LE DIVIN PLAN DES AGES

 

1886

Chapitre I—INTRODUCTION SUR LE SUJET ET LA METHODE DE CETTE OEUVRE

 

Une nuit de pleurs et un matin de joie. -Deux méthodes pour chercher la vérité. -La méthode suivie ici. -Différence entre l’étude révérencielle des Ecritures et l’habitude dangereuse des spéculations. -Le but de la prophétie. -La situation religieuse présente du monde contemplée à deux points de vue. -Ténèbres égyptiennes. -Un arc de promesse. -Le sentier des justes est un sentier progressif. -La cause de la grande apostasie. -La Réformation. -La même cause empêche de nouveau un progrès réel. -La perfection de la connaissance est une chose de l’avenir, non du passé.

 

Le titre Aurore du Millénium suggère la pensée d’une nuit obscure faisant place à un beau et glorieux jour. Et cela exprime fidèlement la pensée principale de cette oeuvre. Nous croyons que les enseignements de la Révélation divine ne peuvent être reconnus, à la fois beaux et harmonieux, qu’à ce point de vue et à aucun autre. La période dans laquelle le péché était permis a été pour l’humanité une nuit sombre qui ne sera jamais oubliée ; mais le jour glorieux de justice et de faveur divines, qui éclatera avec le Messie, -lequel, comme le " soleil de la justice, " doit se lever pleinement et clairement en tous et sur tous, apportant guérison et bénédiction, -compensera bien au

 

A2

 

delà la terrible nuit de pleurs et de soupirs, de douleurs, de maladies et de la mort, dans laquelle la création gémissante a du rester si longtemps. " Les pleurs logent le soir [la nuit], mais le chant de triomphe survient au matin. "- Ps. 30:6. Comme par instinct, la création tout entière attend et désire, tout en étant en travail et tout en gémissant, le jour qu’elle appelle " l’âge d’or, " mais ne connaissant pas le gracieux dessein du suprême Jéhovah, elle n’en a qu’un vague pressentiment ; ses plus hautes conceptions au sujet d’un tel âge sont bien au-dessous de ce que sera la réalité. Le grand Créateur prépare un " festin de mets succulents " qui étonnera ses créatures et répondant à leurs prières dépassera leur attente. Et à ses créatures ravies de merveilles, contemplant la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur de l’amour de Dieu, il déclare: " Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies... Car autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. "- Esaïe 55:8,9. On s’efforce dans ce livre-et nous croyons avoir réussi-de présenter au lecteur bienveillant et non prévenu, le plan de Dieu dans ses justes rapports, et d’expliquer sa marche passée, présente et future d’une manière plus harmonieuse, plus glorieuse et plus raisonnable qu’on ne le fait ordinairement. L’auteur ne s’arroge cependant en ceci aucune sagesse, aucun talent extraordinaire, mais il attribue ce travail à la lumière du Soleil de la Justice, qui dans cette aube matinale du jour de mille ans, révèle ces choses comme " vérité présente ", juste à temps maintenant pour qu’elle soit appréciée par les sincères- " les purs de coeur ". Depuis que le scepticisme est à l’ordre du jour, le fondement

 

A3

 

entier de la vraie religion et de la vérité est souvent controversé, même par les sincères. Nous avons essayé de découvrir ou de dévoiler ce fondement, -la parole de Dieu, sur laquelle toute foi doit être bâtie, -et de le mettre suffisamment en lumière, pour donner, même à l’incrédule, certitude et confiance en son témoignage. Et nous avons essayé d’y parvenir en faisant appel à la raison, qui pourra être acceptée comme juge. Ensuite, nous nous sommes efforcés d’édifier les doctrines de l’Ecriture sur ce fondement de façon à ce que même un jugement purement humain puisse, avec la mesure (ou règle de justice) la plus exacte qui soit à sa disposition, en mesurer les coins et les angles. C’est dans la conviction que les Ecritures révèlent un plan ferme et harmonique qui, une fois reconnu, se recommande de lui-même à chaque conscience sanctifiée, que cet ouvrage a été publié ; il l’a été dans l’espérance d’aider ceux qui étudient la parole de Dieu, en leur suggérant une suite de pensées en harmonie entre elles-mêmes et avec la parole inspirée. Ceux qui reconnaissent la Bible comme étant la révélation du plan de Dieu-nous nous adressons spécialement à ceux-là-admettront sans doute que, si elles sont inspirées de Dieu, les doctrines de la Bible, prises en entier, révèlent un plan s’harmonisant en lui-même et qui est d’accord avec les perfections de son divin Auteur. Notre objet, comme chercheur de vérité, devrait être d’obtenir l’harmonie complète du plan révélé de Dieu dans son entier ; et, comme enfants de Dieu, nous avons toute raison de l’espérer, puisqu’il est promis que l’esprit de vérité nous conduira dans toute la vérité. -Jean 16:13. Comme investigateurs, deux méthodes se présentent à nous ; l’une est d’examiner toutes les vues et toutes les opinions acceptées parmi les diverses sectes de l’Eglise, et

 

A4

 

de tirer de chacune d’elles l’élément que nous puissions considérer comme vérité, -ce serait une entreprise sans fin. La principale difficulté que nous rencontrerions dans cette méthode serait que si notre jugement était faux, ou troublé d’avance, ou que si nos préjugés inclinaient vers une direction quelconque, -et chez qui cela n’arrive-t-il pas ?- notre choix ne serait pas correct ; nous pourrions accepter l’erreur et rejeter la vérité. En outre, en adoptant cette méthode, nous perdrions beaucoup, parce que la vérité progresse constamment ; son éclat va croissant jusqu’au plein jour, pour tous ceux qui la cherchent et marchent dans sa lumière, tandis que les divers credo des nombreuses sectes sont fixés et demeurent stationnaires depuis plusieurs siècles. Chacun d’eux doit contenir une large proportion d’erreur, puisqu’ils se contredisent eux-mêmes dans d’importantes questions. Cette méthode nous conduirait dans un labyrinthe d’embrouillements et de confusion. L’autre méthode est de renoncer à tous préjugés et de penser que personne ne peut savoir du plan divin plus que ce que Dieu en a révélé dans sa parole et qu’il a promis de dévoiler aux débonnaires et aux humbles de coeur (Ps. 25:9 ; Esaïe 61:1) ; et si, dans cette condition, nous cherchons sérieusement et sincèrement sa ligne de conduite et ses instructions, nous serons guidés par son grand Auteur à comprendre la parole divine, telle qu’elle doit l’être, en nous aidant des différents guides et études bibliques que la Providence divine met à notre disposition. Voyez Eph. 4:11-16. Cette oeuvre-ci est spécialement destinée à servir de guide à cette classe de chercheurs. On remarquera que les argumentations ne sont tirées que de l’Ecriture, excepté là où l’on a dû rappeler l’histoire séculaire pour prouver l’accomplissement des Ecritures. Aucune valeur n’a été attachée au témoignage des théologiens modernes, et celui

 

A5

 

des soi-disant saints Pères, ou Pères de l’Eglise, a été laissé de côté. Plusieurs d’entre eux ont attesté et certifié la véracité de pensées exprimées en ce livre, mais nous croyons que c’est un défaut commun à notre temps et aux âges précédents, d’admettre certaines doctrines pour la simple raison que d’autres, en lesquels on avait confiance, le firent. Il y a là manifestement une source féconde d’erreurs, car plusieurs gens de bien ont cru et enseigné l’erreur en parfaite bonne conscience (Actes 26:9). Les chercheurs de vérité devraient vider de leurs vases les eaux bourbeuses de la tradition, les remplir à la source de la vérité-la parole de Dieu-et n’attacher aucune importance à une doctrine religieuse, si elle ne conduit à cette source. Cette oeuvre est beaucoup trop restreinte même pour un examen court et général de toute la Bible et de son enseignement ; malgré cela, connaissant la fièvre de notre temps, nous avons essayé d’être aussi bref que l’importance du sujet semblait le permettre. Nous aimerions faire remarquer au lecteur intéressé qu’il serait inutile pour lui de parcourir cet ouvrage, de l’écrémer, pour ainsi dire:de cette façon il ne verra point la force et l’harmonie du plan qui y est représenté et les preuves scripturaires qui y sont citées. Nous avons essayé de présenter d’un bout à l’autre les divers fragments de la vérité, non seulement dans un tel langage, mais aussi dans un tel ordre, qu’il soit plus facile à toutes les classes de lecteurs de saisir clairement l’objet et le plan en général. Mais si l’appréciation d’une science quelconque nécessite une étude générale et régulière, c’est tout spécialement le cas dans la science de la révélation divine. Et dans cette oeuvre-ci, cela est doublement nécessaire, puisque ce livre est un traité des vérités divinement révélées et, de plus, une étude du sujet à un point de vue qui-pour autant

 

A6

 

Que nous le sachions-diffère entièrement de toute autre oeuvre. Nous ne nous faisons aucun scrupule de traiter plusieurs sujets communément négligés chez les chrétiens, -entre autres, ceux du retour du Seigneur, des prophéties et du symbolisme de l’Ancien et du Nouveau Testament. Au contraire, nous estimons que tout système de théologie qui omet ces traits si saillants des doctrines de l’Ecriture, ne mérite pas d’être présenté ni d’être accepté. Nous espérons toutefois qu’on comprendra ce qu’est l’étude sérieuse, sage et respectueuse des prophéties et d’autres écrits bibliques examinés à la lumière des faits historiques et, aussi, prouvés évidents par le sens commun sanctifié. On reconnaîtra quelle différence existe entre cette étude approfondie et une interprétation trop généralement pratiquée à l’égard des prophéties divines, interprétation risquant de donner trop libre cours à une imagination vague et désordonnée. Tous ceux qui tombent dans cette dangereuse méthode peuvent se donner généralement comme prophètes (?), mais non comme gens qui étudient les prophéties.

 

Aucune oeuvre n’est plus belle et n’ennoblit davantage que l’étude révérencielle des desseins révélés de Dieu, " dans lesquels les anges désirent plonger leurs regards "( 1 Pierre 1:12). Le fait que la sagesse de Dieu pourvut à des prophéties concernant l’avenir, ainsi qu’à des prédictions regardant le présent et le passé, est en lui-même, de la part de Jéhovah, une censure de la folie de quelques-uns de ses enfants, qui ont excusé leur ignorance et leur négligence de l’étude de sa parole en disant: " Il y a assez dans le cinquième chapitre de Matthieu pour sauver tout homme. " Il ne nous faut pas supposer non plus que la prophétie ait été donnée simplement pour satisfaire la curiosité relativement à l’avenir. Il est évident que le but de la prophétie est de familiariser l’enfant consacré de

 

A7

 

Dieu avec les plans de son Père, afin de réveiller son intérêt et sa sympathie à l’égard de ces mêmes plans, et afin de le rendre apte à contempler tant le présent que l’avenir au point de vue de Dieu ; et qu’ainsi familiarisé avec l’oeuvre du Seigneur, il puisse servir non seulement en serviteur, mais plutôt en enfant et en héritier. La révélation de ce qui sera, empêche l’influence de ce qui est maintenant. L’effet d’une étude soigneuse ne peut que fortifier la foi et pousser à la sainteté.

 

La situation religieuse du monde actuel, -alors que l’Evangile a été prêché près de dix-neuf siècles, -est telle (dans l’ignorance où l’on est généralement du plan de Dieu au sujet de la délivrance du monde, du péché et de ses conséquences, et avec l’idée fausse que l’Eglise nominale dans sa condition présente est la seule voie pour la conversion du monde) que dans chaque esprit pensif, mal renseigné sur ce point, des doutes sérieux doivent s’éveiller. Et il n’est pas facile de surmonter de pareils doutes par d’autres moyens que par la vérité. En effet, pour tout observateur réfléchi, de deux choses, l’une:ou bien l’église a commis une grande méprise en supposant que sa tâche dans l’âge présent et dans sa condition actuelle, était de convertir le monde, ou bien le plan de Dieu a eut un triste et misérable insuccès. Quel côté de l’alternative devons-nous accepter ? Plusieurs ont accepté, et beaucoup plus encore saisiront le dernier, pour enfler et grossir les rangs de l’incrédulité, soit secrètement, soit publiquement. Relever ceux qui tombent ainsi honnêtement, telle est une partie du but de ce livre.

 

Ci-après, nous présentons un diagramme publié premièrement par la " London Missionary Society ", ensuite, aux Etats-Unis, par le " Conseil de missions des dames presbytériennes ". On l’intitula: " Un appel muet pour secourir les missions étrangères ". Il raconte une triste histoire de ténèbres et d’ignorance à l’égard du seul nom

 

A8

 

Exhibiting the actual and relative numbers of manking classified according to religion:

 

Heathen 856 millions Mohamedans 170 millions Jews 8 millions Roman Catholics 190 millions Greek Catholics 84 millions Protestants 116 millions

 

A9

 

donné sous le ciel, parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. Le Watchmann-le journal de l’Union chrétienne de jeunes gens de Chicago-publia aussi ce même diagramme, et dit dans son commentaire: " Les idées de plusieurs sur la situation religieuse du monde sont très nébuleuses et incertaines. Nous entendons parler d’oeuvres grandioses de renouvellement ou de renaissance, au milieu de nous et dans le lointain, de nouveaux efforts missionnaires dans toutes les directions, de pays s’ouvrant à l’Evangile ; on nous dit que des sommes considérables sont vouées à sa propagation et l’idée pourrait s’emparer de nous que des efforts suffisants sont accomplis pour l’évangélisation des peuples de la terre. On estime que la population du monde s’élève aujourd’hui à 1,424,000,000 d’âmes, et, par l’étude du diagramme, nous nous apercevons que plus de la moitié-près des deux tiers-est encore totalement païenne, et le reste est composé en grande partie de disciples de Mahomet, ou de membres des deux grandes églises apostasiées de la foi, dont la religion n’est pratiquement qu’une idolâtrie christianisée, et desquelles on peut à peine dire qu’elles tiennent ou enseignent encore l’Evangile de Christ. Touchant les 116,000,000 de protestants de nom, il faut aussi se rappeler quelle grande quantité en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis sont embourbés dans l’incrédulité, -une obscurité plus profonde encore que celle du paganisme, si c’est possible, -et combien sont aveuglés par la superstition, ou plongés dans l’extrême ignorance ; de sorte que, tandis que 8 millions de Juifs rejettent Jésus de Nazareth et que plus de 300 millions portant son nom ont fait apostasie quant à la foi, plus de 170 millions rendent hommage à Mahomet, et l’énorme masse du reste de l’humanité est, jusqu’à ce jour, adoratrice de troncs et de pierres, de ses propres ancêtres, de héros morts, ou même du diable:tous, plus ou moins, " ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur qui est Dieu béni éternellement ". N’est-ce pas assez pour attrister profondément les coeurs des chrétiens compatissants et réfléchis ?" Triste image en vérité ! Et encore que le diagramme représente des nuances différentes entre païens, mahométans et juifs, ils sont néanmoins tous égaux dans une totale ignorance du Christ. Quelques-uns pourraient tout

 

A10

 

d’abord supposer que ce tableau du nombre proportionnel des chrétiens est trop sombre, plutôt exagéré, mais nous croyons que c’est le contraire. Il montre la chrétienté nominale sous les plus brillantes couleurs. Par exemple, les 116,000,000 comptés comme protestants, excèdent de beaucoup le nombre véritable. Seize millions, croyons-nous, exprimeraient plus exactement le nombre des membres adultes de l’Eglise professante, et nous craignons qu’un million ne soit une estimation beaucoup trop élevée du " petit troupeau ", des " sanctifiés en Jésus-Christ ", qui " marchent non selon la chair, mais selon l’Esprit ". Il ne faut pas oublier qu’une grande partie des personnes comptées au nombre des membres de l’Eglise sont des enfants encore mineurs. Cela est spécialement le cas dans les contrées de l’Europe. Dans maintes de ces contrées, les enfants sont comptés comme membres de l’Eglise dès leur plus tendre enfance. Mais si sombre que puisse paraître cette image, ce n’est pas la plus sombre que l’humanité déchue présente. Le diagramme ci-dessus représente seulement la génération qui vit à l’heure actuelle. Cette pensée devient vraiment horrible, quand nous considérons le fait que siècle après siècle des six mille années écoulées, d’autres grandes multitudes ont été emportées, qui se trouvaient presque toutes enveloppées dans la même ignorance et dans le péché. Scène lugubre ! Au point de vue populaire, en vérité, c’est une image terrible ! Les divers credo (symboles et confessions de foi) d’aujourd’hui, enseignent que tous ces milliards de l’humanité, ignorant le seul nom donné sous le ciel par lequel il nous faut être sauvés, se trouvent tout droit sur la route des tourments éternels ; non seulement cela:ils enseignent aussi que le même sort attend tous ces 116 millions de protestants, à l’exception des quelques saints. Rien de

 

A11

 

surprenant, alors, que ceux qui croient de si horribles choses des plans et des conseils de Jéhovah, déploient un si grand zèle dans la poursuite d’entreprises missionnaires, c’est même merveilleux qu’ils ne se voient pas poussés au désespoir. Croire et admettre réellement de telles conclusions, serait dépouiller notre vie de tout plaisir ; chaque regard ne rencontrerait que deuil et tristesse. Comme preuve que nous n’avons pas représenté faussement " l’orthodoxie "( la conformité avec le dogme religieux), au sujet du destin des païens, nous citons la conclusion de la feuille volante:- " Un appel muet pour secourir les missions étrangères "- dans laquelle le diagramme a été publié ; voici cette conclusion: " Evangélisez les générations innombrables au loin, -les mille millions d’âmes qui, dans la proportion de 100,000 par jour, meurent hors de Christ, sans aucune espérance. " Mais en opposition à cette triste perspective qu’offrent les credo humains, les Ecritures offrent une perspective plus brillante:le but de ces pages est de nous le démontrer. Nous ne pouvons croire que le grand plan de salut de Dieu ait rencontré ou rencontrera un tel échec (ou insuccès), parce que nous sommes mieux instruits par la parole de Dieu. Quel soulagement pour le coeur d’un enfant de Dieu, dans l’inquiétude à cet égard, s’il reconnaît que le prophète Esaïe a prédit longtemps d’avance la vraie situation et le remède, en disant: " Car voici, les ténèbres couvriront la terre, et l’obscurité profonde les peuples; mais sur toi se lèvera l’Eternel, et sa gloire sera vue sur toi. Et les nations marcheront à (ou viendront vers) ta lumière !"( Esaïe 60:2, 3-Darby). L’obscurité profonde est éclairée clans cette prophétie par cet arc-en-ciel de la promesse: " Les nations (les peuples de la terre en général) viendront vers ta lumière. "

 

A12

 

La misère prolongée et les ténèbres du monde, ainsi que le progrès lent de la vérité, n’ont pas été un mystère seulement pour l’Eglise, mais le monde lui-même en a senti l’existence. Semblables à celles qui enveloppèrent l’Egypte, ces ténèbres ont été si épaisses, qu’on pouvait les toucher. Pour preuve, remarquez l’esprit des lignes suivantes tirées d’un journal de Philadelphie. Les doutes et l’obscurité des credo des diverses écoles, opposés les uns aux autres, ne sont pas encore dissipés, à ce qu’il paraît, des pensées de l’écrivain, par les rayons de la vérité divine provenant directement de la parole de Dieu:

 

" Vie ! Ô quel mystère ! Quel secret ! Qui peut dire De ce pauvre vase si Dieu même l’admire ? De ce grand chef d’oeuvre qui formé de sa main (Esprit, raison, matière et volonté sans frein), N’est né que pour mourir, -son sort, la mort tranchante. Et ensuite où va bien cette haleine volante ? Nous dire et raconter quel est le grand dessein, -L’avenir de nous tous, que nous sondons en vain, Pas même un de toute cette foule sans nombre, Qui vécut et mourut, n’est revenu du sombre. O Dieu ! nous te prions pour un rayon nouveau De lumière éclairant le sentier du troupeau Se basant non sur foi, mais sur plus claire vue, Dissipant ce sombre d’une nuit continue ; Ces grosses ténèbres, cette tremblante peur ; Ces doutes, ces remords qui troublent le bonheur ; Cet esprit remuant qui hardiment consterne Et rejette la règle et le dogme moderne, -Enfin des églises tout cet enseignement Captivant la raison et le discernement. Nous scrutons ton plan et cherchons à te connaître Selon ta nature, -grand et tout-puissant Etre. Ecarte ce voile, ce rideau tant étroit ; Commande de nouveau: " Que la lumière soit !" Créateur infini qu’appartient la louange Pour que la frayeur en juste crainte se change. Révèle ce secret du trône de bonté ; Nous cherchons l’inconnu dans toute obscurité. "

 

A13

 

A cela nous répliquons:

 

Le secret de la vie ouvert sous peu va dire Que des bontés de Dieu ce vase en est la mire, Que ce grand chef d’oeuvre, qu’à son image Il fit (Le tout si sage-corps, volonté, coeur, esprit), N’est pas né pour mourir, non, une autre naissance, Dite la seconde, succède à la sentence (1). C’est que du haut du ciel un Sauveur accourut, Vécut, souffrit beaucoup, puis en son temps mourut, Montrant de l’avenir le grand dessein du Père, L’avenir de tout être au ciel et sur la terre. Sa parole étale ce beau rayon nouveau De lumière éclairant le sentier du troupeau, Dont la base est sur foi si sûre qu’à la vue, Et dissipant déjà l’obscurité Touffue:les grosses ténèbres, la peur et la frayeur, Les doutes, les remords qui troublent le bonheur. Maintenant donc, Seigneur, cet esprit vif et libre, -Rejetant les dogmes qui, provenant du Tibre Et plus tard enseignés par l’Eglise en conflit, N’ont fait que captiver la raison et l’esprit, -Peut vraiment te cherche, et s’il veut, te connaître Selon ta nature, -doux et bienveillant Etre. Aussi nous nous plongeons dans ce plan merveilleux, Créateur tout-puissant, et le sondons au mieux. Tu lèves le voile et révèles ta doctrine A tous ceux qui suivent la lumière divine, Le secret de ton trône et du grand Jubilé, Caché de tout temps, mais maintenant révélé.

 

De semblables bénédictions sont maintenant en voie d’échoir au monde, et cela par la révélation de la parole et du plan divins, et nous avons la confiance que ce livre est une partie de ces bénédictions et de ces révélations. Celui qui se détourne des vaines spéculations humaines et voue son temps à sonder les Ecritures, sans exclure la raison dont Dieu nous invite à user (Esaïe 1:18), trouvera

 

——-

 

(1) " Tu es poussière, et tu retourneras en poussière ".

 

A14

 

qu’un arc béni de la promesse embrasse toute l’étendue des cieux. Mais ce serait une erreur de croire, que ceux qui sont sans la foi et sans la justification qui en est la conséquence, puissent aussi saisir clairement la vérité:non, elle n’est point pour ceux-là. Le Psalmiste dit: " La lumière est semée pour le juste "( Ps. 97:11). Une lampe a été dévolue à l’enfant de Dieu, lampe dont la lumière dissipe beaucoup de ténèbres de son sentier. " Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier. "( Ps. 119:105). Mais il n’y a que le sentier des justes, qui soit comme l’éclat du soleil, dont la lumière croisse jusqu’au plus haut point du jour (Prov. 4:18). Actuellement, il n’y a aucun juste, " point de juste, pas même un seul "( Rom. 3:10) ; nous parlons ici de ceux qui sont " justifiés par la foi ". Ceux-là seuls ont le privilège de suivre le sentier qui augmente sa lumière, -de voir non seulement le développement actuel du plan de Dieu, mais aussi les choses à venir. Bien qu’il soit vrai que le sentier de chaque croyant soit un sentier resplendissant, l’application spéciale de cette expression a toutefois trait à une classe de justes (justifiés). Les patriarches, les prophètes, les apôtres et les saints du passé et du présent marchèrent dans sa lumière toujours croissante ; et cette lumière ira encore croissant au delà du temps présent, - " jusqu’au plus haut point du jour ". C’est un sentier continu, sur lui brille cette lumière unique, -le Rapport divin, -s’accentuant toujours plus et illuminant le sentier aussi loin qu’il le faut et aussitôt qu’il en est temps. C’est pourquoi, " justes, réjouissez-vous en l’Eternel " et attendez l’accomplissement de cette promesse. Beaucoup de chrétiens ont si peu de foi qu’ils ne s’attendent point à plus de lumière, et, par suite de leur incrédulité et de leur indifférence, ils sont laissés dans les ténèbres, alors qu’ils auraient pu marcher dans la lumière toujours croissante.

 

A15

 

L’Esprit de Dieu, donné pour conduire l’Eglise dans la vérité, veut prendre de ce qui est écrit et nous le révéler ; nous tenant donc à ce qui est écrit nous ne manquons de rien, car les Ecritures saintes peuvent rendre sage à salut par la foi en Jésus-Christ. -2 Tim. 3:15. Quoiqu’il soit encore vrai que " les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité profonde les peuples ", le monde ne restera pas toujours dans cette condition. Nous sommes certains que " le matin vient "( Esaïe 21:12). Comme Dieu fait lever maintenant le soleil sur les justes et sur les injustes, ainsi le Soleil de la Justice brillera au jour du Millénium en faveur de tout le monde, et " mettra en lumière les choses cachées dans les ténèbres "( 1 Cor. 4:5). Il dissipera les vapeurs pernicieuses du mal et apportera la vie, la santé, la paix et la joie. Regardant en arrière, dans le passé, nous trouvons qu’alors la lumière ne brillait que faiblement. Obscures et indéterminées étaient les promesses des âges passés. Les promesses faites à Abraham et à d’autres, et représentées en types, dans la loi et les cérémonies d’Israël selon la chair, n’étaient que des ombres, et ne donnaient qu’une idée vague des merveilleuses et bienveillantes intentions de Dieu. Aussitôt qu’on atteint les jours de Jésus la lumière augmente. La plus vive attente jusqu’alors, était que Dieu enverrait un libérateur qui sauverait Israël de ses ennemis, l’élèverait à la tête des nations ; et qu’après lui avoir donné cette puissance, Dieu se servirait de ce peuple comme de son intermédiaire pour bénir toutes les familles de la terre. Mais à les considérer au point de vue purement humain, les conditions posées pour obtenir cette puissance dans le royaume de Dieu, étaient si différentes de ce que les Juifs attendaient, elles paraissaient si difficiles à réaliser pour la classe élue que tous, excepté un petit nombre, furent aveuglés à l’égard de la bonne nouvelle. Leur aveuglement

 

A16

 

et leur hostilité contre elle allèrent en croissant, c’est tout naturel, lorsque, dans le développement du plan de Dieu, le temps fixé vint pour étendre à toute créature sous le ciel l’invitation de participer au royaume promis en devenant par la foi enfants d’Abraham et héritiers des promesses qui lui furent faites. Mais lorsque, après la Pentecôte, l’Evangile prêché par Jésus fut compris, l’Eglise vit que les bénédictions promises au monde seraient d’une nature durable, que, pour les obtenir, le royaume devait être spirituel, composé de " vrais Israélites ", d’un " petit troupeau " qui, choisi à la fois parmi les Juifs et les Gentils, serait élevé à la nature et à la puissance spirituelles. Ainsi nous lisons que Jésus a mis en évidence la vie et l’immortalité par l’Evangile (2 Tim. 1:10). Et une lumière plus vive encore brille depuis les jours de Jésus, comme il le prédit lui-même en disant: " J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité... et il vous annoncera les choses à venir. "- Jean 16:12, 13. Après la mort des apôtres, il vint toutefois un temps où la majorité de l’Eglise commença à négliger la lampe et à en confier l’entretien à des docteurs humains ; et ces docteurs, enflés d’orgueil, s’attribuèrent dès le début titres et charges et commencèrent à régner sur l’héritage de Dieu. Puis, par degrés, il se forma une classe spéciale nommée " le clergé ", dont les membres se considérèrent eux-mêmes, et furent considérés par les autres, comme des guides en la foi et dans la vie pratique, contrairement à la parole de Dieu. Par cette soumission à la doctrine d’hommes faillibles et par la négligence de la parole du Dieu infaillible, le grand système de la papauté ne tarda pas à se développer.

 

A17

 

Il n’est pas nécessaire de rappeler les résultats fâcheux de cette négligence de la vérité, puisque chacun sait que l’Eglise, et avec elle le monde civilisé, furent presque totalement enchaînés par ce système et réduits à la bassesse de l’adoration de traditions et de confessions d’hommes. Pour s’affranchir de cet esclavage un coup hardi et béni fut porté par la " Réformation ". Dieu suscita de vaillants champions ou lutteurs pour sa parole, Luther, Zwingli, Mélanchton, Calvin, Farel, Wiclef, Knox et bien d’autres. Ils attirèrent l’attention sur le fait que la papauté avait mis de côté la Bible en lui substituant les décrets et les dogmes de l’Eglise ; ils montrèrent du doigt quelques unes de ses doctrines erronées et de ses pernicieuses pratiques, en prouvant qu’elles étaient fondées sur des traditions contraires à la vérité et opposées à la parole de Dieu. Ces réformateurs et leurs adhérents furent nommés protestants, parce qu’ils protestèrent contre la papauté, et qu’ils firent valoir la parole de Dieu comme la seule règle correcte de la foi et des moeurs. Plusieurs âmes fidèles marchèrent aux jours de la Réformation dans la lumière aussi loin qu’elle brillait alors. Mais depuis, les protestants n’ont fait que peu de progrès, parce que, au lieu de marcher dans la lumière, ils serrèrent les rangs autour de leurs conducteurs préférés, ne voulant voir que ce que ceux-ci virent et pas davantage. Ils posèrent des bornes à leur progrès sur le chemin de la vérité, et ils enfermèrent ou clôturèrent avec le peu de vérités qu’ils possédaient, une grande quantité d’erreurs qu’ils avaient apportées avec eux de " la mère-église ". La majorité des chrétiens, supposant que rien de plus ne peut être connu, du plan de Dieu, en ce jour, que ce qui fut connu par les réformateurs, professe un respect superstitieux pour les credo et les symboles formulés depuis tant d’années. Cette faute coûta bien cher ; car, indépendamment du

 

A18

 

fait qu’alors ou ne put sauver des décombres de l’erreur que quelques grands principes de vérité, il y a des traits spéciaux de la vérité qui se réalisent constamment et dont les chrétiens se sont privés au moyen des haies ou clôtures que constituent leurs confessions de foi. Pour illustrer ce qui Précède:c’était une vérité aux jours de Noé qu’un déluge viendrait, et une vérité qui alors réclamait la foi de tous ceux qui voulurent suivre le sentier de la lumière, tandis qu’Adam et d’autres n’en surent rien. Ce ne serait pas prêcher la vérité d’annoncer maintenant un déluge, mais il y a d’autres vérités propres à être dispensées (ou conformes à l’ordre des temps) qui mûrissent ou se réalisent constamment, ce que nous devons reconnaître, si nous marchons à la lumière de la lampe ; aussi, si nous ne possédions que toute la lumière échue aux siècles passés, et rien de plus, nous serions maintenant relativement dans les ténèbres. La parole de Dieu est un grand magasin de provisions pour les pèlerins affamés voyageant sur le sentier resplendissant. Là il y a du lait pour les enfants nouveau-nés et de la nourriture solide pour les hommes faits (1 Pierre 2:2 ; Hébr. 5:14) ; bien plus, elle contient une nourriture appropriée aux différentes saisons et aux diverses conditions ; et Jésus dit que le dispensateur fidèle donnera à ses gens leur ration de blé au temps convenable et tirera du trésor des " choses nouvelles et des choses anciennes "( Luc 12:42 ; Matt. 13:52). Il serait impossible de tirer de pareilles choses du trésor du credo d’une secte. Nous pourrions bien en tirer quelques choses anciennes et bonnes de chacune, mais rien de nouveau. La vérité contenue dans les dogmes des diverses sectes est tellement couverte et mêlée d’erreurs que la beauté qui lui est inhérente et sa valeur réelle ne sont pas perceptibles. Les divers credo se heurtent et se contrarient continuellement l’un l’autre ; et

 

A19

 

comme tous prétendent être basés sur la Bible, la confusion des pensées et la discorde qui en résultent sont imputées à la Bible; c’est ce qui donna naissance au proverbe si répandu: " La Bible est un vieux violon, sur lequel on peut à loisir jouer n’importe quel air. " Que ce dicton exprime bien l’incrédulité de notre temps, propagée grâce aux traditions humaines qui ont défiguré la parole et le caractère de Dieu ! Mais l’incrédulité provient aussi de l’accroissement de l’intelligence de l’homme qui ne se prosterne plus dans un respect aveugle et superstitieux à l’égard des opinions de son semblable, mais " demande raison de l’espérance qui est en nous ". Chaque fidèle croyant et lecteur de la Bible devrait donc être capable de donner en tout temps raison de l’espérance qui est en lui. La parole de Dieu seule peut nous " rendre sages à salut " et est utile à l’enseignement, à l’instruction, etc., " afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne oeuvre "( 1 Pierre 3:15 ; 2 Tim. 3:15-17). Ce dépôt unique contient seul une provision inépuisable de choses nouvelles et anciennes, -de la nourriture dans le temps qu’il faut pour les serviteurs de la maison. Sûrement aucun de ceux qui ajoutent foi à ce passage de l’Ecriture sainte: " Le sentier des justes augmente son éclat jusqu’à ce que le jour soit en sa perfection ", ne soutiendra que le jour fut en sa perfection au temps de Luther ; c’est pourquoi nous faisons bien de veiller sur notre lampe " comme sur une lampe (un flambeau) qui brille dans un lieu obscur jusqu’à ce que le jour vienne à paraître "- 2 Pierre 1:19. Il ne suffit pas non plus que nous nous trouvions maintenant sur le sentier de la lumière ; il nous faut marcher dans la lumière, continuer à faire des progrès ; autrement la lumière, qui ne s’arrête point, poursuit son chemin et nous laisse dans les ténèbres (Jean 12:35). La difficulté à

 

A20

 

l’égard de plusieurs est qu’ils restent assis et ne marchent pas sur le sentier de la lumière. Prenez une table analytique concordante, et examinez les passages aux mots s’asseoir et s’arrêter, puis comparez-les avec ceux trouvés aux mots marcher et courir, et vous remarquerez un grand Contraste:des hommes " habitent dans les ténèbres "," s’asseyent avec les moqueurs " et " s’arrêtent " sur la voie des pécheurs, tandis que d’autres " marchent à la lumière " et " courent " pour remporter le prix. -Esaïe 42:7 ; Ps. 1 ; 1 Cor. 9:24 ; Hébr. 12:1. La perfection de la connaissance n’est point une chose du passé, mais de l’avenir, -d’un avenir très proche, nous le croyons avec confiance ; et avant d’avoir reconnu ce fait nous ne sommes pas en état d’apprécier et d’attendre de nouveaux développements du plan de notre Père. Il est vrai que nous retournons encore aux paroles des prophètes et des apôtres pour toutes les connaissances du présent et de l’avenir, non, cependant, parce qu’ils auraient toujours mieux compris que nous, les plans et les conseils de Dieu, mais parce que Dieu se servit d’eux comme de canaux pour nous communiquer, ainsi qu’à toute l’Eglise, à travers l’âge de l’Evangile, la vérité relative à son plan, aussitôt qu’elle serait mûre pour être comprise. Ce fait est surabondamment prouvé par les apôtres. Paul nous raconte que Dieu a fait connaître à l’Eglise chrétienne le secret de sa volonté, selon qu’il l’avait résolu auparavant en lui-même, mais qu’il ne l’a jamais manifesté dans les autres âges, bien qu’il l’y déposât sous forme de discours obscurs. Ces discours ne pouvaient être compris qu’à l’époque de leur maturité, afin que les yeux de notre esprit s’éclaircissent pour pouvoir apprécier " l’appel céleste " destiné exclusivement pour les croyants de l’ère évangélique (Eph. 1:9, 10, 17, 18 ; 3:4-6). Cela nous montre clairement que ni les prophètes, ni les anges ne comprenaient

 

A21

 

la pensée des prophéties qu’ils ont émises. Pierre nous dit que lorsque les prophètes cherchèrent avec anxiété à connaître leur signification, Dieu leur déclara que les vérités cachées dans leurs prophéties n’étaient pas pour eux-mêmes mais pour nous de l’âge de l’Evangile. Et il exhorte l’Eglise à espérer d’autres grâces (faveurs ou bénédictions) ultérieures dans cette direction, -encore plus de connaissances des plans de Dieu. -1 Pierre 1:10-13. Il est évident que lorsque Jésus promit que l’Eglise serait conduite dans toute la vérité, ce devait être par un développement graduel. Aux jours des apôtres, l’Eglise fut libre de bien des erreurs qui apparurent sous la papauté ; nous ne pouvons cependant admettre que l’Eglise primitive ait vu aussi profondément ou clairement dans le plan de Dieu qu’il est possible de le faire aujourd’hui. Il est évident aussi que les divers apôtres avaient des degrés différents de lumière sur le plan de Dieu (ce qui n’affaiblit nullement le fait que tous leurs écrits ont été dirigés et inspirés par Dieu, aussi véritablement que le furent les paroles des prophètes). Pour preuve, nous n’avons qu’à rappeler la conduite chancelante de Pierre et des autres apôtres, à l’exception de Paul, pendant un certain temps, lorsque l’Evangile commença à se propager chez les Gentils (Actes 10:28 ; 11:1-3 ; Gal. 2:11-14). L’incertitude de Pierre était en contraste frappant avec l’assurance de Paul puisée aux paroles des prophètes, aux procédés antérieurs de Dieu et aux révélations qui lui avaient été faites directement. Paul a évidemment reçu des révélations plus abondantes qu’aucun autre apôtre. Il ne lui était pas permis de communiquer ces révélations à l’Eglise, ni même pleinement aux autres apôtres (2 Cor. 12:4 ; Gal. 2:2) ; mais nous pouvons reconnaître tout de même la valeur que ces visions données à Paul avalent pour l’Eglise entière:car, s’il est vrai qu’il ne lui fut pas permis de raconter ce qu’il

 

A22

 

vit, ni de décrire tout ce qu’il connaissait des mystères de Dieu, relativement aux " âges à venir ", il n’en est pas moins vrai que ce qu’il vit donna à ses paroles une force, un caractère et une profondeur, qui, -à la lumière d’événements subséquents, d’accomplissements de prophéties et sous la direction de l’Esprit, -nous rendent capables d’en savoir plus que l’Eglise primitive. Pour corroborer ou confirmer ce qui précède, nous renvoyons au dernier livre de la Bible, -à l’Apocalypse, écrite environ l’an 96 de l’ère chrétienne. Les paroles introductives l’annoncent comme une révélation spéciale de choses inconnues auparavant. Cela prouve clairement qu’au moins jusqu’à cette époque, le plan de Dieu n’avait pas été révélé pleinement. De même, ce livre n’a été jusqu’à présent rien de moins que ce que son nom indique, -un dévoilement, une Révélation. En tant que cela concerne l’Eglise primitive, personne n’a probablement compris aucune partie de ce livre. Même Jean, qui a eu les visions, ignorait probablement la signification de ce qu’il voyait. Il était les deux à la fois, et prophète et apôtre ; et tandis que, comme apôtre, il comprit et enseigna ce qui était alors de " la nourriture au temps convenable, " en qualité de prophète, il prononça des choses qui devaient fournir une " nourriture  aux gens de la maison dans des saisons futures. Durant l’âge de l’Evangile, quelques-uns des saints cherchèrent à découvrir l’avenir de l’Eglise par l’examen et l’étude de ce livre symbolique ; et indubitablement tous ceux qui le lurent furent richement bénis, d’après la promesse (Apoc. 1:3), même s’ils ne comprenaient qu’une partie de ses enseignements. Ce livre continua à s’ouvrir toujours davantage pour eux ; et, dans les jours de la Réformation, il fut pour Luther un facteur important dans son affirmation que la papauté, dont il avait été lui-même

 

A23

 

un serviteur consciencieux, était vraiment " l’Antéchrist " mentionné par l’apôtre Paul ; et comme nous le voyons maintenant, l’histoire de l’Antéchrist remplit une grande partie de cette prophétie. C’est ainsi que Dieu nous ouvre graduellement sa vérité et nous révèle les immenses richesses de sa grâce ; et, conséquemment, il a été révélé plus de lumière à notre époque que dans aucune période précédente de l’histoire de l’Eglise.

 

Il se dissipe, le mystère ; Les promesses vont s’accomplir ; Il va se lever sur la terre, Le jour où Jésus doit venir.

 

Montre bientôt ton Fils unique, O Père saint ! à nos regards ; Et que sa gloire magnifique Eclate enfin de toutes parts.

 

Tenons nos lampes allumées Préparons-nous pour ce beau jour ; Et que nos âmes ranimées Soient pour Jésus pleines d’amour.

 

A toi, notre unique espérance, Notre justice, ô Jéhovah ! Soient empire et magnificence, Alléluia ! Alléluia !

 

Pour nous luit la brillante AURORE D’une félicité sans Fin:seigneur, quelques instants encore, Et tu nous prendras dans ton sein.

 

Comme au matin quand la lumière, De l’horizon chasse la nuit, Tel ce JOUR sur notre carrière, Brille déjà, l’ombre s’enfuit.

Chapitre II—DEMONSTRATION DE L’EXISTENCE D’UN CREATEUR SOUVERAINEMENT INTELLIGENT

 

A24

 

Preuves extra-bibliques, examinées à la lumière de la raison. -Une théorie insoutenable. -Une théorie raisonnable. -Exposition de la nature de Dieu. -Déductions raisonnables.

 

Même au point de vue sceptique, une recherche éclairée et impartiale dans l’inconnu, à la lumière de ce qui est connu, peut conduire le penseur intelligent et sincère dans la direction de la vérité. Il est vrai que sans une révélation directe des plans et des conseils de Dieu, l’homme ne peut que s’approcher de la vérité, et n’arriver qu’à des conclusions incertaines. Essayons cependant de laisser pour un moment la Bible de côté et d’envisager les choses uniquement au point de vue de la raison. Celui qui, au moyen d’un télescope, ou aussi à l’oeil nu, regarde au ciel et aperçoit l’immensité de la création, sa symétrie, sa beauté, son ordre, son harmonie et sa diversité, et doute encore que le Créateur de tout cela lui soit infiniment supérieur en sagesse ainsi qu’en puissance, -ou qui peut supposer un seul moment qu’un tel ordre soit survenu par le hasard, sans Créateur, -a perdu ou méconnaît sa faculté de raisonnement à un tel degré qu’il peut être considéré en toute justice et selon la Bible comme un insensé (un individu qui manque de raison ou n’en fait pas usage) : " L’insensé dit en son Coeur:il n’y a point de Dieu. " Quoi qu’il en soit tout être raisonnable

 

A25

 

conviendra qu’en cela du moins la Bible dit vrai ; car c’est une vérité évidente en elle-même que tout effet doit avoir sa cause positive. Chaque plante, chaque fleur en rend mille fois témoignage. Sa structure, sa beauté exquise, son organisation, tout en elle parle d’une habileté et d’une sagesse surhumaines. Qu’elle est donc myope la présomption qui fait parade de l’habileté et de la sagacité humaines, et qui attribue au hasard la régularité, l’uniformité et l’harmonie de la nature ; qui reconnaît les lois de la nature, tout en niant que la nature ait un législateur intelligent ! Ceux qui nient l’existence d’un Créateur intelligent prétendent que la nature est le seul et unique Dieu, et que toutes les formes de développement du règne animal et végétal en sont sorties, pour ainsi dire, comme d’elles-mêmes, sans l’ordre d’un être intelligent, mais gouvernées, comme ils disent, par " la loi de la survivance des plus aptes " dans une loi d’évolution. Toutes preuves manquent à cette théorie, car tout autour de nous nous voyons que les diverses espèces de créatures ont chacune une nature fixe, distincte et ne se développent pas à une nature plus haute ; et quoique ceux qui tiennent à cette théorie en aient maintes fois fait l’essai, ils ne sont jamais arrivés à fondre les différentes espèces, ou à produire une nouvelle variété fixe. Aucun exemple n’est connu où une espèce se soit transformée en une autre (1). Bien qu’on trouve des poissons volants qui, pendant un moment, peuvent se servir de leurs nageoires comme d’ailes et voler hors de l’eau, et des grenouilles qui savent chanter, on n’a pourtant jamais entendu que ces animaux se soient métamorphosés en oiseaux ; et quoique parmi les bêtes, il s’en trouve quelques-unes ayant

 

——-

 

(1) Pour l’utilité de quelques lecteurs nous remarquons que des changements tels que la métamorphose des chenilles en papillons, ne sont pas des changements de nature ; la chenille n’est que la larve éclose de l’oeuf du papillon.

 

A26

 

une légère ressemblance avec l’homme, rien ne prouve que ce dernier provienne de celles-là. Au contraire, des recherches démontrent que des différentes variétés de la même espèce peuvent bien être produites, mais qu’il est impossible de mêler les diverses espèces, ou d’en tirer une hors d’une autre. Pour la même raison on ne peut prétendre que l’âne et le cheval soient parents, malgré leur ressemblance, car chacun sait que leurs rejetons sont imparfaits et ne peuvent propager aucune des deux sortes. Si la nature, qui n’a pas d’intelligence, était l’élément créateur ou évolutionniste, elle continuerait sûrement la loi de l’évolution, et il n’y aurait aucune trace d’espèces fixes, puisque sans intelligence rien n’arrive à une condition stable. L’évolution serait encore un fait actuel, et nous verrions autour de nous des poissons devenir des oiseaux et des singes devenir des hommes. Nous concluons donc que cette théorie est aussi contraire à la raison humaine qu’à la Bible, si elle prétend que des êtres intelligents ont été créés par une puissance manquant d’intelligence. Voici le résumé d’une théorie contre laquelle nous n’avons aucune sérieuse objection et qui envisage la création [à l’exception de l’homme] d’après une loi d’évolution. Cette théorie admet que les diverses espèces actuelles sont fixes et invariables en ce qui concerne la nature et le genre ; et quoique la nature actuelle puisse être développée à un bien plus haut degré, voire même jusqu’à la perfection, l’espèce ou la nature restera toujours la même. Elle admet de plus qu’aucune de ces espèces déterminées n’a été originellement créée ainsi, mais que dans un passé très reculé elles se sont développées de la terre, et que, par un progrès d’évolutions graduelles, elles ont passé d’une forme à une autre. Ces évolutions, d’après des lois divinement établies, dans lesquelles les changements de

 

A27

 

nourriture et de climat ont joué un rôle important, peuvent avoir continué jusqu’à ce que les espèces fixes que nous voyons maintenant fussent établies, au delà desquelles tout changement est impossible, le but final du Créateur à cet égard ayant été atteint selon toute apparence. Quoique chacune des différentes familles de plantes et d’animaux soit susceptible d’amélioration et de dégradation, aucune d’elles ne peut être métamorphosée en une espèce ou famille, ou être produite d’une autre. Et quoique chacune d’elles puisse atteindre la perfection de sa propre nature déterminée, un changement ultérieur sous ce rapport est impossible après que le but assigné par le Créateur a été atteint. On dit que les plantes et les animaux originels, desquels les variétés fixes d’à présent descendent, se sont éteints avant la création de l’homme. Des squelettes et fossiles d’animaux et de plantes qui n’existent plus maintenant, mais qui ont été trouvés très bas sous la surface de la terre, confirment cette théorie. Ce point de vue ne rejette et n’ignore point l’enseignement de la Bible, qui nous dit que l’homme fut une créature directe et parfaite, faite à l’image mentale et morale de son Créateur, et non le produit d’un développement par une loi d’évolution, à laquelle probablement le reste de la création fut soumis. Cette opinion n’infirme en aucun sens, mais appuie plutôt, l’enseignement de la Bible, qui affirme que la nature, telle qu’elle est en ce jour, a été ordonnée par un Etre intelligent qui fut sa cause première. Que la raison cherche de son mieux à rapporter des faits connus à des causes raisonnables et efficaces, tenant en tout cas pleinement compte des lois de la nature:derrière ce mécanisme embrouillé et confus il se trouvera toujours la main de son grand Auteur, le Dieu intelligent et omnipotent. Nous avons donc le droit d’affirmer que l’existence d’un

 

A28

 

Créateur intelligent est une vérité clairement démontrée, dont la preuve se trouve partout autour de nous:oui, même au dedans de nous ! Car nous sommes son oeuvre, une oeuvre dont la force d’esprit et le corps témoigne d’une si merveilleuse habileté qu’elle dépasse notre compréhension. Et il est de même le législateur, l’architecte et le créateur de ce que nous appelons la nature. Nous prétendons que c’est lui qui régla et établit les lois de la nature, dont nous voyons et admirons la belle harmonie. Ce Dieu unique, dont la sagesse projeta l’Univers et dont la puissance le conserve et le dirige, nous l’adorons et nous l’honorons instinctivement ; car sa sagesse et sa puissance surpassent infiniment la nôtre. Reconnaître l’existence de ce Dieu puissant et souverain ne peut que faire trembler devant sa force infinie, à moins de reconnaître aussi que sa bonté et sa bienveillance égalent sa puissance. Nous sommes aussi absolument certains de ce fait que de celui qui prouve si évidemment son existence, sa puissance et sa sagesse. Nous sommes non seulement obligés de conclure qu’il y a un Dieu et que sa puissance et sa sagesse sont bien au dessus de la nôtre, mais aussi la simple raison nous oblige de croire que la plus grande chose créée n’est pas supérieure à son Créateur ; il s’ensuit donc que la plus grande manifestation de bienveillance et de justice entre les hommes est très inférieure en étendue à celle du Créateur, de même que la sagesse et la puissance de l’homme sont inférieures à la sienne. Et par ce qui précède nous avons en vue le caractère et les attributs du grand Créateur. Il est sage, juste, charitable et tout-puissant ; et l’extension de ses attributs est sans aucun doute infiniment plus grande que celle de sa création grandiose. Allons plus loin:ayant atteint cette conclusion raisonnable, relative à l’existence et au caractère de notre Créateur,

 

A29

 

nous nous demandons:que pouvons-nous attendre d’un tel être ? La réponse sera que la possession de tels attributs réclame sans doute leur exercice et leur fonctionnement. Il faut que la puissance de Dieu soit utilisée, et cela en harmonie avec sa propre nature, -sagement, justement et d’une façon charitable. Quels que soient les moyens pour atteindre ce but, quel que soit l’effet de la puissance de Dieu, il faut que le résultat final s’accorde avec sa nature et son caractère, et chaque pas doit être conforme à sa sagesse infinie. Qu’y aurait-il de plus raisonnable qu’un exercice de puissance tel que celui que nous voyons se manifester autour de nous, dans la création de mondes innombrables et d’une variété merveilleuse sur la terre ? Qu’y aurait-il de plus raisonnable que la création de l’homme, richement doué de raison et de jugement, capable d’apprécier les oeuvres de son Créateur et de réfléchir sur sa sublimité, -sur sa sagesse, sa justice, sa puissance et sur son amour ? Tout cela est raisonnable et en parfait accord avec les faits qui nous sont connus. Et voici maintenant notre proposition finale. N’est-il pas raisonnable de croire qu’un être si infiniment bon et sage qui donna le jour à une créature capable de le comprendre lui et son plan, se verrait aussi poussé par son amour et sa justice à satisfaire les désirs naturels de cette créature en lui donnant quelque REVELATION ? Ne serait-ce pas une supposition raisonnable de croire que Dieu veut fournir aux hommes des renseignements concernant leur existence et ses intentions à l’endroit de leur avenir ? Au contraire, nous demandons, ne serait-ce pas tout à fait déraisonnable de penser qu’un tel Créateur ferait une créature, telle que l’homme, la douant de la puissance d’intelligence qui la rend capable de méditer sur l’avenir, mais ne ferait aucune révélation de ses plans pour satisfaire

 

A30

 

à ces désirs ? Un procédé pareil serait dépourvu de sens, parce qu’il serait en contradiction avec la nature que nous attribuons par notre raison à Dieu ; en contradiction avec l’essence d’un être qui est tout justice et tout amour. Si lors de la création, la Sagesse divine n’avait pas jugé à propos de donner à l’homme une connaissance de sa destinée future et de la part qui lui est faite dans les plans de son Créateur, à coup sûr, la Justice divine, aussi bien que la Charité divine, eussent insisté pour que son être à lui fût limité dans ses capacités afin qu’il ne fût pas constamment tourmenté et tracassé par des doutes, des craintes et de l’ignorance ; en conséquence aussi la Puissance divine n’aurait agi que jusqu’à ces limites-là. Donc, le fait que l’homme possède la capacité d’apprécier une révélation du plan divin, en connexion avec la nature de son Créateur, est une raison surabondante pour que Dieu accorde cette révélation, dans la mesure où sa sagesse le juge convenable. Ainsi donc, en présence de ces considérations, même si nous ignorions la Bible, notre raison nous obligerait à attendre une révélation telle que la Bible le prétend. Et de plus, si nous pensons à l’ordre et à l’harmonie de la création en général ; si nous considérons que les sphères et les systèmes planétaires, dans leur procession grandiose, gardent leur position et se tiennent au temps qui leur sont assignés, nous devons admettre que les irrégularités d’ordre secondaire, telles que tremblements de terre, cyclones, etc., indiquent tout au plus un travail de perfectionnement dans l’ensemble des divers éléments. Chercher l’assurance qu’un jour tout sera parfait et harmonieux sur la terre comme dans les cieux, demander des éclaircissements afin de savoir pourquoi cela n’est point ainsi actuellement, ce sont là des questions que l’homme réfléchi peut raisonnablement poser et auxquelles peut répondre le Créateur, dont la sagesse, la puissance

 

A31

 

et l’amour sont démontrés. Voilà pourquoi nous devrions nous attendre à ce que la révélation désirée contienne et cette assurance et ces éclaircissements. Ayant donc vu combien il est raisonnable d’attendre une révélation du plan et de la volonté de Dieu concernant notre race, nous examinerons dans le chapitre suivant le caractère général de la Bible qui, sans réserve, prétend être une révélation de ce genre. Et si elle présente le caractère de Dieu en parfaite harmonie avec ce que, d’après les considérations précédentes, la raison nous dicte, alors nous conclurons que, par cela, elle fournit elle-même la preuve de cette révélation divine très nécessaire qu’attend notre raison, et nous pourrons accepter son témoignage comme venant de Dieu. Donc, si la Bible vient de Dieu, ses doctrines, une fois pleinement comprises, seront en parfait accord avec le caractère de Dieu, qui, comme la raison nous le dicte, est parfait en sagesse, en justice, en amour et en puissance.

 

L’Eternel seul est Seigneur, Seul Il est Dominateur, Sur les peuples de la terre. Il est Maître souverain Des ouvrages que sa main Pour sa gloire a voulu faire.

Chapitre III—LA BIBLE:REVELATION DIVINE VUE A LA LUMIERE DE LA RAISON

 

A32

 

Prétentions de la Bible et preuves évidentes de son authenticité. -Son antiquité et sa préservation. -Son influence morale. Les nubiles des auteurs. -Caractère général des Ecritures. -Les livres de Moïse. -La loi de Moïse. -Particularités du gouvernement institué par Moïse. -Ce n’était point un système de pouvoir sacerdotal. -Instructions pour les officiers d’état civil. -Riches et pauvres au même niveau devant la loi. -Sauvegarde contre ceux qui veulent jouer avec les droits du peuple. -La prêtrise, une classe non favorisée, comment entretenue, etc. -Protection contre l’oppression des étrangers, veuves, orphelins et domestiques. -Les prophètes de la Bible. -Y a-t-il un lien commun d’unité entre la loi, les prophètes et les écrivains du Nouveau Testament ?- Les miracles ne sont point contre la raison. -Conclusion raisonnable.

 

La Bible est le flambeau de la civilisation et de la liberté. Son influence pour le bien de la société a été reconnue par les plus grands hommes d’état, quoiqu’ils ne l’aient regardée principalement qu’à travers les lunettes des divers credo contradictoires qui, tout en soutenant la Bible, défigurent pourtant cruellement ses doctrines. Le bon vieux livre a été, sans qu’ils l’aient voulu, tristement maltraité par ses amis, ce qui ne veut pas dire que plusieurs d’entre eux en cas de besoin ne donneraient pas leur vie pour elle. Oui, franchement, ils lui font plus de tort que ses ennemis eux-mêmes, car ils prétendent appuyer sur la Bible leurs idées fausses concernant la

 

A33

 

vérité, idées qui ont été si longtemps reçues et entretenues par les traditions de leurs pères. Puissent-ils se réveiller, examiner de nouveau leur oracle et confondre par là ses ennemis en les désarmant ! Puisque la lumière naturelle nous permet d’attendre une révélation plus parfaite que celle qu’elle nous offre elle-même, tout esprit réfléchi et raisonnable sera disposé à examiner les prétentions de toute religion qui se donnera pour une révélation divine, à condition toutefois que cette révélation divine paraisse être conforme à la raison et à la vérité. La Bible prétend être une révélation de ce genre, elle vient à nous avec une évidence extérieure suffisante pour que ses prétentions puissent être autant que possible justifiées, et elle nous donne l’espérance bien fondée que si nous l’examinons à fond elle nous fournira les preuves plus complètes et plus certaines d’être en effet la parole de Dieu. La Bible est le livre le plus ancien qui existe ; elle a survécu aux orages de trente siècles. On a essayé par tous les moyens possibles de la bannir de la surface de la terre:on l’a cachée, enterrée, on a fait de sa possession un crime digne de mort, et ceux qui ont cru en elle ont subi les plus amères et les plus impitoyables persécutions ; mais le livre vit encore. Aujourd’hui, beaucoup de ses ennemis dorment dans la poussière, des centaines de volumes écrits pour la dénigrer et détruire son influence sont oubliés depuis longtemps, alors que la Bible a fait son chemin chez tous les peuples et dans toutes les langues de la terre ; on en a déjà fait plus de deux cents traductions différentes. Le fait que ce livre a survécu à tant de siècles, malgré les efforts sans pareils tentés pour le bannir et le détruire, est certes une preuve évidente du fait que le grand Auteur duquel se réclame la Bible en a été aussi le Préservateur. Il est également vrai que la Bible a exercé partout une

 

A34

 

bonne influence morale. Celui qui sonde et examine soigneusement ses pages, s’élèvera inévitablement à une vie plus pure. D’autres écrits sur la religion et sur les sciences ont jusqu’à un certain point fait beaucoup de bien à l’humanité, l’ont ennoblie et lui ont été en bénédiction ; mais tous les autres livres, pris dans leur ensemble, n’ont point été capables d’apporter à la création gémissante, la joie, la paix et le bonheur que la Bible a apportés au riche comme au pauvre, au savant comme à l’ignorant. La Bible n’est point un livre à parcourir superficiellement ; c’est un livre qui doit être étudié et médité avec soin ; car les pensées de Dieu sont plus élevées que nos pensées et ses voies plus élevées que nos voies. Et si nous voulons comprendre le plan et les pensées de Dieu, il s’agit d’employer toutes nos forces à cette oeuvre importante. Les plus riches trésors de la vérité ne se trouvent pas toujours à la surface. D’un bout à l’autre la Bible tend à mettre constamment en relief un caractère transcendant, Jésus de Nazareth, qui, comme elle nous l’apprend, est le Fils de Dieu. Du commencement à la fin, tout ce qui le concerne:son nom, son ministère et son oeuvre dominent le reste. Qu’un homme nommé Jésus de Nazareth vécut à peu près dans le temps indiqué par les écrivains de la Bible, est un fait historique, en dehors de la Bible et qui a été diversement et pleinement confirmé. Que ce Jésus a été crucifié parce qu’il était devenu un scandale aux Juifs et à leurs prêtres, c’est encore un autre fait prouvé par l’histoire et confirmé par les écrivains du Nouveau Testament. Les auteurs du Nouveau Testament (à l’exception de Paul et de Luc) étaient des connaissances personnelles et des disciples de Jésus de Nazareth ; ce sont eux qui ont exposé ses doctrines. L’apparition de n’importe quel livre fait supposer que l’auteur a eu un but en l’écrivant. Nous nous demandons

 

A35

 

en conséquence, quels motifs pouvaient donc avoir ces gens à épouser la cause de Jésus-Christ ? Il fut condamné à mort par les Juifs et crucifié comme un malfaiteur:les plus scrupuleux parmi eux en matière religieuse étaient d’accord pour exiger sa mort, comme de quelqu’un indigne de vivre. Et pendant que ces hommes défendaient sa cause et propageaient ses doctrines, ils bravaient les privations, le mépris et les persécutions les plus amères, risquant leur vie et souffrant même parfois le martyre. En admettant que Jésus fut une personne remarquable aussi bien dans sa vie que dans son enseignement, quel autre motif encore aurait pu avoir qui que ce fût de prendre sa cause après sa mort ?- D’autant plus que sa mort fut extrêmement ignominieuse. Et si nous supposions que ces écrivains ont inventé leur narration, et que Jésus a été leur héros idéal ou imaginaire, ne serait-il pas absurde d’admettre que des gens sains d’esprit eussent écrit comme ils l’ont fait, après avoir prétendu:que Jésus était le Fils de Dieu, qu’il avait été engendré d’une manière surnaturelle, qu’il possédait des forces surnaturelles par lesquelles il guérissait les lépreux, rendait la vue aux aveugles-nés, l’ouïe aux sourds et réveillait même les morts ? C’eût été puéril au dernier point de raconter qu’au moment critique tous ses amis et disciples, et parmi eux les écrivains même, l’abandonnèrent et s’enfuirent, pendant qu’une poignée de ses ennemis l’exécutaient comme imposteur ! Le fait que l’histoire profane n’est pas d’accord en tout point avec ces écrivains, ne doit pas nous porter à conclure tout de suite que leurs récits sont faux. Celui qui voudrait raisonner ainsi devrait indiquer et démontrer ce qui a déterminé ces écrivains à faire de fausses déclarations. Quels motifs pouvaient les exciter ? Pouvaient-ils, raisonnablement parlant, espérer obtenir par là quelque fortune, de la gloire, de la puissance ou tout autre avantage

 

A36

 

terrestre ? Déjà la pauvreté des amis de Jésus et l’impopularité de leur héros, parmi la corporation religieuse de la Judée, contredisent une telle pensée, tandis que ces faits:qu’il mourut comme un malfaiteur et un perturbateur, qu’il fut le méprisé et le dernier des hommes, n’offraient aucune espérance de gloire, aucun avantage terrestre à ceux qui auraient voulu faire revivre sa doctrine. Au contraire, si telle avait été l’intention de ceux qui annonçaient Jésus, n’y auraient-ils pas renoncé aussitôt, lorsqu’ils découvrirent que cette doctrine ne rapportait que déshonneur, persécution, emprisonnement, coups et même la mort ? La raison nous dit clairement que des hommes qui sacrifièrent patrie, réputation, honneur et vie, qui ne vécurent point pour les jouissances temporelles, mais dont tous les efforts tendaient à relever au plus haut degré le niveau moral chez leurs contemporains, n’agissaient pas seulement pour arriver à un but quelconque, mais pour atteindre par le plus pur mobile au but le plus noble et le plus élevé. La raison nous dit en outre que le témoignage d’hommes pareils, poussés uniquement par un mobile aussi pur et aussi sublime, est dix fois plus digne d’être pris en considération que le témoignage d’écrivains ordinaires. Ces hommes n’étaient pas non plus des fanatiques:c’étaient des hommes sains d’esprit et d’intelligence, toujours disposés en toute occasion à rendre raison de leur foi et de leur espérance ; persévérant jusqu’à la fin dans leurs convictions qui étaient en tout point conformes à la raison. Et ce que nous avons remarqué ici peut s’appliquer également aux divers écrivains de l’Ancien Testament ; l’essentiel, c’est qu’ils étaient des hommes connus par leur fidélité à l’Eternel ; et l’histoire biblique rapporte et censure leurs fautes et leurs faiblesses aussi impartialement qu’elle recommande leurs vertus et leur fidélité. Cela doit

 

A37

 

surprendre ceux qui prétendent que la Bible est une histoire inventée, destinée à inspirer aux hommes une sainte crainte en présence d’un système religieux tout particulier. Il y a de la droiture et de la franchise dans la Bible, ce qui lui donne son cachet de vérité. Un imposteur qui voudrait faire paraître un homme bien grand et qui désirerait ardemment faire passer ses écrits pour inspirés de Dieu, aurait soin de donner à son personnage un caractère irréprochable et noble, sans aucune tare. Un pareil procédé n’a pas été suivi dans la Bible, c’est donc une preuve suffisante qu’elle n’a pas été combinée pour séduire ni pour tromper. Nous avons donc raison d’attendre une révélation du plan et de la volonté de Dieu ; nous avons vu que la Bible prétend être cette révélation, qu’elle fut écrite par des hommes que nous n’avons aucun motif de suspecter quant au but qu’ils se sont proposé, mais auxquels nous devons donner au contraire notre pleine approbation. Examinons maintenant le caractère des écrits prétendus inspirés, pour voir si leurs enseignements répondent aux perfections que nous avons attribuées avec raison à Dieu, et si leur contenu porte l’empreinte de la vérité. Les cinq premiers livres du Nouveau Testament et différents autres de l’Ancien Testament, sont des narrations ou des histoires d’événements qui sont arrivés pendant la vie des écrivains et qui par cela même sont authentiques. Chacun conviendra qu’une révélation spéciale n’est pas nécessaire pour raconter des choses parfaitement connues, et qu’il suffit de dire la vérité. Mais si Dieu voulait donner une révélation à l’homme, en rapport avec certains événements de son histoire, n’est-il pas naturel qu’il ait dirigé et conduit les circonstances de manière à ce que ces intègres narrateurs aient été mis en contact avec ces événements ? L’authenticité des parties historiques de la Bible

 

A38

 

repose presque entièrement sur le caractère et les mobiles de leurs auteurs. Des gens de bien ne diront point de mensonges. Une source pure ne peut pas donner de l’eau amère. Et le témoignage réuni de ces écrits impose le silence à quiconque prétendrait que leurs auteurs ont pu dire ou faire le mal pour qu’il en arrive du bien. L’authenticité de certains livres de la Bible, tels que les Rois, les Chroniques et les Juges, n’est en aucune manière affaiblie si nous disons qu’ils ne sont que des histoires écrites avec soin et véracité, et qui concernent les personnages et les événements importants de ces temps. Les écrits hébraïques contiennent des histoires aussi bien que la loi et les prophéties ; leurs histoires et leurs généalogies sont d’autant plus détaillées dans leur exposé, qu’on était dans l’attente du Messie promis, lequel devait descendre d’une lignée spéciale d’Abraham. Cela explique suffisamment pourquoi sont mentionnés certains actes historiques que la lumière de ce dix-neuvième siècle considère comme peu raffinés. Par exemple, c’est pour donner un aperçu clair de l’origine des nations moabite et ammonite, et de leur parenté avec Abraham et les Israélites, que l’historien jugea nécessaire, selon toute probabilité, d’enregistrer toute leur descendance (Gen. 19:36-38). Un rapport très détaillé est pareillement donné des enfants de Juda, dont David fut le descendant, et par lui les généalogies de Marie, mère de Jésus (Luc 3:23, 31, 33, 34), et de Joseph, son mari (Matth. 1:2-16), remontent jusqu’à Abraham. La nécessité d’établir exactement l’arbre généalogique était sans doute d’autant plus importante que c’était de là que devait sortir aussi bien le Roi qui devait régner sur Israël que le Messie promis (Gen. 49:10) :voilà pourquoi tant de détails minutieux qui ne se trouvent pas ailleurs. -Gen. 38. Il peut y avoir eu des raisons semblables, ou même différentes

 

A39

 

de celles indiquées plus haut pour que la Bible ait mentionné d’autres faits historiques; l’utilité pourra en être reconnue peu à peu:si les écrits bibliques étalent simplement des traités de morale, les citations historiques auraient pu être supprimées sans aucun préjudice ; mais en tout cas personne ne peut affirmer avec raison que la Bible sanctionne, n’importe où, l’impureté. En outre, on fait bien de se rappeler que les mêmes faits peuvent être racontés avec plus ou moins de tact, et suivant les langues, tandis que les traducteurs de la Bible étalent, à bon droit, trop consciencieux pour omettre quoi que ce soit ; ils vivaient, au reste, dans un temps qui n’est pas le nôtre et où on n’y regardait pas de si près quant au choix des expressions ; on peut en dire autant des époques les plus reculées de la Bible quant à leur manière de s’exprimer. Certes, l’individu le plus dédaigneux ne peut trouver d’objection, dans ce sens, à aucune expression du Nouveau Testament.

 

Les livres de Moïse et les lois qui y sont promulguées.

 

Les cinq premiers livres de la Bible sont reconnus pour être les cinq livres de Moïse, quoiqu’ils ne déclarent nulle part qu’il en est l’auteur. Il est admis, et avec raison, qu’ils furent écrits par Moïse ou sous sa surveillance, et que, cela va sans dire, le récit de sa mort et de son ensevelissement y a été ajouté par son secrétaire. S’il n’existe pas la déclaration positive que ces livres ont été écrits par Moïse, ce n’est point une preuve pourtant que ce ne soit pas le cas ; car si quelqu’un d’autre l’avait fait par fraude, il n’aurait certainement pas manqué, pour cacher sa tromperie, d’attribuer ces livres au grand conducteur, au grand homme d’Etat d’Israël (Voyez Deut. 31:9-27). Nous sommes certains d’une chose, c’est que Moïse a conduit le

 

A40

 

peuple des Hébreux hors d’Egypte. Il l’organisa en nation soumise aux lois déposées dans ces livres; et pendant plus de trois mille ans la nation hébraïque, d’un commun accord, a prétendu avoir reçu ces livres de Moïse comme un legs, qu’elle a religieusement conservé, en sorte que nul n’osa changer un iota ni un trait de lettre, ce qui nous garantit la pureté du texte. Ces écrits de Moïse contiennent la seule histoire authentique ou digne de foi, qui existe de l’époque qu’elle représente. L’histoire chinoise essaie de commencer la sienne par la création, en racontant comment Dieu sortit en canot sur l’eau, tenant en sa main un monceau de terre qu’il lança dans l’eau, et elle prétend que ce monceau de terre devint ce monde-ci, etc. Mais cette histoire est tellement dépourvue de sens qu’une candide intelligence d’enfant même ne saurait s’y méprendre. Par contre, l’exposé de la Genèse suppose l’existence d’un Dieu, d’un Créateur, d’une intelligence suprême comme cause première. Il ne parle pas de Dieu comme ayant eu un commencement, mais de son oeuvre et du commencement de celle-ci, puis de ses progrès successifs: " Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. " Alors, sans entrer dans d’autres détails ou explications sur l’origine de la terre, le récit continue rapidement à travers les six jours [époques] qui préparent la venue de l’homme. Ce compte rendu est, dans son essence, confirmé par la science qui, vieille de quatre mille ans, et aidée par les millions et les moyens des temps modernes, a profité largement de cette accumulation de lumières. Il est donc beaucoup plus raisonnable d’admettre que son auteur, Moïse, a été divinement inspiré que de prétendre à l’intelligence supérieure d’un seul homme sur celle du reste de l’humanité depuis trois mille ans. Regardez d’abord l’arrangement des lois déposées dans

 

A41

 

ces écrits. Certes, elles n’eurent pas leurs égales, ni alors, ni plus tard, jusqu’au dix-neuvième siècle ; et les lois de notre siècle sont basées sur les principes contenus dans la loi mosaïque, et rédigées aussi pour la plupart par des hommes qui reconnurent l’origine divine de la loi de Moïse. Le Décalogue est un sommaire de toute la loi. Ces dix commandements prescrivent un code d’adoration et de morale qui doit frapper d’admiration tout observateur sérieux ; et s’ils n’avaient jamais été connus auparavant, et qu’on les eût trouvés maintenant parmi les ruines et les antiquités de la Grèce, de Rome ou de Babylone (nations qui se sont élevées et puis sont tombées en décadence, longtemps après que ces lois furent données), ils seraient regardés sinon comme surnaturels, du moins comme des merveilles. Mais la longue habitude de les avoir et de connaître leurs exigences a produit une assez grande indifférence:donc leur vraie grandeur n’est remarquée que par le petit nombre. Ces commandements n’enseignent rien de Christ, il est vrai ; aussi n’ont-ils point été donnés aux chrétiens, mais aux Hébreux ; non pour enseigner la foi en une rançon, mais pour convaincre l’homme de sa condition pécheresse et de la nécessité d’une rançon. Et la substance de ces commandements a été glorieusement résumée par l’illustre fondateur du christianisme en ces mots: " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force ;" et " tu aimeras ton prochain comme toi-même. "- Marc 12:30, 31. Le gouvernement institué par Moïse diffère de tous les autres, anciens et modernes, parce qu’il prétend être celui du Créateur même, et parce que le peuple était responsable envers lui:ses lois et ses institutions civiles et religieuses prétendaient émaner de Dieu, et étaient, comme nous le verrons tout à l’heure, en parfaite harmonie avec ce que la

 

A42

 

raison nous enseigne du caractère de Dieu. Le tabernacle dans le centre du camp avait dans son " saint des saints " une manifestation de la présence de Jéhovah comme du roi des Hébreux ; le peuple y recevait d’une manière surnaturelle l’instruction pour l’administration régulière de ses affaires comme nation. Un ordre de prêtres fut établi qui avait la charge complète du tabernacle ; par eux seuls était permis l’accès auprès de Jéhovah et la communion avec lui. La première pensée de quelques-uns pourrait être: " Ah ! voilà le but de leur organisation  là, comme chez les autres nations, les prêtres gouvernèrent le peuple et abusèrent de sa crédulité en lui inspirant la crainte, pour leur propre honneur et pour leur profit. " Mais, halte-là, mes amis ; n’admettons pas trop vite de pareilles suppositions. Lorsqu’il existe une si bonne occasion de les éprouver à la lumière des faits, il ne serait pas raisonnable de tirer les conclusions sans apprécier les faits. Voici une preuve irréfutable contre de telles suppositions:les droits et les privilèges des prêtres étaient limités ; il ne leur était donné aucun pouvoir civil, et ils étaient privés de toute occasion d’abuser de leur charge et d’agir contrairement aux droits et à la conscience du peuple ; et cet arrangement fut créé par Moïse, qui était lui-même un membre de la famille sacerdotale. Lorsque Moïse, en sa qualité de représentant de Dieu, conduisit Israël hors de la servitude d’Egypte, la force des choses centralisa le gouvernement entre ses mains et fit de cet homme " fort doux " un autocrate en pouvoir et en autorité ; bien que, à cause de la douceur de son caractère, il fût réellement le serviteur surchargé de son peuple et que toute sa force vitale fût épuisée par les soucis accablants de sa position. C’est ici que vient se greffer l’établissement d’un gouvernement, lequel fut virtuellement une démocratie. Mais hâtons-nous d’ajouter ceci afin qu’il n’y

 

A43

 

Ait point de Malentendu:envisagé par les incrédules, le gouvernement d’Israël était une démocratie, mais considéré à la lumière des idées mêmes d’Israël, il était une théocratie, c’est à dire un gouvernement divin ; car les lois, données par Dieu à Moïse, ne subissaient aucun changement:on n’osait rien ajouter au code de la loi, ni y retrancher la moindre chose. Par cela même le gouvernement d’Israël était différent de tout antre gouvernement antérieur ou postérieur. L’Eternel dit à Moïse: " Assemble auprès de moi soixante-dix hommes des anciens du peuple d’Israël, de ceux que tu connais comme anciens du peuple et ayant autorité sur lui ; amènes-les à la tente d’assignation, et qu’ils s’y présentent avec toi. Je descendrai, et là je te parlerai ; je prendrai de l’esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi la charge du peuple, et que tu ne la portes pas à toi seul "( Nomb. 11:16, 17, -voyez de même les versets 24 à 30 comme exemple d’humilité et de fidèle et franc gouvernement). Quand il relate cet ordre, Moïse dit: " Je pris alors les chefs de vos tribus, des hommes sages et connus [par leur influence], et je les mis à votre tête comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix, et comme ayant autorité dans vos tribus. "- Deut. 1:15 ; Exode 18:13-26. Ainsi nous voyons que, loin de chercher à agrandir ou à perpétuer son propre pouvoir, en plaçant le gouvernement du peuple sous le contrôle de sa parenté directe, avec la tribu de Lévi, et en permettant à celle-ci de se servir de l’autorité religieuse pour entraver les droits et les libertés du peuple, ce législateur admirable introduisit au contraire chez le peuple une forme de gouvernement qui était plutôt de nature à développer l’esprit de liberté. Les histoires d’autres nations et d’autres gouverneurs ne fournissent aucun exemple semblable. Partout le gouverneur

 

A44

 

chercha sa propre élévation et l’augmentation de son pouvoir. Même là où les dirigeants aidèrent à établir des républiques, les événements subséquents prouvèrent qu’ils l’avaient fait par politique, afin d’obtenir la faveur du peuple et d’augmenter leur propre pouvoir. Dans les circonstances où Moïse se trouvait, tout homme ambitieux, dominé par la politique et tachant de captiver le peuple par des promesses trompeuses, aurait travaillé à une plus grande centralisation du pouvoir à son profit et à celui de sa famille. Cela paraissait une tâche d’autant plus facile que l’autorité religieuse était déjà inféodée à cette tribu et que cette nation avait le sentiment d’être gouvernée par Dieu depuis le tabernacle. On ne peut pas supposer non plus qu’un homme capable de former des lois pareilles et de gouverner un tel peuple ait possédé si peu d’intelligence qu’il n’ait pas vu tout le profit qu’il aurait pu recueillir d’un autre système. Le gouvernement était si complètement remis entre les mains du peuple que, quoiqu’il fût convenu de porter devant Moïse les causes difficiles à l’égard desquelles les gouverneurs ne pouvaient prendre de décision, c’était au peuple lui-même à décider quels cas devaient être soumis à Moïse: " Lorsque vous trouverez une cause trop difficile, vous la porterez devant moi, pour que je l’entende. "- Deut. 1:17. Ainsi nous voyons qu’Israël était une république dont les magistrats agissaient par commission divine. Et, à l’étonnement de ceux qui prétendent dans leur ignorance que la Bible sanctionna et établit des empires dominant le peuple, au lieu " d’un gouvernement du peuple par le peuple ", remarquons que cette forme républicaine de gouvernement civil dura plus de quatre cents ans. Et alors, elle fut changée en celle d’un royaume ; à la demande des " anciens ", sans l’approbation de l’Eternel, qui dit à Samuel, fonctionnant alors comme une sorte de président:

 

A45

 

" Ecoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. " Sur les instances de Dieu, Samuel expliqua au peuple comment ses droits et ses libertés seraient foulés aux pieds, comment il deviendrait lui-même serviteur par un tel changement ; mais le peuple avait été entraîné par le courant général et par l’exemple des autres nations qui avoisinaient les Hébreux (1 Sam. 8:6-22). Comment ne pas supposer, en tenant compte de ce désir d’Israël soupirant après un roi, que Moïse aurait pu se mettre sans difficulté à la tête d’un grand empire ? Tandis qu’Israël dans son ensemble représentait une nation, la division en tribu fut cependant toujours reconnue après la mort de Jacob. D’un commun accord chaque famille ou tribu élut ou reconnut certains membres comme ses représentants ou chefs. Cette coutume se conserva même pendant le temps-si long-de son esclavage en Egypte. Ceux-ci furent nommés chefs ou anciens, et c’est à eux que Moïse transmit l’honneur et le pouvoir du gouvernement civil ; au lieu que, s’il avait voulu concentrer le pouvoir dans ses mains et dans sa famille, ceux-là auraient été les derniers qu’il eût honorés du pouvoir et auxquels il eût remis des fonctions. Les instructions regardées comme venant de Dieu et données à ces commissaires désignés pour le gouvernement civil, sont un modèle de simplicité et de pureté. Moïse déclara au peuple, en présence de ses juges: " Je donnai, dans le même temps, cet ordre à vos Juges:ecoutez vos frères et jugez selon la justice les différends de chacun avec son frère ou avec l’étranger. Vous n’aurez point égard à l’apparence des personnes dans vos jugements ; vous écouterez le petit comme le grand ; vous ne craindrez aucun homme, car c’est Dieu qui rend la justice. Et lorsque vous trouverez une cause trop difficile, vous la porterez

 

A46

 

devant moi pour que je l’entende "( Deut. 1:16, 17). Après la mort de Moïse ces causes furent portées directement à l’Eternel par le grand prêtre, la réponse consistait en oui ou non, au moyen de " l’urim " et du " thummim "( lumière et perfection). Au vu de ces faits, que devons-nous dire de la théorie qui tend à accréditer que ces livres furent écrits par des prêtres trompeurs pour s’assurer l’influence et le pouvoir sur le peuple ? De tels hommes auraient-ils forgé dans cette intention des documents qui ne tendaient qu’à détruire le but qu’ils auraient, dit-on, poursuivi ;- des documents qui prouvaient clairement que le grand conducteur d’Israël, qui appartenait lui-même à la tribu de Lévi, excluait, sur l’instance de Dieu, la prêtrise, du pouvoir civil, en le plaçant dans les mains du peuple ? Quelqu’un pourrait-il appeler une telle conclusion raisonnable ? Il est, de plus, digne de remarque que les lois de la civilisation la plus avancée, dans ce dix-neuvième siècle, ne prennent pas des mesures plus délicates pour que les riches et les pauvres se trouvent sur le même pied de responsabilité devant la loi civile. La loi de Moïse ne faisait absolument pas de distinction. Quant à la protection du peuple contre le danger d’une pauvreté extrême et d’une richesse excessive et puissante, aucune autre loi nationale ne fut jamais décrétée qui surveillât si soigneusement ce point. La loi de Moïse prévoyait une restitution chaque cinquantième année-leur année de jubilé. Cette loi, tout en empêchant l’aliénation absolue de la propriété, prévint son accumulation dans les mains d’un petit nombre (Lév. 25:9, 13-23, 27-30). De fait, les Israélites furent habitués à se considérer comme frères et à agir en conséquence ; à s’assister sans compensation et à ne tirer aucun intérêt l’un de l’autre. Voyez Exode 22:25 ; Lév. 25:36, 37 ; Nomb. 26:52-56.

 

A47

 

Toutes les lois furent publiées, ce qui empêchait les fourbes de tourner à leur profit les droits du peuple. Les lois étaient affichées, de sorte que chacun pouvait les copier s’il le voulait ; et, afin que les pauvres et les plus illettrés ne les ignorassent pas, c’était le devoir des prêtres de les lire au peuple à l’occasion de ses grandes fêtes septennales (Deut. 31:10-13). Est-il raisonnable de supposer que de pareilles lois et ordonnances aient été inventées par des hommes mauvais, ou par des gens qui cherchaient à tromper le peuple dans ses libertés et à lui ravir son bonheur ? Une telle assertion ne serait-elle pas dénuée de raison ? Pour ce qui concerne les droits et les intérêts de l