en
partie d’argile de potier et en partie de fer, ce royaume sera divisé ; mais il
y aura en lui quelque chose de la force du fer, parce que tu as vu le fer mêlé
avec l’argile. Et comme les doigts des pieds étaient en partie de fer et en
partie d’argile, ce royaume sera en partie fort et en partie fragile."
Celui qui étudie l’histoire peut facilement découvrir les quatre grands empires
décrits par Daniel, parmi le grand nombre d’empires ou de royaumes inférieurs
qui se sont élevés sur la terre. Ils sont nommés Empires universels ; le
premier est celui de Babylone, la tête d’or (v. 38) ; le second est celui des
Médo-Perses, vainqueur de Babylone, la poitrine d’argent ; le troisième est
celui de la Grèce,
A282
vainqueur des
Médo-Perses, le ventre d’airain ; et le quatrième est celui de Rome, le royaume
fort, les jambes de fer et les pieds mêlés de fer et d’argile. Trois de ces
empires étaient en ruine, et le quatrième, l’empire romain, avait le pouvoir
prépondérant à l’époque de la naissance de Jésus, ainsi que nous lisons: "
Il arriva en ces jours-là qu’un édit fut publié de la part de César-Auguste,
[portant] que tout le monde fût enregistré. "- Luc 2:1. L’empire de fer,
Rome, était de beaucoup le plus fort, et dura plus longtemps que ses
prédécesseurs. Au fait, l’empire romain subsiste encore parmi les peuples de
l’Europe. C’est justement sa division actuelle que nous montrent les dix orteils
de la statue. L’élément de l’argile mêlé avec le fer dans les pieds représente
le mélange de l’Eglise et de l’Etat. Ce mélange est nommé par les Ecritures
" Babylone "- la confusion. Comme nous le verrons tout à l’heure, la
pierre est le symbole du vrai Royaume de Dieu, et Babylone y substitua une
imitation de pierre, -argile ou terre glaise, -qu’elle a unie avec les débris
fragmentaires de l’empire [de fer] romain. Et ce système mixte, de l’Eglise et
de l’Etat (l’Eglise nominale unie avec les royaumes de ce monde, que le
Seigneur nomme Babylone), usurpe le royaume du Christ et se nomme lui-même la
Chrétienté ou le Christianisme-le Royaume de Christ. Daniel explique: " Tu
as vu le fer mêlé avec l’argile, parce qu’ils se mêleront par des alliances
humaines [le mélange de l’Eglise et de l’Etat] ; mais ils ne seront point unis
l’un à l’autre, de même que le fer ne s’allie point avec l’argile." Ils ne
peuvent pas s’amalgamer complètement. " Dans le temps de ces rois [les
royaumes représentés par les orteils, les soi-disant royaumes chrétiens], le
Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne
passera point sous la domination d’un autre peuple ; il brisera
A283
et anéantira
tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement. "- Dan. 2:43,
44. Daniel ne dit point ici quand la fin de ces gouvernements des nations
surviendra:nous trouverons cela autre part:mais chaque circonstance prédite
indique qu’aujourd’hui la fin en est proche, qu’elle est à la porte. Le système
papal a prétendu longtemps être le royaume que le Dieu des cieux promit de
susciter, ajoutant que, en accomplissement de cette prophétie, la papauté
consuma tous les autres royaumes. La vérité, toutefois, est que l’Eglise
nominale est simplement unie aux empires terrestres, de même que l’argile l’est
au fer, et que la papauté ne fut jamais le vrai Royaume de Dieu, mais n’en fut
qu’une contrefaçon. Une des preuves les plus éclatantes que la papauté ne
détruisit et ne consuma point ces royaumes terrestres, c’est qu’ils existent
encore. Et maintenant que l’argile boueuse est devenue sèche et " fragile
", sa force de cohésion s’en va et l’argile et le fer laissent voir des
signes de désagrégation et tomberont rapidement en poussière quand la "
pierre ", le vrai Royaume les frappera. Continuant son interprétation,
Daniel dit: " C’est ce qu’indique la pierre que tu as vue se détacher de
la montagne sans le secours d’aucune main, et qui a brisé le fer, l’airain,
l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit
arriver après cela. Le songe est véritable, et son explication est certaine.
"- Verset 45. La pierre qui se détache sans main de la montagne et qui
brise et disperse les puissances des nations, représente la vraie Eglise, le
Royaume de Dieu. Durant l’âge de l’Evangile, ce royaume de la " pierre
" est formé, découpé, taillé et façonné pour sa situation et sa grandeur
futures, non avec le secours de la main humaine, mais par l’Esprit ou la
puissance de la vérité, la puissance invisible de Jéhovah. Quand ce royaume
sera achevé et entièrement
A284
façonné, il
renversera et anéantira les royaumes de ce monde. Ce ne sont pas les gens, mais
les gouvernements, qui sont symbolisés par la statue, et ce seront eux qui
seront détruits, afin que les gens soient délivrés. Notre Seigneur Jésus n’est
pas venu pour détruire, faire périr les âmes des hommes, mais pour les sauver.
-Jean 3:17. Pendant la préparation de la pierre, pendant qu’elle se détache, on
pourrait l’appeler une montagne embryonnaire, en vue de sa destinée future ;
ainsi l’Eglise, elle aussi, peut être et est quelquefois appelée le Royaume de
Dieu. De fait, toutefois, la pierre ne peut devenir la montagne, qu’après avoir
frappé la statue. Et ainsi en est-il de l’Eglise, dans la pleine acception du
mot ; elle ne peut devenir le Royaume qui remplira toute la terre avant que le
" jour du Seigneur ", le " jour de colère sur les nations "
ou " le temps de détresse " ait passé, et qu’elle soit établie et que
tous les autres empires lui aient été soumis. Rappelez-vous maintenant la
promesse faite par Jésus aux vainqueurs de l’Eglise évangélique. " Celui
qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône ",- et " à
celui qui aura vaincu et qui aura gardé mes oeuvres jusqu’à la fin, je lui donnerai
puissance sur les nations ; il les gouvernera avec une verge de fer, et elles
seront brisées comme les vases d’un potier, selon que j’en ai aussi reçu le
pouvoir de mon père "( Apoc. 3:21 ; 2:26, 27-Ps. 2:8-12). Quand la verge
de fer aura accompli son oeuvre de destruction, alors la main qui a frappé se
tournera pour guérir, et les peuples retourneront à l’Eternel, et il les
guérira (Esaïe 2:3 ; 19:22 ; Jér. 3:22, 23 ; Osée 6:1 ; 14:4), -leur donnant
l’ornement au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil et un
vêtement de louange au lieu d’un esprit abattu.
A285
La vision de
Daniel sur les gouvernements terrestres.
Dans la vision
de Nébucadnetsar nous voyons les empires de la terre tels qu’ils se présentent
au point de vue du monde, comme un déploiement de gloire, de grandeur et de
puissance humaines, quoiqu’on y aperçoive cependant un indice de leur décadence
et de leur destruction finale, ainsi que cela est représenté dans la
décroissance de l’or jusqu’à l’argile. La pierre, la vraie Eglise, a été
estimée par le monde comme n’ayant aucune valeur pendant sa formation, ou
lorsqu’elle fut prise des montagnes (royaumes). Elle a été méprisée et
dédaignée par les hommes:ils n’y virent ni beauté ni éclat qui pût la leur
faire désirer. Le monde aime, admire, loue et défend les monarques et les
gouvernements représentés dans cette grande image, quoiqu’il ait été
continuellement déçu, trompé, offensé et opprimé par elle. En prose et en vers,
le monde célèbre les grands héros de cette statue, couronnés de succès, ses
Alexandre, ses César, ses Bonaparte et autres, dont la grandeur et le génie se
manifestèrent par le massacre de leurs semblables, et qui, dans leur désir
immodéré de régner, firent des millions de veuves et d’orphelins. Et c’est cet
esprit, tel qu’il existe dans lés " dix orteils " de la statue, -que
nous voyons se manifester aujourd’hui dans ces armées bien organisées de plus
de douze millions d’hommes armés jusqu’aux dents, et qui sont tout prêts à se
tuer les uns les autres-au moyen de toutes ces inventions sataniques d’une
ingéniosité moderne-au commandement des " puissances qui subsistent
". Maintenant nous tenons pour heureux les orgueilleux, même ceux qui
commettent la méchanceté prospèrent [litt. sont bâtis ou établis] "( Mal.
3:15). Ne pouvons-
A286
nous pas voir,
que la destruction de cette grande statue provenant du choc de la pierre et de
l’établissement du Royaume de Dieu, ne signifie rien moins que la libération
des opprimés et la bénédiction de tous ? Encore que le changement doive causer
pour un temps des désastres et de l’affliction, il produira finalement des
fruits paisibles de justice. Mais maintenant, tout en nous rappelant la
diversité des points de vue, contemplons les mêmes quatre empires universels au
point de vue de Dieu et de ceux qui sont en harmonie avec lui, tels qu’ils
furent dépeints en vision à Daniel, le prophète bien-aimé. A lui, comme à nous,
ils apparaissent brutaux, sans gloire. A lui, ces quatre empires universels
apparaissent comme quatre grandes bêtes sauvages et voraces. Et, à sa vue le
royaume de Dieu à venir [la pierre] fut proportionnellement plus grand que
celui de Nébucadnetsar. Daniel dit: " Je regardais pendant ma vision
nocturne, et voici, les quatre vents des cieux firent irruption sur la grande
mer. Et quatre grands animaux sortirent de la mer, différents l’un de l’autre.
Le premier était semblable à un lion, et avait des ailes d’aigle ;... et voici,
un second animal était semblable à un ours, ... et voici, un autre était
semblable à un léopard.... Après cela je regardais pendant mes visions
nocturnes, et voici, un quatrième animal, terrible, épouvantable, et
extraordinairement fort ; il avait de grandes dents de fer, il mangeait,
brisait et il foulait aux pieds ce qui restait; il était différent de tous les
animaux précédents, et il avait dix cornes. "- Dan. 7:2-7. Nous passons,
comme ayant peu d’importance dans notre présente recherche, les détails
relatifs aux trois premières bêtes (Babylone le lion, Médo-Perse l’ours, et
Grèce le léopard) avec leurs têtes, leurs pieds, leurs ailes, etc., détails qui
tous ont une signification symbolique, pour
A287
nous occuper
des détails concernant la quatrième bête, Rome. De la quatrième bête, Rome,
Daniel dit: " Après cela, je regardais pendant mes visions nocturnes, et
voici, il y avait un quatrième animal, terrible, épouvantable, et
extraordinairement fort, ... et il avait dix cornes. Je considérais les cornes,
et voici, une autre petite corne sortit du milieu d’elles, et trois des
premières cornes furent arrachées devant cette corne ; et voici, elle avait des
yeux comme des yeux d’hommes, et une bouche qui parlait avec arrogance ".-
Dan. 7:7, 8. Ici c’est l’empire romain qui est dépeint ; et les divisions de sa
puissance sont spécifiées dans les dix cornes, une corne étant un symbole de
puissance. La petite corne qui surgit du milieu d’elles, qui s’appropria la
puissance de trois d’entre elles et régna parmi les autres, représente le petit
commencement et l’élévation graduelle au pouvoir de l’Eglise de Rome, de la
puissance ou corne papale. Aussitôt qu’elle s’éleva en influence, trois
divisions, puissances ou cornes (les Hérules, l’Exarchat de l’est et les
Ostrogoths), furent arrachés de son chemin pour faire place à son établissement
comme puissance ou corne civile. Cette dernière corne, plus spécialement
élevée, la papauté, se signale par ses yeux, qui signifient intelligence et par
sa bouche, ses paroles arrogantes, ses prétentions, etc. Daniel n’a donné aucun
nom descriptif à cette quatrième bête représentant Rome. Tandis que les autres
sont décrites comme lion, ours et léopard, la quatrième est si féroce et si
hideuse qu’elle n’a pu être comparée à une bête de la terre. Jean, à qui fut
révélée l’Apocalypse et qui vit en vision la même bête (gouvernement)
symbolique, ne sut pas non plus par quel nom il devait la décrire, il lui en
donna finalement plusieurs. Entre autres, il l’appela " le diable "(
Apoc. 12:9). Il choisit certainement là le nom
A288
qu’il fallait ;
car Rome, envisagée à la lumière de ses persécutions sanglantes, a été en effet
le plus diabolique des gouvernements terrestres. Même dans sa transformation de
Rome païenne en Rome papale, nous avons une démonstration de ce qui caractérise
principalement Satan ; car lui aussi se déguise pour apparaître en ange de
lumière (2 Cor. 11:14) ; c’est justement ce qu’a fait Rome ; elle s’est
transformée extérieurement du paganisme au christianisme et a prétendu être
chrétienne, -le royaume de Christ (1). Après qu’il eut donné plusieurs détails
à l’égard de cette dernière bête-la romaine-et spécialement au sujet de sa
corne étrange, la corne papale, le prophète dit que le jugement se tint contre
cette corne, et qu’il commencerait par la perte de sa domination, qui se
consumerait par un acheminement graduel jusqu’à ce que la bête soit détruite.
Cette bête, l’empire romain (appelée plus tard le " Saint-Empire romain
germanique "), existe encore dans ses cornes ou divisions ; et elle sera
tuée par l’insurrection des masses du peuple et par la chute des gouvernements
dans " la journée du Seigneur ", deux actes préparatoires nécessaires
à la reconnaissance du règne céleste. Cela se voit clairement en d’autres
passages qu’il nous reste à examiner. Toutefois, c’ est la consomption de la
corne papale qui survient en premier lieu. Sa puissance et son influence
commencèrent à se consumer lorsque Napoléon emmena le pape captif en France. Et
lorsque ni les foudres papales, ni les prières ne purent le délivrer de la puissance
de Bonaparte, les nations furent clairement convaincues
——
(1} Le fait quo
Rome est appelée " le diable " ne prouve nullement qu’il n’y a pas de
diable en personne:mais plutôt le contraire. C’est parce qu’il y a des bêtes
pareilles au lion, à l’ours et au léopard, avec des particularités
caractéristiques connues, que les gouvernements peuvent leur être comparés ;
et, de même, c’est parce qu’il y a un diable avec un genre de caractère connu,
que le quatrième empire peut lui être comparé.
A289
que l’autorité
et la puissance divines dont la papauté se prévalait tant, étaient sans
fondement. Dès lors, le pouvoir temporel de la papauté décrût rapidement
jusqu’à ce que, en septembre 1870, Victor Emmanuel, roi d’Italie, lui fit
perdre le dernier vestige de son pouvoir temporel. Durant tout le temps où
progressa sa destruction, elle n’en continua pas moins à proférer ses grands
discours ampoulés et blasphématoires. Sa dernière grande prétention eut lieu en
1870, -lorsque, quelques mois seulement avant sa chute, elle proclama la
déclaration de l’infaillibilité des papes. Tout cela est spécifié dans la
prophétie qui dit: " Je regardais alors [c’est à dire après le décret
contre cette " corne ", après que sa consomption ou destruction eut
commencé], à cause des paroles arrogantes que prononçait la corne. "- Dan.
7:11. Cela nous amène à l’histoire contemporaine et nous permet de reconnaître
que la chose la plus proche que nous devons attendre, est la complète
destruction des royaumes du monde. Cela est décrit par les mots: " tandis
que je regardais, l’animal fut tué, et son corps fut anéanti, livré au feu pour
être brûlé. " L’abattage et la combustion de la bête sont aussi bien des
symboles que la bête elle-même ; ils signifient la destruction complète et sans
retour des gouvernements actuels. Dans le verset 12, le prophète remarque une
différence entre la fin de cette quatrième bête et celle des trois précédentes.
Ces trois (Babylone, Perse et Grèce) furent successivement dépouillées de leur
empire, elles cessèrent d’être des puissances régnant sur la terre, mais leur
vie comme peuple ne cessa point immédiatement. La Grèce et la Perse ont encore
un peu de vie, quoiqu’il y ait des siècles que l’empire universel leur a été
enlevé. Mais il n’en sera pas de même de l’empire romain, la quatrième et la
dernière de ces bêtes. Elle perdra tout à la fois, et l’empire et la vie, et
s’en Ira en complète destruction:
A290
et avec elle
les autres disparaîtront aussi Dan. 2:35. Quels que puissent être les moyens ou
instruments employés, la cause de leur chute est l’établissement du cinquième
empire Universel de la terre, le Royaume de Dieu, sous Christ, à qui appartient
le droit de gouvernement. Le transfert du règne de la quatrième bête, lequel
pour un temps déterminé fut " ordonné de Dieu ", au cinquième
royaume, sous le Messie, lorsque le temps déterminé sera venu, est décrit par
le prophète en ces mots: " Je regardais pendant mes visions nocturnes, et
voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de
l’homme ; il s’avança vers l’ancien des jours, et on le fit approcher de lui.
On lui donna [au Christ Chef et corps] la domination, la gloire et le règne ;
et tous les peuples, les nations et les hommes de toutes langues le servirent.
Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne
ne sera jamais détruit. " Cela signifie, comme l’ange l’interpréta:que
" le règne, la domination et la grandeur de tous les royaumes qui sont
sous les cieux, seront donnés au peuple des saints du Très Haut. Son règne est
un règne éternel, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront. "-
Dan. 7:13, 14, 27. Nous voyons donc que le gouvernement de la terre sera placé
dans les mains du Christ par Jéhovah (" l’Ancien des jours "), qui
doit " mettre toutes choses sous ses pieds "( 1 Cor. 15:27). Ainsi
placé sur le trône du royaume de Dieu, il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait
détruit toute autorité et tout pouvoir en conflit avec la volonté et la loi de
Jéhovah. Pour l’accomplissement de cette grande mission, le renversement de ces
gouvernements de nations est nécessaire avant tout ; car les " royaumes de
ce monde ", de même que le " prince de ce monde ", ne se
rendront pas sans résister, mais devront
A291
être liés et
terrassés par la force. Voilà pourquoi on lit: " Pour lier leurs rois de
chaînes, et les plus honorables d’entre eux de ceps de fer ; pour exercer sur
eux le jugement qui est écrit. Cet honneur est pour tous ses bien-aimés [ses
saints]. "- Ps. 149:8, 9. Si nous
envisageons les gouvernements actuels au point de vue de notre Seigneur et du
prophète Daniel, et reconnaissons leur caractère féroce, destructif, bestial et
égoïste, nous ne pouvons que désirer vivement la fin du gouvernement des
nations ; et nous nous réjouissons en regardant en avant vers ce temps béni où
les vainqueurs de l’ âge présent seront mis sur le trône avec leur Chef pour
gouverner, bénir et restaurer la création gémissante. En vérité, tous les
enfants de Dieu peuvent prier avec leur Seigneur, en disant: " Que ton
règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. "
Chacun de ces gouvernements représentés par les bêtes, existait déjà avant
d’exercer la puissance comme empire universel. Ainsi en est-il du vrai Royaume
de Dieu, il existe depuis longtemps, séparé du monde, sans chercher à régner,
mais attendant son temps, le temps fixé par l’Ancien des jours. Et de même que
les autres, il faut qu’il accomplisse sa destinée et qu’il parvienne au pouvoir
avant de pouvoir exercer sa puissance envers la bête ou le royaume qui l’a
précédé, c’est à dire en le frappant et en l’abattant. De là, la justesse de
l’expression: " Dans le temps de ces rois [pendant qu’ils sont encore au
pouvoir], le Dieu des cieux suscitera [établira en puissance et autorité] un
royaume ;" quand il sera suscité, " il brisera et anéantira tous ces
royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement ". Par conséquent, de
quelque manière que nous l’attendions, il nous faut attendre que le Royaume de
Dieu soit inauguré avant la chute des royaumes de ce monde et que sa puissance
et son oeuvre amènent leur renversement.- Dan. 2:44.
A292
Les
gouvernements actuels envisagés à un autre point de vue.
Le droit et
l’autorité suprêmes de gouverner le monde appartiennent et appartiendront
toujours au Créateur Jéhovah, peu importe à qui il permette d’exercer une
autorité qui lui est subordonnée. A la suite des imperfections et des
infirmités résultant de sa déloyauté envers le Roi des rois, Adam devint de
bonne heure faible et délaissé. Comme monarque, il commença par perdre le
pouvoir grâce auquel, par la force de sa volonté, il commandait aux animaux
inférieurs et s’en faisait obéir. Aussi perdit-il le commandement sur lui-même
au point que lorsqu’ il voulut faire le bien, sa faiblesse apparut accompagnée
du mal, de sorte que le bien qu’il eût aimé faire, il ne le fit pas, mais il
fit le mal qu’il eût voulu éviter. Ce n’est pas que nous cherchions à excuser
notre race rebelle, mais nous ne pouvons que sympathiser avec ses vains efforts
pour se gouverner elle-même et pour améliorer son propre sort. Et on ne peut
guère que louer le succès remporté par le monde dans cette direction. Car
encore que nous jugions bien de la nature réelle de ces gouvernements en les
comparant à des bêtes, tout corrompus qu’ils étaient, ils ont été bien
préférables à l’absence de gouvernement, bien préférables à la licence et à
l’anarchie. Et quoique l’anarchie eût été probablement plus agréable au "
prince de ce monde ", il n’en fut pas ainsi chez ses sujets ; sa puissance
n’est pas absolue ; elle ne s’étend que jusqu’à la limite de sa capacité d’agir
par le moyen de l’homme ; et il faut que sa politique s’adapte dans une large
mesure aux idées, aux passions et aux préjugés des hommes. L’homme voulait un
gouvernement du pays par le pays, indépendant de Dieu ; et lorsque Dieu lui
permit d’en faire l’expérience, Satan saisit l’occasion
A293
pour étendre
son influence et son empire. Aussi arriva-t-il que, en ne se souciant pas de
connaître Dieu (Rom. 1:28), les hommes s’exposèrent à l’influence de cet ennemi
puissant et astucieux, quoique toujours invisible ; et, depuis, ils ont été
obligés de lutter aussi bien contre ses machinations, que contre leurs propres
infirmités. Puisqu’il en est ainsi, jetons encore une fois nos regards sur les
royaumes de ce monde, et envisageons-les comme effort de l’humanité déchue pour
se gouverner elle-même, indépendamment de Dieu. Quoique la corruption
individuelle et l’égoïsme aient écarté le cours de la justice en sorte que sous
les royaumes de ce monde on ait rarement rendu pleine justice à qui que ce
soit, cependant le but prétendu de chaque gouvernement fut toujours celui
d’avancer le règne de la justice et d’accroître le bien-être de tous. Jusqu’à
quel point ce but a-t-il été atteint ? C’est une autre question ; mais c’était
le prétexte de tous les gouvernements, et la raison pour laquelle les peuples
gouvernés se soumirent et les supportèrent. Et là où la justice fut
grossièrement méconnue, la foule fut aveuglée ou trompée, ou bien il s’
ensuivit des guerres, des émeutes et des révolutions. Les actions noires de
vils tyrans qui parvinrent à la puissance dans le règne du monde, n’étaient
point la résultante des lois et des institutions de ces gouvernements ; mais ce
sont ces tyrans-là qui ont donné à ces gouvernements la marque de leur
caractère bestial en abusant de l’autorité usurpée et en s’en servant pour des
buts inavouables. Chaque gouvernement a eu, en général, des lois sages, justes
et bonnes, -des lois pour la protection de la vie et de la propriété, pour la
protection du commerce et de la famille, pour la punition du crime, etc. Ils
ont eu de même, en cas de conflits, des cours d’appel, où la justice
A294
fut au moins
bien administrée jusqu’à un certain degré ; et si imparfaits que puissent avoir
été les fonctionnaires, l’avantage et la nécessité d’institutions pareilles
sont évidents. Si pauvres qu’aient été ces gouvernements, sans eux, les
éléments inférieurs de la société l’auraient dès longtemps, emporté sur les
éléments plus justes et meilleurs, par la force du nombre. Nous reconnaissons
donc le caractère bestial de ces gouvernements, en l’attribuant à l’arrivée au
pouvoir d’une majorité de fonctionnaires injustes, grâce aux intrigues et aux
tromperies de Satan, qui se sert des faiblesses de l’homme, de ses idées et de
ses goûts corrompus ; d’un autre côté nous les reconnaissons aussi comme les meilleurs
efforts d’une pauvre humanité déchue, se gouvernant elle-même. De siècle en
siècle Dieu souffrit que les hommes en fissent l’essai et qu’ils en vissent les
résultats. Mais après des siècles d’expériences, les résultats sont encore
aussi loin d’être satisfaisants aujourd’hui qu’à aucune période de l’histoire
du monde. En effet, le mécontentement est plus général et plus répandu que
jamais ; non qu’il y ait aujourd’hui plus d’oppression et d’injustice
qu’autrefois, mais c’est que d’après les vues de Dieu les yeux des hommes
s’ouvrent toujours davantage par l’accroissement de la connaissance. Les divers
gouvernements qui ont été établis à travers les temps ont montré l’aptitude
moyenne de chaque peuple à se gouverner lui-même. Même là où les gouvernements
despotiques ont subsisté, le fait qu’ils furent tolérés par la foule, prouve
que le peuple n’était pas capable d’établir et de supporter un meilleur
gouvernement, quoique plusieurs individualités aient pu être, sans doute,
beaucoup plus éclairées que la masse des citoyens. Si nous comparons la
situation du monde actuel avec celle d’une période quelconque du passé, nous
trouvons
A295
une différence
marquée dans les sentiments des foules. L’esprit d’indépendance est maintenant
à l’ordre du jour et les gens ne se laissent plus aisément poser un bandeau sur
les yeux ; ils ne se laissent pas non plus tromper par des conducteurs et par
des hommes politiques et ne se soumettront plus dorénavant au joug d’autrefois.
Ce changement de l’opinion publique n’a pas été un acheminement graduel depuis
l’époque même où l’homme commença à se gouverner lui-même ; il n’est
distinctement reconnaissable qu’à partir du XVIe siècle, et il a été surtout
très rapide dans l’espace des cinquante dernières années. Il n’est donc point
la conséquence des expériences des siècles passés, mais il est le résultat
naturel du récent accroissement et de la diffusion des connaissances parmi les
masses du genre humain. La préparation de cette diffusion générale des
connaissances commença par l’invention de l’imprimerie, en 1440, et par
l’accroissement des livres et des écrits périodiques qui s’ensuivit.
L’influence de cette invention si propre à éclairer le public commença à se
faire sentir vers le XVIe siècle, et les progrès qui se sont faits à partir de
ce temps sont connus de tous. L’éducation générale des masses se popularisa ;
et, depuis, les inventions et les découvertes devinrent des événements de
chaque jour. Cette augmentation de la connaissance parmi les hommes, fut voulue
de Dieu, et elle survint en son propre temps déterminé ; c’ est une de ces
puissantes influences qui sont maintenant en oeuvre pour lier Satan, diminuer
son influence et paralyser ses efforts dans ce " jour de préparation
", et, cela, pour l’établissement du royaume de Dieu sur la terre. Cet
accroissement de la connaissance dans toutes les directions réveille parmi les
hommes le respect de soi-même, et les pousse à la revendication de leurs droits
naturels, imprescriptibles ; ils ne permettront plus qu’on
A296
les ignore,
qu’on les foule aux pieds ; ils iront plutôt à l’extrême opposé. Jetez un coup
d’oeil rétrospectif à travers les siècles et voyez comme les peuples ont écrit
l’histoire de leur mécontentement avec du sang. Le prophète déclare qu’en vertu
de l’augmentation de connaissances un mécontentement encore plus général, et
plus répandu se manifestera finalement dans une révolution embrassant le monde
entier, dans le renversement de toute loi et de tout ordre ; que l’anarchie et
la détresse dans toutes les classes en seront le résultat. Mais qu’au milieu de
cette confusion le Dieu des cieux suscitera son royaume qui satisfera les
désirs de toutes les nations. Fatigués et découragés par leurs insuccès, et
trouvant que leur dernier et leur plus grand effort n’aboutit qu’à l’anarchie,
les hommes salueront joyeusement l’autorité céleste, ils fléchiront devant elle
et reconnaîtront son juste et fort gouvernement. De cette manière les embarras
de l’homme deviendront la voie de Dieu, et " le désiré de toutes les nations
viendra ",- le Royaume de Dieu en puissance et en grande gloire. -Aggée
2:7. Sachant que tel fut le dessein de Dieu, Jésus et ses apôtres ne
s’opposèrent en aucune manière aux puissants de la terre. Au contraire, ils
apprirent à l’Eglise à se soumettre à ces puissances, quand bien même elle
aurait à souffrir souvent de leurs abus du pouvoir. Ils enseignèrent à
l’Eglise, qu’elle eût à obéir aux lois et à honorer ceux qui sont au pouvoir, à
cause de leurs fonctions, même si, personnellement, ils n’étaient dignes
d’aucune estime ; ils voulurent qu’on payât les taxes fixées et qu’on n’opposât
aucune résistance aux lois établies (Rom 13:1-7 ; Matth. 22:21), sauf
lorsqu’elles se trouveraient en contradiction avec les lois de Dieu (Act. 4:19
; 5:29). Le Seigneur Jésus, les apôtres et l’Eglise primitive furent tous
soumis à la loi, mais ils se tinrent à l’écart des
A297
gouvernements
de ce monde et n’y prirent aucune part. Il est vrai que les puissances qui
subsistent (les gouvernements de ce monde) furent établies ou ordonnées par
Dieu, afin que le genre humain pût acquérir l’expérience nécessaire sous leur
règne, mais l’Eglise des fidèles qui aspirent à une position dans le Royaume à
venir de Dieu, ne doit convoiter aucun honneur, elle ne doit pas recevoir de
traitements dans les royaumes de ce monde et elle ne doit pas s’opposer à ces
pouvoirs. Les membres de l’Eglise sont concitoyens et héritiers du royaume
céleste (Eph. 2:19), et, comme tels, soumis aux royaumes de ce monde, ils
doivent seulement réclamer les droits et libertés qui sont accordés aux
étrangers. Leur mission n’est pas celle de contribuer à l’amélioration de la
condition actuelle du monde, ni de se mêler à ses affaires présentes. En
essayant de le faire ils prodigueraient inutilement leurs forces ; car la
course du monde et son dénouement sont clairement et distinctement tracés dans
les Ecritures, et sont pleinement dans la main de Celui qui, au temps voulu,
nous donnera le royaume. L’influence de la vraie Eglise est insignifiante et
l’a toujours été ; elle est de si petite valeur qu’en réalité elle ne compte
pas sur le terrain politique ; mais quelque grande qu’elle puisse nous sembler,
nous devrions suivre l’exemple et l’enseignement de notre Seigneur et des
apôtres. Sachant que le dessein de Dieu est de laisser le monde faire l’essai
de se gouverner lui-même par ses propres forces, la vraie Eglise, tout en étant
dans le monde, ne devrait point être du monde. Les saints ne peuvent avoir une
influence sur le monde qu’en s’ en tenant séparés et en laissant luire leur
lumière ; et de cette manière, par leurs actes et leur conduite, l’esprit de
vérité CONVAINC ou plutôt censure le monde. C’est en aimant la paix et l’ordre,
en recommandant chaque loi juste, en reprenant et en blâmant la licence et l’iniquité,
en montrant enfin du
A298
doigt le
royaume de Dieu promis et ses bénédictions attendues, et non en se mêlant à la
politique, -d’après une méthode qui n’est que trop commune, -en complotant pour
acquérir le pouvoir du monde, ce qui entraîne des guerres, le péché et la
dégradation générale, que l’Epouse future, glorieuse et chaste du Prince de la
paix devrait se manifester comme une puissance pour le bien, et être ainsi la
représentation du Seigneur dans le monde. L’Eglise de Dieu devrait vouer toute
son attention et ses efforts à la prédication du Royaume de Dieu et à
l’avancement des intérêts de ce royaume selon le plan déposé dans les
Ecritures. Si elle le fait fidèlement il ne lui restera ni le temps ni le désir
de s’ingérer dans la politique des gouvernements actuels. Jésus n’en avait pas
le temps, les apôtres pas non plus, ni aucun des saints qui suivirent leur
exemple. L’Eglise primitive devint justement la proie de cette tentation, peu
de temps après la mort des apôtres. La prédication du Royaume de Dieu, qui est
à venir et qui devait prendre la place de tous les royaumes de la terre, et du
Christ crucifié, comme l’héritier de ce royaume, était désagréable, et suscita
le mépris, le dédain et la persécution. Alors l’idée vint à quelques-uns
d’améliorer le plan de Dieu et de conquérir à l’Eglise, devant le monde, une
situation plus enviée que celle de la souffrance. Ils y réussirent au moyen
d’une combinaison avec les puissances terrestres, d’où se développa la papauté,
qui, en son temps, devint la maîtresse et la reine des nations. -Apoc. 17:3, 5
; 18:7. Grâce à cette politique tout
changea:au lieu des souffrances vint l’honneur ; au lieu de l’humilité,
l’orgueil, au lieu de la vérité, l’erreur ; et au lieu d’être persécutée,
l’Eglise devint la persécutrice de tous ceux qui condamnèrent ces nouveaux
honneurs acquis illégitimement. Sans
A299
tarder, elle
commença à inventer des sophismes (arguments captieux) et à fausser les
Ecritures afin de justifier sa conduite ; se trompant premièrement elle-même,
puis les nations ; elle les amena à croire que le règne millénaire promis du
Christ était venu et que Christ le Roi était représenté par ses papes, qui
régnèrent sur les rois de la terre comme ses vicaires ou vice-rois. Son
arrogance réussit vraiment à séduire le monde entier. Elle enivra les habitants
de la terre avec ses doctrines erronées (Apoc. 17:2), les intimidant par la
théorie des tourments éternels, qui, suivant elle, attendaient tous ceux qui
résistaient à ses prétentions. Bientôt les rois d’Europe furent couronnés ou
déposés par son ordre et d’ après sa prétendue autorité. Voilà pourquoi les
royaumes de l’Europe ont prétendu jusqu’à ce jour être des royaumes chrétiens,
et proclament que leurs souverains règnent " par la grâce de Dieu ",
c’ est à dire par la nomination ou la transmission de la papauté, ou d’une des
sectes protestantes. Bien que les réformateurs eussent rejeté plusieurs des
prétentions papales se rapportant à la juridiction ecclésiastique, etc., ils
tinrent cependant ferme à cet honneur que les rois de la terre avaient fini par
attribuer à la chrétienté. Et, ainsi les réformateurs tombèrent dans la même
erreur et exercèrent une autorité de monarques, en installant et en
sanctionnant les gouvernements et les rois, et en les nommant " royaumes
chrétiens " ou " royaumes du Christ ". Aussi entendons-nous
souvent aujourd’hui l’énigmatique expression: " Le Monde Chrétien, "
une énigme, en effet, si on l’examine à la lumière des vrais principes de l’Evangile.
Jésus dit au sujet de ses disciples: " Ils ne sont point du monde, comme
je ne suis point du monde. " Et Paul nous exhorte en disant: " Ne
vous conformez point au siècle présent. "- Jean 17:16 ; Rom. 12:2. Dieu
n’approuva jamais que l’on appelle ces royaumes
A300
du nom de
Christ. Egarées par l’Eglise nominale, ces nations naviguent sous un faux
pavillon, prétendant être ce qu’elles ne sont pas. Leur seul titre, abstraction
faite de la volonté du peuple, consiste dans la concession limitée que Dieu
leur donna, et qu’il fit connaître à Nébucadnetsar, -jusqu’à ce que vienne
celui auquel appartient le gouvernement. C’est une grande injure faite au vrai
royaume de Christ, devant lequel il faut qu’ils tombent bientôt, ainsi qu’à son
" Prince de la paix " et à ses " princes qui gouverneront avec
droiture "( Esaïe 32:1), que de prétendre que ces royaumes imparfaits,
avec leurs lois imparfaites, et avec leurs gouverneurs souvent égoïstes et
vicieux, soient " les royaumes de notre Seigneur et de son Christ. "
Un autre mal plus grave, résultant de cette erreur, est que l’attention des
enfants de Dieu a été détournée par là du royaume céleste promis ; et ils ont
été portés à admettre à tort les royaumes terrestres et à se familiariser trop
intimement avec eux ; ils ont été tentés, -efforts presque entièrement
infructueux, -d’enter sur ces troncs mondains, sauvages, les vertus et les
moeurs de la chrétienté, au détriment de l’Evangile concernant le vrai Royaume
et les espérances qui s’y concentrent. Cette illusion fait que plusieurs sont
présentement très désireux d’inscrire dans la constitution des Etats-Unis le
nom de Dieu, afin que, de ce chef, cet état puisse devenir une nation
chrétienne. Les " presbytériens réformés " ont refusé pendant des
années de voter ou de revêtir une fonction sous ce gouvernement, parce qu’il
n’est point un royaume du Christ. Ils reconnaissent dès lors qu’il est peu
convenable à un chrétien de participer à un gouvernement autre que celui de
Dieu. Nous sympathisons pleinement avec ce sentiment, mais non pas avec la
conclusion que si le nom de Dieu était mentionné dans la constitution, ce fait
transformerait
A301
ce gouvernement
d’un royaume de ce monde en un royaume de Christ et donnerait aux presbytériens
réformés la liberté de voter et d’occuper des fonctions sous ce régime. Oh !
quelle folie ! Qu’elle est grande la fausseté par laquelle la " mère des
prostituées " a enivré les habitants de la terre !( Apoc. 17:2) ; car on
prétendit de même que les royaumes de l’Europe avaient passé de Satan à Christ,
et qu’ils étaient devenus des " nations chrétiennes ". Avouons-le, le
meilleur et le pire qu’on puisse dire des nations de la terre, c’est qu’elles
ne sont que des " royaumes de ce monde ", dont le pouvoir accordé par
Dieu est à peu près expiré, afin qu’ils puissent faire place à leur successeur
désigné, le royaume du Messie, le cinquième Empire Universel de la terre (Dan.
2:44 ; 7:14, l8, 27) :cette affirmation servirait beaucoup à établir la vérité
et à dissiper l’erreur. Mais, ce que la papauté introduisit à cet égard, et ce
qui fut sanctionné par les réformateurs protestants, subsiste encore
actuellement comme droit incontestable parmi les chrétiens. Et comme ils
devraient soutenir le royaume du Christ, ils s’unissent pour se constituer
champions des soi-disant royaumes chrétiens, dont la chute est imminente et
dont le temps est à peu près expiré ; c’est ainsi que leurs sympathies sont
souvent forcément du côté de l’oppression, plutôt que du côté du droit et de la
liberté, du côté des royaumes de ce monde et du prince de ce monde, plutôt que
du côté du vrai royaume de Christ. -Apoc. 17:14 ; 19:11-19. Le monde reconnaît
de plus en plus clairement que les " royaumes de ce monde " sont loin
d’être chrétiens et que leurs prétentions d’être munis des pleins pouvoirs du
Christ sont plus que douteuses. Les gens commencent à faire usage de leur
raisonnement relativement a cette question
A302
et à d’autres
questions semblables ; et ils exprimeront leurs convictions d’autant plus
violemment, s’ils viennent à constater qu’une fraude a été commise à leur égard
au nom du Dieu de la justice et du Prince de la paix. Il se trouve, en effet,
chez plusieurs, une tendance à conclure que la chrétienté elle-même n’est
qu’une imposture, sans base et sans fondement, et que, liguée avec les
gouvernements civils, elle n’a pour but que de tenir en échec la liberté des
masses. Oh ! qu’ils seraient sages, les hommes, s’ils avaient la volonté de
comprendre l’oeuvre et le plan de Dieu ! Alors les royaumes actuels se
fonderaient insensiblement [comme de la cire], -réforme sur réforme et liberté
sur liberté se suivraient rapidement, et la droiture et la vérité
l’emporteraient jusqu’à ce que la justice soit établie sur la terre. Mais c’est
ce qu’ils ne feront pas ; le voulussent-ils même, ils ne le pourraient pas
maintenant dans leur condition déchue ; et ainsi, poussé par l’égoïsme, chacun
lutterait pour l’emporter, et les royaumes de ce monde se consumeront dans un
temps de grande détresse, tel qu’il n’y en a point eu depuis qu’il existe des
nations. A ceux qui essayeront vainement de se cramponner à une souveraineté
disparue, dans l’époque où l’empire sera remis à celui à qui appartient le
pouvoir, le Seigneur parle et montre qu’ils livrent contre lui un combat dans
lequel ils sont sûrs de succomber. Il dit: " Pourquoi ce tumulte parmi les
nations, ces vaines pensées parmi les peuples ? Pourquoi les rois de la terre
se soulèvent-ils et les princes se liguent-ils avec eux contre l’Eternel et
contre son oint ?- Brisons leurs liens, délivrons-nous de leurs chaînes !-
A303
Celui qui siège
dans les cieux rit, le Seigneur se moque d’eux. Puis il leur parle dans sa
colère, il les épouvante dans sa Fureur:c’est moi qui ai oint mon Roi sur Sion,
ma montagne sainte !***" Et maintenant, rois, conduisez-vous avec sagesse
! Juges de la terre, recevez instruction ! Servez l’Eternel avec crainte, et
réjouissez-vous avec tremblement. Baisez le fils [faites-vous amis avec l’Oint
de Dieu] de peur qu’il ne s’irrite, et que vous ne périssiez dans votre voie,
car bientôt s’embrasera sa colère. Heureux tous ceux qui se confient en lui
" Psaume 2. ——Tout mon coeur s’enflamme, Lorsque je te vois, Des yeux de
mon âme, 0 grand Roi des rois,
Régner en
puissance Sur tout l’univers, Et par ta présence Briser tous les fers
——
Chapitre XIV—LE
ROYAUME DE DIEU
A304
La portée
grandiose (ou la signification saillante) du sujet. -La nature du Royaume. -Le
Royaume durant l’âge de l’Evangile. -Vues fausses rectifiées par Paul.
-Conséquences des idées fausses sur le Royaume. -Deux domaines du Royaume de
Dieu. -Le domaine spirituel et sa tâche. -Le domaine terrestre et sa tâche.
-Leur harmonie. -La gloire du domaine terrestre-La gloire du domaine céleste.
-La racine de l’alliance d’où sortirent ces rameaux. -Le domaine terrestre est
Israélite. -Les tribus perdues. -La Jérusalem céleste. -Israël était un peuple
typique. -La perte et le rétablissement d’Israël. -Les classes des élus. -Les
héritiers du Royaume. -Le sceptre de fer. -Eclaircissement sur le but du règne
millénaire. -Le Royaume remis au Père. -Plein accomplissement du dessein
originel de Dieu.
Celui qui n’a
pas encore soigneusement examiné ce sujet, la Bible et une concordance en
mains, sera surpris, en le faisant, de le trouver si développé dans les Ecritures.
L’Ancien Testament abonde en promesses et en prophéties dont le Royaume de Dieu
et son Roi, le Messie, forment le centre même. Chaque Israélite avait l’espoir
(Luc 3:15) que Dieu élèverait leur nation, comme peuple, sous le Messie ; et
lorsque le Seigneur vint à eux, il vint comme leur roi, pour établir sur la
terre le Royaume promis depuis longtemps. Le précurseur et le messager de
Jésus, Jean, commença
A305
sa mission par
la proclamation: " Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche
"( Matth. 3:2). Le Seigneur commença son ministère avec exactement la même
proclamation (Matth. 4:17) ; et les apôtres furent envoyés pour prêcher la même
nouvelle (Matth. 10:7 ; Luc 9:2). Le royaume ne fut pas seulement la doctrine
par laquelle Jésus commença son ministère public, mais ce fut en réalité le
sommaire de toutes ses prédications (Luc 8:1 ; 4:43 ; 19:11). D’autres choses
ne furent mentionnées qu’en connexion avec ce sujet ou pour son explication.
Les paraboles furent pour la plupart des éclaircissements concernant le
Royaume, à divers points de vue et sous divers rapports, ou bien elles devaient
servir à montrer l’entière consécration à Dieu comme essentielle à la
participation au Royaume, et à corriger les fausses idées judaïques, suivant
lesquelles les Juifs étaient certains d’obtenir le Royaume parce qu’ils étaient
des enfants légitimes d’Abraham, et, par conséquent, des héritiers naturels des
promesses. Dans ses conversations avec ses disciples, le Seigneur Jésus
fortifia et encouragea leur attente d’un royaume futur. Il leur dit: "
C’est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur, comme mon père en a
disposé en ma faveur, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon
royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, pour juger [gouverner] les
douze tribus d’Israël "( Luc 22:29, 30). Et encore: " Ne crains
point, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume
"( Luc 12:32). Et lorsque leur roi, au lieu d’être couronné et mis sur le
trône, fut crucifié, les disciples furent douloureusement déçus. Comme deux
d’entre eux l’avouèrent à Jésus sur le chemin d’Emmaüs, après sa résurrection,
ils avaient " espéré que ce serait lui qui délivrerait Israël, "- le
délivrerait du joug des Romains, et ferait d’Israël le
A306
Royaume de Dieu
en puissance et en gloire. Mais ils furent amèrement détrompés par les
changements survenus quelques jours auparavant. Alors Jésus leur ouvrit
l’intelligence en leur démontrant par les Ecritures que son sacrifice était
premièrement nécessaire avant que le Royaume pût être établi. -Luc. 24:21,
25-27. Dieu aurait pu donner la domination de la terre à Jésus sans racheter le
monde ; car le Très Haut domine sur le royaume des hommes et le donne à qui il
veut (Dan. 4:32). Mais Dieu avait en vue un dessein plus grandiose que ce qui
aurait été obtenu par ce plan. Un royaume semblable aurait pu apporter des
bénédictions ; mais, toutes bienfaisantes qu’elles auraient été, elles
n’auraient pu avoir qu’un caractère temporaire, puisque toute l’humanité était
sous l’empire de la mort. Pour rendre les bénédictions de son royaume
éternelles et complètes, il fallait que la race humaine fût premièrement
rachetée de la mort et, de cette manière, libérée légalement de la condamnation
adamique. Il est évident que Jésus ranima l’espoir des disciples à l’égard d’un
royaume à venir, par l’explication des prophéties, puisque plus tard, lorsqu’il
les quitta, ils lui demandèrent: " Seigneur, est-ce en ce temps que tu
rétabliras le royaume d’Israël ?" Sa réponse, sans être formelle, ne
contredit nullement leurs espérances. " Ce n’est pas à vous, leur dit-il,
de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservé à sa propre
autorité. "- Act. 1:6, 7. Il est vrai qu’au commencement les disciples, de
même que toute la nation judaïque, n’avaient qu’une conception imparfaite du
Royaume de Dieu ; ils supposaient qu’il serait exclusivement terrestre, comme
aujourd’hui plusieurs se trompent dans un sens opposé, supposant que ce sera un
royaume exclusivement céleste. -Plusieurs paraboles et discours obscurs de
Jésus avaient le but de corriger, au temps fixé, ces fausses notions. Mais il
émettait
A307
toujours l’idée
d’un royaume, d’un gouvernement établi sur la terre et qui régnerait sur les
hommes. Et non seulement il aviva en ses disciples l’espoir d’une participation
dans ce royaume, mais il leur apprit aussi à prier pour son établissement:-
" Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite SUR LA TERRE comme au
ciel. " Aux juifs sages, aux yeux des hommes, Jésus apparut comme un
imposteur et un fanatique ; ils considéraient les disciples tout bonnement
comme des dupes. Ils purent tout aussi peu nier la sagesse, les miracles et la
charité aimante de Jésus, que s’en rendre compte raisonnablement. Néanmoins, à
leur point de vue d’incrédules, sa prétention d’être l’héritier du monde et
d’établir le royaume promis devant gouverner le monde, l’idée que ses
disciples, tous d’allures pauvres, seraient ses cohéritiers dans ce royaume,
leur semblait trop absurde pour être prise en considération. Rome, avec ses
guerriers disciplinés, ses habiles généraux et ses immenses richesses, était la
maîtresse du monde, et sa puissance s’accroissait encore journellement. Mais
qui était ce Nazaréen ? Et qui étaient ces pêcheurs sans argent et sans
influence, et ayant si peu d’adhérents au milieu du peuple ? Qui étaient-ils,
pour avoir l’audace de parler de l’établissement du royaume promis depuis
longtemps, -du royaume qui devait être le plus grand et le plus puissant que le
monde ait jamais connu ? Dans l’espoir d’exposer au grand jour les prétendues
faiblesses des exigences de notre Seigneur, et de détourner de lui, par ce
moyen, ses propres disciples, les pharisiens lui Demandèrent:ce royaume que tu
prêches, quand commencera-t-il à faire son apparition ?- quand arriveront tes
soldats ?- quand apparaîtra ce royaume de Dieu ?( Luc 17:20-30.) La réponse de
Jésus aurait donné une nouvelle direction à leurs pensées s’ils n’avaient pas
A308
été prévenus
contre lui et éblouis par leur soi-disant propre sagesse. Il leur répondit que
le Royaume ne leur apparaîtrait jamais comme ils s’y attendaient, que le
royaume qu’il prêchait et dans lequel il invitait ses disciples à la
cohérédité, était un royaume invisible, et qu’ils ne devaient pas s’attendre à
le voir. Il leur répondit ainsi: " Le Royaume de Dieu ne vient pas avec
des marques extérieures [selon Seg. et Laus.] -de manière à se faire remarquer.
On ne dira pas:il est ici ! ou:il est là ! car sachez-le:le Royaume de Dieu est
au milieu de vous "( 1). (Stapfer.) En un mot, il démontra que, lorsque le
royaume de Dieu viendrait, il serait partout présent avec puissance et,
cependant, visible nulle part. Il leur donnait ainsi une idée du royaume
spirituel qu’il prêchait ; mais ils n’étaient point préparés et n’y comprirent
absolument rien. Il y avait, dans l’attente des Juifs, relativement au royaume
promis, une part de vérité qui se réalisera en son temps comme nous le
démontrerons ; mais le côté du royaume auquel le Seigneur fait allusion ici
était celui du domaine spirituel, qui sera invisible. Et comme cette partie du
royaume sera établie en premier lieu, sa présence sera invisible et ne sera pas
remarquée pendant un certain temps. Le privilège d’hérédité dans ce domaine
spirituel du Royaume de Dieu était la seule offre faite alors, elle est
l’unique espérance de notre vocation céleste durant l’âge de l’Evangile, qui
commençait alors. Par conséquent Jésus ne s’en rapportait qu’à ce domaine
spirituel (Luc. 16:16). On le verra plus clairement dans la suite. C’était
probablement à cause de ce sentiment public opposé à la doctrine de Jésus et
représenté spécialement parmi les pharisiens, que Nicodème vint de nuit vers
Jésus. Il était désireux de résoudre
——-
(1) Il est
impossible que la pensée du Seigneur ait été celle-ci:que le royaume de Dieu
était dans les coeurs des pharisiens, que Jésus lui-même traita d’hypocrites et
de sépulcres blanchis pleins au-dedans d’ossements de morts et de toute sorte
d’ordures. Mais lorsque ce royaume sera établi, il sera au milieu de tous et
parmi tous, les gouvernant et les jugeant tous.
A309
le mystère,
mais avait apparemment honte d’avouer publiquement que de semblables
prédications eussent aucun pouvoir sur son esprit. La conversation entre le
Seigneur Jésus et Nicodème (Jean 3), quoiqu’elle ne soit enregistrée qu’en
partie, nous dévoile plus clairement la nature du Royaume de Dieu. Evidemment,
les points principaux sont mentionnés de façon à ce que nous puissions
facilement nous représenter toute la conversation. Nous nous croyons donc
autorisés à la paraphraser comme Suit:nicodème. - " Rabbi, nous savons que
tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire les miracles que tu
fais, si Dieu n’est avec lui. " Toutefois, quelques-unes de tes expressions
me semblent très inconséquentes, et je suis venu pour te demander des
explications. Par exemple, toi et tes disciples, vous allez ça et là prêcher
que " le royaume des cieux est proche, " mais vous n’avez ni armée,
ni fortune, ni influence ; cette prétention n’est donc pas vraie selon toute
apparence ; et à cet égard il semble que tu trompes le peuple. Presque tous les
pharisiens te prennent pour un imposteur, mais, moi, je suis sûr qu’il y a de
la vérité dans tes enseignements, " car personne ne peut faire les miracles
que tu fais, si Dieu n’est avec lui. " Le but de ma visite est de demander
de quel genre, et d’où est ce royaume que vous annoncez ? quand et comment il
sera établi ? Jésus. -A la demande que tu me fais de te donner une pleine
compréhension du royaume des cieux, je ne puis satisfaire tout à fait
maintenant ; non que je n’ai pas pleine connaissance de ce royaume, mais parce
que dans ta condition actuelle tu ne pourrais le comprendre ou l’apprécier,
aussi clairement que je te l’expliquerais. " A moins que quelqu’un ne soit
engendré [gennaô] (1) d’en
——-
(1) Le mot grec
gennaô (et ses dérivés) traduit quelquefois par engendré et quelquefois par né,
contient en réalité les deux idées, et devrait être traduit par l’un ou l’autre
de ces mots français, toujours d’après le sens du passage dans lequel il se
trouve. Les deux idées " engendré " et " né " sont toujours
dans le même gennaô ; de sorte que si l’une est mentionnée, l’autre y est
impliquée, en ce que la naissance est la conséquence naturelle de la
procréation, et la procréation l’antécédent de la naissance. Lorsque l’agent
actif avec lequel gennaô est associé, est du sexe masculin, il devrait être
traduit par engendré, s’il est féminin par né. Ainsi dans 1 Jean 2:29 ; 3:9 ;
4:7 ; 5:1, 18. gennaô devrait être traduit par engendré, parce que Dieu
(masculin) est l’agent actif.
Quelquefois,
cependant, la traduction dépend de la nature de l’action, peu importe qu’elle
soit masculine ou féminine. Ainsi, si gennaô est pris en conjonction avec ek,
qui signifie de ou hors, il devrait être traduit par né. Dans Jean 3:5, 6,
gennaô devrait être (et est) traduit par né, comme c’est indiqué par le mot ek-
" d’eau, "" de la chair, "" de l’Esprit ".
A310
haut (ou "
depuis le commencement. "- Darby), il ne peut voir [grec, eidon (2),
savoir ou connaître] le royaume de Dieu. " Mes disciples eux-mêmes ont
jusqu’à présent des idées encore vagues sur la nature du royaume qu’ils
proclament. Pour la même raison que je ne puis te le dire, je ne puis le dire à
eux ; et pour la même raison aussi ils ne sauraient le comprendre. Car,
Nicodème, une des particularités des procédés de Dieu est qu’il demande
obéissance à la lumière que l’on possède déjà, avant d’en donner davantage, et,
dans l’élection de ceux qui seront considérés dignes d’hériter le royaume, il
exige qu’ils fassent profession de la foi et qu’ils en témoignent par leurs
oeuvres. Il faut qu’ils aient la volonté de suivre Dieu pas à pas, même en ne
voyant distinctement devant eux qu’un seul pas. Ils marchent par la foi et non
par la vue. Nicodème. -Mais je ne te comprends pas. Qu’entends-tu par là
?" Comment un homme peut-il naître, quand il est vieux ? Peut-il rentrer
dans le sein de sa mère, et naître ? Ou veux-tu dire que la repentance prêchée
par " Jean-Baptiste " et signifiée par le baptême dans l’eau,
——-
(2) Le même mot
grec est traduit par examiner dans Act. 15:6. " Alors les apôtres et les
anciens s’assemblèrent pour examiner [connaître ou comprendre] cette affaire.
" Le même mot est rendu par considère dans Rom. 11:22: " Considère
[vois, comprends] donc la bonté et la sévérité de Dieu. " De même dans 1
Jean 3:1: " Voyez [contemplez, reconnaissez, comprenez] quel amour le Père
nous a témoigné. "
A311
est dans un
certain sens une naissance symbolique ? Je remarque que vous et vos disciples,
vous prêchez et baptisez d’une même manière. Est-ce là la nouvelle naissance
nécessaire pour ceux qui veulent voir le Royaume ou qui veulent y entrer ?
Jésus. -Notre nation est une nation consacrée, une nation d’alliance. Tout
Israël a été baptisé en Moïse dans la mer et dans la nuée, quand il quitta
l’Egypte. Dieu accepta ce peuple en Moïse, le Médiateur de son alliance, au
Sinaï ; mais les Juifs ont oublié leur alliance, plusieurs vivent ouvertement
la vie de publicains et de pécheurs et plusieurs autres se croient justes par
eux-mêmes et sont hypocrites ; la prédication de Jean et celle de mes disciples
est donc de se repentir, -de retourner à Dieu et de reconnaître et confesser
l’alliance qui a été faite. Le baptême de Jean symbolise cette repentance et
cette réformation du coeur et de la vie, et non pas la nouvelle naissance. Mais
sans cette nouvelle naissance, tu ne verras jamais le Royaume, tant s’en faut.
Il faut donc, en plus de la réformation, symbolisée par le baptême de Jean, que
tu sois engendré et né de l’esprit, sans cela tu ne peux voir mon Royaume. La
repentance te ramène à la condition de justifié ; dans cette condition tu seras
de suite capable de me reconnaître, moi, le Messie, l’antitype de Moïse ; et en
te consacrant ainsi à moi, tu seras engendré du père à une nouvelle vie et à la
nature divine, qui, développée et parvenue à la vie, sera le gage de ta
naissance comme créature nouvelle, comme être spirituel, dans la première
résurrection ; comme tel non seulement tu verras, mais tu partageras le
Royaume. C’est en réalité un grand changement qui s’opère par cette nouvelle
naissance de l’esprit, Nicodème ; car " ce qui est né de la chair est chair
et ce qui est né de l’Esprit est esprit. " Ne t’étonne donc pas de me
première parole,
A312
qu’il te faut
être engendré d’en haut avant de pouvoir comprendre, connaître et apprécier les
choses au sujet desquelles tu demandes des éclaircissements. " Ne t’étonne
pas de ce que je t’ai Dit:il faut que vous naissiez de nouveau ". La
différence entre ta condition présente, né de la chair, et la condition de ceux
qui seront nés de l’esprit, qui entreront dans le royaume que je prêche ou le
constitueront, est très grande. Permets que je te donne une explication grâce à
laquelle tu pourras te faire une idée des êtres qui constitueront le Royaume,
lorsqu’ils seront nés de l’Esprit:- " Le vent souffle où il veut, tu en
entends le bruit ; mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Il en est
ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. " Tu ne peux voir comment te
vent peut souffler, tantôt ici, tantôt là, quoiqu’il exerce son influence tout
autour de toi:tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. C’est le meilleur
éclaircissement que je puisse te donner au sujet de ceux qui, dans la
résurrection, seront nés de l’Esprit, de ceux qui " entreront , dans le
royaume que je prêche maintenant ou qui le constitueront. Ils seront invisibles
comme le vent, et les hommes qui ne seront pas nés de cette sorte ne sauront ni
d’où viennent ni où vont ceux-là. Nicodème. -Comment cela se peut-il ? des
êtres invisibles ? Jésus. -Tu es le docteur d’Israël et tu ne sais pas ces
choses !- Tu ne sais pas que des êtres spirituels peuvent être présents et
pourtant invisibles ? Toi, qui entreprends d’enseigner les autres, n’as-tu
jamais rien lu d’Elisée et de son serviteur, ou de l’ânesse et de Balaam, et
des exemples si nombreux dans les Ecritures qui démontrent ce principe que des
êtres spirituels peuvent se trouver parmi les hommes et pourtant être
invisibles ? Et tu es même de ces pharisiens qui prétendent croire aux anges
comme à des êtres spirituels. Mais cela montre justement ce que je
A313
te disais en
premier lieu:que si quelqu’un n’est engendré d’en haut, il ne peut voir
[savoir, comprendre ou reconnaître comme raisonnable] le royaume de Dieu et
tout ce qui s’y rattache. Si tu veux entrer dans ce royaume que j’annonce et en
devenir mon cohéritier, il faut que tu suives la lumière pas à pas. Si tu le
fais, tu recevras toujours plus de lumière, et cela d’autant plus vite que tu y
seras mieux préparé. J’ai prêché ces vérités nécessaires et tu peux les
comprendre, j’ai accompli des miracles et tu me reconnais comme un docteur
venant de Dieu, mais tu n’ as pas agi conformément à ta foi et tu n’es point
devenu mon disciple, en me suivant publiquement. Tu ne peux t’attendre à voir
davantage, avant de te conduire conformément à tout ce que tu vois ; alors,
Dieu te donnera un peu plus de lumière et des clartés pour faire un pas plus
avant. " En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous
savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous
[pharisiens] vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand
je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous
parlerai des choses célestes ?" Il ne me servirait de rien de te parler
des choses célestes, tu ne serais quand même pas convaincu et ma prédication te
semblerait d’autant plus insensée. Si ce que j’ai enseigné, ce qui était d’un
caractère terrestre, ou expliqué par des choses terrestres que tu peux
comprendre et que tu comprends, ne t’a pas assez convaincu pour que tu te
reconnaisses publiquement mon disciple, tu ne serais pas plus convaincu si je
te parlais des choses célestes, desquelles tu ne comprends rien ; car personne
n’est jamais monté au ciel, c’est pourquoi personne ne pourrait confirmer mon
témoignage. Moi, qui descendis du ciel, je suis le seul qui comprenne les choses
célestes. Aussi " personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui
A314
qui est
descendu du ciel, le Fils de l’homme "( 1). Une connaissance des choses
célestes ne peut venir qu’après la procréation de l’Esprit ; et les choses
célestes mêmes, qu’après qu’on est né de l’Esprit, -qu’après être devenu un
être spirituel. Telle fut la patience qu’il fallut au Seigneur pour déclarer la
nature du royaume à ceux que les préjugés et l’éducation empêchèrent de voir
autre chose que les vues confuses du domaine terrestre. Néanmoins la sélection
d’une classe, propre à participer au royaume du Messie, progressa constamment,
quoiqu’un petit nombre seul d’entre les Israélites fût élu, auxquels cette
participation fut offerte exclusivement durant sept années. Comme Dieu le
prévit, le privilège de participer au royaume du Messie, échappa aux Juifs en
tant que peuple, parce qu’ils n’étaient point préparés et parce qu’ils ne
saisirent pas l’occasion qui leur était offerte d’y entrer. Une élite seule fut
choisie, et l’invitation parvint aux gentils de choisir aussi d’entre eux
" un peuple qui portât son nom ". Et parmi ceux-ci il n’y a aussi
qu’un fragment, un " petit troupeau ", qui sache apprécier le
privilège et qui doive être jugé digne de devenir le cohéritier de Christ dans
son royaume et dans sa gloire. Ce fut une erreur déplorable que celle
d’introduire dans l’Eglise la fausse interprétation suivant laquelle le royaume
promis n’est simplement que l’Eglise nominale dans sa condition présente, et
son oeuvre uniquement une oeuvre de grâce dans les coeurs des croyants ; et
cette erreur a été poussée à un tel degré que l’alliance profane actuelle et le
règne de l’Eglise de nom unie avec le monde semblent, à plusieurs, être la
domination du Royaume de Dieu sur la terre. Il est vrai que, dans un certain
sens, l’Eglise est
——-
(1) Les mots:
" qui est dans le ciel "( v. 13) ne se trouvent point dans les
manuscrits grecs les plus anciens et les plus dignes de confiance:-voyez la
remarque de la trad. de Stapfer.
A315
maintenant le
royaume de Dieu, en même temps qu’une oeuvre prospère dans les coeurs des
croyants ; mais considérer cela comme une réalisation de tout ce qui est dit de
ce royaume et nier l’établissement futur d’un véritable Royaume de Dieu sous
toute l’étendue des cieux, dans lequel la volonté de Dieu se fera comme au
ciel, équivaudrait à rendre insignifiantes et nulles les promesses les plus
fortes et les plus claires, qui ont été enregistrées par le Seigneur, par les
apôtres et par les prophètes, pour nous encourager et pour nous aider dans
notre lutte à vaincre le monde. L’Eglise est souvent appelée le royaume dans
les paraboles du Seigneur ; et l’apôtre en parle comme du royaume sur lequel
Christ règne maintenant, lorsqu’il dit que Dieu nous a délivrés du royaume des
ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour. Nous, qui
avons accepté Christ, nous reconnaissons maintenant son droit d’empire acquis
par lui et nous lui rendons une obéissance reconnaissante et volontaire avant
qu’il l’établisse de force dans le monde. Nous apercevons la différence entre
les lois de justice qu’il mettra en vigueur, et le royaume des ténèbres
entretenu par l’usurpateur, le prince de ce monde. La foi dans les promesses de
Dieu change notre sujétion, nous nous reconnaissons sujets du nouveau prince,
et par sa grâce cohéritiers avec lui dans ce royaume qui sera établi en
puissance et en grande gloire. Mais ce fait n’annule en aucune façon les
promesses que finalement le royaume de Christ " dominera d’ une mer à l’
autre, et du fleuve aux extrémités de la terre "( Ps.72:8) ; que toutes
les nations le serviront et lui obéiront ; et que devant lui tout genou
fléchira dans les cieux, sur la terre et sous la terre (Dan. 7:27. Phil. 2:10).
Au contraire, l’élection actuelle du " petit troupeau " confirme
plutôt ces promesses.
A316
Si l’on examine
soigneusement les paraboles de notre Seigneur, on verra qu’elles enseignent
clairement que la venue ou le règne en puissance du royaume de Dieu est encore
futur, et, chose naturelle, que cet établissement ne peut avoir lieu avant que
le Roi vienne. Ainsi la parabole de l’homme de haute naissance qui s’en alla
dans un pays éloigné pour se faire investir de l’autorité royale, et revenir
ensuite, etc. (Luc 19:11-15), transfère l’établissement du royaume au retour du
Seigneur. Et voici le message que Jésus envoya à l’Eglise longtemps après:
" Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie
"( Apoc. 2:10). Il s’ensuit que les rois qui régneront avec Christ, ne seront
pas couronnés et ne régneront pas dans cette vie. L’Eglise d’à présent n’est
donc pas le Royaume de Dieu établi en puissance et en grande gloire, mais elle
est le Royaume dans sa condition naissante ou embryonnaire. Et c’est ainsi, en
effet, que l’enseignent toutes les expressions du Nouveau Testament qui y ont
rapport. Le royaume des cieux est maintenant forcé par les violents du monde ;
le Roi fut maltraité et crucifié ; et celui qui veut suivre ses traces
souffrira persécution et violence d’une façon ou d’une autre. Cela ne
s’applique, ainsi qu’on le verra, qu’à la vraie Eglise et non à la multitude
qui y appartient de nom. Mais la promesse nous est ainsi faite que si nous
(l’Eglise, le Royaume de Dieu à l’état d’embryon), nous souffrons maintenant avec
Christ, nous régnerons et serons aussi glorifiés avec lui, au moment voulu,
quand il possédera son grand pouvoir et régnera. Jacques (2:5) nous raconte,
d’accord avec l’enseignement de notre Seigneur, que Dieu a choisi les pauvres
et les méprisés aux yeux de ce monde, non pour régner maintenant, mais comme
" héritiers du royaume qu’il a promis "." Combien difficilement,
dit le Seigneur, ceux qui
A317
ont des
richesses entreront-ils dans le royaume de Dieu !"( Marc 10:23). Il est
évident qu’il n’entendait pas par là l’église nominale, qui règne maintenant
avec le monde ; car on fait son possible pour faire entrer les riches dans les
églises. Pierre exhorte les héritiers du royaume à la patience, à la
persévérance, à la vertu et à la foi, lorsqu’il dit: " C’est pourquoi, mes
frères, étudiez-vous plutôt à affermir votre vocation et votre élection ; car
en faisant cela vous ne broncherez jamais. Car par ce moyen l’entrée dans le
royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera abondamment
donnée. "- 2 Pierre 1:10, 11. Plusieurs croient que Paul fait allusion à
un royaume au sens figuré, dans Rom. 14:17 ; mais si cette expression est
examinée à la lumière du contexte, il est évident que ce passage ne signifie
que Ceci:nous, frères, qui sommes maintenant transportés dans le Royaume du
Fils de son amour, nous jouissons de certaines libertés quant à notre
nourriture, etc., desquelles nous ne jouissions pas comme juifs sous la loi (v.
14) ; mais si par cette liberté, quelques frères, qui ne peuvent pas encore
voir comme nous, se scandalisent et trompent leur conscience, n’en faisons
plutôt pas usage. Ne causons pas, par notre liberté d’user d’un aliment, la
perte de notre frère pour lequel Christ mourut, mais rappelons-nous que
maintenant comme dans l’avenir, les privilèges du royaume consistent en de bien
plus grandes bénédictions que dans celle des aliments, notamment dans la
liberté de faire le bien, dans notre paix avec Dieu par Christ et dans la joie
que nous éprouvons en participant à l’esprit saint de Dieu. Ces libertés du
royaume sont si grandes que la liberté, subordonnée au sujet des aliments, peut
bien être sacrifiée maintenant pour le bien de notre frère. Ainsi, n’importe à
quel point de vue des Ecritures que
A318
nous envisagions
la chose, l’idée que le royaume promis serait une déception mystique, ou que
notre condition actuelle l’accomplirait, est contredite partout. La promesse de
devenir, avec le Maître, héritier et participant de la dignité royale, fut dans
l’Eglise primitive un puissant encouragement à la fidélité et à la persévérance
au temps des épreuves et des persécutions temporelles. Les chrétiens furent
avertis qu’ils devaient s’attendre à celles-ci ; et parmi les paroles de
soulagement et d’encouragement de l’Apocalypse données aux sept Eglises, aucune
promesse n’éclate plus claire et plus forte que celle-ci: " A celui qui
vaincra, je donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône, comme j’ai vaincu
moi-même et me suis assis avec mon Père sur son trône ;" et, " à
celui qui vaincra, ... je lui donnerai autorité sur les nations. " Ce sont
des promesses dont on dénaturerait le sens, si, à tort, on les rapportait à une
oeuvre de grâce actuelle dans les coeurs, ou même à un règne sur les nations
dans la vie présente ; puisque ceux qui veulent être vainqueurs et veulent
acquérir, de cette manière, les honneurs du royaume, n’y arrivent que par le
trépas souffert au service de Dieu. -Apoc. 20:6. Mais la nature humaine,
toujours prompte à saisir la puissance et l’honneur, cherche à éviter les
souffrances ; c’est pourquoi nous trouvons que, déjà au temps des apôtres,
quelques-uns furent disposés à approprier à la vie présente les promesses
d’honneur et de puissance à venir et commencèrent à agir comme s’ils s’étaient
figuré que le temps était déjà venu pour le monde d’honorer l’Eglise et même de
lui obéir. C’est pour prévenir, si possible, cette erreur que l’apôtre Paul
écrivit, sachant bien que des idées pareilles auraient des suites fâcheuses
pour l’Eglise, qu’elles fomenteraient l’orgueil et entraîneraient ses membres à
renoncer au sacrifice. Il leur dit, comme par ironie: " Déjà
A319
vous êtes
rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous régnez. " et puis il
ajoute d’un ton grave: " Puissiez-vous régner en effet, afin que nous [les
apôtres persécutés] aussi nous régnions avec vous !"( 1 Cor. 4 ; 8). Ils
jouirent de leur christianisme en essayant d’en sortir avec autant d’honneur
que possible ; et l’apôtre savait fort bien que s’ils avaient été des disciples
fidèles au Seigneur, ils ne se seraient pas trouvés dans une condition
pareille. Voilà pourquoi il leur rappela que si le règne désiré depuis
longtemps avait vraiment commencé, lui aussi ne régnerait pas moins qu’eux, et
le fait qu’il avait encore à souffrir à cause de sa fidélité pour la vérité,
prouvait assez que leur règne était prématuré et qu’il était plutôt un piège
qu’une gloire. Puis il ajoute avec une teinte d’ironie: " Nous [les
apôtres et tous les serviteurs fidèles] nous sommes fous à cause de Christ ; mais
vous, vous êtes sages en Christ ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts.
Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés !... Ce n’est pas pour vous faire
honte que j’écris ces choses ;" j’ai un but meilleur et plus noble, -celui
de vous avertir ; car le sentier de l’honneur actuel ne conduit pas à la gloire
et à l’honneur qui seront révélés ; mais ce sont les souffrances et
l’abnégation qui conduisent à la gloire, à l’honneur et à l’immortalité, à
participer au royaume. " Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs.
" Souffrez maintenant et endurez la persécution et l’outrage, pour que
vous puissiez participer avec moi à la couronne de vie, que " le Seigneur,
le juste juge, me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore
à tous ceux qui auront aimé son avènement. "- 1 Cor. 4:10-17 ; 2 Tim. 4:8.
Mais après que l’Eglise primitive eut enduré fidèlement une bonne part de
persécution, ces théories commencèrent à se répandre parmi elle comme si sa
mission était de conquérir le monde, d’établir le royaume des cieux sur
A320
la terre et de
régner sur les nations avant le second avènement du Seigneur. Cela fut dans
l’Eglise le fondement de l’intrigue mondaine, de la pompe et de l’orgueil, de
l’étalage fastueux et des vaines cérémonies, le tout calculé pour intimider et
pour captiver le monde, ainsi que pour lui imposer le respect ; et, pas à pas,
cela conduisit aux grandes prétentions de la papauté qui s’imagina que, comme
royaume de Dieu sur la terre, elle avait le droit d’exiger de chaque tribu, nation
et peuple, le respect et l’obéissance envers ses lois et ses fonctionnaires.
Par cette prétention sans fondement (et apparemment elle se séduisit elle-même
aussi bien que les autres), la papauté a pendant longtemps couronné et
dépossédé les rois de l’Europe, et elle s’en arroge encore l’autorité, quoique
n’étant plus capable de la faire respecter. Cette même idée de la papauté est
descendue jusqu’au protestantisme, qui pour être plus modéré, n’en prétend pas
moins que de façon ou d’autre le règne de l’Eglise va croissant ; et semblables
aux Corinthiens, ses adhérents sont " rassasiés ", et " riches,
" et règnent en " rois, " comme cela est décrit d’une manière
pittoresque par notre Seigneur (Apoc. 3:17-18). Il s’ensuit que les membres de
l’Eglise qui ne le sont que de nom, -ceux qui ne sont pas vraiment convertis,
qui ne sont pas du vrai blé, mais plutôt de l’ivraie, des imitations du blé,
-surpassent de beaucoup les vrais disciples de Christ. Ces chrétiens de nom ne
veulent pas entendre parler du sacrifice actuel et de l’oubli de soi-même, ni
de la persécution pour la justice (vérité) ; tout au plus tiennent-ils à une
forme de jeûne, etc. Ils règnent en réalité avec le monde et ne s’acheminent
point à la participation du vrai royaume qui doit être établi par notre
Seigneur lors de sa seconde présence. Tout observateur attentif doit être
frappé de leur absurdité manifeste en comparant ces vues avec les enseignements
A321
de Jésus et des
apôtres. Ils enseignèrent qu’il ne peut être question d’un royaume avant la
venue du Roi.(apoc. 20:6 ; 3:21 ; 2 Tim. 2:12.) Conséquemment le royaume des
cieux doit souffrir la violence jusqu’au temps où il sera établi en puissance
et en gloire.
Deux domaines
du Royaume de Dieu.
S’il est vrai,
comme notre Seigneur l’a déclaré, que le Royaume de Dieu ne viendra point-ne se
manifestera pas dès le début-avec éclat, il n’ en est pas moins certain qu’il
sera rendu manifeste à tous, en son temps, par des signes extérieurs, clairs et
visibles. Lorsque le Royaume de Dieu sera établi, il se composera de deux
domaines ou départements, du domaine spirituel ou céleste et du domaine humain
ou terrestre. Le département spirituel restera toujours invisible à l’homme,
car ceux qui le composent appartiennent à la nature spirituelle, divine, que
nul homme n’a vue et ne peut voir (1 Tim. 6:16 ; Jean 1:18) ; mais sa présence
et son pouvoir seront manifestés puissamment, et principalement par ses
représentants humains, qui constitueront le département terrestre du Royaume de
Dieu. Ceux qui constitueront la partie spirituelle du Royaume sont les saints,
les vainqueurs de l’âge de l’Evangile, -le Christ (chef et corps) glorifié.
Leur résurrection et leur exaltation à la puissance précèdent celles de tous les
autres, parce que c’est au moyen de cette classe que tous les autres seront
bénis (Hébr. 11:39, 40). C’est la première résurrection (Apoc. 20:5) (1).
L’oeuvre grandiose que cette
——-
(1) Les mots:
" Mais le reste des morts ne ressuscita point jusqu’à ce que les mille ans
soient accomplis, " dans ce verset, sont apocryphes. Ils ne se trouvent
point dans les manuscrits grecs les plus anciens et les plus dignes de
confiance, du Sinaï et du Vatican, No 1160, ni dans le manuscrit syriaque:la
traduction Stapfer, en les mettant entre parenthèses, les signale comme
douteux. Il faut se rappeler que plusieurs passages qui se trouvent dans les
copies modernes y ont été ajoutés et n’appartiennent pas proprement à la Bible.
Puisqu’il nous est recommandé de ne rien ajouter à la parole de Dieu, il est de
notre devoir de répudier de telles additions aussitôt que leur caractère
apocryphe est établi. Les mots indiqués s’y sont glissés probablement par
accident au cinquième siècle ; car aucun manuscrit d’une date plus ancienne
(grec ou syriaque) ne contient cette clause. Ce n’était probablement en premier
lieu qu’une note marginale faite par un lecteur, qui voulait exposer ses
pensées sur le texte, et elle fut plus tard incorporée dans le texte propre par
un transcripteur quelconque qui oublia de distinguer le texte et la note
marginale. La répudiation ou le rejet de ce membre de phrase n’est pas,
toutefois, essentiel pour le " plan " exposé dans ce livre-ci ; car
vraiment " le reste des morts, "- le monde en général-ne ressuscitera
ou plutôt [d’après les traductions anglaises et allemandes] ne revivra point
dans le plein sens, dans le sens parfait où Adam vécut avant de pécher et de
venir sous la sentence de " mourant tu mourras ". La vie parfaite,
libre d’infirmités et de condition de mort, est le seul sens que Dieu donne au
mot vie. A son point de vue tout le monde a déjà perdu la vie et est mourrant,
et peut être décrit maintenant plus proprement comme mort que comme vivant. -2
Cor. 5:14 ; Matth. 8:22. Le mot résurrection (grec, anastasis) signifie
rétablissement ou relèvement (trad. de Laus.). Par rapport à l’homme il
signifie, relever l’homme à cet état duquel il tomba, à la pleine perfection
humaine-aux choses perdues par Adam. La perfection de laquelle notre race déchut,
est la perfection à laquelle elle s’élèvera graduellement durant l’âge
millénaire de restitution ou de résurrection (l’âge de relèvement et de
rétablissement). L’âge du Millénium n’est pas seulement l’âge d’épreuves, mais
aussi l’âge de bénédiction, et par une résurrection ou restauration à la vie,
tout ce qui était perdu doit être restitué à tous ceux qui obéiront de bon
coeur, lorsqu’ils auront la connaissance et l’occasion. La résurrection sera un
développement graduel et exigera l’âge entier pour son plein accomplissement ;
bien que le réveil, en lui-même à un certain degré de vie et de conscience,
comme nous en jouissons maintenant, ne soit naturellement qu’une oeuvre
momentanée. En conséquence, ce sera seulement avec l’expiration des mille ans
que la race aura pleinement atteint la mesure complète de vie perdue en Adam.
Et puisque tout ce qui ne répond pas à la vie parfaite est une condition de
mort partielle, il s’ensuit que, quoi que les mots susdits ne fassent pas
partie de la Parole inspirée, il serait strictement vrai de dire que " le
reste des morts ne revient point à la vie [ne regagne point la plénitude de vie
perdue] jusqu’à ce que les mille ans [de rétablissement et de bénédiction]
fussent accomplis "( trad. Oltramare).
A322
troupe ointe et
glorifiée a devant soi nécessite son exaltation à la nature divine, qui seule
est capable de l’accomplir. C’est une oeuvre qui ne regarde pas seulement ce
monde-ci, mais toutes les choses au ciel et sur la terre, s’exécutant tant
parmi les êtres spirituels que parmi les êtres humains. -Matth. 28:18 ; 1 Cor.
6:3 ; Eph. 1:10 ; Phil. 2:10 ; Col. 1:20. L’oeuvre du domaine terrestre du
Royaume de Dieu se limitera à ce monde-ci et à l’humanité. Et ceux qui seront
si hautement honorés au point d’y avoir une part seront les plus exaltés et les
plus honorés de Dieu parmi les hommes. C’est la classe dont il est question au
chapitre VIII (page 156), et dont le jour de jugement précéda l’âge de
l’Evangile. Comme ceux qui en font partie ont été éprouvés et trouvés fidèles,
ils ne sortiront pas pour venir de nouveau en jugement lors du réveil, mais ils
recevront sur le champ le salaire de leur fidélité, -une résurrection
A323
instantanée à
la perfection comme hommes. (Tous les autres, sauf ceux-ci et la classe spirituelle,
ressusciteront ou seront élevés d’une manière graduelle à la perfection durant
l’âge millénaire.) Ainsi cette classe sera prête tout de suite pour le grand
oeuvre du rétablissement et de la bénédiction du reste de l’humanité, comme
agents humains du Christ. De même que la nature spirituelle est nécessaire à
l’accomplissement de l’oeuvre de Christ, ainsi la nature humaine parfaite est
nécessaire à l’accomplissement futur de l’oeuvre qui doit se faire parmi les
hommes. Ils fonctionneront parmi les hommes et seront vus par eux, et la gloire
de leur perfection sera en même temps un exemple constant et un encouragement
pour les autres gens afin de tâcher de parvenir à la même perfection. Ces
anciens dignitaires seront dans la sphère humaine du royaume et seront vus du
genre humain, cela est pleinement attesté par les paroles de Jésus aux Juifs
incrédules qui étaient en
A324
train de le
rejeter. Il leur dit: " Vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les
prophètes dans le royaume de Dieu. " Que l’on remarque aussi que le Maître
ne fait point mention de lui et des apôtres comme étant visibles avec Abraham.
Le genre humain verra le domaine terrestre du royaume et se mêlera avec ceux
qui le composeront, cela se comprend de soi-même, mais ce n’est point le cas de
la sphère spirituelle ; et ceux qui rejetèrent un si grand honneur seront sans
doute douloureusement affectés quand ils apprendront ce qu’ils ont perdu. Aucun
enseignement explicite ne nous est donné sur la manière exacte dont ces deux
départements du royaume des cieux se comporteront ensemble ; mais nous avons
une illustration de la manière dont ils peuvent coopérer dans la conduite de
Dieu envers Israël au moyen de leurs représentants, Moïse, Aaron, Josué, les
prophètes, etc., -sauf que les manifestations à venir excéderont de beaucoup
celles de cet âge typique ; car l’oeuvre de l’âge à venir comprend la
résurrection de tous les morts et le rétablissement de l’obéissant à la
perfection. Cette oeuvre exige l’établissement d’ un gouvernement parfait parmi
le genre humain, et cela à son tour réclame des hommes parfaits au pouvoir de
l’empire, pour qu’ils puissent diriger comme il le faut les affaires d’état.
Elle nécessite des voles et des moyens propres à l’éducation de l’homme, ainsi
que toutes sortes de mesures philanthropiques. Et ce noble oeuvre d’élever la
race à pas sûrs et réguliers (sous la direction des membres spirituels
invisibles du même royaume), est le grand honneur auquel les anciens
dignitaires sont désignés et pour lequel ils sortiront tout préparés des
sépulcres, immédiatement après le naufrage définitif des royaumes de ce monde,
après que Satan, leur prince, aura été enchaîné. Et en qualité de représentants
A325
divinement
honorés du royaume céleste, ils recevront de bonne heure des preuves de respect
et de coopération de la part de tous les hommes. Obtenir une place dans le
domaine terrestre du royaume de Dieu, c’est satisfaire et répondre à chaque
désir et à chaque ambition du coeur humain parfait. Ce sera une heureuse et glorieuse
part au moment d’y entrer, et la gloire ira encore s’accentuant au fur et à
mesure que le temps s’avancera et que l’oeuvre progressera. Et lorsque, à la
fin d’un millénaire, l’oeuvre grandiose du rétablissement sera accompli par le
Christ (en grande partie par l’intermédiaire de ces nobles coopérateurs
humains) ; quand la race humaine entière (à l’exception des incorrigibles,
Matth. 25:46 ; Apoc. 20:9) sera approuvée devant Dieu sans tache ni ride, ni
rien de semblable, ceux qui auront été les instruments dans l’oeuvre brilleront
parmi leurs semblables et devant Dieu, devant le Christ et devant les anges,
comme " des étoiles à toujours et à perpétuité "( Dan. 12:3). Les
oeuvres et le travail de leur charité ne seront jamais oubliés de leurs
semblables reconnaissants. On s’en souviendra éternellement- " la mémoire
du juste sera perpétuelle. "- Ps. 112:6. Mais si grande que soit la gloire
croissante de ces hommes parfaits qui constitueront la sphère terrestre du
royaume, la gloire de. la sphère céleste la surpassera de beaucoup. Tandis que
ceux-là brilleront comme les étoiles, ceux-ci " brilleront comme la
splendeur de l’étendue, "" comme le soleil "( Dan. 12:3 ; Matth.
13:43). Les honneurs des cieux ainsi que ceux de la terre seront déposés aux
pieds du Christ. L’homme ne peut qu’imparfaitement se faire une idée de la
gloire qui sera révélée dans le Christ à travers les âges innombrables de
l’éternité, il ne peut la concevoir clairement. -Rom.8:18; Eph. 2:7-12. C’est
au moyen de ces deux domaines du royaume que
A326
la promesse
faite à Abraham doit se confirmer .-" toutes les familles de la terre
seront bénies en toi et en ta semence "," je ferai devenir ta semence
comme le sable de la mer et comme les étoiles du ciel ",- une semence
terrestre et une semence céleste, toutes deux l’instrument de Dieu lors de la
bénédiction du monde. Les deux parties des promesses furent clairement prévues
et projetées par Dieu dès le commencement, mais le domaine terrestre seul fut
vu par Abraham. Dans l’accomplissement Dieu fit plus qu’Abraham n’attendait. Il
choisit les principaux membres de la classe spirituelle (les apôtres et
d’autres) hors de la semence légitime d’Abraham ; il offrit la principale
bénédiction, la bénédiction spirituelle, à tous ceux de cette nation qui
vécurent au propre temps de cet appel céleste, ce fut bien plus qu’Abraham ne
vit dans l’alliance, -ce fut grâce sur grâce. Paul parle (dans Rom. 11:17) de
l’Alliance abrahamique comme d’une racine d’où Israël selon la chair sortit
d’une manière naturelle, mais sur laquelle les croyants des gentils furent
entés lorsque les branches naturelles furent retranchées à cause de leur
incrédulité. Cela montre le double accomplissement de la promesse dans le
développement des deux semences, -de la semence terrestre (humaine) et de la
semence céleste (spirituelle), -qui constitueront les deux domaines du royaume.
Cette racine de l’alliance porte ces deux sortes de branches distinctes, dont
chacune portera son propre genre de fruit, distinct et parfait, -la classe humaine
et la classe spirituelle en possession de la puissance royale. Quant au temps
de leur développement, le département naturel (terrestre) est le premier, puis
vient celui des gouverneurs célestes ; mais en ce qui concerne la grandeur de
la position et le temps de l’installation, le département spirituel sera le
premier et ensuite viendra le département naturel ; et ainsi " il se
trouvera des derniers
A327
qui seront
premiers, et des premiers qui seront derniers. "- Luc 13:30 ; 16:16 ;
Matth. 19:30. La promesse faite à Abraham, de laquelle Etienne fait mention
(Act. 7:5), et dans l’espérance de laquelle Israël se reposait, était une
promesse terrestre:elle se rapportait au pays. Dieu " promit de lui en
donner la possession " dit Etienne. L’Eternel dit à Abraham: " Lève
les yeux, et, du lieu où tu es, regarde vers le nord et le midi, vers l’orient
et l’occident ; car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta
postérité pour toujours. Je rendrai ta postérité comme la poussière de la
terre, en sorte que, si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, ta
postérité aussi sera comptée. Lève-toi, parcours le pays dans sa longueur et
dans sa largeur ; car je te le donnerai "( Gen. 13:14-17). Etienne montre
qu’il faut que cette promesse s’accomplisse encore ; car il déclare que Dieu ne
donna à Abraham " aucune propriété en ce pays, pas même de quoi poser le
pied. " L’apôtre, qui traite de cette même classe d’anciens dignitaires,
entre autres d’Abraham, s’accorde avec Etienne à dire que la promesse faite à
Abraham n’est pas encore accomplie ; il va même plus loin et démontre que ces
promesses terrestres ne sauraient s’accomplir avant que les promesses encore
plus élevées à l’égard du Christ (tête et corps) soient accomplies. Il dit
d’eux et de leurs promesses: " Tous ceux-là, à la foi desquels il a été
rendu témoignage, n’ont pas obtenu [l’accomplissement de] ce qui leur était
promis. Dieu ayant en vue [ou pourvu] quelque chose de meilleur pour nous [le
Christ], afin qu’ils ne parvinssent pas sans nous à la perfection "( Hébr.
11:39, 40). En cela, il est de nouveau démontré que le Rédempteur et le
Restaurateur est d’ordre spirituel, qu’il a sacrifié la nature humaine comme
une rançon pour tous, et que de cette classe spirituelle souverainement élevée
toutes bénédictions doivent émaner, quelque soit d’ailleurs celui qui recevra
A328
l’honneur
d’être employé comme instrument ou agent. Nous voyons donc que la section
terrestre du royaume sera israélite ; et, autour de ce fait, se groupent ces
nombreuses prophéties qui se rapportent à la prééminence de cette nation dans
le plan de Dieu pour la bénédiction future du monde, quand son tabernacle tombé
en ruines sera relevé et que Jérusalem sera rendue glorieuse et un sujet de
louanges sur toute la terre. Nous trouvons ces déclarations autant chez les
prophètes que chez les apôtres ; elles indiquent clairement qu’aux temps du
rétablissement, Israël, comme nation, sera la première d’entre toutes les
nations qui se mettra en harmonie avec le nouvel ordre de choses ; que la
Jérusalem terrestre sera rebâtie sur son lieu élevé ; et que sa constitution
communale sera rétablie comme autrefois sous des princes ou juges (Esaïe 1:26 ;
Jér. 30:18 ; Ps. 45:17). En effet, pourrait-on attendre quelque chose de plus
raisonnable que de voir cette nation se réjouir, la première entre toutes, de
reconnaître les prophètes et les patriarches ? que de voir sa connaissance de
la loi et sa longue discipline sous elle, la rendre propre à la docilité et à
l’obéissance envers l’autorité du royaume futur ? Israël sera donc la première
nation qui sera reconnue et bénie et il est encore écrit en sa faveur:- "
l’Eternel sauvera premièrement les tentes de Juda. "- Zach. 12:7. Nous
estimons peu important d’entrer en discussion sur ce que sont devenues les
" tribus perdues " d’Israël, c’est à dire de savoir où l’on pourrait
les trouver ? Est-il vrai ou ne l’est-il pas que l’on puisse, ainsi que plusieurs
le prétendent, suivre leurs traces et trouver leurs descendants parmi certains
peuples civilisés de nos jours ? Bien que certaines des preuves avancées ne
soient pas dénuées de fondement, elles ne sont pourtant, somme toute, que des
hypothèses et des conjectures. Mais encore dût-on réussir à démontrer
clairement que quelques-unes des nations
A329
civilisées
descendent des " tribus perdues ", cela ne prouverait aucun avantage
pour elles quant à " l’appel céleste "; car, depuis leur rejet
national, il n’est pas fait de distinction entre juif et grec, esclave et
libre. Si jamais cette preuve était fournie (ce qui n’a pas eu lieu jusqu’ici),
elle serait en parfait accord avec les prophéties et les promesses ayant
rapport à cette nation, qui attend toujours leur accomplissement concernant le
domaine terrestre du royaume. L’affection naturelle, ainsi qu’un reste de
confiance encore survivante dans les promesses non accomplies d’il y a si
longtemps, et tous ses préjugés naturels, pousseront Israël à l’acceptation
générale et prompte des nouveaux gouverneurs ; pendant que sa coutume d’une
certaine obéissance à la loi, fera de même que ce peuple entrera promptement
dans la réalisation des principes du nouveau gouvernement. Comme Jérusalem
était le siège de l’empire sous le Royaume typique de Dieu, elle occupera à
nouveau la même position et sera " la ville du Grand Roi "( Ps. 48:2
; Matth. 5:35). Une ville est le symbole d’un royaume ou d’une autorité, et
c’est ainsi que le Royaume de Dieu est symbolisé par la nouvelle Jérusalem-le
nouveau gouvernement venant du ciel sur la terre. Tout d’abord elle ne sera
composée que de la classe spirituelle, l’Epouse de Christ, laquelle, telle que
Jean la vit, descendra graduellement sur la terre ; c’est à dire qu’elle entrera
peu à peu en possession du pouvoir, au fur et à mesure que les empires actuels
se briseront en pièces, durant le jour de l’Eternel. Au temps fixé, toutefois,
le département terrestre de cette ville ou de ce gouvernement sera établi, ses
parties ou ses membres seront les anciens dignitaires. Il n’y aura pas deux
villes (gouvernements), mais une ville, un gouvernement céleste, le
gouvernement unique qu’Abraham attendait,
A330
" une cité
qui a de solides fondements ",- un gouvernement érigé en justice, fondé
fermement sur le roc de la justice de Christ, le Rédempteur, sur la valeur de
la rançon pour l’humanité qu’il donna et sur la fermeté de la justice divine,
qui ne peut pas condamner les rachetés comme auparavant elle ne pouvait excuser
les coupables. -Rom. 8:31-34 ; 1 Cor. 3:11. Glorieuse cité de la paix ! dont
les murailles signifient salut, protection et bénédiction à tous ceux qui y
entrent, dont le fondement bâti sur la justice ne peut jamais être ébranlé et
dont l’architecte et le constructeur est Dieu ! C’est à la lumière qui
resplendira de cette glorieuse cité (royaume) de Dieu que les nations
marcheront sur le grand chemin de la sainteté, vers la perfection et la pleine
harmonie avec Dieu. -Apoc. 21:24 (1). Quand l’humanité aura atteint la perfection,
à la clôture de l’âge du Millénium, comme nous venons de le voir, elle sera
admise comme membre dans le Royaume de Dieu et elle recevra l’entière
domination de la terre, qui lui était assignée dès le commencement, -chaque
homme sera un souverain, un roi. Cela ressort clairement de la prophétie
symbolique de Jean (Apoc. 21:24-26) ; car, dans la vision, il ne vit pas
seulement le peuple marcher à la lumière de la cité, mais il vit les rois y
entrer en gloire ; cependant aucun de ceux dont la présence aurait pu la
souiller, n’osa entrer. Personne ne peut faire partie de cette cité s’il n’a
pas été tout à fait éprouvé d’abord, ni aucun de ceux qui commettraient ou
aimeraient commettre l’abomination et l’injustice ; il n’entrera que ceux que
l’Agneau inscrira comme dignes de la vie éternelle et ceux auxquels il dira:
" Venez vous qui êtes bénis de mon Père, possédez en héritage le royaume
qui vous est préparé. "
——-
(1) Les mots
dans ce verset " qui auront été sauvés ", et le mot " honneur
" v. 26, -manquent dans les manuscrits les plus anciens et les plus
authentiques ; ils sont également omis par Segond et dans toutes les nouvelles
traductions.
A331
On ne devrait
donc point perdre de vue que si la ville de Jérusalem doit être sans aucun
doute rebâtie dans le sens littéral, et qu’elle doit devenir, probablement, la
capitale du monde, plusieurs prophéties qui mentionnent Jérusalem et sa gloire
future, s’en servent comme d’un symbole, pour décrire le Royaume de Dieu qui
doit être établi en grande magnificence. Concernant la gloire future du domaine
terrestre du royaume, représentée par le symbole de Jérusalem, les prophètes se
servent, lorsqu’ils en parlent, d’expressions brûlantes, disant: " Eclatez
ensemble en cris de joie ruines de Jérusalem ! Car l’Eternel console son
peuple, il rachète Jérusalem. "" Car je vais créer Jérusalem pour
l’allégresse, et son peuple pour la joie. "" Réjouissez-vous avec
Jérusalem, faites d’elle le sujet de votre allégresse ;... afin que vous soyez
nourris et rassasiés du lait de ses consolations, afin que vous savouriez avec
bonheur la plénitude de sa gloire. Car ainsi parle l’Eternel:voici, je
dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un
torrent débordé. "" En ce temps-là, on appellera Jérusalem le trône
de l’Eternel ; toutes les nations s’assembleront à Jérusalem... ""
Des peuples s’y rendront en foule, et diront:venez et montons à la montagne de
l’Eternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies, et
que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion [du domaine spirituel]
sortira la loi, et de Jérusalem [du domaine terrestre] la parole de l’Eternel.
"- Esaïe 52:9 ; 65:18 ; 66:10-12 ; Jér. 3:17 ; Esaïe 2:3. Lorsque nous
considérons les nombreuses et précieuses promesses de bénédictions futures,
faites aux Israélites, et que nous en attendons un accomplissement à la lettre
pour ce peuple, il ne faudrait pas oublier que, comme peuple, ils servirent
aussi de types. A un certain point de vue
A332
ils furent les
types de tout le genre humain ; et leur Alliance de la loi (laquelle impliquait
la vie au pays de Canaan à la condition d’obéissance) fut le type de la
nouvelle Alliance qui doit être établie avec le monde, durant l’age millénaire
et les âges à venir. Le sang de propitiation sous leur Alliance typique et leur
sacerdoce qui l’appliqua pour le plus grand intérêt de cette nation, étaient
des types du sang de la nouvelle Alliance et de la prêtrise royale qui, durant
le Millénium, appliquera ce sang pour la purification et la bénédiction de tout
le monde. Ainsi leur prêtrise typifiait le Christ, et la nation typifiait tous
ceux pour lesquels le sacrifice réel fut donné et auxquels les bénédictions
réelles parviendront, -c’est à dire tous, tout le monde. Rappelons-nous donc
que, s’il est vrai que les bénédictions futures semblables à celles du passé
sont premièrement pour le Juif et ensuite pour le Grec, ce n’est que par
rapport au temps que les Juifs auront la priorité dans les grâces divines ; et
ce sera, comme nous l’avons démontré, la conséquence naturelle de leur
éducation sous la loi, qui atteindra son but au temps prévu et les amènera à
Christ. Quoique au premier avènement elle n’ait produit qu’une sélection [un
résidu ou un reste] parmi eux, au second avènement elle les amènera comme
peuple, et en cette qualité Israël deviendra les prémices d’entre les nations.
Finalement chaque bénédiction promise à Israël, à l’exception de celles qui se
rapportent aux classes élues, aura non seulement son accomplissement actuel pour
ce peuple, mais aussi son accomplissement antitypique pour toutes les familles
de la terre. Sous ce gouvernement-là, Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres:-
" Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif
premièrement, puis pour le Grec ! Car devant Dieu il n’y a point d’acception de
personnes. "- Rom. 2:6, 10, 11.
A333
L’apôtre Paul
attire notre attention tout spécialement sur la certitude des promesses de Dieu
faites aux Israélites pour l’avenir, et montre quelles grâces ils perdirent par
leur incrédulité et quelles grâces leur sont encore réservées. Il dit que ce
fut à cause de son orgueil, de la dureté de son coeur et de son incrédulité
qu’Israël, comme peuple, n’a point obtenu ce qu’il cherchait, -la place
principale dans la grâce et le service divins. Paul ne parle pas ici de toutes
les générations d’Israël depuis Abraham, mais de la génération qui vécut à
l’époque du premier avènement ; et ses paroles peuvent s’appliquer à toutes les
générations qui vécurent durant l’âge de l’Evangile, âge dans lequel la grâce
principale fut offerte, -l’appel céleste à la nature divine et à la cohérédité
avec Jésus. Cette grâce, Israël perdit l’occasion de la reconnaître et de la
saisir. Bien que dès lors Dieu visitât les Gentils et qu’il en appelât
plusieurs au moyen de l’Evangile, la plupart d’entre eux aussi, comme Israël,
négligent d’obtenir le prix céleste. Néanmoins, une classe, une élite, un petit
troupeau d’entre tous les appelés, accepte l’appel, et, par l’obéissance et le
sacrifice de soi-même, affermit sa vocation et son élection. Ainsi, ce
qu’Israël dédaigna, et ce que l’église chrétienne de nom manque également
d’obtenir, est donné à la classe élue ou choisie, au fidèle " corps du
Christ ",- qui est élu ou choisi (selon la prescience de Dieu) par la
sanctification de l’esprit et par la foi en la vérité. -2 Thess. 2:13 ; 1
Pierre 1:2 Quoique les Israélites aient perdu cette grâce spéciale par le rejet
du Messie, cela ne prouve pas qu’ils étaient retranchés entièrement de la grâce
; ils avaient toujours le même privilège d’être entés en Christ et celui d’être
participants des grâces spirituelles, comme le reste de l’humanité, si, durant
le temps de l’appel, ils acceptaient ce dernier par la foi ; car, ainsi que le
dit Paul, Dieu peut les enter
A334
à nouveau tout
aussi bien qu’il put enter les branches sauvages, et il en a la volonté, s’ils
ne persistent pas dans leur incrédulité. -Rom. 11:23-24. Paul démontre
spécialement que, quoique Israël perdît la bénédiction principale, " ce
qu’il cherchait ", la première place dans le royaume de Dieu, de grandes
promesses doivent cependant encore être accomplies envers ce peuple, et qu’il
faut qu’elles s’accomplissent. Dieu connaissait la fin dès le commencement ; il
savait qu’Israël rejetterait le Messie, et des promesses non équivoques qu’il
lui fit, nous pouvons conclure, étant donnée sa prescience, qu’il se servira
encore des Juifs comme de missionnaires pour bénir le monde, -quoique ce peuple
n’ait " point obtenu ce qu’il cherchait ", la grâce principale.
Ensuite Paul continue à faire voir que l’alliance des promesses de Dieu aux
Israélites, fut de telle nature qu’elle resta ouverte et indéfinie, à la
condition que, comme peuple, ils formeraient la semence céleste ou la semence
terrestre, qu’ils hériteraient et accompliraient le service plus ou moins élevé
mentionné dans les promesses. Dieu tint secrète la grâce supérieure
spirituelle, jusqu’ au temps convenable, et les promesses qui leur furent
faites ne mentionnaient que la grâce terrestre, mais il les favorisa tout de
même des grâces spirituelles, et leur offrit ainsi bien plus qu’il ne leur
avait jamais promis. Bref, les promesses célestes étaient cachées dans les
promesses terrestres. Paul dit que ces promesses ne .peuvent faillir et que
l’offre des faveurs secrètes d’abord, et leur rejet de la part d’Israël dans
son aveuglement, n’invalide ou n’annule en aucun sens l’autre partie de la
promesse. Voilà pourquoi il déclare que bien qu’Israël comme nation soit retranchée
de la grâce durant le temps où l’Epouse de Christ fut élue du milieu des Juifs
et des Gentils, le temps viendra néanmoins, où, lorsque le Libérateur (le
Christ, chef et corps) sera au complet, la grâce divine retournera
A335
à Israël selon
la chair, et où le glorieux Libérateur détournera les impiétés de Jacob (1) ;
et ainsi tout Israël sera sauvé [ramené à la grâce], comme il est écrit par le
prophète. Les paroles de l’apôtre sont: " Je ne veux pas, frères, que vous
ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres
yeux:c’est qu’un endurcissement [aveuglement] partiel est arrivé à Israël
jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée [jusqu’à ce que le nombre
entier choisi parmi les Gentils soit au complet] ; et ainsi tout Israël sera
sauvé, selon qu’il est écrit: " Le libérateur [le Christ tête et corps]
viendra de Sion ; il détournera de Jacob les impiétés. Et c’est là l’alliance
de ma part pour eux, lorsque j’ôterai leurs péchés. " En ce qui concerne
l’Evangile [la Bonne Nouvelle], ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce
qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des frères. Car les dons
de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir. Car comme vous [gentils] aussi
vous avez été, autrefois, désobéissants à Dieu et que, maintenant, vous êtes
devenus des objets de miséricorde par la désobéissance de ceux-ci, de même
ceux-ci ainsi ont été maintenant désobéissants à votre miséricorde, afin qu’eux
aussi deviennent des objets de miséricorde. Car Dieu les a tous renfermés
(juifs et nations), dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous
[Comp. Rom. 5:17-19]. O profondeur des richesses et de la sagesse et de la
connaissance de Dieu !"- Rom. 11:25-33.
Les Héritiers
du Royaume.
" Qui
est-ce qui montera en la montagne [symbole du royaume] de Jéhovah ? et qui se
tiendra dans le lieu [le
——-
(1) L’Israël
spirituel (l’Eglise de l’Evangile) n’est jamais appelé " Jacob ".
A336
temple] de sa
sainteté ? Celui qui a les mains innocentes et le coeur pur. "- Ps. 24:3,
4. La ville de Jérusalem était bâtie sur la cime d’une montagne, sur une double
cime ; car elle était divisée en deux parties par la vallée de Tyropéon. Elle
ne fut néanmoins qu’une ville, reliée par des ponts et entourée d’une muraille.
C’est sur la plus haute cime de ces deux montagnes que le temple était bâti.
Ainsi la ville typique symbolisa l’unique Royaume de Dieu avec ses dix domaines
et fit voir la position supérieure du domaine spirituel, du temple spirituel,
dont l’origine n’est point terrestre, mais d’une création nouvelle, céleste ou
spirituelle (Hébr. 9:11), et qui est séparé du domaine terrestre tout en étant
uni avec lui. David tait mention de ces deux places. C’était déjà un honneur
d’être citoyen de la ville, et un plus grand bonheur encore d’oser monter dans
le saint temple, dans l’enceinte sacrée, dont l’entrée n’était permise qu’aux
prêtres. David démontre que la pureté de vie et l’honnêteté de coeur sont
nécessaires à quiconque veut parvenir à un de ces honneurs. Ceux qui désirent
faire partie de la Sacrificature Royale sont exhortés à la pureté (de même que
le souverain sacrificateur que nous professons est pur), s’ils veulent être
jugés dignes de cohérédité avec lui. Et quiconque a cette espérance en lui se
purifie, comme lui-même est pur. C’est, comme nous l’avons déjà vu, une pureté
d’intention et de pensée, qui est considérée comme pureté réelle, la pureté de
Christ imputée suppléant à nos défauts inévitables et compensant nos faiblesses
inévitables, parce que nous marchons selon l’esprit et non selon la chair. Mais
n’oublions pas que la pureté, la sincérité et la consécration entière sont
indispensables à tous ceux qui veulent entrer dans un des domaines du Royaume
de Dieu. Il
A337
en était ainsi
des anciens dignitaires qui, sous Christ, hériteront du département terrestre
du royaume. Ils aimèrent la justice et haïrent l’iniquité:ils s’affligèrent et
se repentirent profondément lorsqu’ils se virent en faute, ou qu’ils
trébuchèrent par suite d’une faiblesse. Ainsi en fut-il des fidèles de l’âge de
l’Evangile ; et il en sera de même de tous dans l’âge du Millénium, lorsque
l’esprit de Dieu, l’esprit de vérité, sera répandu sur toute chair. Les
vainqueurs de cet âge doivent également lutter afin de parvenir à la pureté de
coeur et de vie, si, selon les règles de Dieu, ils veulent obtenir le droit
d’entrer dans la ville, dans le royaume qui leur est préparé dès la fondation
du monde, -la domination première restaurée.
Le Sceptre de
fer.
Plusieurs
croient à tort que lorsque le Royaume millénaire du Christ sera inauguré, tout
le monde sera heureux de son règne. Mais il n’en sera pas ainsi. Ses règlements
seront bien plus précis que ceux d’un gouvernement antérieur quelconque, et la
liberté du peuple sera limitée à un degré qui froissera vraiment plusieurs de
ceux qui demandent actuellement à grands cris une augmentation de liberté. La
liberté de tromper, de calomnier, de duper et de faire du tort aux faibles,
sera entièrement retranchée. La liberté d’abuser de soi-même et des autres dans
le manger et le boire, ou de corrompre les bonnes moeurs en quelque façon que
ce soit, sera refusée à tous. La liberté ou l’autorisation de faire le mal de
n’importe quelle espèce ne sera accordée à personne. L’unique liberté qui sera
accordée à tous, sera la vraie liberté de la gloire des fils de Dieu, la
liberté de faire le bien, pour soi-même et pour d’autres, de toute façon et de
toute manière ; il ne se fera ni tort ni dommage dans tout ce Royaume saint (Esaïe
11:9 ; Rom. 8:21).
A338
En conséquence,
ce gouvernement paraîtra à plusieurs dur et sévère parce qu’ils auront à rompre
avec toutes leurs habitudes et coutumes d’autrefois et à briser toutes les
institutions fondées maintenant sur de vicieuses habitudes et des préjugés
touchant la liberté. A cause de sa fermeté et de sa vigueur, il est appelé
d’une manière symbolique un sceptre ou gouvernement de fer. - " Il les
paîtra avec une verge de fer "( Comp. Apoc. 2:26, 27 ; Ps. 2:8-12 et 49:14).
Aussi la déclaration s’accomplira: " Je ferai de la droiture une règle, et
de la justice un niveau ; et la grêle [le juste jugement] emportera le refuge
de la fausseté, et les eaux [les vérités] inonderont l’abri du mensonge, "
et toutes choses cachées seront révélées. -Esaïe 28:17 ; Matth. 10:26.
Plusieurs se
sentiront rebelles envers ce gouvernement parfait et équitable, parce qu’ils
étaient accoutumés à dominer leurs semblables et à vivre complètement aux
dépens des autres sans rendre le moindre service. Et nombreux et sévères seront
les coups que la vie présente qui tendait à la satisfaction de soi-même et à
l’intérêt personnel exigera et recevra naturellement sous ce règne, avant que
les égoïstes aient appris les leçons de ce royaume, qui sont l’équité, la justice
et la droiture (Ps. 89:33 ; Luc 12:47, 48). La génération actuelle viendra la
première en jugement, et cela très prochainement. -Jacques 5. Cependant,
heureuse pensée ! quand le Prince de la vie aura mis en vigueur, avec un
sceptre de fer, les lois de droiture et d’équité, les masses qui composent le
genre humain apprendront que " la justice élève une nation, mais [que] le
péché est la honte des peuples "( Prov. 14:34). Ils apprendront qu’en fin
de compte le plan et les lois de Dieu sont ce qu’il y a de mieux pour tous ceux
que cela concerne, et, finalement, ils apprendront à aimer la justice et à haïr
l’iniquité (Ps. 45:8 ; Hébr. 1:9). Tous ceux
A339
qui, sous ce
règne, n’auront pas appris ce qui est juste seront jugés indignes de la vie
éternelle et seront retranchés du milieu du peuple. -Act. 3:23 ; Apoc. 20:9 ;
Ps. 11:5-7.
Le Royaume
durera éternellement.
"
L’Eternel sera roi sur toute la terre en ce jour-là, (Zach. 14:9). Le royaume
qu’il établira et mettra dans les mains de Christ durant le Millénium sera le
royaume de Jéhovah ; cependant il sera placé sous le gouvernement direct de
Christ, son vice-gérant ; conduite semblable à bien des égards à celle des
Etats-Unis envers les états du Sud après la rébellion. Pendant un certain temps
il ne fut pas permis aux états du Sud de se gouverner eux-mêmes par l’élection
de leurs propres fonctionnaires, dans la crainte qu’ils ne se conformassent pas
aux lois constitutionnelles de l’Union ; mais des gouverneurs munis de pleins
pouvoirs furent institués contrôleurs dans le but de reconstruire ces
gouvernements d’états et de les ramener à un parfait accord avec le
gouvernement central. Ainsi le règne spécial de Christ sur les affaires de la
terre est pour un temps limité et pour un but particulier, et il atteindra sa
fin avec l’accomplissement de ce but. Par sa rébellion, l’homme a porté
atteinte aux droits reçus de Jéhovah, entre autres à celui de se gouverner
soi-même conformément aux lois de Jéhovah. Dieu racheta tous ses droits au
moyen de Christ, et assura à l’homme le droit de retourner à son état
précédent, comme aussi à sa vocation précédente, à son rôle de roi de la terre.
Mais l’oeuvre de ramener l’homme à Dieu, et cela de la façon qui conviendra le
mieux pour lui donner avec fruit la leçon de l’expérience présente, c’est à
dire en exigeant de lui qu’il fasse des efforts pour son propre recouvrement,
réclame un parfait
A340
et puissant
gouvernement. Et cet honneur d’accomplir le recouvrement de l’homme est conféré
à Jésus qui mourut pour s’en assurer le droit ; et " il faut qu’il règne
jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds, "- jusqu’à ce
qu’il n’y ait plus personne qui ne le reconnaisse et ne l’honore en lui
obéissant. Puis, lorsqu’il aura accompli sa mission en ce qui regarde le
rétablissement ou la restauration du genre humain, il remettra le royaume à
celui qui est Dieu et père, et l’humanité traitera directement avec Jéhovah,
comme primitivement, -la médiation de l’homme Jésus-Christ ayant accompli
pleinement et complètement le grand oeuvre de réconciliation. -1 Cor. 15:25-28.
Le royaume, lorsqu’il sera remis au père, restera toujours le Royaume de Dieu
et les lois resteront toujours les même. Tout le genre humain parfaitement
restauré sera alors capable de montrer une parfaite obéissance à la lettre
ainsi qu’à l’esprit de la loi ; tandis que, maintenant, l’homme n’est capable
d’observer les lois de Dieu que dans l’esprit d’obéissance ou par la volonté.
La pleine lettre de cette loi parfaite le condamnerait à mort sur le champ (2
Cor. 3:6). Ce n’est que par le moyen de la rançon de Christ que nous sommes
admissibles maintenant. " C’est une chose terrible que de tomber entre les
mains du Dieu vivant, " avant la perfection réelle (Hébr. 10:31).
Maintenant, et avant d’être réellement parfait, personne ne pourrait subsister
devant la loi de la justice parfaite ; tous ont besoin de la miséricorde prévue
si abondamment par le sacrifice et le mérite de Christ. Mais quand Christ
remettra le royaume au père, il lui présentera l’humanité sans défaut, apte et
propre à jouir de l’éternelle félicité sous la loi parfaite de Jéhovah. Toute
appréhension aura disparu, et Jéhovah et ses créatures restaurées
A341
seront de
nouveau en parfait accord, comme au commencement. C’est en la remettant dans
les mains des hommes, qui étaient désignés pour cela dès le commencement comme
les représentants du Père, que Christ remettra la domination de la terre au
Père, à la fin de l’âge millénaire (1 Cor. 15:24 ; Matth. 25:34). Ainsi le
Royaume de Dieu durera éternellement. " Alors le Roi dira à ceux qui
seront à sa droite [à ceux qui par obéissance et conformité auront atteint
cette position de faveur durant le règne de mille ans] :Venez, les bénis de mon
Père, possédez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la fondation
du monde. " Ce royaume et cet honneur qui sont préparés pour l’homme ne
doivent pas être confondus avec le royaume et l’honneur encore plus élevés,
préparés pour le Christ, et que " Dieu, avant les siècles, avait destinés
pour notre gloire "( 1 Cor. 2:7) et, auxquels, nous fumes choisis en
Christ avant la fondation du monde. Et quoique, comme nous venons de le dire,
l’intervention spéciale et le règne de Christ sur la terre doivent avoir un
terme, il n’ en faut pas conclure que la gloire, l’empire et la puissance du
Christ cesseront aussi. Oh non ! Christ est revêtu à tout jamais de la gloire
et de la puissance divines ; il est, pour toujours, associé à la droite de la
faveur de Jéhovah ; et son Epouse et cohéritière participera à perpétuité à sa
gloire croissante. Nous ne chercherons pas à décrire les oeuvres merveilleuses
qui attendent, en d’autres mondes, la puissance de cet agent de Jéhovah si
hautement exalté ; nous préférons simplement attirer l’attention sur l’infinité
et l’activité de la puissance divine et l’immensité de l’univers. Ce Royaume
sera l’accomplissement du " désir de toutes les nations ", dans
quelque domaine que notre intérêt
A342
se concentre ;
car tous les hommes y seront bénis. Aussi, tous peuvent avec ardeur soupirer
après ce temps glorieux ; et tous font bien de dire en priant: " Ton règne
vienne ; ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel !" C’est pour
cela que, depuis longtemps, la création toute entière est dans le gémissement
et dans l’expectative, -attendant la révélation des Fils de Dieu, le royaume,
qui écrasera le mal et bénira et guérira toutes les nations. -Rom. 8:19 ;
16:20.
_______________
L’Aurore
Millénaire.
Garde,
dis-nous, la belle aurore, Resplendit-elle sur Sion ? Vois-tu sur mon sentier
éclore Son aube et blanchir l’horizon ? Pèlerin, mais oui ! regarde ! Sa
lumière brille partout. En robe d’Epouse, hasarde ! Le matin luit:debout !
debout !
Garde, est-ce
de l’an millénaire, Cette lumière s’élevant ? Sont-ce du Règne sur la terre,
Les voix que partout l’on entend ? Pèlerin, bien ! je vois blanc rose, De
Canaan luire les tours ; Salem s’élève grandiose Et libre au ciel pur à
toujours.
Pèlerin ! le
pays paisible, S’approche avec constant Printemps:plus loin, vois ! comme il
vient visible, L’Eden aux jardins fleurissants. Ecoute ! les choeurs qui
Résonnent:gloire à Jésus, l’Agneau de Dieu ; Bonheur, grâce et paix ils
entonnent, -A tous les hommes, en tout lieu.
Chapitre XV—LE
JOUR DE JEHOVAH
A343
Le jour de
Jéhovah, le " jour de la vengeance ", le " jour de la colère
".- Un temps de grande détresse. -Sa cause. -Le témoignage de la Bible sur
ce jour. -Son feu et sa tempête, son ébranlement et sa fusion doivent être pris
d’une manière symbolique. -Le témoignage de David. -Le témoignage de
l’Apocalypse. -La situation présente et l’aspect futur, comme les voient les
deux partis opposés des capitalistes et des ouvriers. -Un remède qui ne
réussira pas. -Le voile levé et la lumière donnée juste au temps voulu. -La
preuve de ce qui précède. -La position des saints durant le temps de la
détresse et leur attitude convenable relativement à cela.
Le " jour
de Jéhovah " est le nom de cette période durant laquelle le royaume de
Dieu, sous Christ, sera érigé graduellement sur la terre, pendant que les
royaumes de ce monde " passeront " et que le pouvoir et l’influence
de Satan sur l’homme seront liés. Il est décrit partout comme un jour obscur,
de trouble intense, de détresse et de perplexité parmi l’humanité. Il n’y a
rien d’étonnant à ce qu’une révolution si générale, et nécessitant de si grands
changements, cause du trouble. De petites révolutions en ont causé dans chaque
siècle ; et celle-ci, une révolution d’autant plus grande qu’aucune révolution
précédente, sera " un temps de détresse, tel qu’il n’y en a point eu
depuis qu il y a eu des nations jusqu’à ce temps-là, " et, comme " il
n’y en aura jamais. "- Dan. 12:1 ; Matth. 24:21, 22. Il est appelé le
" jour de Jéhovah ", parce que Christ,
A344
quoique revêtu
d’un titre royal et de puissance royale, dirigera toutes choses durant ce temps
de détresse plutôt comme le Maréchal de Jéhovah, s’assujettissant toutes
choses, que comme le Prince de la paix bénissant tous les hommes. Simultanément
avec l’écroulement des fausses doctrines et des systèmes faux et imparfaits,
l’étendard du nouveau roi s’élèvera, et finalement celui-ci sera reconnu et
proclamé par tous Roi des rois. Ainsi l’établissement de la domination de Christ
est présenté par les prophètes comme l’oeuvre de Jéhovah. " Demande-moi et
je te donnerai pour ton héritage les nations, et pour ta possession les
extrémités de la terre "( Ps. 2:8). " Dans le temps de ces rois, le
Dieu des cieux suscitera un royaume "( Dan. 2:44). L’Ancien des jours
s’assit, et quelqu’un de semblable à un fils de l’homme vint et on le fit
approcher de lui, et on lui donna la seigneurie, l’honneur et le règne, et tous
les peuples de toutes langues durent le servir et lui obéir (Dans. 7:9, 13, 14,
22, 27). L’Apôtre Paul dit encore que, quand Christ aura atteint le but de son
règne, " alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis
toutes choses. "- 1 Cor. 15:28. Cette période est appelée le " jour
de la vengeance de notre Dieu " et le " jour de la colère "(
Esaïe 61:2 ; 63:1-4 ; Ps. 110:5). Et, pourtant, celui qui ne songe qu’à la
pensée de colère, ou suppose même de la malveillance divine, se trompe
sérieusement. Dieu a établi certaines lois, il s’en tient là, et celui qui les
contrarie, pour n’importe quelle raison, recueille le châtiment de sa propre
conduite. Le conseil bienveillant de Dieu à l’égard des hommes a été
continuellement rejeté par eux à l’exception du petit nombre ; et Dieu de son
côté les laissa suivre leur propre chemin et renoncer à lui et à son conseil
(Rom. 1:28). Il voua alors ses soins spéciaux à Abraham et à sa postérité, qui
déclarèrent vouloir suivre ses voies et se
A345
consacrer à son
service. La dureté de leur coeur et leur manque de sincérité envers Dieu, en
tant que peuple, les empêchèrent non seulement de recevoir le Messie, mais,
d’une façon toute naturelle, les jetèrent dans le trouble qui termina leur
existence nationale. Et, ainsi, la lumière qui brilla dans le monde durant
l’âge de l’Evangile, par la vraie Eglise de Christ (l’assemblée des
premiers-nés inscrits dans les cieux), a rendu témoignage au monde civilisé de
la différence qui existe entre le bien et le mal, et d’un temps à venir dans
lequel l’un sera récompensé et l’autre puni (Jean 16:8-11 ; Act. 24:25). Si les
hommes avaient suivi l’enseignement du Seigneur, cela aurait eu une influence
immense sur eux. Mais, comme toujours, ils n’écoutèrent que leur propre volonté
; aussi ont-ils bien peu profité des avis des Ecritures, et l’affliction du
jour de l’Eternel viendra comme conséquence de cette négligence. De nouveau on
peut dire que c’est la colère de Dieu, pour autant qu’ elle vient par le mépris
de ses conseils et comme un salaire de l’injustice. Néanmoins, envisagé sous un
autre point de vue, le trouble se répandant dans le monde n’est que le résultat
naturel, la conséquence du péché, que Dieu prévit et contre lesquels ses
conseils auraient protégé les hommes, si ceux-ci avaient écouté. Tandis que le
message de Dieu à l’Eglise a été: " Offrez vos corps en sacrifice vivant
"( Rom. 12:1), le message au monde fut: " Garde ta langue du mal, et
tes lèvres de parler avec tromperie. Détourne-toi du mal, et fais le bien ;
cherche la paix et la poursuis "( Ps. 34:13, 14). Bien peu ont observé
l’un ou l’autre de ces messages. Un petit troupeau seul se " sacrifia
"; et pour ce qui concerne le monde, bien qu’il proclamât cette devise:
" l’honnêteté est la meilleure politique ", il en négligea
généralement la pratique. Il écouta plutôt la voix de l’avarice: " Attrape
ce que
A346
tu peux, en
fait de richesse, d’honneur et de pouvoir dans ce monde, qu’importe la manière
dont tu obtiendras tout cela, et qu’importe si quelqu’un perd par ton gain
?" En un mot, l’affliction de ce jour de l’Eternel ne viendrait pas, ne
pourrait pas venir, si les principes de la loi de Dieu avaient été quelque peu
observés. Voici cette loi récapitulée: " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton coeur et ton prochain comme toi-même "( Matth. 22:37-39).
C’est parce que l’esprit ou le goût dépravé, loin d’y être soumis, est opposé à
la loi de Dieu, que cette affliction vient comme conséquence naturelle, comme
la moisson après les semailles. L’esprit charnel et dépravé, bien loin d’aimer
son prochain comme soi-même, a toujours été égoïste et cupide, allant souvent
même jusqu’à la violence et au meurtre pour entrer en possession du bien
d’autrui. Quelle que soit la façon dont il est exercé, le principe égoïste
reste toujours le même, et n’est gouverné que par les circonstances, la
naissance, l’éducation et le milieu. Ce fut toujours le même principe dans
chaque âge du monde, et il restera tel, jusqu’à ce que, par la force du sceptre
de fer du Messie, l’amour, et non le pouvoir et l’avidité, décide ce qui est
JUSTE et le prouve, jusqu’à ce qu’il ait été donné à tous de connaître la
supériorité et les avantages du règne de justice et d’amour, en comparaison de
celui de l’égoïsme et du pouvoir ; jusqu’à ce que, sous l’influence de la
lumière du soleil de la vérité et de la justice, le coeur de pierre de l’homme
égoïste devienne à nouveau ce que Dieu le déclara jadis, " très bon
", un coeur de chair. -Ez. 36:26. Si nous regardons en arrière, nous
pouvons voir sans difficulté comment arriva le changement de la bonté et de
l’amour divins en un dur égoïsme. Les circonstances, tendant à engendrer
l’égoïsme, se présentèrent aussitôt que l’homme, par sa désobéissance, s’attira
la disgrâce de
A347
Dieu et qu’il
fut exilé de l’Eden, son chez-soi, où il avait abondamment de quoi suffire à
tous ses besoins. Lorsque nos parents condamnés en sortirent, qu’ils
commencèrent le combat pour la vie et cherchèrent à prolonger leur existence,
ils rencontrèrent tout de suite des épines, des chardons et la terre stérile ;
et leur lutte contre ces difficultés provoqua la fatigue et la sueur du visage,
comme l’Eternel l’avait déclaré. Puis, insensiblement, les qualités mentales et
morales commencèrent à s’étioler faute d’exercice, tandis que les qualités
inférieures parvinrent à un plus complet perfectionnement grâce à un exercice
continuel. L’entretien de soi-même devint le but principal et l’intérêt de la
vie ; et la peine qu’il causa devint l’étalon de la valeur de tout. -Mammon
devint le maître de l’homme. Pouvons-nous nous étonner si, en de pareilles
circonstances, le genre humain est devenu égoïste, cupide et avide, chacun
s’efforçant d’avoir la plus grande part, -premièrement pour les nécessités de
la vie, et deuxièmement pour les honneurs et le luxe accordés à Mammon ? C’est
la tendance naturelle que Satan ne fit qu’exploiter au détriment de l’homme.
Durant les âges passés, à la suite de diverses circonstances (entre autres
l’ignorance, les préjugés de races, la fierté nationale), les grandes richesses
ont été généralement dans les mains de quelques-uns, -des seigneurs, -auxquels
la multitude rendit servilement obéissance comme à ses représentants nationaux,
dans l’opulence desquels elle plaçait son orgueil et son intérêt comme si elle
était sienne. Mais lorsque s’approcha le temps que Jéhovah choisit pour bénir
le monde par une restauration au moyen du Messie, le voile de l’ignorance et de
la superstition commença à se déchirer, grâce aux facilités et aux inventions
modernes ; celles-ci amenèrent l’élévation générale du peuple et la diminution
du pouvoir des souverains terrestres
A348
La richesse du
monde est maintenant principalement parmi les riches du peuple plutôt que dans
les mains de ses monarques. Quoique la richesse engendre beaucoup de mal, elle
n’est pas cependant sans bénédictions:les riches obtiennent une meilleure éducation,
et, par conséquent, ils se voient élevés intellectuellement au-dessus des
pauvres ; mais ils se croient, de ce chef, plus privilégiés que les autres et
s’associent plus ou moins à la royauté. Et voilà l’aristocratie qui possède à
la fois l’argent et l’éducation pour l’appuyer et la seconder dans les luttes
ambitieuses qu’elle livre, pour s’emparer de tout ce qu’elle peut et pour se
tenir à tout prix au premier rang. Mais maintenant que le domaine de
l’intelligence s’étend et que le peuple profite des facilités d’éducation si
abondantes, les gens commencent à penser pour eux-mêmes ; et avec l’égoïsme et
l’estime de soi-même qui leur est propre, appuyés par une connaissance
superficielle, c’est parfois une chose dangereuse que le demi savoir, ils s’imaginent
avoir trouvé les voies et les moyens par lesquels les intérêts et la condition
de tous les hommes, et spécialement les leurs, pourront être surélevés au
détriment du petit nombre dans les mains duquel la richesse repose maintenant.
Plusieurs d’entre eux, il n’y a pas de doute, croient honnêtement que les
intérêts contraires des disciples de Mammon (d’un côté eux-mêmes et de l’autre
les riches) peuvent être réglés aisément et loyalement ; et, indubitablement,
ils pensent que s’ils étaient riches ils seraient extrêmement bienveillants et
aimeraient volontiers leur prochain comme eux-mêmes. Mais ils s’abusent
évidemment eux-mêmes ; car, à vrai dire, bien peu manifestent un tel esprit de
charité dans leur condition présente, et celui qui n’est pas fidèle dans
l’usage des menus biens de ce monde ne le serait pas non plus s’il possédait
A349
de grandes
richesses. En effet, les circonstances le prouvent, plusieurs des plus durs de
coeur et des plus égoïstes parmi ceux qui sont dans l’abondance, sont de ceux
qui sont sortis soudain d’une humble condition. D’un autre côté, tout en
n’excusant aucunement la convoitise et l’égoïsme avide de personne, il est
juste de reconnaître que les établissements créés pour l’entretien et les soins
des malades, des pauvres et de tous ceux qui sont délaissés, consistent en
asiles, hôpitaux, hospices, maisons de retraite pour les pauvres, écoles,
bibliothèques publiques, et en diverses autres entreprises pour le bien-être et
la consolation des masses plutôt que pour les riches, sont soutenus
principalement par les donations et les contributions des riches. Presque
toutes ces institutions doivent leur existence à des coeurs miséricordieux et
bienveillants parmi les riches ; ce sont des entreprises que les classes plus
pauvres n’ont pas les moyens de mener à bien, comme elles n’auraient
d’ailleurs, en général, ni l’éducation, ni la volonté nécessaires pour les
accomplir. Néanmoins, nos jours sont témoins d’un conflit toujours plus aigu
entre les classes opulentes et les classes ouvrières ; d’une amertume
croissante de la part de la classe des travailleurs, et d’un sentiment
croissant parmi les riches que seul le bras fort de la loi protègera ce qu’ils
croient être leur droit. Pour cela les riches se tiennent du côté des
gouvernements ; et la masse des ouvriers salariés commence à croire que les
lois et les autorités n’existent que pour aider les riches et pour tenir les
pauvres en échec ; elle se voit poussée dans les bras du communisme et de
l’anarchisme, pensant que, ainsi, leurs intérêts seront mieux soutenus ; et
elle oublie qu’après tout, le gouvernement le plus mauvais et le plus coûteux
vaut bien mieux qu’aucun gouvernement du tout. Plusieurs passages de l’Ecriture
démontrent clairement
A350
que telle sera
la nature de la détresse que subiront les systèmes actuels, civils, sociaux et
religieux:que tel sera le résultat auquel aboutira l’augmentation de la
connaissance et de la liberté, à cause des imperfections:mentales, morales et
physiques de l’homme. Nous rappellerons ces passages au moment opportun. Nous
ne pouvons ici attirer l’attention que sur une petite partie des nombreux
passages de l’Ecriture qui touchent à cet ordre d’idées. En attendant, nous
aimerions prévenir nos lecteurs du fait que dans plusieurs des prophéties dans
lesquelles l’Egypte, Babylone et Israël jouent un si grand rôle, il n’y a pas
seulement en vue un accomplissement littéral, mais encore un second et plus
complet accomplissement. Ainsi les prédictions au sujet de Babylone, etc., par
exemple, devraient être considérées comme extravagantes et outrées, si nous ne
savions pas qu’elles se rapportent à une Babylone symbolique et antitypique
aussi bien qu’à la Babylone au sens littéral. Le livre de l’Apocalypse contient
des prédictions qui y furent inscrites longtemps après que Babylone selon la
lettre fut en ruines, et par conséquent elles ne sont applicables qu’à la
Babylone symbolique ; et réellement la ressemblance frappante des paroles des
prophètes, qui apparemment furent adressées directement à la Babylone
littérale, montre qu’ils concernent la Babylone symbolique dans un sens
spécial. Dans cet accomplissement plus large, l’Egypte représente le monde et,
Babylone, l’Eglise nominale, la soi-disant chrétienté ; tandis qu’Israël, comme
nous l’avons vu déjà plusieurs fois, représente le monde entier tel qu’il sera
dans sa condition justifiée, sa glorieuse prêtrise royale, ses saints Lévites
et son peuple dans la foi et dans l’adoration, tous justifiés par le sacrifice
de propitiation et amenés à un état de réconciliation avec Dieu. A Israël sont
promises les bénédictions, à l’Egypte les plaies, et à Babylone, la forte, une
chute complète et
A351
merveilleuse
qui durera toujours, comme une grande meule jetée dans la mer (Apoc. 18:21) ;
elle ne se relèvera plus jamais, et sera en souvenir odieux à perpétuité.
L’apôtre Jacques attire notre attention sur ce jour d’ affliction et en parle
comme du résultat des conflits entre le capital et le travail. Il dit: " A
vous maintenant, riches ! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui
viendront sur vous. Vos richesses sont pourries [ont perdu leur valeur], et vos
vêtements sont rongés par les teignes. Votre or et votre argent sont rouillés ;
et leur rouille s’élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs
comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans les derniers jours ! Voici, le
salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez
frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles
du Seigneur des armées "( Jac. 5:1-4). Il ajoute que la classe atteinte
par la détresse a été accoutumée au luxe, obtenu en grande partie aux dépens
d’autres gens, parmi lesquels il y avait quelques justes, et que, parce que
ceux-ci ne résistèrent point, on alla jusqu’à leur pressurer la vie même.
L’apôtre presse les " frères " de tout supporter patiemment, quoi
qu’il puisse leur arriver, de regarder au delà de la détresse et d’attendre la
délivrance par le Seigneur. C’est justement cette situation que nous voyons maintenant
se créer à pas de géants ; et dans le monde, parmi ceux qui y sont attentifs,
combien n’y en a-t-il pas qui sont " comme rendant l’âme de frayeur, dans
l’attente des choses qui arrivent sur toute la terre "? Chacun sait que la
tendance constante de notre temps est à l’abaissement des salaires pour le
travail, à moins que les prix ne soient soutenus artificiellement ou élevés par
des ligues ouvrières, grèves, etc. ; et avec les sentiments actuels de la masse
tout le monde peut voir que ce n’est plus qu’une question de temps quand les
limites supportables seront atteintes, et alors une révolte
A352
s’ensuivra
sûrement. Cette révolte jettera l’alarme parmi le capital, qui se retirera du
commerce et de l’industrie manufacturière, et on l’entassera dans les caveaux
et dans les coffres-forts pour qu’il se consume lui-même dans l’improduction,
avec les frais de sa conservation, au grand tourment des propriétaires. De ce
fait résultera certainement la banqueroute, la panique financière et la ruine
du commerce, attendu qu’aujourd’hui toutes les affaires importantes se font à
crédit. Le résultat naturel de tout ce qui précède sera que des centaines de
mille hommes, qui sont dépendants de leur salaire pour leur pain journalier,
perdront leur gagne-pain, et le monde sera rempli de mendiants et de personnes
que la nécessité poussera à braver toutes les lois. Alors il arrivera ce qui
est décrit par le prophète (Ezéchiel 7:10-19) :Que l’acheteur n’a pas besoin de
se réjouir, ni le vendeur de s’affliger, car la colère éclatera contre toute la
multitude et il n’y aura plus de sécurité pour la propriété. Toutes les mains
seront affaiblies et impuissantes à détourner la détresse. Ils jetteront leur
argent dans les rues, et leur or sera pour eux un objet d’horreur ; ni leur
argent ni leur or ne pourront les délivrer au jour de la fureur de l’Eternel.
Il est vrai que les derniers quarante ans de l’existence d’Israël comme nation
furent un jour de détresse, " un jour de vengeance " pour ce peuple,
se terminant dans la complète destruction de sa nationalité ; mais il ne faut
pas oublier que son jour de colère ne fut qu’une ombre ou une image faible
d’une détresse encore bien plus grande et plus étendue qui se répandra sur la
chrétienté de nom ; de même que l’histoire du passé d’Israël comme peuple
durant l’Age de faveur, était un type de l’Age de l’Evangile, ainsi que nous le
montrerons d’une manière décisive dans un volume suivant. Chacun verra alors
pourquoi ces prophéties, concernant le jour de l’Eternel, durent être
adressées,
A353
et le furent,
plus ou moins directement à Israël et à Jérusalem, quoique la connexion
démontre que, dans leur plein et entier accomplissement, se trouve compris tout
le genre humain. Prenez un autre témoignage prophétique (Sophonie 1:7-9, 14-18)
: " Silence devant le Seigneur, l’Eternel ! Car le jour de l’Eternel est
proche, car l’Eternel a préparé le sacrifice, il a choisi ses conviés (comp.
Apoc. 19:17). Au jour du sacrifice de l’Eternel, je châtierai les princes et
les fils du roi, et tous ceux qui portent des vêtements étrangers. En ce
jour-là, je châtierai [aussi] tous [les pilleurs], ceux qui sautent par-dessus
le seuil, ceux qui remplissent de violence et de fraude la maison de leur
maître [Cela prouve qu’il y aura non seulement un grand bouleversement de la
richesse et du pouvoir dans ce temps de détresse, mais que ceux qui seront les
instruments du ciel dans le renversement des systèmes présents, seront punis de
même pour leur manière d’agir également injuste et inique ; car la détresse qui
approche enveloppera toutes les classes et apportera de l’affliction sur toute
la multitude]. " Le grand jour de l’Eternel est proche, il est proche, il
arrive en toute hâte ; le jour de l’Eternel fait entendre sa voix ; là le héros
pousse des cris amers. Ce jour est un jour de fureur, un jour de détresse et
d’angoisse, un jour de ravage et de destruction, un jour de ténèbres et
d’obscurité [d’incertitude et de pressentiment, ainsi que de misère présente],
un jour de nuées [de troubles] et de brouillards, un jour où retentiront la
trompette [la septième trompette symbolique retentira à travers tout ce jour de
détresse, -elle est aussi appelée la trompette de Dieu, parce qu’elle est liée
étroitement avec les événements de ce jour de l’Eternel] et les cris de guerre
contre les villes fortes et les tours élevées [les déclarations ampoulées et
contradictoires de gouvernements forts et fermement enracinés].
A354
Je mettrai les
hommes dans la détresse, et ils marcheront comme des aveugles [trébuchant dans
l’incertitude ne sachant pas quel chemin ils doivent prendre], parce qu’ils ont
péché contre l’Eternel ; Je répandrai leur sang comme de la poussière, et leur
chair comme de l’ordure. Ni leur argent ni leur or ne pourront les délivrer au
jour de la fureur de l’Eternel [quoique précédemment la richesse pût fournir
l’aisance et tout le luxe possible] ; Par le feu de sa jalousie tout le pays
[toute la terre] sera consumé [ou dévoré] ; Car il détruira soudain tous les
[riches] habitants du pays. " Cette destruction soudaine détruira
plusieurs riches en ce sens qu’ils cesseront d’être riches, mais elle
entraînera évidemment aussi la perte de plusieurs vies dans tous les rangs de
la société. Nous n’essayerons pas de suivre les prophètes dans tous leurs détails
sur l’affliction de ce jour qu’ils envisagèrent à divers points de vue, mais
nous poursuivrons brièvement la dernière pensée suggérée par le prophète, c’est
à dire celle du FEU de la jalousie de Dieu dévorant toute la terre. Ce même
prophète fait allusion de nouveau au même feu, etc., lorsqu’il Dit:(soph. 3:8,
9), " Attendez-moi donc, dit l’Eternel, au jour où je me lèverai pour le
butin ! Car j’ai résolu de rassembler les nations, de rassembler les royaumes,
pour répandre sur eux ma fureur, toute l’ardeur de ma colère [le rassemblement
des peuples de toutes les nations pour des intérêts communs en opposition aux
gouvernements présents est croissant (preuve:le mouvement connu sous le nom de
" l’Internationale "); et le résultat sera une union des royaumes
pour la sauvegarde commune, de sorte que le trouble viendra par-dessus tous les
royaumes qui, tous, tomberont] ; car par le feu de ma jalousie tout le pays
[litt. Laus. toute la terre] sera consumé. Alors [après cette destruction des
royaumes, après la ruine de l’ordre social
A355
existant, -dans
le feu de l’ affliction] je donnerai aux peuples des lèvres pures [la Parole
pure, non souillée par les traditions humaines], afin qu’ils invoquent tous le
nom de l’Eternel, pour le servir d’un commun accord. " Ce feu de la
jalousie de Dieu est un symbole, et un symbole très puissant, représentant
l’intensité de la détresse et de la désolation qui enveloppera toute la terre.
Il est évident que ce n’est pas un feu à la lettre, comme plusieurs le pensent,
puisque après son ravage les peuples vivent encore et sont bénis. Il est
évident aussi que les peuples survivants ne sont pas des saints, comme
plusieurs veulent le faire croire, puisqu’ils doivent d’abord être convertis
pour pouvoir servir le Seigneur, tandis que les saints sont déjà convertis et
servent le Seigneur (1). Dans toutes
les Ecritures le mot terre représente ou signifie la société organisée, quand
il est employé d’une manière symbolique ; montagnes signifie les royaumes,
cieux, les puissances spirituelles dominantes, mer, la multitude des peuples
agitée, turbulente et mécontente. Feu représente la destruction de tout ce
qu’on brûle, l’ivraie, la scorie, la terre (l’ordre social), etc. Et si en
symbole il est ajouté du soufre au feu, cela renforce la
——-
(1) Nous
mentionnons ceci pour renverser l’argument avancé par quelques-uns, qui
prennent ce feu à la lettre, c’est à dire pour un feu réel, et qui, ensuite,
prétendent que la terre au sens littéral du mot sera consumée, etc. Pour les
besoins de leur théorie, ils prétendent que " les peuples "
mentionnés ici sont les saints qui retourneront sur la terre, après que cette
dernière sera brûlée et se sera refroidie, qu’ils bâtiront des maisons et les
habiteront, qu’ils planteront des vignes et en mangeront les fruits et qu’ils
se réjouiront longtemps de l’oeuvre de leurs mains. Ils considèrent les
quelques années qui restent encore comme une éducation ou préparation pour
devenir dignes de l’héritage, et oublient que ce dernier se perdrait complètement
dans les expériences aériennes des mille ans (ou plus) à attendre le
refroidissement de la terre, -conformément à leur théorie. Cela est une
sérieuse méprise, elle résulte d’une interprétation trop littérale des figures,
similitudes, paraboles, symboles et discours obscurs du Seigneur, des apôtres
et des prophètes. Poursuivant encore l’erreur, ils prétendent qu’après ce feu
il n’y aura plus ni montagnes, ni mers, parce qu’ils ne voient pas que toutes
ces expressions, ainsi que le feu, ce sont des symboles.
A356
pensée de
destruction ; car rien n’est plus mortel à toute forme de vie que la vapeur
sulfureuse. La prophétie symbolique de Pierre sur le jour de la colère
s’accorde parfaitement avec cette pensée. Il dit: " Que pour ces choses le
monde d’alors périt, submergé par l’eau [ce ne furent point les cieux et la
terre littéralement parlant qui disparurent, mais l’économie antédiluvienne ou
l’ordre de choses existant avant le déluge], tandis que, par la même parole
(d’autorité divine), les cieux et la terre d’à présent [la présente économie ou
l’ordre de choses actuel] sont gardés ou réservés pour le feu. " Le fait
que l’eau est prise ici au sens exact du mot en porte quelques-uns à croire que
le feu doit aussi être pris littéralement, mais cette conséquence ne s’ensuit
nullement. Le temple de Dieu était en pierres, selon la lettre, mais cela
n’empêche pas que l’église, le vrai temple, est une maison spirituelle, un
temple saint, et n’est point formé de matériaux terrestres. L’arche de Noé en
était aussi une au sens littéral, mais elle symbolisait Christ et la puissance
qui est en lui, en vertu de laquelle il réorganisera et rétablira la société
humaine. " Le jour du Seigneur viendra comme un voleur [inaperçu] ; en ce
jour, les cieux [les puissances actuelles de l’air, dont Satan est le prince ou
le chef] passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la
terre [l’ordre social existant] avec les oeuvres qu’elle renferme [fierté,
distinctions d’ordres et de rangs, aristocratie et dignité royale] sera
consumée, ... les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se
fondront. Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux [le nouveau
pouvoir spirituel, le royaume de Christ] et une nouvelle terre [la société
terrestre organisée sur une nouvelle base ; sur la base de l’amour et de la
justice, plutôt que sur celle du pouvoir et de l’oppression]. -2 Pierre 3:6, 7,
10-13.
A357
On doit se
rappeler que quelques-uns des apôtres furent aussi des prophètes:notamment
Pierre, Jean et Paul. Et pendant que, comme apôtres, ils furent les interprètes
de Dieu pour expliquer les expressions des prophètes précédents et pour être
ainsi utiles à l’Eglise, ils furent encore employés pour Dieu comme prophètes
afin de prédire les choses à venir, lesquelles, aussitôt que le temps de leur
accomplissement est arrivé, deviennent la " nourriture dans le temps qu’il
faut ", destinée à la famille de la foi ; et Dieu suscite au moment
convenable des serviteurs ou interprètes appropriés pour la distribuer. (Voyez
les déclarations de notre Seigneur à ce sujet, -Mat. 24:45, 46). Comme
prophètes les apôtres furent poussés à écrire des choses, qu’ils ne purent
comprendre qu’imparfaitement, parce qu’elles n’étaient pas encore au temps
convenable alors ; il en fut également ainsi des prophètes de l’Ancien
Testament (1 Pierre 1:12, 13), quoique leurs paroles, comme celles des apôtres,
fussent spécialement inspirées de Dieu ; elles ont ainsi une profondeur de
pensée dont ils n’avaient point connaissance eux-mêmes lorsqu’ils écrivirent.
De cette manière l’Eglise a été, au fond, toujours guidée par Dieu même, quels
que soient ceux qui furent en quelque sorte ses interprètes ou ses canaux de
communication. Plus on admettra cela, plus on sera conduit à une plus grande foi
et à une confiance plus ferme en la parole de Dieu, malgré les imperfections de
quelques-uns de ses interprètes. Le prophète Malachie (4, 1), parlant de ce
jour de Jéhovah sous le même symbole, dit: " Car voici, le jour vient,
ardent comme une fournaise. Tous les hautains et tous les méchants seront comme
du chaume ; le jour qui vient les embrasera, dit l’Eternel des armées, il ne
leur laissera ni racine ni rameau. " L’orgueil, l’humeur hautaine et toute
autre cause de laquelle le faste, la fierté et l’oppression
A358
pourraient de
nouveau prendre naissance, seront entièrement consumés par la grande affliction
du jour de Jéhovah et par les châtiments qui surviendront encore durant le
Millénium et dont le dernier est décrit dans Apoc. 20:9. Mais de ce que
l’orgueil, détestable sous toutes ses formes, sera complètement exterminé, et
de ce que tous les hautains et tous les méchants seront complètement détruits,
il ne faut pas conclure qu’il n’y ait plus d’espoir d’amélioration parmi cette
classe de gens. Non, Dieu soit béni ! En même temps que le feu de la juste
indignation de Dieu brûlera, le Juge permettra qu’au moyen d’une occasion
favorable plusieurs soient arrachés comme hors du feu (Jude 23) ; et ceux-là
seuls qui refuseront ce moyen périront avec leur orgueil, parce qu’ils
refuseront ainsi de s’en détacher et de se réformer. Le même prophète donne
encore une autre description de ce jour (Mal. 3:1-3) ; il y montre de nouveau,
comment les enfants du Seigneur seront purifiés par le " feu ", bénis
et amenés auprès de lui au moyen de la destruction des scories de l’erreur:-
" L’Ange de l’alliance en qui est votre affection, voici, il vient ! dit
l’Eternel des armées. Mais qui soutiendra le jour de sa venue, et qui
subsistera [devant l’épreuve] lors de son apparition ? Car Il est comme un feu
de fondeur.... Il sera assis, fondant et purifiant l’argent, et il purifiera
les fils de Lévi [types des croyants, dont les principaux sont ceux de la
prêtrise royale] ; il les affinera [épurera] comme l’or et l’argent, et ils
appartiendront à l’Eternel, présentant l’hommage [l’offrande] en justice
". Paul parle de ce même feu et de ce même procédé d’épuration touchant
les croyants dans le jour de l’Eternel (1 Cor. 3:12-15), et, cela, d’une façon
telle qu’il est hors de doute que le feu symbolique détruira chaque erreur et
effectuera ainsi la purification de la foi. Après avoir déclaré
A359
qu’il ne parle
que de ceux qui ont édifié leur foi sur le seul fondement reconnu, l’oeuvre
achevée de la rédemption de Jésus-Christ, il dit: " Or, si quelqu’un bâtit
sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, [les
vérités de la révélation divine, ou avec] du bois, du foin, du chaume [les
fausses doctrines d’opinions et de traditions humaines], l’oeuvre de chacun
sera manifestée [sa vraie nature sera portée à la vue de tout le monde] ; car
LE JOUR la fera connaître, parce qu’elle se révélera dans le FEU, et le feu
éprouvera ce qu’est l’oeuvre [d’édification sur la foi] de chacun "( 2
Pierre 1:5-11). Même le plus prévenu est obligé d’admettre, à coup sûr, que le
feu qui éprouve la foi d’un homme n’est pas un feu au sens littéral du mot ;
mais le feu est un symbole grandiose pour dépeindre la destruction complète des
erreurs de la foi, qui sont représentées ici par bois, foin et chaume, tandis
que ce feu n’aura pas la puissance de détruire l’édifice de la foi, bâti avec
l’or, l’argent et les pierres précieuses de divines vérités, et fondé sur le
roc du sacrifice de la rançon de Christ. L’apôtre le montre en disant: "
Si l’oeuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement [de Christ] subsiste, il
recevra une récompense. [Sa récompense sera en proportion de sa fidélité dans
la construction, -suivant qu’il a ignoré sa les traditions humaines et bâti
d’après la parole de Dieu, la vérité]. Si l’oeuvre de quelqu’un est consumée,
il perdra sa récompense [à cause de son infidélité] ; pour lui, il sera sauvé,
mais comme à travers du feu "- brûlé presque, desséché et effrayé. Celui
qui bâtit sur le fondement du roc de la rançon de Christ est en sûreté, car
quiconque se confie en sa justice, comme en ce qui le couvre, ne sera point
confondu. Il n’y a que ceux qui le rejettent volontairement ainsi que son
oeuvre, après être parvenus à une pleine connaissance, qui soient en danger
A360
de la seconde
mort. -Hébr. 6:4-8 ; 10:26-31. Ce trouble du jour de l’Eternel est encore
symboliquement décrit d’une autre manière. L’apôtre montre (Hébr. 12:26-29) que
l’inauguration de l’alliance de la Loi au Sinaï fut le type de l’introduction
de la nouvelle Alliance pour le monde lors de l’ouverture de l’âge du
Millénium, ou du règne du royaume de Christ. Il dit que dans le type la voix
ébranla la terre au sens littéral, mais que maintenant, il a fait la promesse,
disant: " Une fois encore [une fois pour toutes, pour en finir]
j’ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. " A cet égard
l’apôtre ajoute tout en l’expliquant: " Or ces Mots:une fois encore
indiquent le changement des choses ébranlées [muables] comme étant faites
[c’est à dire des choses trouvées fausses, non conformes à la vérité], afin que
les choses inébranlables [les choses vraies et justes] subsistent. C’est
pourquoi, recevant un royaume inébranlable, montrons notre reconnaissance en
rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car
[comme il est écrit] notre Dieu est aussi un feu dévorant. " Nous voyons
donc que l’apôtre symbolise sous l’image d’une tempête le trouble de ce jour de
l’Eternel, auquel lui et d’autres font allusion ailleurs sous le symbole du
feu:il mentionne les mêmes événements, savoir le balayement de toutes les
erreurs des croyants ainsi que du monde, -des erreurs à l’égard du pian, des
perfections et de la parole de Dieu, ainsi que des erreurs concernant les
affaires sociales et civiles du monde. Ce sera en effet un bienfait pour tous
d’être délivrés de ces choses " ayant été faites "[ de ces choses humaines]
et qui vinrent en grande partie sur l’homme à cause de ses propres désirs
dépravés, et de la ruse et de l’astuce de Satan, l’ennemi déclaré de la justice
; mais il en coûtera beaucoup à tous ceux que cela concerne pour en être
débarrassés. Ce sera un feu
A361
terriblement
ardent, une horrible tempête, une sombre nuit de troubles, qui précédera
l’éclat glorieux de ce royaume de justice qui ne peut jamais être ébranlé, de
ce jour millénaire dans lequel le Soleil de la Justice éclatera en splendeur et
en puissance, bénissant et guérissant le monde malade et mortel, mais racheté.
Comparez Mal. 4:2 et Matth. 13:43.
David, le
prophète, par les Psaumes duquel il plut à Dieu de nous prédire tant de choses
au sujet de notre Seigneur lors de son premier avènement, donne aussi quelques
vives descriptions de ce jour de troubles par lequel son règne glorieux sera
introduit ; et dans ses descriptions il se sert alternativement de ces divers
symboles, -feu, tempête et Obscurité:ainsi il dit:par exemple, (Ps. 50:3)
.." Il vient, notre Dieu, il ne reste pas en silence ; devant lui est un
feu dévorant, autour de lui une violente tempête. " Encore (Ps. 97:2-6)
:Les nuages et l’obscurité l’environnent, la justice et l’équité sont la base
de son trône. Le feu marche devant lui, et embrase à l’entour ses adversaires.
Ses éclairs illuminent le monde, la terre le voit et tremble ; les montagnes
[les royaumes] se fondent comme la cire devant l’Eternel, devant le Seigneur de
toute la terre. Les [nouveaux] cieux publient [alors] sa justice, et tous les
peuples voient sa gloire. " Encore (Ps. 110:2-6) : " Domine au milieu
de tes ennemis !... Le Seigneur, à ta droite, brise des rois au jour de sa
colère. Il exerce la justice parmi les nations:tout est plein de cadavres ; il
brise des têtes sur toute l’étendue du pays. " Et encore (Ps. 46:2-6) :
" Dieu est pour nous un refuge.... C’est pourquoi nous sommes sans crainte
quand la terre [l’ordre de choses établi] est bouleversée, et que les montagnes
[les royaumes] chancellent au coeur des mers [sont englouties par les masses
turbulentes], quand les flots de la mer mugissent, écument [deviennent
furieux],
A362
se soulèvent
jusqu’à faire trembler les montagnes. Il est un fleuve dont les courants
réjouissent la cité de Dieu, ... Dieu la secourt [l’Epouse, le fidèle "
petit troupeau "] dès l’aube du matin [du jour de mille ans]. " Et
dans le même Psaume (7-11), les mêmes faits sont encore exposés sous d’autres
symboles: " Des nations s’agitent, des royaumes s’ébranlent ; il fait entendre
sa voix:la terre [la société] se fond d’épouvante. L’Eternel des armées est
avec nous, le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite. " Puis,
contemplant les résultats de ce temps de détresse maintenant passé, il ajoute:
" Venez, contemplez les oeuvres de Jéhovah, les ravages qu’il a opérés sur
la terre !... Arrêtez [dans vos voies précédentes, ô peuples] et sachez [venez
à la connaissance] que je suis Dieu:je domine [je serai exalté] sur les
nations, je domine sur la terre. " La " nouvelle terre ", ou la
nouvelle organisation de la société, exaltera Dieu et sa loi qui dominera sur
tous les hommes. Un autre témoignage qui prouve que le jour de l’Eternel sera
un jour de grande détresse et de destruction pour chaque forme du mal [mais non
un temps de combustion littérale de la terre], se trouve dans la dernière
prophétie symbolique de la Bible. Faisant allusion à cette période, où le
Seigneur mettra en oeuvre sa grande puissance et régnera, la tempête et le feu
sont ainsi décrits: " Les nations se sont irritées ; et ta colère est
venue "( Apoc.11:17, 18). Et encore: " De sa bouche sortait une épée
aiguë, à deux tranchants, pour frapper les nations ; il les paîtra avec une
verge de fer ; et il foulera la cuve du vin de l’ardente colère du Dieu
tout-puissant... Et je vis la bête [symbolique], et les rois de la terre, et
leurs armées rassemblées pour faire la guerre à celui qui était assis sur le
cheval et à son armée. Et la bête fut prise, et avec elle le faux prophète, ...
Ils furent tous les deux jetés vivants
A363
dans l’étang
ardent de feu et de soufre. "- Apoc. 19:15-20. Nous ne pouvons faire ici
une digression et examiner tous ces symboles tels que " la bête
"," le faux prophète "," l’image "," l’étang de
feu "," le cheval ", etc., etc. Nous renvoyons le lecteur à un
volume suivant (1). Pour le moment nous aimerions que chacun remarquât que la
grande Bataille [ou la guerre] symbolique et la récolte du vin de la terre,
décrites ici comme la clôture de l’âge présent et l’ouverture de l’âge millénaire
(Apoc. 20:l-3), ne sont que d’autres symboles embrassant les mêmes grands
événements de détresse, événements qui, ailleurs, sont appelés symboliquement
feu, tempête, ébranlement, etc. Pour les figures de la guerre et de la cuve du
vin de l’Apocalypse remarquez l’harmonie frappante de Joël 2:9-16 ; et d’Esaïe
13:1-11, dans la description des mêmes événements avec de semblables images. La
variété de toutes les figures symboliques nous aide à apprécier et à comprendre
plus clairement tous les traits de ce grand et illustre jour de l’Eternel.
La situation
présente.
Nous laissons
ici les déclarations prophétiques concernant ce jour, pour désigner plus
particulièrement l’aspect actuel des affaires du monde, ainsi que nous les
voyons maintenant se préparer pour le grand conflit qui s’approche avec
rapidité, -conflit qui, lorsqu’il aura atteint son point culminant, doit
nécessairement être de courte durée, autrement la race humaine serait
exterminée. Les deux partis rivaux dans cette lutte sont déjà reconnaissables.
——-
(1) Trois
autres volumes ont encore paru chez le même auteur:-vol. II " Le temps est
proche, " vient de paraître en français ; vols. III et IV, " Ton
Règne vienne " et " Jour de la Vengeance " sont déjà publiés en
allemand et le seront également en français dès que les demandes l’exigeront.
A364
D’un côté, nous
voyons l’opulence, l’arrogance et l’orgueil, et, de l’autre, une pauvreté très
répandue, l’ignorance, un zèle fanatique et un sentiment aigu de l’injustice.
L’un et l’autre, poussés par des motifs égoïstes, organisent maintenant leurs
forces dans tout le monde civilisé. Avec nos yeux oints de la vérité nous
pouvons voir, partout où nous regardons, que la mer et les flots commencent à
mugir, écument et donnent contre les montagnes, ce qui exprime bien les menaces
et les tentatives des anarchistes et des mécontents, dont le nombre s’accroît
constamment ; et nous pouvons voir aussi que le frottement entre les divers
éléments ou factions de la société sera bientôt dans l’état décrit par le
prophète, où la terre [la société] sera en feu, et où les éléments fondront et
se dissoudront dans la chaleur provoquée par ce contact. Il est naturellement
difficile pour l’homme de se placer à un point de vue contraire à ses propres
intérêts, à ses habitudes et à son éducation, quel que soit le parti dont il se
réclame dans ce conflit. Les riches ont le sentiment qu’ils peuvent prétendre à
plus qu’à leur part proportionnelle des biens de ce monde ; qu’ils sont en
droit d’acquérir le produit du travail et chaque confort au plus bas prix
possible ; qu’ils ont un droit aux fruits de leurs efforts, celui entre autres
de faire usage de leur intelligence et de faire cheminer leurs affaires en
sorte qu’elles leur rapportent pour augmenter leur richesse déjà entassée, et
cela sans qu’ils aient à se demander si d’autres, par la force des
circonstances, sont obligés de se contenter de moins de commodités ou ont à
peine de quoi soutenir leur existence. Ils raisonnent Ainsi:c’est inévitable ;
il faut que la loi de l’offre et de la demande règne ; il s’est toujours trouvé
des riches et des pauvres dans le monde ; et si le matin la richesse était
partagée également, avant la tombée de la nuit quelques-uns seraient de nouveau
pauvres
A365
par suite de
dissipation et d’imprévoyance, tandis que d’autres plus soigneux et plus
prudents seraient riches. Au reste, diront-ils avec raison, pourrait-on
s’attendre à ce que des hommes, ayant de grandes facultés intellectuelles,
entreprennent de vastes entreprises, occupant des milliers d’hommes, avec le
risque de grandes pertes, sans aucun espoir de profit et d’avantage ? L’artisan
et l’ouvrier, par contre, Diront:nous voyons bien que le travail d’aujourd’hui
jouit de plus d’avantages que précédemment, qu’il est mieux payé, et procure
conséquemment plus de bien-être ; cependant, en tout cela, il ne jouit que d’un
droit dont il a été privé longtemps jusqu’à un certain point ; et, il recueille
ainsi à juste titre une part des avantages des inventions, des découvertes, de
l’accroissement de connaissances, etc., de notre temps. Nous reconnaissons que
le travail est honorable, et que s’il est accompagné du bon sens de
l’éducation, de l’honnêteté et de principes équitables, il est aussi honorable
et a autant de droits qu’aucune autre profession. Au contraire, certes, nous
regardons l’oisiveté comme un déshonneur et une honte quels que puissent être
le talent ou les occupations de celui qui s’y adonne. Tous devraient être
utiles sous quelque rapport pour être appréciés et estimés. Mais bien que nous
reconnaissions l’amélioration de notre sort ainsi que les progrès actuels,
quant à la situation intellectuelle, sociale et financière, nous l’attribuons
plutôt à la force des choses qu’à la volonté des hommes, soit de notre part,
soit de celle de nos patrons. Car nous voyons que notre situation améliorée
ainsi que celle de tous les hommes n’est que le résultat de la grande
augmentation de connaissances, d’inventions, etc., qui a eu lieu
particulièrement ces derniers cinquante ans. Tout cela est venu si rapidement
que le travail comme le capital, soulevés par le flot rapide, ont été
transportés à un niveau
A366
plus élevé ; et
si nous avions une espérance que le flux continue à s’élever au profit de tous,
nous serions satisfaits ; mais nous sommes dans l’inquiétude et dans l’anxiété
maintenant, parce que nous voyons que tel n’est pas le cas. Nous voyons que la
marée montante commence à s’arrêter, et tandis que plusieurs ont été, de ce
chef, élevés très haut et enrichis, qu’ils sont en sûreté et à l’abri sur le
rivage de l’aisance, de l’opulence et du luxe, les masses au contraire ne sont
pas dans une situation assurée, mais en danger d’être transportées plus bas que
jamais par le reflux, la marée descendante de maintenant. De là vient que nous
sommes décidés à prendre des mesures pour assurer notre existence future avant
qu’il soit trop tard. Pour exprimer la chose en d’autres Termes:nous (artisans
et ouvriers) constatons que, tandis que tout le genre humain a grandement
participé aux bénédictions de nos jours, plusieurs, en vertu de leur talent
supérieur dans le commerce, ou par un héritage, par la fraude et l’improbité,
sont devenus possesseurs de milliers et de millions de francs et n’ont pas
uniquement cet avantage en plus, mais, aidés par les inventions mécaniques,
etc., ils sont en état d’augmenter leur richesse croissante, en proportion de
la baisse du salaire des ouvriers. Nous voyons que si nous ne faisons pas des
démarches pour la protection du nombre croissant des artisans contre la
puissance croissante du monopole combiné avec les machines économiques, etc.,
la loi de l’offre et de la demande nous engloutira complètement. C’est plutôt
contre ce danger menaçant que contre les conditions présentes, que nous nous
organisons et cherchons à nous protéger. Par l’augmentation naturelle et, en
Amérique, par l’immigration, notre nombre grossit toujours plus visiblement ;
et, presque chaque jour, se produisent de nouvelles machines économiques. Par
A367
conséquent,
chaque jour augmente le nombre de ceux qui cherchent du travail et diminue la
demande de travailleurs. C’est pourquoi la loi naturelle de l’offre et de la
demande, si on lui permettait de suivre ainsi son cours, sans interruption,
n’amènerait que trop vite le travail au point où il était il y a un siècle, et
laisserait tous les avantages de notre période dans les mains du capital. C’est
ce que nous cherchons à éviter. Il a été constaté, il y a longtemps, que bien
des choses qui, en réalité, devraient apporter des bénédictions, se tourneront
en mal, si on ne les maintient pas dans de justes limites par le frein de lois
sages et équitables ; mais la rapidité avec laquelle une invention a succédé à
une autre et la demande croissante de travailleurs pour fabriquer ces machines
économiques, ont été si grandes que le résultat final, menaçant, a été perdu de
vue ; au lieu de cela on s’est élancé à " pleines voiles "; une
hausse des valeurs, des salaires, de la propriété, du crédit (des dettes) et
des idées a eu lieu, et la réaction commence peu à peu à se faire sentir. Ces
années dernières on a produit des machines agricoles de toutes sortes en
quantités immenses, machines qui rendent un seul homme capable d’accomplir
autant de travail que cinq autrefois. Il en résulte un double effet:d’abord,
trois fois autant d’arpents de terre peuvent être travaillés, en employant
trois ouvriers sur cinq ; ainsi deux doivent forcément chômer. Ensuite, les
trois qui restent peuvent, en se servant de ces machines, produire une aussi
grande récolte que quinze autres sans ces machines. Le même changement s’opère
en d’autres domaines par des moyens semblables ; dans la fabrication du fer et
de l’acier, par exemple. Son développement a été si énorme que le nombre des
employés a considérablement augmenté, malgré le fait que les machines rendent
un seul homme
A368
capable de
faire presque autant de travail que douze autrefois. Il en résultera que dans
un espace de temps très court la capacité de production, qui sera encore
augmentée, suffira bien au delà du besoin aux demandes encore énormes du
moment, et que les demandes au lieu de continuer à augmenter diminueront, car
le monde est en bonne voie d’être pourvu de chemins de fer au delà du besoin
actuel, et la moitié, ou moins encore, du nombre des établissements actuels
suffira aux réparations et aux perfectionnements nécessaires.
Ainsi se
présente l’état singulier d’une surproduction qui, à l’occasion, causera
l’inaction du capital ainsi que du travail, tandis qu’en même temps un certain
nombre sont privés de l’emploi qui les mettrait à même de se procurer le
nécessaire et les articles de luxe, ce qui remédierait en partie à la
surproduction. La tendance à la surproduction d’une part et au manque de
travail de l’autre augmente toujours davantage ; elle réclame un remède que les
médecins de la société cherchent avec zèle, mais dont le patient ne veut pas
faire usage. Donc (continuent les ouvriers), nous le reconnaissons ; à mesure
que l’offre commence à surpasser la demande, le profit du capital et des
machines se réduit grandement par la concurrence ; partout les riches
s’affligent de cette diminution de leurs profits, et, en plusieurs cas, cela
leur cause une perte réelle au lieu d’un profit ; mais nous croyons que ceux
qui ont profité le plus de la marée montante souffrent aussi
proportionnellement de la réaction. C’est à cet effet, et pour ces raisons-là,
que le parti ouvrier s’agite afin de parvenir aux résultats suivants, -si
possible par la voie légale, mais aussi par la force et par des moyens illégaux
dans des pays où, pour une cause ou pour une autre, les voix des masses ne sont
pas écoutées et leurs intérêts foulés aux pieds:
A369
Nous proposons
de diminuer les heures de travail en proportion de l’art ou de la difficulté du
travail, sans réduction de salaire, pour occuper ainsi un plus grand nombre de
gens sans augmenter le prix des produits, et, de cette manière, égaliser la
surproduction future, en procurant des moyens d’achat à un plus grand nombre.
Nous proposons de fixer et de limiter le taux de l’intérêt de l’argent à un
taux bien moindre que le taux actuel, pour forcer ainsi les prêteurs à plus de
condescendance envers les emprunteurs ou les classes pauvres, ou, autrement,
pour produire l’inaction et la rouille de leur capital. Nous proposons soit que
les chemins de fer deviennent la propriété du peuple, et qu’ils soient
exploités par les serviteurs de celui-ci, comme employés du gouvernement, soit
que la législation restreigne les privilèges des compagnies, qu’elle règle les
tarifs, l’exploitation, etc., de façon à ce que les chemins de fer servent au
mieux les intérêts du peuple. Nous en sommes venus à un point tel que les
chemins de fer, construits durant un temps de hausse, au lieu de suivre le
mouvement de rétrécissement ou de baisse générale, remarquée dans toutes les
autres branches de commerce, ont multiplié encore deux ou trois fois leurs
fonds ou capitaux par actions, déjà très grands à l’origine, sans qu’une valeur
réelle y ait été ajoutée. De là vient que les grandes compagnies de chemin de
fer veulent payer des dividendes et des intérêts sur des actions et des
hypothèques, qui, en moyenne, sont quatre fois supérieures à la valeur que ces
chemins de fer construits à neuf représentent en réalité aujourd’hui. La conséquence
est que le public en souffre. Les paysans payent de lourds frais de transports
pour leurs marchandises et trouvent, parfois, plus de profit à utiliser leur
blé comme combustible ; et le prix de la nourriture est plus élevé pour le
peuple sans être un avantage pour les paysans. On a proposé
A370
de remédier à
cet état de choses en demandant que les chemins de fer paient à leurs actionnaires
environ le 4% de leur réelle valeur actuelle, au lieu de 4-8% de trois ou
quatre fois leur valeur réelle comme plusieurs le font maintenant, en ce qu’ils
empêchent la concurrence par le moyen illégal de l’accaparement (coalition de
tous les intéressés d’une affaire, autrement dit, de leur capital constitué).
Nous savons bien, dit l’artisan, que cette réduction du profit de leur capital
placé sera terrible aux yeux de ceux qui possèdent ces actions de chemins de
fer, qu’il leur semblera qu’on leur arrache les entrailles, et qu’ils auront le
sentiment qu’on foule odieusement aux pieds leur droit (?). Ce droit de se
servir des lettres de franchise que le peuple leur a accordées, lettres de
franchise leur permettant d’extraire de ce peuple d’immenses profits, basés sur
des évaluations fictives. Ils résisteront de toutes leurs forces et par tous
les moyens imaginables. Mais nous croyons qu’ils devraient être reconnaissants
de ce que le public est si clément, et n’exige point d’eux la restitution des
millions de dollars qu’ils ont déjà obtenus de cette manière. Nous croyons que
le temps est arrivé pour les masses de participer d’une manière plus égale aux
bénédictions de ce temps riche en bénédictions, et, afin que cela puisse avoir
lieu, il est nécessaire de décréter des lois telles que toutes les corporations
avides, engraissées par l’argent et le pouvoir-dérivant tous deux du
peuple-soient restreintes forcées de servir le public à des prix raisonnables.
C’est seulement ainsi que les bénédictions de la Providence se trouveront être
un bienfait pour les masses. Donc, tout en reconnaissant que les corporations
représentant le capital, sont, à plusieurs égards, une bénédiction et une bonne
chose, nous voyons journellement qu’elles sont sorties de leur voie utilitaire
et sont devenues les oppresseurs du peuple:et, pour peu qu’on les laisse ainsi
sans frein, elles
A371
réduiront les
ouvriers à la pénurie et à l’esclavage. Des corporations, se composent d’un
certain nombre de gens plus ou moins riches, arrivent vite à occuper la même
situation à l’égard de la grande masse du peuple de l’Amérique, que celle des
lords de la Grande Bretagne et de la noblesse de l’Europe envers les masses de
l’ancien continent, avec cette seule différence que les corporations sont encore
plus puissantes. Pour atteindre notre but, continue l’ouvrier salarié, nous
avons besoin de nous organiser. Il faut que nous ayons la coopération des
masses, ou bien nous ne pourrons jamais rien accomplir contre une si immense
puissance et contre une telle influence. Et, lorsque nous nous organisons en
unions, etc., on ne doit pas en conclure que nous voulions l’anarchie ou que
nous voulions faire quelque chose d’injuste à telle ou telle classe. Nous, la
grande majorité du peuple, nous désirons simplement protéger nos droits et ceux
de nos enfants, en imposant des bornes raisonnables à ceux dont la richesse et
la puissance pourraient nous écraser, mais aussi si l’on en fait un bon emploi
et si on les limite, contribuer au bien-être de tous. En un mot, nous voulons
faire régner la règle d’or: " Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils
vous fassent à vous-mêmes. " Ce serait un bonheur pour tous les
intéressés, si des moyens aussi modérés et raisonnables pouvaient réussir ; si
les riches se contentaient de leurs acquisitions présentes et coopéraient avec
la multitude à l’amélioration générale et permanente de la condition de toutes
les classes de gens ; si les ouvriers salariés en restaient à des réclamations
justes et raisonnables ; et si la règle d’or de l’amour et de la justice
pouvait ainsi être mise en pratique. Mais l’homme, dans sa condition actuelle,
n’observera pas cette règle sans contrainte. Bien que, parmi les artisans, il y
en
A372
Ait
quelques-uns qui sont ainsi justes et modérés dans leurs idées, la majorité ne
l’est pas ; elle sera injuste, déraisonnable, arrogante, dans ses idées et dans
ses réclamations. Chaque concession de la part des capitalistes ne servira qu’à
en faire naître des nouvelles et chacun sait que l’ignorance et le règne du
pauvre ignorant sont un joug doublement pesant. Et si, parmi les riches, il
s’en trouve aussi qui sympathisent pleinement avec les classes ouvrières et qui
soient désireux de faire preuve de leur sympathie par l’établissement
d’institutions qui réaliseraient peu à peu les réformes nécessaires, ils sont
en grande minorité et tout à fait impuissants, aussi bien dans l’administration
des corporations que dans la conduite de leurs affaires privées:négociants ou
fabricants, ils ne peuvent abréger les heures de travail, ni augmenter le
salaire de leurs employés, car des concurrents vendraient meilleur marché, et
un désastre financier s’ensuivrait pour eux-mêmes, pour leurs créanciers et
pour leurs employés. C’est ainsi que nous voyons la cause naturelle de la
grande détresse de ce " jour de Jéhovah "," L’égoïsme et
l’aveuglement domineront la majorité des deux partis opposés. Les ouvriers
salariés s’organiseront et unifieront leurs intérêts, mais l’égoïsme détruira
l’union, et comme la plupart ne seront en grande partie poussés que par ce
principe, chacun s’en inspirera pour agir. La majorité ignorante et arrogante
l’emportera, et les meilleurs éléments de la classe ouvrière seront impuissants
à tenir la bride et à conserver ce que leur intelligence avait organisé. Les
capitalistes finiront par se convaincre que plus ils céderont plus on leur
réclamera, et bientôt ils se décideront à repousser toute réclamation.
L’insurrection en résultera ; et, dans l’alarme et la méfiance générales, le
capital sera retiré des entreprises publiques et privées, et l’affaissement
A373
ou la fermeture
des affaires ainsi que la panique financière s’ensuivront. Des milliers
d’hommes se trouvant sans occupation désespéreront finalement et deviendront
furieux. Alors la loi et l’ordre seront emportés, -les montagnes seront
englouties par la mer [humaine] en fureur. Ainsi la terre sociale et les cieux
gouvernementaux [l’Eglise et l’Etat] passeront, et tous les orgueilleux et tous
ceux qui commettent l’injustice seront comme du chaume. Alors les hommes forts
pleureront amèrement, les riches hurleront, et la frayeur et la détresse seront
sur toute la multitude. Déjà même à présent des hommes un peu sages et
perspicaces sont comme rendant l’âme de frayeur en regardant en avant aux choses
qui arrivent par toute la terre, ainsi que notre Seigneur le prédit (Luc
21:26). Les Ecritures nous avertissent que dans ce désastre général l’Eglise
nominale (toutes les dénominations protestantes et catholiques) se mettra de
plus en plus du côté des gouvernements et des riches, perdra toujours plus de
son influence sur le peuple et tombera finalement avec les gouvernements. De
cette manière les cieux [l’autorité ecclésiastique, la hiérarchie] passeront
avec le bruit d’une effroyable tempête. Toutes ces détresses prépareront les
hommes à se convaincre que, quelque bons et sages que soient les plans et les
institutions qu’ils projettent et mettent à exécution, toutes leurs tentatives
seront inutiles aussi longtemps que l’ignorance et l’égoïsme domineront parmi
eux. Elles convaincront tous les hommes que le seul chemin praticable pour
surmonter la difficulté est l’établissement d’un gouvernement fort et juste,
qui soumette toutes les classes et mette en vigueur les principes de la
justice, jusqu’à ce que, peu à peu, et grâce aux influences favorables, les
coeurs des hommes, durs comme la pierre, fassent place à l’image originelle de
Dieu. Et c’est justement ce que Dieu a promis
A374
d’accomplir
pour tous par le règne millénaire de Christ, règne dont les châtiments et les
leçons de ce jour d’affliction constituent le commencement. -Ez.. 11:19 ;
36:25, 36 ; Jér. 31:29-34 ; Soph. 3:9 ; Ps. 46:9-11. Puis donc que ce jour de
détresse ou d’affliction arrive comme un résultat naturel et inévitable de la
condition déchue et égoïste de l’homme, et qu’il est pleinement prévu et
déclaré par le Seigneur (Dieu prévit que, sauf par le petit nombre, il serait
fait peu de cas de ses lois et de ses instructions, jusqu’à ce que l’expérience
et la contrainte les eussent conduits à l’obéissance), tous ceux qui
reconnaissent l’état des choses à venir devraient mettre toutes leurs affaires
en ordre et se préparer en vue de ces événements futurs. Ainsi nous disons à
tous les débonnaires, -aux humbles du monde, ainsi qu’aux membres vivants du
corps de Christ (les chrétiens consacrés) : " Cherchez l’Eternel, vous
tous humbles du pays [de la terre], qui pratiquez ses ordonnances [sa volonté]
! Recherchez la justice, recherchez l’humilité ! Peut-être serez-vous épargnés
[en partie] au jour de la colère de l’Eternel "( Soph. 2:3). Personne
n’échappera entièrement au trouble, mais ceux qui recherchent la justice et qui
se réjouissent dans l’humilité auront plusieurs avantages sur les autres. Leur
manière de vivre, leur façon de penser et d’agir, ainsi que leur sentiment
délicat pour tout ce qui est juste (ce qui les rend capables de saisir la
situation des affaires, ainsi que d’apprécier les avertissements de la Bible
sur ce trouble et sur son dénouement), contribueront à leur épargner des
souffrances ; surtout ils n’éprouveront pas le tourment de la crainte et
l’angoisse de l’attente. Le cours des événements dans ce jour de l’Eternel
trompera beaucoup tous ceux qui ne sont pas versés dans les Ecritures Saintes.
Il viendra subitement comme le feu qui consume la balle (Soph. 2:2), en
comparaison avec
A375
les longues
périodes du passé et avec leur lent acheminement ; mais il ne viendra pas tout
à coup, comme un éclair dans un ciel serein, ainsi que plusieurs s’y attendent
par erreur et qui supposent que toutes les choses écrites au sujet du jour de
l’Eternel s’accompliront dans un jour de vingt-quatre heures. Il viendra comme
" un larron dans la nuit ", en ce sens que son approche sera furtive
et inaperçue du monde en général. Le trouble ou l’affliction de ce jour sera
par saccades. Il y aura une série de convulsions toujours plus fréquentes et
plus vives à mesure que le jour s’avancera, jusqu’à la dernière. C’est ce que
l’apôtre veut faire entendre quand il dit: " Comme les douleurs surprennent
une femme enceinte "( 1 Thess. 5:2, 3). Le soulagement ne se produira que
par la naissance du Nouvel ordre de choses, des nouveaux cieux [la domination
de Christ] et de la nouvelle terre [la société humaine réorganisée], où la
justice habitera (2 Pierre 3:10-13) ; desquels la justice et l’amour, et non le
pouvoir et l’égoïsme, seront le fondement. Chaque fois que ces douleurs de
travail de la nouvelle ère envahiront le corps politique actuel, sa force et
son courage se trouveront amoindris et les peines d’autant plus fortes. Tout ce
que la médecine des hommes politiques et économiques peut faire pour le
soulagement de la société, c’est d’aider à l’accouchement inévitable, de le
diriger sagement, ainsi que de frayer peu à peu le chemin à l événement. Il
serait inutile de vouloir le détourner ; car Dieu a décrété que cela arrivera.
Plusieurs médecins de la société ignoreront cependant totalement le mal réel,
l’urgence et le danger du cas. Ils prendront des mesures répressives ; et
chaque fois qu’un des accès convulsifs aura passé, ils en profiteront pour
fortifier leurs mesures de résistance et ne feront ainsi qu’augmenter
l’angoisse ; et, sans pouvoir retarder la naissance, leurs procédés ne feront
que hâter la
A376
mort du patient
; car l’ancien ordre de choses périra dans le travail d’enfantement du nouveau.
Sans poursuivre l’image frappante de l’apôtre et parlant sans figures:l’effort
des masses pour s’affranchir de la puissance du capital et des machines sera
trop précipité ; les mesures et les dispositions prises seront encore
incomplètes et insuffisantes, lorsque de temps en temps ils tenteront de forcer
leur chemin et de rompre les chaînes et les barrières de " l’offre et de
la demande. " Chaque tentative avortée confirmera les classes possédantes
dans l’espoir qu’elles réussiront à empêcher le nouvel ordre de choses d’avoir
le dessus. Mais le moment viendra où les organes et les autorités de la société
actuelle seront à bout de forces et de moyens. Alors tout l’organisme social se
dissoudra ; il ne sera plus question d’ordre et de loi, et une anarchie
immense, répandue partout, amènera tout le trouble que les prophètes ont
prédit, " une détresse, telle qu’il n’y en a point eu depuis qu’il y a des
nations et qu’il n’y en aura-Dieu soit béni pour cette promesse-jamais de
semblable !" La délivrance d’Israël de l’Egypte et des plaies qui
accablèrent les Egyptiens symbolisent, dirait-on, l’émancipation future du
monde par les mains de celui qui est plus grand que Moïse, et dont ce dernier
était le type. Elle sera une délivrance de Satan et de tous les instruments
qu’il inventa pour assujettir l’homme au péché et à l’erreur. Et comme les
plaies d’Egypte eurent un effet d’endurcissement aussitôt qu’elles furent
éloignées, ainsi le soulagement temporaire des douleurs de ce jour de l’Eternel
contribuera à en endurcir un certain nombre, et ils diront aux pauvres comme le
firent les Egyptiens à Israël:vous êtes des gens de loisir !" c’est
pourquoi vous êtes mécontents ! et ils essayeront probablement, comme ceux-là,
d’augmenter leur fardeau (Exode 5:4-23). Mais en tout dernier lieu,
A377
ils
souhaiteront d’avoir été plus condescendants et plus sages auparavant, comme
Pharaon au milieu de la nuit de la dernière plaie (Exode 12:30-33.) Pour
pousser la ressemblance encore plus loin, rappelons-nous que les afflictions de
ce jour de l’Eternel sont appelées les " sept coupes de la colère, "
ou les " sept dernières plaies, " et que le grand tremblement de
terre [la révolution universelle] dans lequel toutes les montagnes [les
royaumes] disparaîtront, n’arrive point avant la dernière de ces plaies. -Apoc.16:17-20.
Une autre pensée, par rapport à ce jour de trouble, est qu’il survient juste au
temps voulu, au temps déterminé par Dieu. Le volume suivant fournira les
preuves évidentes du témoignage de la loi des prophètes de l’Ancien Testament,
ainsi que de Jésus et des prophètes apostoliques du Nouveau Testament, preuves
qui démontrent clairement et incontestablement que ce jour de trouble constitue
le commencement du glorieux règne millénaire du Messie. C’est la préparation
nécessaire pour l’oeuvre futur du rétablissement dans l’âge du Millénium, qui
fait éclater le trouble. Durant l’intérim des six mille ans de la permission du
mal et jusqu’au temps fixé pour l’établissement du juste et puissant
gouvernement de Christ, il aurait été positivement nuisible à l’humanité déchue
d’avoir beaucoup de loisir par suite d’un développement plus précoce des
facilité présentes. C’est l’expérience même qui a créé le proverbe: "
L’oisiveté est la mère de tous les vices, " et ce proverbe à son tour
proclame la sagesse du décret de Dieu: " Tu mangeras le pain à la sueur de
ton visage, jusqu’à ce que tu retournes en la terre. " Ainsi que tous les
commandements de Dieu, celui-ci est un commandement bienveillant et sage, qui
tend au bien-être de ses créatures. Le trouble de ce jour de l’Eternel, que
nous voyons déjà se préparer confirme la sagesse du décret de Dieu ; car, comme
nous
A378
venons de le
voir, il survient comme résultat de la surproduction et de l’incapacité de la
part des divers éléments de la société de s’adapter aux nouvelles
circonstances, par suite de l’égoïsme qui se trouve plus ou moins chez tous. Un
argument sans réplique, quant à la preuve que c’est le propre temps de Dieu
pour l’introduction du nouvel ordre de choses, est qu’il lève le voile de
l’ignorance, et permet que la lumière de l’intelligence et des inventions se
réponde sur le genre humain, comme il le prédit, et avec les résultats prédits
(Dan. 12:4, 1). Si la connaissance était venue plus tôt, la détresse serait
aussi venue plus tôt ; et, quoique la société eût pu se réorganiser après la
tempête et la fusion, cela n’aurait point été une nouvelle terre (l’ordre
social) où la justice aurait habité et prévalu, mais un nouvel ordre dans
lequel le péché et le vice auraient élu domicile plus qu’auparavant. La division
équitable des avantages dus aux machines économiques aurait réduit de plus en
plus les heures de travail ; et ainsi, affranchi des mesures préservatives
originelles, l’homme déchu, avec ses goûts pervertis, n’aurait point employé sa
liberté et son temps à son amélioration mentale, morale et physique, mais,
comme l’histoire du passé le prouve, la tendance aurait été du côté de la
licence et du vice. Le fait que l’ignorance est dissipée en partie prépare
maintenant mille ressources pour le genre humain, et fournit par là, dès
l’aurore de l’âge du rétablissement, le temps nécessaire pour l’éducation et le
développement moral et physique, ainsi que pour la préparation de
l’alimentation et de l’habillement des troupes qui, de temps à autres,
ressusciteront de la tombe. Bien plus, le temps de la détresse tombe justement
au moment où il sera le plus utile aux hommes en ce qu’il leur démontrera leur
incapacité à se gouverner eux-mêmes, juste à l’aurore du Millénium. C’est le
moment où, d’après le décret de Dieu, celui qui
A379
les racheta
tous, Jésus, commencera par les châtier avec sa puissante verge de fer, pour
les bénir ensuite avec une entière connaissance et les aider à être replacés
dans l’état de perfection première, et cela pour la vie éternelle, s’ils le
veulent bien.
Devoir et
privilège des saints.
Une question
importante s’élève relativement aux devoirs des saints durant cette détresse,
et a leur attitude correcte envers les deux partis opposés l’un à l’autre. Il
semble, d’après plusieurs passages sur lesquels nous reviendrons plus tard, que
quelques-uns des saints seront encore dans la chair, au moins durant une partie
de ce temps. Leur position, toutefois, différera de celle des autres, non pas
en ce qu’ils seront miraculeusement préservés (bien qu’il soit distinctement
promis que le pain et l’eau leur soit assurés), mais, en ce qu’étant instruits
de la parole de Dieu, ils n’auront pas à endurer sans espoir la même anxiété et
la même angoisse, qui se répandra sur tout le monde. Ils envisageront la
détresse comme une préparation nécessaire au plan de Dieu pour la bénédiction
du monde entier, et voilà pourquoi ils se réjouiront et seront à toujours
consolés. Cela est exprimé d’une manière frappante dans le Psaume 91, et dans
Esaïe 33 :2-14, 15-24. Dès lors, consolés et bénis par la promesse divine les
saints auront comme premier devoir de faire comprendre au monde qu’au milieu de
toutes les afflictions et de tous les mécontentements dominants, même pendant
qu’ils participent au trouble et qu’ils en souffrent, ils sont joyeux et pleins
d’espoir, en vue du but glorieux prédit dans la parole de Dieu. L’apôtre a
écrit: " La piété avec le contentement est un grand gain. " Et
quoique ce qui précède soit vrai de
A380
tout temps,
cela aura une double importance dans ce jour de l’Eternel, où le mécontentement
sera la maladie principale parmi toutes les classes. En opposition à celles-ci,
les saints devraient former une exception notable. Jamais il n’y eut un temps
où le mécontentement fut si immensément répandu ; et, pourtant, les hommes ne
jouirent jamais de tant de bienfaits et de bénédictions qu’en ce temps-ci. En
quelque lieu que nous regardions, dans le palais du riche rempli de commodités
de toutes sortes et de magnificences dont Salomon dans toute sa gloire ne
savait rien, ou dans la maison confortable de l’ouvrier économe et tempérant
(avec tous les signes de goûts artistiques, d’aisance et de luxe) nous voyons
que sous tous les rapports nos jours surpassent de beaucoup toute autre période
depuis la création, par une richesse de productions variées ; pourtant les gens
sont malheureux et mécontents. Il est vrai que les désirs d’ un coeur égoïste
et dépravé ne connaissent point de bornes. L’égoïsme a tellement pris
possession de tous que, partout où nous regardons, nous voyons le monde entier
se pousser follement, chasser et courir après la richesse. Bien peu
réussissent, et les autres sont pleins d’envie et de chagrin parce qu’ils ne
sont pas favorisés par la fortune ; tous sont mécontents et se sentent misérables,
plus qu’à toute autre époque. Mais celui qui est consacré ne prend aucune part
à cette lutte. En vertu de son voeu de consécration, il s’efforcera de lutter
et de courir pour un prix plus haut, un prix céleste ; et voilà pourquoi il est
sevré des ambitions terrestres et ne travaille pas pour des choses terrestres,
sauf pour se procurer les choses décentes et nécessaires ; car il voue son
attention à la marche et à l’exemple du Maître et des apôtres. Aussi bien les
saints ont le contentement avec leur piété ; ce n’est pas qu’ils n’ont pas
d’ambition, mais
A381
leur ambition
est fixée au ciel et est concentrée dans l’effort de s’amasser des trésors dans
le ciel et de devenir riches en Dieu ; dans cette vue, et étant donné leur
connaissance des plans de Dieu, révélés dans sa parole, ils sont contents de
n’importe quel sort terrestre que Dieu leur prépare et peuvent joyeusement
entonner: " Contents, quel que soit notre sort, Puisque Christ est notre
confort. " Mais hélas ! tous les enfants de Dieu n’occupent point cette
position. Plusieurs sont tombés dans le mécontentement qui s’est emparé du
monde ; ils se ravissent eux-mêmes les jouissances de la vie en abandonnant les
traces du Seigneur, en confondant leur sort avec le monde et en prenant également
leur part des biens de celui-ci ; tandis qu’ils cherchent des choses
terrestres, sans être sûrs de les atteindre, ils participent au mécontentement
du monde, et ne goûtent pas le contentement et la paix que le monde ne peut ni
donner ni ravir. Nous pressons donc les saints d’abandonner la recherche de
l’argent et de la gloire, -qui ont pour dot le mécontentement-et de lutter pour
des richesses plus élevées et pour la paix qu’elles procurent. Nous aimerions
leur rappeler les paroles de l’apôtre: " C’est, en effet, une grande
source de gain que la piété avec le contentement ; car nous n’avons rien
apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter ;
si donc nous avons la nourriture et le vêtement nécessaires, cela nous suffira.
Mais ceux qui veulent s’enrichir [qu’ ils y réussissent ou non] tombent dans la
tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui
plongent les hommes dans la ruine et [les entraînent à] la perdition. Car
l’amour de l’argent [que cela soit chez les riches ou chez les pauvres] est la
racine de tous les maux ; et quelques-uns, en étant possédés,
A382
se sont égarés
loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments. Pour toi,
homme de Dieu, fuis ces choses et recherche la justice, la piété, la foi, la
charité, la patience, la douceur. Combats le bon combat de la foi, saisis la
vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une
belle confession en présence d’un grand nombre de témoins. "- 1 Tim.
6:6-12. Si du côté des saints on donne ainsi un exemple de contentement, de
joyeuse espérance, d’une humble soumission aux épreuves présentes, d’une ferme
attente de temps meilleurs à venir, de tels exemples vivants sont seuls de
valables leçons pour le monde. Et ajoutés à l’exemple, les bons conseils des
saints envers ceux avec lesquels ils sont en contact, devraient toujours être
en harmonie avec leur foi. Ces conseils devraient être comme l’huile et le
baume curatif. Chaque occasion favorable devrait être saisie pour renvoyer le
monde à l’heureux temps qui vient, pour lui prêcher le royaume de Dieu tout
proche et pour lui montrer la vraie cause des présentes afflictions et leur
unique remède. -Voyez Luc 3:14 ; Hébr. 13:5 ; Phil. 4:11. Ce malheureux monde
ne gémit pas seulement sous ses maux réels, mais aussi sous des maux
imaginaires, et spécialement sous le mécontentement causé par l’égoïsme,
l’orgueil et la mauvaise ambition, qui attristent et tourmentent l’homme, sans
jamais le satisfaire pleinement. Dès lors, puisque nous voyons les deux côtés
de la question, recommandons à ceux qui sont bien disposés à nous entendre de
se contenter de ce qu’ils ont et conseillons leur l’attente patiente jusqu’à ce
que Dieu, au temps qui lui est propre et à sa manière, leur fasse parvenir les
nombreuses bénédictions que son amour et sa sagesse ont préparées.
A383
Par
l’incitation et l’inflammation des plaies et des maux, -qu’ils soient réels ou
imaginaires, -nous ne ferions que du tort à ceux auxquels nous devrions
apporter la bénédiction et l’assistance ; nous ne ferions qu’augmenter encore
leur détresse. Mais par l’accomplissement de notre mission, qui est de prêcher
la bonne nouvelle de la rançon donnée pour tous et les bénédictions qui
s’ensuivront pour tous, nous serons de vrais messagers du royaume, ses
ambassadeurs de la paix, ainsi qu’il est écrit: " Qu’ils sont beaux sur
les montagnes [les royaumes] les pieds [les derniers membres du corps de
Christ] de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie la paix ! De celui
qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie le salut !"- Esaïe 52:7. Les
afflictions de ce " jour de Jéhovah " offriront l’occasion
exceptionnelle de prêcher la bonne nouvelle du salut à venir ; et bienheureux
sont ceux qui suivent les traces du Maître, qui sont comme le bon Samaritain,
bandant les plaies et y versant de l’huile et du vin de joie et de consolation.
Ceux-là ont la promesse que leur travail n’est pas vain ;" car, lorsque
les jugements du Seigneur s’exercent sur la terre, les habitants du monde
apprennent la justice. "- Esaïe 26:9. La sympathie des enfants du Seigneur,
semblable à celle de leur père céleste, doit s’exercer largement à l’égard de
la création gémissante, qui lutte pour s’affranchir de la servitude:mais ils
sauront aussi ne pas oublier les hommes des classes opposées et sympathiser
avec ceux dont les désirs sont justes et généreux, mais dont les efforts sont
entravés et empêchés non seulement par les faiblesses de leur nature déchue,
mais aussi par le milieu dans lequel ils vivent, par leur association avec
d’autres hommes, et par leur dépendance. Mais les enfants du Seigneur ne
sympathiseront aucunement avec les désirs arrogants et les tendances
insatiables de l’une ou de l’autre de ces classes.
A384
Leurs
expressions seront toujours calmes, modérées et paisibles lorsqu’il ne s’agira
pas de principe. Ils se rappelleront que ce trouble-ci est la bataille de
l’Eternel, et que, en ce qui concerne les questions politiques et sociales, ils
ne connaissent aucune autre vraie solution que celle prédite dans le parole de
Dieu. Les consacrés auront donc, avant tout, le devoir de veiller à ne pas
embarrasser le chemin du chariot de Jéhovah, et puis aussi celui de se
présenter, de se tenir debout et de voir la délivrance de l’Eternel (2 Chron.
20:17), en ce sens qu’ils reconnaissent que ce n’est point leur affaire de se
mêler à cette bataille, mais que c’est l’oeuvre du Seigneur, au moyen d’autres
instruments. Peu soucieux de toutes ces choses, ils poursuivront avec zèle la
ligne tracée à leur propre mission, proclamant le royaume céleste si proche
comme l’unique remède pour toutes les classes, et leur seul espoir.
Chapitre
XVI—PENSEES FINALES
A385
Notre devoir
envers la vérité. -Ce qu’elle coûte, sa valeur, son profit.
Dans les
chapitres précédents, nous avons vu que la lumière de la nature, ainsi que
celle de la révélation, démontrent clairement le fait qu’un Dieu intelligent,
sage, tout-puissant et juste, est le Créateur de toutes choses, et qu’il est le
suprême et légitime Seigneur de tous ; que toutes choses animées et inanimées
sont soumises à son règne ; et que la Bible est la révélation de son caractère
et de ses plans, en tant qu’il plut au Très Haut de les dévoiler aux hommes. De
la Bible nous avons appris que si le mal prédomine maintenant parmi
quelques-unes de ses créatures, il n’existe que pour un temps limité, dans une
étendue limitée et, par sa permission, pour un but sage qu’il a en vue ; et que
s’il est toujours vrai que les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité
profonde les peuples, la lumière de Dieu dissipera cependant au moment voulu
toutes les ténèbres, et toute la terre sera remplie de sa gloire. Nous avons vu
que ce grand plan est tel qu’il a fallu jusqu’à présent plusieurs âges pour son
accomplissement ; qu’un autre âge est encore nécessaire pour son achèvement ;
et que durant tous ces âges obscurs du passé, où il semblait que Dieu eût
presque oublié ses créatures, son plan pour leur bénédiction future s’exécuta
silencieusement,
A386
mais avec
grandeur, bien que durant tous ces âges, les mystères en aient été cachés
sagement aux hommes. Nous avons vu aussi que le jour ou l’âge qui commence à
poindre sera le jour de jugement ou d’épreuve du monde, et que toutes les
préparations précédentes ont eu pour but de donner au genre humain une occasion
aussi favorable que possible, quand chacun sera mis individuellement à
l’épreuve pour la vie éternelle. Le long espace de 6000 ans a énormément
multiplié la race humaine ; par les secousses et les souffrances, subies sous
le règne du mal, elle aura acquis une expérience qui tournera précisément à son
avantage lorsqu’elle sera soumise au jugement. Et quoiqu’il fût permis que la
race, dans son ensemble, souffrît de la sorte pendant six mille ans, comme
individus ils auront cependant achevé leur carrière dans un court espace de
temps. Nous avons vu que tandis que la race eut à subir cette discipline
nécessaire, Dieu envoya au temps convenable son Fils pour la délivrer, et que
tandis que la grande multitude ne reconnut point le Rédempteur dans son
humiliation, et ne voulut pas croire que l’Oint de l’Eternel viendrait de cette
manière pour sa délivrance, Dieu choisit, durant ces âges passés, justement
parmi ceux dont le coeur était tourné vers lui et qui crurent en ses promesses,
deux troupes qui doivent recevoir les honneurs de son royaume, -les honneurs de
participer à l’exécution de son plan divin. Nous avons vu que ces deux troupes
choisies constitueront les deux domaines du Royaume de Dieu. Et, par les
prophètes, nous apprenons que ce royaume doit s’ établir bientôt sur toute la
terre ; que, sous sa juste et sage administration, toutes les familles de la
terre seront bénies, avec l’occasion la plus favorable de se montrer dignes de
la vie éternelle. Nous avons appris au sujet de ce grand chemin, qu’il
A387
sera appelé le
chemin de la sainteté et que les rachetés de l’Eternel (tout le genre humain,
Hébr. 2:9) peuvent y suivre leur marche ascendante, comme résultat de leur
rédemption par le précieux sang de Christ ; qu’il sera une route publique,
rendue comparativement facile à tous ceux qui désirent sérieusement devenir
purs et saints ; que toutes les pierres d’achoppement seront enlevées ; et que
tous les pièges, les trappes et les entraves en seront éloignés:bénis seront
tous ceux qui y marcheront à la rencontre de la perfection et de la vie
éternelle ! Il va sans dire que ce jugement, ou gouvernement, ne peut commencer
avant que Christ, l’homme que Jéhovah a destiné pour être le juge et le
dominateur du monde, soit revenu ;- non, une seconde fois en humiliation, mais
en puissance et en grande gloire ; non pour racheter de nouveau le monde, mais
pour juger [gouverner] le monde selon la justice. Un procès ne peut en aucun
cas avancer avant que le juge ait occupé son siège et que la cour ait commencé
à siéger au temps fixé, quoique avant ce temps une oeuvre préparatoire
considérable puisse être accomplie. Alors le roi s’assiéra sur le trône de sa
gloire et toutes les nations seront assemblées devant lui ; il les jugera,
durant cet âge, selon leurs oeuvres, leur ouvrant les livres de l’Ecriture et
remplissant la terre de la connaissance de l’Eternel. Et, d’après leur
conduite, dirigée par tant de faveurs et d’aides, ce roi décidera qui d’entre
eux sera digne de la vie éternelle dans les âges de gloire et de joie qui
suivront. -Matth. 25:31 ; Apoc. 20:11-13. Nous avons encore vu que le second
avènement du Messie, pour établir son royaume sur la terre, est un événement
sur lequel se fonde l’espoir de tous, un événement qui, une fois pleinement
compris, apportera la joie et la félicité dans tous les coeurs. C’est le jour
où le " petit troupeau " du Seigneur (les saints consacrés) aura le
plus
A388
grand motif de
se réjouir. C’est le jour d’allégresse où l’Eglise vierge deviendra l’Epouse,
la femme de l’Agneau ; lorsqu’elle montera du désert, appuyée doucement sur le
bras de son Bien-aimé (Cant. 8:5), et entrera avec lui dans le glorieux
héritage. C’est le jour où la vraie Eglise, glorifiée avec son Chef, sera
revêtue de puissance et d’autorité divines, et commencera le grand oeuvre pour
le Salut du monde, oeuvre dont le résultat sera le complet rétablissement de
toutes choses. Et ce sera un heureux et glorieux jour pour le monde lorsque le
grand adversaire sera lié, lorsque les chaînes, portées par l’humanité durant
6000 ans, seront brisées et lorsque la terre sera remplie de la connaissance de
l’Eternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ! La
connaissance de ces choses et les preuves certaines qu’elles sont proches,
qu’elles sont à la porte, devraient exercer une puissante influence sur tous,
mais, spécialement, sur les enfants de Dieu consacrés qui aspirent au prix de
la nature divine. Ceux-là, nous les conjurons, en même temps qu’ils relèvent la
tête et. se réjouissent parce que leur délivrance approche, de rejeter tout
fardeau et tout empêchement et de courir avec persévérance la course qu’ils ont
commencée. Détournez vos regards de vous-mêmes et de vos faiblesses
inévitables, et sachez que toutes ces faiblesses sont pleinement couvertes par
la valeur de la rançon donnée par Christ Jésus, notre Seigneur, et que seuls
votre sacrifice et votre renoncement à vous-mêmes sont agréables à Dieu par
notre Rédempteur et Seigneur. Souvenons-nous que les forces nécessaires que
Dieu nous a promises, et, par l’usage desquelles nous pouvons devenir "
vainqueurs ", se trouvent dans sa parole. Ce sont des forces qui dérivent
de la connaissance de son caractère et de ses plans, et des conditions grâce
auxquelles nous pouvons participer à ces derniers. C’est
A389
Ainsi que
Pierre l’exprime, quand il dit: " Que la grâce et la paix vous soient
multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! Comme sa
divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au
moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et
par sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus
précieuses promesses, afin que PAR ELLES vous deveniez participants de la
nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la
convoitise. "- 2 Pierre 1:2-4. Mais, pour obtenir cette connaissance et
cette force, que Dieu veut ainsi procurer à chaque coureur pour le prix
céleste, il faudra justement mettre à l’épreuve la sincérité et la bonne foi du
voeu de consécration de chaque croyant. Vous avez voué tout votre temps, tous
vos talents au Seigneur ; maintenant la question Est:combien en donnez-vous
réellement ? Avez-vous encore la volonté, conformément à votre voeu de
consécration, de renoncer à vos propres plans et méthodes, à vos théories et à
celles des autres, pour accepter le plan, le temps et les voies de Dieu
d’exécuter son grand oeuvre ? Avez-vous la volonté de le faire, serait-ce même
au prix d’amitiés terrestres et des convenances sociales ? Et ne voulez-vous
plus employer votre temps à autres choses qu’ à la recherche de ces choses si
chères aux coeurs de tous les vrais consacrés, avec la connaissance certaine de
tout ce que vous coûtera ce renoncement ? Si vous ne vous êtes pas donné tout
entier, ou si vous ne désiriez le faire qu’à moitié lorsque vous vous donniez
au Seigneur, alors vous n’emploierez qu’à contrecoeur le temps et les efforts
nécessaires pour sonder sa parole en vue d’y découvrir un trésor caché et pour
obtenir, par ce moyen, la force, si nécessaire maintenant (à l’aurore du Millénium),
plus qu’à toute autre époque, à cause de toutes les épreuves imminentes pour la
foi.
A390
Mais ne pensez
pas que votre don de vous-même pourra se borner au temps et à l’énergie
nécessaires que vous consacrez à cette étude:non, point du tout ! La sincérité
de votre sacrifice personnel sera éprouvée dans tous les sens et montrera si
vous êtes digne ou indigne de faire partie de ce " petit troupeau ",
l’Eglise triomphante, qui recevra les honneurs du royaume. Si vous vous
appliquez à la parole de Dieu, si vous recevez ses vérités avec un coeur
honnête, bon et consacré à Dieu, elle engendrera en vous un tel amour pour Dieu
et pour son plan un tel désir de parler de l’Evangile, que la prédication de
cette bonne nouvelle deviendra désormais votre thème de vie absorbant toute
autre chose ; cela vous séparera non seulement en esprit du monde et des nombreux
chrétiens de nom, mais cela vous conduira à une séparation entière d’avec eux.
Ils vous prendront pour des excentriques, ils fuiront votre compagnie, et vous
serez méprisés et regardés comme des insensés à cause de Christ ; parce qu’ils
ne vous connaissent point, comme ils ne connaissent point le Seigneur. -2 Cor.
4:8-10 ; Luc 6:22 ; 1 Jean 3:1 ; 1 Cor. 3:18. Voulez-vous suivre et connaître
le Seigneur " parmi la mauvaise et la bonne réputation "? Voulez-vous
tout abandonner et le suivre partout où il vous conduira par sa parole ?-
ignorer les souhaits de vos amis, comme aussi vos propres désirs ? Nous
espérons que plusieurs des consacrés qui liront ce livre deviendront tellement
enflammés de zèle et fervents d’esprit, grâce à la compréhension plus claire du
plan divin exposé, qu’ils pourront dire:- " Par la grâce de Dieu, nous
voulons continuer à connaître et à servir le Seigneur, coûte que coûte et quel
que soit le sacrifice que cela exige !" Puissent-ils aborder avec soin et
promptitude l’examen de tout ce qui est présenté dans ce volume, semblables aux
nobles Juifs de Bérée !( Act. 17:11). Ne l’examinez pas d’après les traditions
et les dogmes contradictoires
A391
des hommes,
mais d’après la seule règle correcte et divinement autorisée, d’après la propre
parole de Dieu. C’est pour faciliter un tel examen que nous avons cité tant de
passages de l’Ecriture sainte. Il serait inutile d’essayer d’harmoniser le plan
divin, exposé ici, avec les nombreuses idées considérées et prises jusqu’à ce
jour à tort comme scripturaires. On aura remarqué que le plan divin est un plan
complet en lui-même et concordant en chacune de ses parties, et qu’il est, de
même en parfaite harmonie avec les perfections que les Ecritures attribuent au
grand Auteur de ce plan. C’est un merveilleux déploiement de sagesse, de
justice, d’amour et de puissance. Il porte en lui-même la preuve évidente d’une
conception divine, dépassant de beaucoup la puissance d’invention humaine, et
presque la compréhension de l’homme. Plusieurs questions qui demandent leur
solution, conformément au plan révélé dans ce livre surgiront, sans doute sur
plusieurs points. Une étude soigneuse et attentive de la Bible en éclaircira
plusieurs sur le champ ; et nous pouvons dire à tous en toute Confiance:aucune des
questions que vous pourriez soulever n’a besoin de rester sans réponse
satisfaisante, pleinement en harmonie avec les vues présentées ici. D’autres
volumes suivront pour examiner les diverses branches de ce plan unique, en
mettant au jour, pas à pas, cette incomparable harmonie qui est l’adage de la
vérité seule. Et que l’on sache que nul autre système de théologie n’a jamais
prétendu avoir harmonisé en soi-même chaque déclaration de la Bible, ni même
n’en a fait l’essai ; cependant nous ne prétendons à rien de moins pour ces
méditations. Cette harmonie, non seulement avec la Bible, mais aussi avec les
perfections divines et avec le sens commun sanctifié, ne peut qu’avoir frappé
l’attention du lecteur consciencieux et l’avoir rempli d’admiration
A392
Ainsi que
d’espérance et de confiance. C’est merveilleux, en effet, mais c’est exactement
ce que nous devions attendre de la vérité et du plan infiniment sage et
bienveillant de Dieu. Et pendant qu’à ce point de vue la Bible s’ouvre si
largement et nous montre de si merveilleuses choses (Ps. 119:18), la lumière
qui rayonne d’elle aujourd’hui pousse les divers credo et les traditions dans
une direction tout à fait opposée. Même ceux qui les ont adorés jusqu’à présent
commencent à les regarder comme imparfaits et difformes ; aussi tous ces credo
restent-ils passablement ignorés ; quoiqu’on y souscrive encore, la honte
empêche de les proclamer. Et la honte qui s’attache à ces traditions et à ces
dogmes humains s’étend aussi à la Bible, qui, ainsi qu’on le croit, soutient
ces aberrations de la pensée comme étant d’origine divine. De là la liberté
avec laquelle les divers penseurs, soi-disant avancés, commencent à nier
diverses parties de la Bible ne correspondant pas avec leurs vues. Comme elle
est frappante la Providence de Dieu, qui, juste en ce moment même, fait voir à
ses enfants son plan vraiment glorieux et harmonique ; un plan qui ne rejette
rien, mais qui harmonise chaque partie, chaque article de sa parole !- Vérité,
qui, lorsqu’elle est mûre, -c’est à dire lorsque le temps fixé pour la
reconnaître est venu, -devient de la nourriture pour la famille de la foi, afin
que ses membres croissent par elle (Matth. 24:45 ; 1 Pierre 2:2). Quel que soit
celui qui se trouve en contact avec la vérité et qui la reconnaît pour telle,
encourt par ce fait, une responsabilité à son égard. Il faut qu’on la reçoive
et qu’on agisse en conséquence, ou bien il faut la rejeter et la mépriser.
L’ignorer ne nous décharge point de notre responsabilité. Si nous l’avons
acceptée pour nous-mêmes, nous avons aussi une responsabilité ENVERS ELLE, car
elle n’est pas destinée à nous